Le premier aérodrome d'Israël
Chacun de nous avait une pelle. Ce terrain d'aviation - un morceau de désert - avait été utilisé en dernier lieu par les Anglais, peu de temps avant la fin de la guerre, et la piste, maintenant, était couverte de buissons, criblée de trous plus ou moins profonds. Nos gens du Palmach - une cinquantaine d'hommes - se mirent aussitôt au travail pour la rendre aussi praticable que possible. Bien entendu, il n'existait ni éclairage, ni balisage, et les bâtiments de l'aéroport consisalent en une baraque de tôle ondulée à demi-délabrée, sans porte ni fenêtre, et dans laquelle avait élu domicile une famille de renards des sables.
Nous avions amené avec nous, outre de très nombreux jerrycans d'essence, un poste émetteur- récepteur et un gr oupe électrogène. Nos techniciens installèrent les lampes de chaque côté de la piste et sur toute sa longueur. Nous savions qu'à un kilomètre de nous à peine, un ancien poste de police anglais était maintenant occupé par les Arabes. Ils se barricadèrent chez eux et nous laissèrent travailler en paix.
Peu avant minuit, l'étroite bande
de terrain ressemblait à peu près à une piste
d'atterrissage. Nous lançâmes sur les ondes l'appel
convenu - Hassida (« la cigogne ») - et nous nous
mîmes à battre la semelle en grelottant de froid.
Trois bonnes heures plus tard, un très léger bourdonnement
se fit entendre, pareil à la susurration d'un moustique,s'enfla
peu à peu jusqu 'à un vrombissement puissant et
unegrande ombre descendit sur nous et décrivit une large
courbe.
Les balises s'allumèrent toutes ensemble et un grand quadrimoteur passa devant nous en roulant et alla s'arrêter en bout de piste, à cent mètres à peine. Les moteurs se turent, les portes s'ouvrirent, une voix cria
- Shalom, shalom !
Avec des cris d'allégresse, nous
escaladâmes la passerelle
pour procéder au déchargement. Le premier er ravittaillement
par voie aérienne était devenu une réalité.
Près de millefusils, cent-cinquante mitrailleuses et une
quantité decaisses de munitions furent transportées
dans les
camions, tout préparés pour les recevoir. Puis nous
aidâmes à faireles pleins de réservoirs et
l'appareil décolla aussitôt pour son vol de retour.
Ouarante-huit heures plus tard, il revenait atterrir sur notre
terrain de Beit Daras.