La Haganah au combat
En attendant, il faut tenir. Golda Meir part aux États-Unis pour trouver de l'argent : elle réunira plus de cinquante millions de dollars, offerts au nouvel État par la communauté des Juifs américains. Sur place, la Haganah organise, rue par rue, la défense de Jérusalem, qui se coupe peu à peu en deux villes, une partie arabe et une partie juive, séparées par un mur invisible mais indestructible de haine et de sang versé.
Il faut également tenir la route
de Jérusalem, qui passe par d'étroits défilés
de la zone arabe. Des blindés de fortune sont aménagés
par la Haganah. : des camions et des autobus renforcés
de plaques d'acier. Ils ne suffisent pas pour forcer les embuscades
arabes. Des dizaines d'épaves calcinées jalonnent
bientôt la route de Jérusalem et les villages arabes
qui bordent la route se repaissent du fruit des pillages des convois
hébreux.
Petit à petit, le cordon ombilical qui relie Jérusalem
à son arrière-pays juif se tarit. Dans la Ville
sainte, un sévère contrôle des vivres est
institué, avec des rations 'à peine supérieures
à celles des camps de concentration. Malgré une
dramatique penurie de munitions, les hommes de la Haganah résistent
pourtant nuit et jour aux tentatives d'infiltration arabes. Pour
les secourir et dans l'impossibilité de conquérir
les villages arabes qui contrôlent la route de Jérusalem,
les chefs de l'Agence juive vont tracer une route à travers
les collines. « Impossible », penseront les Arabes.
Les Juifs y arriveront pourtant et le premier convoi de ravitaillement
parviendra même à Jérusalem... à dos
d'homme, la route n'étant pas tout à fait terminée...Après
le massacre de Deir Yassin, où la population d'un village
arabe sans importance stratégique est exterminée,
le fossé est définitivement creusé entre
les deux peuples. Le grand mouvement des émigrations commence,
poussant des centaines de milliers de Palestiniens dans un dou
loureux exode vers les camps de réfugiés installés
sur les frontières palestiniennes.
Du côté arabe, d'ailleurs, la situation n'est guère meilleure que du côté juif. Les « frères » de la Ligue arabe paraissent plus généreux de leurs paroles que de leurs armes ou de leur argent. A Jérusalem, les responsables militaires arabes craignent plus d'une fois de ne pouvoir résister aux J uifs.
Pourtant, au Liban, en_Syrie, en Irak, en Transjordanie et en Egypte, on ne se presse pas. La campagne militaire qui repoussera les Juifs « à la mer » est considérée comme une simple promenade. En deux étapes de blindés et quelques coups de canon, les dirigeants juifs seront réduits à merci. Du moins le croit-on!