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Tapis magique et Ali-Baba
A la naissance de lÉtat d7sraël,
les quatre cinquièmes de la population étaient
d'origine européenne. La plupart, ainsi que Ben Gourion
lui-même, venaient de Russie et de Pologne et parlaient
le yiddish. De culture occidentale, dynamiques et ingénieux,
ils avaient été les véritables pionniers
de l'indépendance.
Cependant, après 1948, le pays vit
affluer une nouvelle catégorie d'immigrants. Il s'agissait
cette fois de Juifs orientaux, venus des pays arabes. Pauvres
pour la plupart, encombrés de nombreux enfants, ils ne
possédaient ni l'éducation ni le dynamisme des
Juifs occidentaux, les Askenazes.
Dans un avertissement solennel, Ben Gourion
déclara
- Abandonner les Juifs orientaux à
un destin de citoyens déshérités, cela équivaudrait
à créer « deux nations », ce serait
aussi diviser et affaiblir le pays.
L'épisode le plus pittoresque de
l'immigration orientale est connu sous le nom de « Opération
Tapis magique ». En 1949, un pont aérien permit
de transporter en Israël plus de cinquante mille Juifs yéménites.
Le Yémen est une contrée primitive et montagneuse
du sud de lArabie, baignée par la mer Rouge. Jusqu'à
une époque récente, le pays était quasiment
coupé du monde extérieur et tout étranger
s'en voyait exclu. La communauté juive du pays remontait
aux temps bibliques, vivant dans la croyance que des rois juifs
avaient jadis régné sur le Yémen. Cependant,
durant des siècles, ces Juifs avaient connu la ségrégation
et la misère des ghettos. Il ne leur était permis
de monter ni un chameau, ni un cheval et ils devaient même
descendre de leur âne quand passait un musulman. On interdisait
aussi aux hommes de porter des vêtements de couleur ou
des armes. En dépit de ces conditions dégradantes,
les Juifs yéménites demeuraient fidèles
à la religion de leurs ancêtres, se raccrochant
aux prophéties qui annoncaient leur retour dans Sion.
Chaque enfant possédait des bribes
d'instruction religieuse. En fait, celle-ci consistait à
apprendre à lire en hébreu, aussi aisément
à l'endroit qu'à l'envers, un exemplaire des Écritures.
Les Juifs yéménites exprimaient
leur amour du beau dans leurs chants et leurs danses, ainsi que
dans différents travaux d'artisanat : orfèvrerie,
broderie, poterie, travail des métaux et vannerie.
Bien avant la création de lÉtat,
certains d'entre eux étaient parvenus à s'installer
en Terre sainte. Dès la reconnaissance d'Israël en
tant que nation, des milliers de ces Yéménites
entreprirent un dur périple à travers le désert,
jusqu'au port d'Aden, sur la mer Rouge, occupé par les
Anglais. Ils arrivaient exténués, affamés,
traînant parmi eux de nombreux malades et mourants, après
avoir été délestés de leurs biens
par les tribus du désert.
A Aden, ils furent placés dans un
ancien camp.militaire et pris en charge par le Joint distribution
committee (une organisation philanthropique américaine),
avant d'être dirigés sur Israël, par avion.
Chaque Skymaster américain, affrété
à l'occasion, pouvait transporter cent quarante passagers.
Le vol durait six heures et couvrait près de 1 600 kilomètres
jusqu'à l'atterrissage sur l'aéroport de Lod, en
Israël.
N'ayant jamais vu d'avions auparavant,
les Juifs yéménites rega 'daient cet extraordinaire
voyage comme l'accomplissement des promesses du Seigneur, quand
il avait proclamé que les Enfants dIsraël reviendraient
« sur les ailes de l'aigle ». Au Yémen, ils
ignoraient les réalisations modernes telles que lits,
chaises, toilettes, eau courante, électricité,
trains et automobiles. Néanmoins, ils s'adaptaient rapidement
à leurs nouvelles conditions d'existence en Israël,
la plupart cultivant la terre dans des villages agricoles.
Ils conservèrent certaines coutumes
de leur pittoresque folklore et les danses, chansons, broderies
yéménites acquirent une grande popularité
en Israël.
Dans la région de la mer Rouge,
d'autres sectes juives peu connues se mirent en route vers Israël.
Il s'agissait des Juifs Falaches, noirs venus dÉthiopie,
lesquels étaient jadis maîtres d'un royaume. Aux
dires de certains, ils étaient les descendants de l'entourage
juif envoyé en hommage à la reine de Saba par le
roi Salomon, à la suite de la visite qu'il lui avait rendue
en Éthiopie, au Xe siècle avant Jésus-Christ.
Certains parmi ces immigrants venaient des côtes sauvages
de lArabie. Ressemblant aux Bédouins arabes et pareillement
vêtus, ces hommes du désert avaient réputation
de cruels guerriers.
Un autre pont aérien, /' «
Opération Ali-Saba », fit venir 120 000 Juifs de
Bagdad en Israël. L'histoire de cette communauté
remontait à 2 600 ans environ. A cette époque,
les Hébreux, vaincus par les armées de Babylone,
furent emmenés en captivité dans le pays qui est
actuellement l'Irak. Après la création dIsraël,
le gouvernement irakien mena la vie dure aux Juifs de Bagdad.
Plusieurs d'entre eux furent attaqués ou arrêtés.
S'ils quittaient le pays, leurs biens étaient confisqués
et ils perdaient leur droit de séjour. Nombre, parmi eux,
étaient de petits fonctionnaires dans les chemins de fer,
les douanes ou les banques. Transportés en Israël
par voie aérienne, ils purent y occuper les mêmes
fonctions.
La communauté juive dIran (Perse)
remonte, elle aussi, à un lointain passé. La majorité
de ses membres vivaient dans de très misérables
conditions. Moins de 2,50 francs par jour, tel était leur
gain comme colporteurs et employés dans les ateliers de
tapisserie et de tissage de la soie.
Après la déclaration d'indépendance,
plusieurs milliers de Juifs se rassemblèrent à
Téhéran. Parmi eux se trouvaient les membres de
la communauté de Meshed. Forcés de se convertir
à lIslam, voici plus d'un siècle, ils avaient néanmoins
gardé, en secret, leur ancienne foi. Maintenant, après
s'être ouvertement proclamés Juifs, ils pliaient
bagage et se rendaient en Israël.
Joan COMAY, Israël, naissance d'une
nation, (collection Histoire et Documents), Fernand Nathan Éditeur,
Paris, 1968.
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