- voyage
en Israël
Cet automne 2004 aura été clairsemé,
de manière plus ou moins rapide, de petites sottises sans
importance au sujet d,Israël.
On ne compte plus les cas de désinformations sur nos antennes
publiques ou privées, à tel point qu,un téléspectateur
normalement constitué finit par s,en lasser.
C,est à croire que le QI d,un journaliste moyen ne dépasse
que rarement le chiffre de la température anale dés
qu,il est question du Moyen Orient.
Israël, antienne connue, est le coupable idéal.
Trop porteur d,Occident tout en l,ayant fui pour que cet Occident
ne lui en garde pas un peu rancune.
Partir loin est déjà de la traîtrise, mais
partir loin pour réussir, voilà qui dépasse
l,imagination. Nous devons à la vérité de
dire que, pour les Juifs du Maghreb, partir fut plus qu,un choix
délibéré. C'était plutôt une
question de survie, eu égard à l,exquise compréhension
toute nimbée de délicatesse dont faisaient preuve
à leur endroit les autorités musulmanes de ces
pays. Pour ceux d,Europe, l,actualité du moment ne pouvait
leur donner grand espoir. Nous étions en 1947.
Mais voilà Israël, pays en pleine guerre,
qui réussit magnifiquement bien dans les domaines les
plus pointus des sciences humaines et techniques.
Ici, en France, un président muni de son sonotone déclare
vouloir relancer la recherche en dotant son vieux pays d,une
agence de l'nnovation.
A l'écoute de cette nouvelle fracassante, les gars de
l,Anvar (Agence Française pour l'Innovation) ont procédé
illico à une distribution gratuite de puissants anxiolytiques.
Israël, pays où chaque panneau routier est
en trois langues, l'hébreu, l'arabe et l'anglais. Bien
sûr, il y a encore quelques panneaux signalétiques
en hébreu seulement mais aux abords de l'aéroport
Ben Gourion.
Ce fait scandaleux a été relevé par la presse
française qui ignore probablement que cet aéroport
a été ouvert il y a seulement un mois et demi et
que l'égalité d''accès à l,information
est une obligation en Israël. Dans quelques semaines, les
panneaux seront en trois langues.(Les billets de la monnaie en
cours obéissent déjà à cette règle
peu commune dans nos contrées donneuses de leçons).
Ce ne sont pas les services français de la Direction
Départementale de l'Equipement qui nous contrediront sur
ce point : il faut un peu de temps pour que tout soit au point
lorsqu,on construit un nouvel aéroport. Disons simplement
qu,Israël a apporté beaucoup de soins à cette
lumineuse réalisation, plus de soins apparemment que les
Français à une certaine aérogare - juste
inaugurée - de Roissy qui s,est effondrée sous
le poids conjugué du béton et c,est la rumeur
- de l,incompétence de ses réalisateurs.
Le caractère trilingue des panneaux de signalisation
disparaît comme par enchantement lorsque vous passez en
territoire palestinien. Là, il n,y a plus que l,arabe,
l,anglais étant réservé aux fastueux panneaux
de publicité qui défigurent le paysage, comme dans
n,importe quelle zone commerciale de province.
Bien sûr, il sera loisible aux grincheux d,arguer
du fait que, lorsqu,on a si peu de moyens, lorsqu,on vit sous
l,oppression quotidienne de troupes d,occupation et des colons,
lorsque les infrastructures sont à ce point dévastées,
il est cynique de s,appesantir sur les panneaux routiers. Peut
être ! Dont acte. Et réservons un avis définitif
sur la question lorsque la Paix sera revenue.
Certes, les visites successives de Jéricho, Bethléem
et de quelques villes de Cisjordanie laissent apparaître
quelques traces de vie précaire, de misère absolue.
Mais il apparaîtra au plus aveugle des observateurs et
pour peu qu,il soit un peu curieux, que ces villes sont constellées
d,antennes paraboliques, de demeures splendides et nombreuses,
et, la nuit, le théâtre de scènes bien étonnantes.
Les voitures customisées conduites par des jeunes en casquette
et sans keffieh, d,où sortent les mêmes musiques
techno que l,on entend depuis nos banlieues jusque dans le Larzac,
lors de ces rave parties qui permettent à José
Bové de ressortir pour un temps de l,anonymat.
Ces quartiers de Bethléem, de Jéricho dont les
magasins regorgent d,électroménager de grande marque,
de produits de beauté fort dispendieux, de salons de coiffure
"in" et branchés, de bars ou l,on oublie un
peu l,Islam et ses recommandations le temps d,une soirée.
Ces images, le public français n,y aura jamais
accès. Les cameramen palestiniens n,ont bien entendu aucun
intérêt médiatique à les montrer.
Ils sont trop occupés à monter des saynètes
amusantes du genre « pince-mi et pince-moi sont dans un
brancard. Lequel en descendra le plus vite ? ».
Quant aux journalistes occidentaux, celui qui a fréquenté
un peu un de leur chatoyant repaire, l,hôtel "American
Colony", peut vous dire qu,ils préfèrent se
défoncer l,entendement devant leur Picon bière
plutôt que de courir le risque de faire 30 Km sur une autoroute
pour aller voir la réalité du terrain.
L,un d,entre eux a avoué n,avoir pas mis les pieds à
Jéricho depuis 3 ans. Pour les moins doués en géographie,
Jéricho est à 28 kilomètres de Jérusalem,
Ramallah à seulement 15 km. Et puis, à Ramallah,
ils y sont reçus avec beaucoup d,égards, ce qui
reste flatteur, même pour un vieux journaliste sur le retour.
Israël, pays où ils reviennent, les juifs,
comme chez eux
Ils font comme s,ils étaient chez eux, ces colons qui
font rien qu,à mugir dans leurs campagnes. Ils creusent,
ils construisent, ils construisent, ils creusent.
Ceux qui décidément répugnent à ces
tâches physiques sont chercheurs dans les hôpitaux
et trouvent des vaccins, des soins et des procédés
palliatifs que le monde entier, le vieux monde, leur envie. Leur
taux de Prix Nobel par habitant frise l,indécence. Ils
améliorent les conditions de vie de la planète
entière avec leur savoir-faire.
Les paysans du désert, ce désert d,une solitude
aux effroyables hurlements dont parle la Bible, plantent des
vignes, des villages.
Ils plantent aussi des certitudes, dont celle, la plus belle,
de ne rien devoir à personne.
Mieux, ils exportent leurs productions tout en consommant un
minimum d,eau et varient leurs plantations au gré de la
demande mondiale. Ils s,adaptent, rapidement et sans dépendre
en rien d,une Politique Agricole Commune qui transforme ici nos
paysans en simples robots d,une administration aveugle et lointaine.
Quand ils s,ennuient, ils créent en plein désert
des parcs aux multiples essences exotiques et y amènent
les animaux sauvages pour les habiter.
Puis, au détour d,un de leurs chantiers, ils trouvent
parfois les traces d,une civilisation ancienne, vieille de 2.500
ans....la leur.
Ils retrouvent leur langue, leur foi, leurs lieux de culte dans
les pierres 1000 fois piétinées par des bédouins
distraits.
C,est tout de même une première dans l,histoire
humaine : un peuple colonisateur trouve, dans le pays qu,il a
envahi, des traces de sa propre histoire datant de 2.500 ans.
Curieux, non ?
Comme si une expédition du Louvre trouvait, en Mélanésie,
en Guyane, voire en Algérie, des traces de présence
française vieille de 1.000 ans.
Mais non, cela ne se peut point. Au moment ou Jérusalem
irradiait le monde d,une morale juive encore en exercice «
tu ne tueras point », Paris, Rome et Berlin n,étaient
encore que des marécages infectés et grouillants.
Venir en Israël pour un non juif, c,est aller à
la rencontre d,un monde nouveau, neuf, "sûr de lui
et dominateur"car il faut être dominateur pour faire
du désert un vergeril faut un peu dominer les circonstances
de la vie pour, sitôt échappé des fours crématoires,
créer une nation à partir de rien, en butte à
l,hostilité permanente d,une quinzaine de pays qui ont
tous tous - juré votre extermination.
Il faut être un peu dominateur, c'est-à-dire, lutter
contre soi-même surtout (le vrai sens du mot « Djihad
») pour ne pas uniquement dépendre de la solidarité
internationale. Il faut savoir relever la tête et ne pas
accepter sans broncher qu,un despote vous pille et vous ruine
durant tant d,années tout en rejetant la faute sur l,ennemi
« sioniste ».
Israël sûr de lui ? Comment ne pas l,être ?
Cette fierté lui a été refusée par
notre Occident si chrétien, si bon, refusée par
l,Orient musulman pour qui il n,était toujours qu,un "dhimmi"
(soumis).
Maintenant qu,Israël est libre, ne comptez pas sur
lui pour vous faire cadeau de cette liberté. Et ne comptez
pas sur un non-juif pour accepter qu,elle lui soit un jour, un
seul jour, refusée.
Pierre Lefebvre © Primo Europe