Yona Dureau : L'archéologie
au péril de l'idéologie
I. Idéologie
chrétienne et archéologie en Israël
1. L'école
biblique, son idéologie, et sa méthodologie
2. L'affaire du rouleau de cuivre et du rouleau d'argent
3. L'affaire des tombes des maccabées
II. Les points de vue anti-judaïques dans l'école
archéologique israëlienne actuelle
1. l'école archéologie
israëlienne et son point de vue idéologique anti-judaïque
2. L'affaire d'Abraham : un exemple d'utilisation politique de
l'archéologie anti-judaïque israëlienne
III. Idéologie
et archéologie : les théories révisionistes
palestiniennes
1. Réécriture
de l'histoire révisioniste
2. La destruction des sites archéologiques comme guerre
de l'information
L'archéologie en
Israël est loin d'être une recherche effectuée
en toute sérénité. Elle se voit traversée
par les courants idéologiques inervant chaque époque
[d'une manière démesurée]. En effet, à
l'étudier d'un peu plus près, on découvre
que cette discipline est investie de missions tour à tour
religieuse, ou anti-religieuse, révisioniste quant à
l'histoire antique, ou conservatrice, mais dans tous les cas,
politiques.
Israël est un pays où le choix d'un lieu de fouilles,
l'identification d'objets ou d'implantation est éminement
politique, et cette dimension politique est d'ordre à la
fois intérieur et internationale. Je vais donc commencer
cette étude par la mise en évidence des enjeux idéologiques
de l'archéologie en Israël en donnant quelques exemples
d'interprétations biaisées de découvertes
passées, avant d'aborder les enjeux actuels révisionistes,
et la tentative de déligitimisation de l'état d'Israël
par la négation de son passé antique.
I. Idéologie chrétienne et archéologie en Israël
1. L'école biblique,
son idéologie, et sa méthodologie
L'école biblique de Jérusalem constitue l'un des
centres de la recherche archéologique en Israël. Les
assyrologues y croisent les égyptologues, et les cours
de langues anciennes délivrés par cet institut ne
sont pas faits en dehors d'un cadre méthodologique, qui
est aussi idéologique. Ce cadre idéologique se fonde
sur un point de vue très particulier, puisqu'il emprunte
aux historiens bibliques une approche historique du texte, tout
en refusant de lui conférer une valeur de document historique,
en le remettant en cause de façon permanente, avec les
textes des civilisations adjacentes, et selon un cadre périodique
qui passe du statut d'hypothèse de recherche, à
celui de cadre référentiel historique absolu. En
d'autre termes, les datations approximatives des textes de la
Bible deviennent très vite des datations absolues dès
leur mise en contradiction avec des sources d'autres civilisations.
D'autre part, si un texte d'une autre civilisation vient contredire
le texte biblique, le principe méthodologique appliqué
par l'école biblique consiste souvent à adopter
de préférence le point de vue de ce texte, ou d'accepter
son lot d'informations plus favorablement, le texte de la Bible
étant a priori remis en doute comme étant un texte
de croyances. Du point de vue méthodologique, nous assistons
à un système logique qui se contredit lui-même,
puisque le statut de l'objet d'étude historique/archéologique,
soit le texte, est à la fois pris comme document historique
ferme et comme document de l'histoire des mentalités sans
fiabilité historique archéologique. D'autre part,
dans une partie du monde où , à la période
antique l'écriture était toujours dotée d'un
caractère sacré, et où les scribes des différentes
civilisations bénéficiaient d'un statut d'élite
proche de celui des prêtres, puisqu'ils devaient conserver
la mémoire de dynasties aux dimensions divines, on peut
s'étonner de la partialité des chercheurs rejettant
la validité du texte biblique comme objet de croyance pour
lui préférer les textes des autres civilisations,
tout aussi sacrés.
Sous le couvert d'une méthodologie cartésienne,
car fondée sur le doute - mais nous avons vu que ce doute
ne saisissait pas également tous ses objets d'étude
- l'école biblique de Jérusalem a fonctionné
pendant près de trente ans au service de l'idéologie
chrétienne, niant la judaïté des antiquités
qu'elle étudiait pour revendiquer une chrétienneté
de plus en plus précoce des groupements humains considérés.
C'est ainsi que les rouleaux de la Mer Morte furent inaccessibles
aux chercheurs israëliens n'appartenant pas à l'école
biblique pendant plus de vingt ans. Il a fallu encore dix années
d'études internationales pour remettre en question la lecture
imposée par l'école biblique qui voulait voir dans
la secte juive réfugiée à Qumran une secte
chrétienne, et l'on sait à présent que les
indices relevés dans les textes par l'école biblique
étaient très discutables. L'enjeu idéologique
est ici évident. Il s'agissait pour l'école biblique
de trouver un autre foyer du développement du christianisme
ancien, proche de Jérusalem et par conséquent du
Temple, où se trouvaient historiquement le plus grand nombre
d'opposants à la doctrine chrétienne. Ce faisant,
cette découverte permettait de passer sous silence une
autre hypothèse, celle d'un groupe juif établi à
Qumran pour garder les objets sacrés du temple emmenés
avec eux. La destruction totale du Temple de Jérusalem
et de ses objets est une partie intégrale du dogme chrétien,
selon lequel cette destruction vient effacer l'erreur des Juifs
qui refusent de reconnaître la messianité de Jésus.
L'interprétation des rouleaux de la Mer Morte effaçait
ainsi une hypothèse idéologiquement gênante,
puisqu'elle mettait en évidence une survie du judaïsme
et de ses prêtres, qui remettait en cause la doctrine de
la punition collective.
C'est dans ce cadre que la découverte du rouleau de cuivre,
puis du rouleau d'argent vint à nouveau bousculer un montage
idéologique.
2. L'affaire du rouleau
de cuivre et du rouleau d'argent
En 1957, une équipe de chercheurs amena en Angleterre un
rouleau de cuivre découvert près du site actuel
de Qumran, alors Jordanien. Cette équipe était chargée
par la Jordanie, à qui appartenait le lieu de la découverte,
de tenter de dérouler le rouleau et de le déchiffrer.
L'équipe anglaise de spécialistes scia avec une
scie de haute précision les différentes épaisseurs
du rouleau soudées par le temps. Puis on procéda
à la lecture dudit rouleau. L'écriture était
d'un hébreu très proche de l'hébreu biblique,
ce qui surprit, mais de plus le contenu n'était pas du
tout conforme aux attentes de toutes ces équipes. Il ne
s'agissait pas de textes religieux, mais apparemment d'un descriptif
qui pourrait être qualifié de carte écrite,
mentionant la distance et la direction à mesurer entre
des points de repères nommés « borim »,
permettant, en suivant la piste formée par leur emplacement,
de retrouver une cache où se trouvait enfoui un second
rouleau, le rouleau d'argent, et devant permettre à son
tour de trouver la cache d'un très grand trésor
d'objets de valeur.
Le débat qui s'éleva ensuite dans la communauté
des chercheurs montra clairement le positionnement idéologique
de l'école biblique. La découverte d'un rouleau
de cuivre décrivant un pareil trésor, à Qumran,
sur les lieux désignés par l'école biblique
comme étant ceux de l'implantation d'une secte chrétienne,
vivant dans une autharcie austère et ascétique,
était pour le moins gênante. La stratégie
de l'école biblique consista alors à infléchir
l'interprétation scientifique du mot « bor »
pour situer les lieux décrits par le texte non pas près
de Qumran, mais plus près de Jérusalem, sur le mont
des oliviers.
Le père Pisner, de l'école biblique de Jérusalem,
soutint que le terme de "borim" est à comprendre
comme mikvé, et qu'il s'agissait en fait de trous et de
bains sacrés situés actuellement dans le cimetière
chrétien de Jérusalem, au Mont des oliviers. Cette
interprétation pose un problème qui est cependant
de taille, même si le père Pisner ne s'est pas confronté
à cette contradiction : Il est surprenant que le scribe
hébreu ait utilisé un terme pour un autre, puisque
le terme de mikvé est un terme précis qui existait
déjà à son époque. Pisner pense de
plus qu'un rouleau plus complet devait avoir existé, qu'il
est tombé aux mains de Romains, et que ceux-ci ont déjà
pillé toutes les cachettes : il n'y aurait plus rien à
chercher. La première hypothèse de Pisner évacue
ainsi non seulement la remise en question implicite de l'implantation
d'une secte chrétienne à Qumran, mais elle permet
de plus de ne pas aborder l'épineuse question d'un trésor
du temple de Jérusalem, et de sa sauvegarde avec celle
d'un groupe de Juifs, voire de prêtres.
Le professeur Safraï, de l'Université de Bar Ilan,
pense que la description du rouleau ne fait pas sens, puisqu'il
y est question de "homa" (muraille)dans le texte. Il
a donc arrêté son jugement à ce mot en considérant
qu'il s'agissait d'une légende (Qumran ne possédant
pas de murailles).
Emile Pouech, lui aussi de l'école biblique de Jérusalem,
a cherché à soutenir la théorie selon laquelle
le trésor évoqué n'existerait plus, en démontrant,
après reconstitution par radiographie et ordinateurs d'un
double réel de la méguila, que le scribe faisait
plus de fautes à la fin qu'au début, et que par
conséquent, le rouleau de cuivre n'était qu'une
copie d'un autre rouleau. La méthode est implicitement
la même, mais elle va encore plus loin : l'artifact archéologique
lui même disparaît, on ne serait plus en présence
que d'une copie, d'un faux, et il est clair qu'au delà
du rouleau, c'est une histoire donnée du peuple juif que
l'archéologue veut ici nier. Symboliquement, cette histoire,
celle de la survivance du judaïsme en Israël, après
la destruction du temple, ne serait qu'un faux, et seule serait
vraie l'histoire d'une secte chrétienne bravant l'ardeur
du désert et écrivant pour sa seule descendance,
des textes concernant le mont de oliviers ou des textes saints
pour eux seuls.
L'hypothèse originelle de la secte chrétienne, loin
d'être remise en cause par ces découvertes, se voit
hissée au rang d'argument scientifique : puisque le rouleau
a été découvert à proximité
de l'implantation de cette secte, alors la description d'objets
donnée par ce rouleau ne peut être qu'imaginaire,
car il n'est pas possible d'imaginer que les quantités
d'argent et d'or décrites appartenaient à une secte
si petite, isolée dans le désert.
De façon symptomatique, l'équipe anglaise de recherche
sur le rouleau de cuivre, n'est pas aussi embarassée dans
ses hypothèses, car elle est moins liée par les
enjeux idéologiques que l'école biblique.
Le Professeur Bruk, de l'Université de Manchester, considère
actuellement que les objets de valeur et les quantités
d'or et d'argent décrites, ne remettent pas en question
la description du rouleau de cuivre, mais bien plutôt la
théorie de la secte chrétienne méditative
isolée à Qumran. Selon lui, les objets décrits,
ainsi que les réserves d'or et d'argent, ne peuvent se
justifier que si on considère que ces richesses venaient
de Jérusalem, et qu'elles appartenaient au Beit Hamikdash,
le Temple. Qumran n'est pas un lieu d'isolement volontaire, c'est
une cachette de ces objets à l'approche des Romains et
devant le danger de la chute de Jérusalem, par un groupe
de personnes proches des prêtres du Temple. Du moins tel
était le but des premières personnes installées
à Qumran. Bruk appuie son argumentation sur le fait que
le rouleau décrit une topographie précise, qu'il
n'a donc rien d'imaginaire, et qu'on ne gravait pas un rouleau
en cuivre s'il s'agissait d'une légende, comme l'école
biblique répondait en contre-attaquant.
Ce point de vue trouva un appui inattendu dans les recherches
archéologiques effectuées par Wendel Jones, un Américain
qui s'est installé près du lieu de fouilles pour
rechercher sans relache les grottes (car telle est son interprétation
du terme de « bor ») décrites par le rouleau.
Wendel Jones est un marginal dans le monde de la recherche archéologique,
et comme il n'appartient à aucune institution pouvant le
contrôler, ses recherches dérangent. Wendel Jones,
dont le personnage haut en couleur a servi de modèle à
Spielberg pour son Indiana Jones, fait des fouilles en Israël
depuis près de 30 ans. Sa méthode est simple. Il
a pris comme postulat de départ que les textes bibliques
ou antiques évoquant des lieux et leur situation sont à
prendre au pied de la lettre, et que s'ils ne correspondent pas
à la réalité, ce n'est pas parce qu'ils mentent,
mais parce que nous ne les avons pas compris. Il se fonde sur
des textes de Flavius Josef, qui est assez imprécis sur
le topographie, mais aussi sur l'Ecclesiaste, bien que l'un des
problèmes d'interprétation consiste à savoir
à quel niveau lire le texte. Le rouleau de cuivre est actuellement
conservé à Amman, et Wendel a réussi à
s'en procurer une copie, sur laquelle il fonde ses recherches.
Dans cette perspective, il pense en effet que le rouleau a été
trouvé dans une grotte à proximité des autres
grottes dont il donne la description, et qu'il faut utiliser le
texte comme une carte.
Il y a cependant plusieurs façons de lire le rouleau de
cuivre, même en l'interprétant comme une carte topographique.
On peut le lire de façon linéaire, diachronique,
en suivant le texte. Mais Jones a trouvé qu'en lisant la
première ligne de la première partie et la première
ligne de la seconde partie, on obtient des phrases complètes,
qui donnent un sens topographique plus précis. C'est ainsi
qu'il a déterminé un périmètre géographique
précis.
Jusqu'ici, ses recherches lui ont donné raison, et Wendel
Jones a ainsi retrouvé aux endroits décrits des
grottes qui ont effectivement servi de hangar pour abriter des
pots, des réserves d'encens -qui correspondent effectivement
à ceux brûlés dans le temple- un rouleau d'argent,
dont il est question dans le rouleau de cuivre, et un curieux
pot en terre de grande capacité rempli de cendres animales
dont on pense qu'il pourrait s'agir des cendres de la vache rousse.
Wendel Jones dérange l'ordre établi par les institutions.
Ils n'est ni membre de l'école biblique, ni membre de la
recherche universitaire archéologique. Il poursuit ses
recherches en se fondant sur des textes bibliques qu'il croit
vrai alors qu'il n'est ni juif, ni vraiment chrétien, puisqu'il
a fondé son groupe des Bné Noah, enseignant à
ses membres les lois noahides (des fils de Noë), comme étant
les seules règles à suivre du monde non-juif.
En fait, Wendel Jones dérange, parce qu'il n'appartient
à aucun groupe idéologique clair, puisque nous allons
voir que le monde universitaire israëlien lui-même
fonde sa recherche sur une idéologie anti-judaïque
implicite.
Je souhaiterais auparavant traiter un exemple de la dimension idéologique des recherches archéologiques menées par des membres de l'Eglise catholique en Israël dans le passé.
Il s'agit des recherches effectuées pour retrouver les
tombes des maccabées, tombes éminemment symboliques
pour Israël mise en péril par une tentative de délégitimisation,
puisque les maccabées étaient une famille héroïque
ayant lancé une révolte identitaire contre les Grecs.
3. L'affaire des tombes des maccabées
La description des tombes des maccabées nous vient de Flavius
Joseph, qui énonce très clairement que la tombe
fut construite à Modi'in :
« Et Shimon amena les restes de son frères (Yonathan)
et les enterra à Modi'in, son foyer. Shimon construisit
aussi une très grande tombe de marbre poli pour son père
et pour ses frères, qui était très grande,
et s'apercevait de très loin, et il construisit et plaça
tout autour des colonnes monolithiques, un monument magnifique.
Il construisit aussi sept pyramides une pour chacun de ses parents
et frères, il les travailla jusqu'au point d'atteindre
la perfection en taille et en beauté, et c'est ainsi qu'elles
sont conservées jusqu'à aujourd'hui. » (Flavius
Joseph, Antiquités des Juifs, Livre 13, 211) .
Selon le Livre des Maccabées, l'antique Modi'in se trouvait
à la porte du royaume de Judas, sur une haute colline qui
dominait tout voyageur venant de la mer, c'est-à-dire de
Jaffa. Dans la Michna et le Talmud, Modi'in est situé à
un jour de marche de Jérusalem, et proche du chemin emprunté
par les pélerins lors des fêtes de pélérinages
vers Jérusalem. Les descriptions topographiques faites
par les pélerins chrétiens étaient parfois
très fantaisistes. Arlette Sancery, qui a récemment
fait une communication sur les crates de Jérusalem dans
le monde anglo-saxon à travers les âges a brillamment
montré que les cartes sont surtout des cartes imaginaires,
symboliques, et qu'elles comportent les épisodes de textes
sacrés mentionés par des lieux dont la situation
géographique ne recherche pas la précision.
Par conséquent, il ne faut sans doute pas s'étonner
que la situation de Modi'in dans la tradition chrétienne
varie au cours des siècles, placé tour à
tour au Castel, à Tsova,Ofra, Tekoa, Latrun, Tel Gezer,
El Kubab (Mishmar Ayalon), etc. St Hieronimus, saint chrétien
ayant habité Israël au XIVe siècle place Modi'in
près de Lod.
Au milieu du XIXe siècle, des archéologues français
et britanniques, financés par le Fond d'Exploration de
la Palestine décident de rechercher la tombe des Maccabées.
Guérin, un savant français, commence par chercher
Modi'in sur le lieu actuel de Latrun et de Tel Guézer.
Il retourne bredouille à Paris lorsqu'il avise un article
décrivant le voyage d'un prêtre, Emmanuel Fourneur,
qui décrit sa traversée d'un village, El-Midia,
à deux heures de marche de Lod, qu'il identifie comme étant
Modi'in par simple rapprochement phonique. Guérin repart
pour la Palestine, bien décidé à trouver
les tombes des Maccabées à El-Midia. El-Midia était
en fait originellement nommé El-Minia, et son développement
était récent. El-Midia est situé dans une
cuvette, ce qui semble en contradiction avec les chemins habituellement
suivi par les pélerins, évitant les déclinaisons
du terrain, et en contradiction également avec la description
de Flavius Joseph concernant le lieu de la tombe choisi par Yonathan
pour ses frères. Un viel homme croisé sur la route
indiqua à un chercheur ayant devancé Guérin
d'un an qu'une tombe à proximité portait le nom
de « Kobr-el-Yehud », la tombe du Juif, et Guérin
fut persuadé qu'il devait s'agir d'une tombe d'un personnage
important, comme par exemple les maccabées. Il traversa
le lit de la rivière et trouva 20 niches, 20 tombes en
ce lieu, qu'il adopta comme le lieu des tombes des maccabées,
qui pourtant n'auraient dû être que sept tombes.
Guérin considéra alors qu'une tombe dite d'un sheikh
(Sheikh el Hirbawi ) étant à proximité, c'est
autour de cette tombe qu'il fallait fouiller. Il trouva six tombes,
qui avec celle dite du sheikh composait un ensemble de sept tombes,
de taille et de magnificence remarquable. Conder, un chercheur
britannique arrivé un an plus tard, fit des croquis du
site archéologique, mais le croquis fut censuré
par le Fond d'Exploration de la Palestine parce qu'il n'était
pas conforme à la découverte d'un autre chercheur
français,Clermont Ganneau. Ganneau était prêtre,
et son autorité religieuse lui conférait une autorité
professionnelle àte époque, parce que sa moralité
spirituelle était censée constituer un crédit
de sa bonnde foi prfessionelle. De plus, Ganneau mêlait
souvent à ses découvertes des éloges de la
chrétientée.
Il prétendit ainsi avoir trouvé sur la tombe une
mosaïque d'une grande croix byzantine, qui infirmait l'interprétation
du lieu comme étant le site des tombes des Maccabées,
et sans vérifier scientifiquement la datation des tombes
il affirma de plus qu'elles ne dataient pas toutes de la même
période.
Aujourd'hui, il est clair pour les archéologues que Guérin
et son équipe avaient trouvé le site réel
des tombes des Maccabées. Le géographe Zohar Baram
et l'archéologue Zvi Eilon ont fouillé à
nouveau le site et procédé à des mesures.
La taille et l'orientation des ruines ont permis d'authentifier
ces tombes, qui correspondent aux descriptions données
par le texte ancien. Feu le professeur Michael Avi Yona, une autorité
en matière d'archéologie, a aussi authentifié
ces ruines. Le Professeur Gibson a récemment confirmé
qu'il s'agissait bien du site découvert par Guérin
après avoir aussi effectué des recherches extensives
sur les archives du Fond d'Exploration de la Palestine. Quant
aux déclarations de Clermont Ganneau, elles s'avérèrent
sans fondement, puisque Ganneau ne savait pas dater les poteries,
et de nombreuses poteries avaient été découvertes
sur le site, datant de la période hasmonéenne. Il
n'était pas non plus expert dans la datation des couches
archéologiques, et la croix qu'il avait découverte
sur les lieux datait de la période croisée et non
de la période byzantine. Quant au nom donné par
les habitants de la localité voisine, « Kobr El Yehud
», il semble qu'il ait désigné toute la zone
des tombes et non pas de façon spécifique les tombes
des Maccabées.
Enfin, lors d'excavations
menées par l'Université Hébraïque en
1999 furent découvertes des ruines du 1er et du 2nd temple
incluant un mikvé en très bon état
de conservation.
En résumé, le site ancien de Modi'in se trouvé
à proximité de Givat Hurvat El-Midia, et les tombes
situées au sommet de cette colline sont vraisemblablement
celles des Maccabées. Près de ce site furent découvertes
en 1995 une grotte funéraire contenant près de vingt
tombes dont les sarcophages portaient des noms hébraïques.
Sur l'une d'entre elles figurait le mot « hasmonai »
L'avenir de ces sites est cependant en danger. Malgré une
lettre explicite de l'Autorité des Antiquités aux
services et ministères concernés interdisant la
poursuite de plans de développements et de travaux sur
le site , malgré l'intervention de feu Rechevam Zeevi,
la route 45, un nouvel autoroute doit courir au milieu de cette
colline, ainsi qu'un échange périphérique
et une gare de train. Les fouilles ne sont pas terminées
et rien n'est fait concrétement pour protéger le
site des vapeurs d'essence et des pilleurs.
PHOTOS
II. Les points de vue anti-judaïques
dans l'école archéologique israëlienne actuelle
1. l'école archéologie israëlienne et son point
de vue idéologique anti-judaïque
Je vais ici évoquer une partie de l'école archéologique
israëlienne actuelle, celle qui, a priori, a choisi une option
interprétative problématique, et je m'excuse de
ne pas évoquer ici ceux qui, comme le professeur Michael
Avi Yona ont au contraire défendu à la fois la validité
des textes anciens et les traces de la civilisation hébraïque
en conformité avec ces textes. Dans l'ensemble de l'école
archéologique israëlienne anti-judaïque, il faut
citer tout d'abord le Professeur Israël Finkelstein, à
la fois parce qu'il prétend aujourd'hui présenter
dans ses ouvrages une relecture historique de l'archéologie
en Israël, et d'autre part parce qu'il appartient à
un mouvement de pensée des cercles universitaires archéologiques,
qui, au nom de leur choix identitaire laïc, tente de nier
toute judaïté au passé d'Israël. Par négation
de la judaïté, j'entends aussi bien négation
du caractère juif de certaines coutumes, objets, mais aussi
négation du caractère juif ou hébreu d'implantations,
et élimination de l'outil biblique du cadre de recherche
archéologique.
Ce mouvement de pensée s'est insensiblement élaboré
en Israël, sous l'impulsion indirecte de l'impact d'intellectuels
comme Gershon Sholem, qui, bien qu'ayant donné des lettres
de noblesse à la kabbalah, l'ont fait en dénigrant
toute spécificité identitaire à ce mouvement,
confondant volontiers kabbalah, cabbale chrétienne, et
autres mouvements mystiques dès qu'une métaphore
commune apparaissait. En archéologie, la période
des années 60 à 70 a correspondu à une période
de découvertes préhistoriques dans la zone géographique
mésopotamienne, période antérieure à
la présence hébraïque, puis à d'importants
progrès dans les langues comme le hittite, la culture cananéenne.
Ce contexte de recherches et le contexte international d'universalisme
poussant à la même époque certains chercheurs
à élaborer des outils universaux (Dumézil
par exemple, avec ses archétypes de la pensée et
des civilisations), les chercheurs israëliens commencèrent
à penser la civilisation hébraïque en termes
de civilisation cananéenne, voire mésopotamienne.
(L'utopie n'est pas nouvelle, puisqu'on trouve dans les années
quarante une revue dite des Cananéens, d'intellectuels
qui tentaient de penser une culture commune géographique
héritière des Cananéens, revue et groupe
qui avait énormément fasciné Céline).
Mais dans le cas des universitaires israëliens, la relecture
est à sens unique, et vise à déjudaïser
la civilisation hébraïque. On trouve ainsi des articles
expliquant que le texte des dix commandements suit le modèle
mésopotamien du contrat, que ce contrat soit un contrat
d'achat d'un esclave ou d'une femme, ou d'un objet, et que cette
forme littéraire montre une absence d'originalité
de la culture hébraïque d'une part, et d'autre part
la nécessité de désacraliser ce texte sous
prétexte de sa forme mercantile. Pour donner un autre exemple
des découvertes ayant ébranlé les modèles
de lecture ainsi que les méthodes établies en archéologie,
il faut rappeller la découverte, ou plus exactement le
déchiffrage, en 1872, par George Smith, employé
du British Museum de tablettes assyriennes ayant appartenu à
la bibliothèque du roi Ashurbanipal à Nineveh, tablettes
recopiées par les cribes du roi qui était très
fier de pouvoir lire lui-même . Le texte, après avoir
mentioné un bateau abordant le sommet d'une montagne nommée
Nisir dit ensuite :
Lorsque le septième jour arriva,
J'envoyai une colombe que je délivrai
La colombe partit, mais revint
Puisqu'il n'y avait pas de lieu pour qu'elle se pose, elle fit
demi-tour. (Lance, p 5)
Ce texte constitua la première
découverte d'un récit de sources parallèles
ou semblables avec des texte de la Genèse, et détrôna
le texte biblique de son statut particulier. Mais simultanément
il n'aboutit pas à un questionnement pluri-latéral
de la question de l'intertexte. Il ne fut utilisé que pour
remettre en cause l'originalité du récit de la Genèse,
sans considérer les questions aujourd'hui couramment débattues
comme la question des intertextes communs aux deux textes, ou
d'un substrat hébraïque oral plus ancien pouvant avoir
influencé la culture mésopotamienne toute entière.
En Israël, les textes que nous désignerons de l'adjectif
« parallèles » à la culture hébraïque
et biblique furent lus comme des textes sources ayant influencé
la culture hébraïque. Dans le désir inconscient
de se rattacher à une culture universelle parce que mondiale,
une partie de l'école israëlienne rejettait tout particularisme
ethnique ou culturel, en contradiction logique avec les fondements
de la recherche anthropologique.
Le Professeur Finkelstein,
qui était récemment interviewé par la chaîne
de télévision aroutz 2, revendique ce mouvement
de pensée, non pas comme une perspective de l'histoire
des idées, mais comme une vérité absolue
et universelle, qui aurait succédé à un siècle
d'obscurantisme archéologique, qu'il place sous l'égide
de l'archéologie de l'école allemande en Israël,
école qui aurait précisément revendiqué
une recherche archéologique fondée sur les textes
bibliques. Dans son introduction à son ouvrage Menavadout
léméloukha, (De l'errance à la royauté)
(p.9), il expose ses griefs vis-à-vis de ce qu'il considère
comme l'école passéiste archéologue en Israël
: cette école se serait heurtée à des contradictions
entre le texte biblique et les découvertes sur le terrain,
ainsi qu'à des difficultés d'ordre philologique
:
Cette critique méthodologique se voit accompagnée
dans l'émission de décembre 2003 d'un jugement de
valeur plaçant comme révolue, et donc sans pertinence,
toute recherche fondée sur le texte biblique.
Ce point de vue s'avère particulièrement réducteur
pour deux raisons. Tout d'abord, il semble curieux d'adopter un
discours se présentant comme une vérité dans
ce qui devrait être de l'ordre de la recherche, de la remise
en cause scientifique. Il y a là un emprunt délibéré
au domaine idéologique. D'autre part, une petite recherche
dans les publications mondiales les plus récentes dans
le domaine de l'archéologie en Israël montre sans
le moindre doute possible que le point de vue biblique reste un
point de vue très important, à la fois numériquement
et qualitativement, et qu'il n'est plus l'apanage de l'école
allemande, mais qu'on le trouve par exemple sous la plume de nombreux
chercheurs.
Il est vrai que l'école allemande d'archéologie
avait fondé sa recherche sur une lecture naïve des
textes bibliques au XIXe siècle. En 1934 encore, on trouve
l'ouvrage du Dr Edmund Kalt Biblishe Archäologie (Freiburg
: Herder & Co. B.H. Verlagsbuchhandlung). Kalt fonde sa recherche
archéologique sur une recherche biblique et philologique
des termes et son ouvrage décrit la société
aux périodes décrites par la Bible, sur la base
à la fois d'une synthèse biblique et comparatiste
et sur les découvertes archéologiques parallèles
à cette étude.
Certains archéologues britanniques de la même période
vont plus loin, car ils n'utilisent pas l'outil de la comparaison
philologique, et prennent la Bible comme point de recherche méthodologique,
la réalité devant confirmer les descriptions brutes
du texte. C'est ainsi que le révérend S.R. Driver,
Regius Professor d'Hébreu et Canon de Christ Church à
Oxford, écrit en 1922 une ouvrage intitulé Modern
Research as Illustrating the Bible (London : British Academy,
Oxford University Press).
Mais l'outil biblique en archéologie s'ffine progressivement.
En 1953, William Foxwell Albright publie par exemple un ouvrage,
Archeology and the Religion of Israel, où l'auteur, après
des comparaisons philologiques, des études comparatistes
de découvertes archéologiques dans toute la Mésopotamie,
se penche sur le texte biblique pour l'étudier comme un
texte de l'histoire des Idées. On peut débattre
de l'option interprétative, mais en définitive cette
méthode a au moins le mérite de placer le texte
biblique au même niveau méthodologique que les textes
des autres civilisations auxquelles il est comparée, et
non a priori situé dans une position de fiabilité
inférieure.
En 1974 Shalom M. Paul et William G. Dever publient une série
d'études sous le titre de Biblical Archeology. Ils entendent
alors par « biblical » une archéologie déterminant
son terrain de fouilles d'après la Bible et la pertinence
d'une civilisation envers la culture biblique. Leur méthode
est donc interactive et effectue un va-et-vient entre l'archéologie
et la Bible, sans que la méthode archéologique soit
cependant déterminée par le texte biblique, ainsi
qu'ils le précisent explicitement au cours de leur étude
:
It must be stressed that there are no « special »
methods or aims for biblical archeology. It works with the same
materials and techniques, it presupposes the same standards of
objectivity, it strives for the same total reconstruction of the
past, that characterize all archeology. Biblical archeology simply
confines itself - not arbitrarily but deliberately - to those
aeras which are of direct relevance for the Bible.Its geographical
scope extends to all the « Lands of the Bible », which
means the entire Eastern Mediterrannean as far as Iraq and Iran,
but with primary focus on ancient Syria-Palestine, comprising
parts of modern Israel, Jordan, Syria and Lebanon. The chronological
scope of biblical archeology dealt with in this volume extends
until the Persian period. (Jerusalem : Keter, IX)
La recherche archéologique
contemporaine associée à la Bible est loin d'être
aussi caricaturale que ce que le Professeur Finkelstein peut en
dire. Sa méthodologie évolue, varie d'un auteur
à l'autre, permettant à Arthur Gibson, par exemple,
de présenter en 2000 une recherche fondée sur les
tablettes d'argile en sumérien et en hittites pour aboutir
à un travail comparatiste avec les textes bibliques, à
l'inverse de la démarche originelle de la recherche biblique.
Parmi les tenants actuels de la recherche archéologique
associée à la Bible, on trouve H. Darrell Lance.
Lance présente une voie médiane modérée
de la recherche méthodologique. Il démontre en particulier
dans son ouvrage The Old Testament and the Acrheologist qu'une
recherche archéologique utilisant le support du texte biblique
doit s'appuyer sur une connaissance exégétique du
texte, et non sur une lecture naïve et détachée
du contexte sémiologique. Gene Tucker, dans l'introduction
de cet ouvrage, critique par ailleurs les chercheurs du XIXe siècle,
qui se sont servi de l'archéologie pour étudier
le texte biblique très souvent à contresens : «
In the last century archeology has been widely used - and not
infrequently misused - in the study of the Bible. » La difficulté
essentielle de l'utilisation des textes hébraïques
pour la recherche archéologique, explique-t-il plus loin
( p.10), vient du fait que cette utilisation présuppose
la maîtrise de plusieurs disciplines, comme par exemple
la paléographie hébraïque ancienne, disciplines
si complexe qu'elles requièrent parfois une vie d'expérience,
de sorte qu'elles se sont peu à peu développées
en tant que spécialités distinctes. Selon la démonstration
implicite de Lance, l'archéologue doit donc reconstituer
un puzzle de connaissances si gigantesque qu'il lui est plus aisé
d'utiliser ses découvertes pour éclairer le texte
biblique que le contraire. Dans le mouvement de va-et-vient entre
le texte et les découvertes archéologiques, Lance
préconise donc d'utiliser le texte biblique pour éclairer
le sens des découvertes archéologiques, et non comme
outil originel de recherche étant donné la complexité
de sa lecture.
Par contre les publications
des chercheurs israëliens anti-judaïques ne sont pas
très nombreuses, même si ces chercheurs tiennent
le devant de la scène et le haut ds chaires universitaires.
Certains, comme Nili Wazana, et bien qu'interviewée en
tant que spécialiste et présentée comme telle
par le professeur Finkelstein, n'a pas même publié
un article depuis sa thèse, Biblical Border Descriptions
in Light of Ancient Near East Literature.
On reste aussi rêveur devant les sujets de prédilection
de cette école israëlienne d'archéologie. Nili
Wazana se penche sur la question des frontières d'Israël
dans le texte biblique pour les remettre en question. Le Professeur
Finkelstein étudie quant à lui les « implantations
» (hitnahalouiot) dans son livre « L'archéologie
à la période des implantations et de Juges »
(Ha archeologia shel tkoufat hahitnahalouiot véhashoftim).
Le terme est étrangement moderne (le dictionnaire Ibn Shoshan
précise que le terme est moderne, c'est-à-dire date
au plus tôt de la période de la haskala, soit du
XIXe siècle) et ne correspond à aucune expression
utilisée par les textes hébraïques pour la
conquête d'Israël. Il résonne de façon
significative à notre époque, suggérant que
cette étude pourrait bien, en définitive, renvoyer
à une réflexion sur les implantations de l'époque
moderne en Judée Samarie, et sur la légimité
des frontières de l'état d'Israël.
Le problème essentiel de ce mouvement est qu'il entre en confluence avec l'idéologie de gauche israëlienne qui cherche à l'exploiter pour sa démonstration, et avec un mouvement mondial de déligitimisation de l'état d'Israël, qui lui donne alors une caisse de résonance.
2. L'affaire d'Abraham : un exemple d'utilisation politique de l'archéologie anti-judaïque israëlienne:
Les tenants de cette archéologie anti-judaïque ont
vite attiré l'intérêt des media et des politiciens
désireux de démontrer par ce biais l'illégitimité
de la présence juive sur une partie ou sur tout Israël.
Abraham Segal fit ainsi un film, sorti sur nos écrans de
cinéma en 1996, Abraham, où le réalisateur,
membre du mouvement Shalom Arshav, interviewe tour à tour
des philologues de l'école biblique et des archéologues
de l'Université Hébraïque, pour démontrer
d'une part que le lieu du Hevron historique n'est pas assuré,
d'autre part, que le personnage d'Abraham n'est qu'un légende,
et enfin que le Caveau des patriarches ne contiendrait pas les
patriarches, dont l'existence est elle-même remise en question,
mais la dépouille mortelle d'un croisé. Le réalisateur
conclut son film en déclarant qu'en définitive on
se bat à Hevron pour un héritage imaginaire, et
qu'il faudrait évacuer à la fois cette ville, mais
aussi tous les territoires des implantations pour rétablir
la paix.
Quelle que soit l'opinion du réalisateur, on peut regretter
qu'il n'ait construit son film que sur le témoignage de
chercheurs partageant son idéologie. Choisis parmi les
tenants anti-judaïques de l'archéologie, les chercheurs
interviewés donnent en effet une image monolithique de
la recherche israëlienne, et de plus sapant la légitimité,
non seulement de la présence juive dans les territoires
palestiniens, mais dans tout Israël. Le film d'Abraham Segal,
qui a bénéficié de l'aide automatique à
la création filmique en Israël versée par l'état
d'Israël, a ainsi servi des arguments pro-palestiniens aux
spectateurs français juste avant le déclenchement
de la seconde antifadah. Le débat public qui suivait le
film lors de sa projection fut houleux, et laissait déjà
percevoir dans les réactions haineuses du public à
l'encontre d'Israël l'antisémitisme que la seconde
intifadah allait achever de révéler.
Avant même la seconde intifadah, les media internationaux
servirent encore d'amplificateur à ces idéologies,
préparant sans le savoir le nouveau révisionisme
historique palestinien.
Pour ne citer qu'un exemple, Der Spiegel publia en 1998
un numéro entier (près de 120 pages) sur une relecture
de la sortire d'Egypte d'après les archéologues.
Moïse, pouvait-on y lire, était un Egyptien, ainsi
que les esclaves dont ils s'était fait le chef. Il n'ya
avait donc plus de sortie d'Egypte à proprement parler,
ni de peuple hébreu, et encore moins de réalisation
de promesse divine. Les fondements historiques de l'implantation
du peuple hébreu sur la terre d'Israël disparaissant,
toute la légitimité de l'état s'effondrait.
Très curieusement, ces mêmes media ne reprennent
pas les découvertes archéologiques confirmant la
validité des textes bibliques. Le Spiegel se faisait l'écho
des archéologues qui remettaient en question le récit
d'un pharaon possèdant une immense écurie. Récemment,
en 2002, une équipe d'archéologues britanniques
a retrouvé une ville, enfouie dans les limons d'un affluent
asséché du Nil. Cette ville avait en son centre
une immense statue pharaonique portant le nom de Ramses, soit
la ville portant le nom du pharaon dont parlent les midrashim.
Des écuries de plus de cinq cent chevaux témoignaient
d'une puissance militaire du pharaon exceptionnelle pour l'époque
Le Spiegel ne reprit pas l'information, pourtant diffusée
par la BBC
Alors que les media européens, trop souvent, trient avec habilité les informations archéologiques, les Palestiniens réécrivent l'histoire d'Israël, tout en effaçant les traces archéologiques hébraïques des sites sous leur contrôle.
III.
Idéologie et archéologie : les théories révisionistes
palestiniennes
1. Réécriture
de l'histoire révisioniste
Le site de l'Autorité Palestinienne prend beaucoup de soin
à réécrire toute l'histoire du Mont du Temple,
et de lui substituer une histoire qui serait celle d'une mosquée
ayant existé depuis des siècles, bien avant Suleiman
le Magnifique, bien avant Israël, et peut être même
bien avant l'Islam. Les Juifs se sont trompés, entend-on
répéter dans les médias palestiniens. Le
Mont du Temple n'a jamais été le Mont du Temple
. Et puis, les Juifs n'ont jamais sû où était
leur temple. Et puis d'ailleurs, les Juifs n'ont jamais été
en Israël. De façon significative, le site palestinien
accuse les Juifs d'avoir toujours tenté de détruire
la mosquée du Mont du Temple. Mais simultanément,
ils ne mentionnent pas le temple qui précédait la
construction de la mosquée d'Omar.
2. La destruction des sites
archéologiques comme guerre de l'information
Il faut concevoir l'importance de la destruction des vestiges
archéologiques découverts par les autorités
du Waqf sur le mont du temple lorsque les travaux d'élargissement
de la mosquée eurent lieu. Des trains entiers de camions
déblayérent de nuit les vestiges, les jetant à
la décharge publique en massacrant ainsi les couches archéologiques
successives et en rendant le travail des archéologues impossible.
Il était vital d'effacer toute trace de présence
antécédente à l'Islam en ce lieu, de même
que le site de l'Autorité palestinienne réécrit
l'histoire, donnant une identité musulmane au roi David
et à Salomon. Le Mont du Temple renommé devint ainsi
l'esplanade des mosquées. L'histoire réécrite
et le lieu saccagé, la légitimité d'Israël
en ce lieu peut être effacée de la mémoire
collective.
De même, la tombe de Joseph fut détruite, et reconstruite sous forme de mosquée après qu'un travail de délégitimisation du lieu ait été fait. Alors que les Palestiniens déclaraient que ce lieu était la tombe d'un sheikh, les archéologues israëliens interviewés par les media les secondaient en déclarant qu'il n'y avait aucune preuve archéologique de l'authenticité de ce lieu.
Conclusion
Nul doute que certains
chercheurs, dans ces groupes repris par les media, ne soient sincères
dans leur démarche, et que leurs déclarations soient
dépourvues d'intérêt politique. Leur responsabilité
scientifique devrait tout de même les amener à s'interroger
sur l'utilisation idéologique et politique de leurs déclarations,
et à analyser l'utilisation systématique faite par
les Palestiniens de ces débats qui devraient ne concerner
que le cercle des chercheurs.
Le processus idéologique enclenché par les Palestiniens
est si simple, si limpide, qu'il n'est pas très difficile
à comprendre : plus un lieu sera juif, hébraïque,
plus ils revendiqueront ce lieu et effaceront son passé,
matériellement, mais aussi dans la mémoire historique
collective.
Tout cela nous rappelle l'importance de notre propre mémoire
et de l'étude de notre histoire, qui plus qu'un patrimoine,
constitue une part vitale de l'identité d'Israël.