Education et Démocratie (suite et fin)

1 ere partie

L'éducation supérieure en Israël est donc une chose possible jusqu'au stade de la licence.
Le seul problème, c'est que la licence ne débouche sur aucune qualification particulière, sur aucune profession. Et si vous souhaitez poursuivre vos études dans le domaine académique, vous verrez s'élever devant vous des obstacles subtils mùais efficaces pour vous en dissuader. Personne ne vous dira quoi que ce soit. Personne ne profèrera aucune menace. Mais la machine administrative et académique sera mise en oeuvre pour tout bloquer, pour vous décourager.
Alessandra est arrivée d'Italie avec les meilleures notes de l'Université de Milan. Elle espérait pouvoir poursuivre ses études et faire un doctorat, travailler dans une université. Au bout de cinq ans interminables, elle finit par abandonner.
Lorsque Barbara arrive du Canada, elle a été selectionée avec un autre étudiant parmi 200 étudiants pour faire une maîtrise en Israël, et elle a obtenu une bourse dans ce but de son université. Le système se met en marche dès son arrivée. On lui impose des "hachlamot", cours obligatoires "de compensation" en prétendant que l'Université de Toronto n'a pas le même niveau que celle de Jérusalem. Elle fait trois ans de cours compensatoires et mange ainsi sa bourse. Une fois ces cours accomplis, les difficultés 'amoncèlent, alors qu'elle étudie la littérature anglaise, dans sa langue maternelle. Un professeur, russe d'origine, qui la dirige, lui fait réécrire neuf fois son travail, en prétendant corriger son style. Il faut savoir que Barbara a travaillé comme éditrice au Canada pour saisir le grotesque de la situation. Il faudra neuf ans à Barbara pour finir sa maîtrise, et on la contraindra à abandonner son mémoire, à prendre la formule "maîtrise par examen", en lui donnant un note finale dont trois dixièmes de points l'empêche de s'insrcire en doctorat. Au terme du parcours, Barabara éprouve le sentiment d'avoir été laminée par un rouleau compresseur. Quand on vous fait douter du moindre mot écrit, vous finissez par ne plus oser écrire.
Naomie vient des Etats Unis. Elle arrive en Israël bardée de diplômes en éducation spécialisée. On rétrograde son niveau et on lui accorde de s'inscrire en maîtrise, avec des "hachlamots". Même scénario. Naomie a une bourse, qu'elle dépensera pedant ces années d'hachlamot, où rien ne laisse prévoir les difficultés à venir. Au bout de sept ans, elle aussi, bloquée par tous les obstacles dont un consiste à attendre des mois des décisions de commissions ou des notes de devoir conditionnant vos prochaines inscriptions, finit par abandonner. Naomie, spécialisée dans l'éducation des enfants en difficulté ne pourra jamais transmettre son savoir ni même travailer dans son domaine.
Tal elle, est bi-nationale, et elle est issue d'une famille modeste. Lorsqu'elle arrive des Etats Unis, elle s'affronte pendant six ans à la machine de l'éducation supérieure. Elle repartira aux USA pour son doctorat, qu'elle achève en un temps normal.
Faut-il vous énoncer les vingt cas recencés sans grande recherche parmi tous les étudiants de ma promotion? Faut-il vous dire qu'arrivée en Israël avec un Master canadien et une maîtrise française, on m'imposa à moi aussi trois années d'hachlamots? Faut-il dire qu'il m'a fallu neuf ans pour faire un doctorat, et que je dus abandonner le premier entrepris pour une suite de quatre scandales dans le traitement de mon dossier par l'Université hébraïque?
Il y a là véritablement un scandale, et la seule institution capable de faire pression sur les universités est l'agence juive: c'est elle qui verse des bourses et qui ferme les yeux sur cette technique de pompage de l'argent pendant trois ans avant la mise en place d'un système de blocage pour favoriser d'heureux élus de bonnes familles. C'est la technique du closed shop (marché fermé, réservé) et la meilleure preuve de ce favoritisme honteux protégeant quelques familles, c'est que certains milliardaires américains se sont émus du fait que les Universités israëliennes ont parmi les taux les plus faibles de publication du monde par nombre de doctorants et enseignants. C'est tout à fait logique si on observe que pour les professeurs, un doctorat est une concurence potentiel et que tout est fait pour l'empêcher de publier, et que d'autre part, les sélectionnés du système ne sont pas brillantissimes.
Le problème subsidiaire de ce système éducatif est que toutes ces difficultés ne valorisent pas plus vos diplômes. Lorsque vous vous présentez ensuite dans une université française, vous entendrez des réflexions comme "c'est un diplôme du Tiers-Monde", ou bien "de toute façon, nous n'avons pas d'accord d'équivalence avec Israël". Les diplômes israëliens coûtent cher, ils ne débouchent pas sur un diplôme académique du niveau doctoral si vous n'appartenez pas aux familles de privilégiés israëliens proches du pouvoir, et ils ne sont pas reconnus à l'extérieur.

 

Yona Dureau