EDUCATION ET DÉMOCRATIE OU LES PROBLÈMES DU "CLOSED SHOP" EN ISRAEL

L'éducation est un des piliers de la démocratie dans le monde. Lorsque je pense au sytème français, avec tous ses défauts, et que je rencontre la fille de la femme de ménage d'une famille d'amis, actuellement en médecine, j'éprouve une certaine joie, comme si un peu de justice existait en ce monde. Le système universitaire israëlien, malheureusement, ne permet pas une grande mobilité sociale. Très cher, il ne permet guère que d'atteindre le niveau de la licence, et dans des conditions qui relèvent du parcours du combattant. Pour celui qui prétendrait poursuivre, s'élèvent des barrières innombrables de mauvaise volonté et de malhonêteté pour protéger ces carrières et les conserver pour les bonnes familles israëliennes ou les personnes protégées politiquement, selon un système connu en économie sous le nom de "closed shop": traduisez, "le magasin est fermé [pour vous]. Il est donc particulièrement risqué de choisir de poursuivre ses études en Israël, et illusoire d'imaginer qu'il y a là la possibilité d'une quelquonque intégration ou carrière.
Cette série d'articles abordera les questions universitaires en se concentrant particulièrement sur l'Université hébraïque sur laquelle nous avons réuni vingt témoignages de personnes issues de plus de dix pays différents, et toutes parvenues en Israël avec des notes excellentes et des références élogieuses. Il ne s'agit donc pas d'un point de vue personnel, mais de faits malheureusement trop nombreux.

Situation générale
De grandes Universités se partagent le petit marché étudiant d'Israël : Beer Sheva, Tel Aviv, Haïfa, Jérusalem, et depuis peu, l'Université des Mormons installée sur le Mont des Oliviers.
Vu de l'extérieur, le système universitaire israëlien paraît une gigantesque machine. Des centaines d'étudiants viennent faire la queue chaque année pour s'inscrire aux cours, pour s'inscrire aux "méonots", résidence universitaire, pour payer, enfin, leur inscription, qui malgré une subvention clamée très importante par le gouvernement, reste à des prix exorbitants pour un Européen : environ 10220 shekels actuels par an (auxquels s'ajoutent 322 shekels de services divers obligatoires) pour tous ceux qui prennent un programme complet, ce qui explique la nécessité pour la plupart des étudiants d'emprunter pour faire des études, ou de travailler en même temps qu'ils étudient.
Pour donner une idée de la taille des usines universitaires, 24000 étudiants sont inscrits à l'Université Hébraïque, dont 13000 préparant une licence.
A première vue, on peut penser que ces usines fleurissent, prospèrent, et se portent bien. L'Université hébraïque possède même des bâtiments immobiliers assez nombreux au sein de Jérusalem. Une secrétaire que j'interrogeais un jour de grève me répondit : "Il ne faut pas se leurer. L'Université a d'immenses dettes. C'est nous, les employés, qui l'empêchons, par l'intermédiaire de nos syndicats, de vendre ces bâtiments, qui sont notre seule caution pour que nos salaires soient versés en cas de ruine de l'université.".
Situation donc paradoxale d'un monstre aux pieds d'argiles. La situation de l'Université de Tel Aviv, serait, dit-on, plus saine, ainsi que celle de Haïfa.
Mais que se passe-t-il du côté étudiant?
Un dicton israëlien annonce :" accrochez un âne quatre ans à un pilier de l'Université, et payez les inscriptions, et au bout de quatre ans il sortira avec un diplôme de licence." C'est probablement ce dicton qui explique que le journal étudiant s'intitule hamokh (l'âne). Le sentiment général est donc qu'une fois la terrible barrière des psychométriques passée, examens obligatoires classant les étudiants, et les autorisant, selon leurs notes, à poursuivre seulement certaines matières, il suffit généralement de persévérer et d'assister aux cours pour avoir une licence.
Le système des examens psychométriques, remis en cause depuis plusieurs années aux USA, continue de sévir en Israël, et désavantage les étudiants d'origine européene qui ne sont pas formés pour des examens où il s'agit de choisir des formes selon une logique déterminée par des psychologues, avant d'arriver à une partie mathématique en temps limité, et en l'absence de questions réelle de connaissance, de réflexion autonome, ou d'aptitude.
Des écoles privées sont donc apparues ces dernières années, elles aussi très chères, pour préparer les candidats aux études supérieures aux examens psychométriques, préparation coûteuse et retardant encore le début des études, de même que la "mehina" équivalent d'un collège américain où l'on prépare les étudiants au système universitaire.
Devant ces coûts, le temps nécessaire pour toutes ces étapes, et la double difficulté de poursuivre des études en travaillant et en faisant leur milouims (mois d'armée obligatoire chaque année), nombreux sont les Israëliens qui ont déjà choisi de poursuivre leurs études à l'étranger.
Les étudiants ayant décidé de demeurer en Israël se voient en général contraints, dans ces conditions générales, de prévoir cinq, six, ou sept ans pour le passage d'une licence, retardés par le petit boulot qui leur permet de vivre et par un rythme administratif et professoral si lent qu'il faut parfois attendre un à deux mois pour avoir le résultat d'une note, trois mois pour celui d'une commission : pour ne citer que monn cas personnel, je perdis inutilement ma dernière année de bourse à attendre la décision d'une commission siégeant deux fois par an et qui s'était trompé une pemière fois sur mon dossier, pour ensuite l'éliminer afin d'effacer les traces d'erreur.
Bref, le dédale géographique de l'université de Jérusalem, construite comme un labyrinthe, finit souvent par refléter celui des étudiants en quête de diplôme, errant d'année en année, pour atteindre trop tard un titre si désiré, et dévalué à l'étranger.

Le fonctionnement des bourses d'étude
Mais, me diront mes détracteurs, il y a des bourses. Certes, il y a des bourses, que ce soit pour les étudiants sortant de l'armée (pendant un ou deux ans), ou pour les nouveaux émigrants, par l'intermédiaire de l'agence juive, qui donne des bourses pendant trois ans.
Mais ce système originellement égalitaire s'est vu au cours du temps perverti par le système universitaire israëlien au point d'être totalement neutralisé.

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