L'histoire et le développement de la légende du Graal est donc riche en enseignements, et nous allons tenter de les aborder tour à tour.

Partie I du Graal

Il est d'abord intéressant de voir comment les légendes fleurissent ou bien s'oublient au gré des besoins psychologiques d'une époque. Sans les luttes sanglantes opposant l'Occitanie au Nord de la France, la légende du graal n'aurait peut-être jamais connu la notoriété qu'elle connut.
L'histoire du Graal, peut être inspirée du Judaïsme, probablement résultant des mélanges entre judaïsme et chrétienté que pratiquent très tôt les érudits chrétiens, constitue un des premiers textes de ce que Gershon Sholem fut le premier à nommer "cabbale chrétienne".
Le paradoxe est que ce savant mélange de croyances ait dérivé si loin de sa source hébraïque qu'il servit un peuple oeuvrant à la destruction du peuple juif. Tout se passe comme si en fait toute déformation des valeurs essentielles juives, qui ne se comprennent que si elles se lisent dans leur complétude (l'unité des valeurs est la valeur suprême), représentait toujours une force de destruction phénoménale.
On peut bien sûr trouver la source de cette destructivité dans le symbole sacrificial, le sang, le cricifix, la coupe de sang, qui associe les images les plus violentes aux concepts d'amour et de purification, détruisant les limites nécessaires et fondamentales entre amour et mort.
Ensuite, l'histoire de cette légende nous renseigne sur les fondements paradoxaux de l'idéologie pangermaniste des SS, et nous éclaire sur les raisons jusqu'ici obscures de la "réécriture" de la Bible qu'avait commandée Hitler. Le dictateur avait ordonné, parallèlement à la destruction systématique des talmuds, torah, michaniots des Juif que soit réécirt un texte de la création, "au commencement Hitler créa le monde"...
Lorsque j'entendis parler de ce projet hitlérien, je crus entendre un mythe fondé sur la démence du dictateur. Mais tout acte dément se fonde sur une croyance, un système de rationalité alternative. Si la légende du Graal avait fondé les croyances SS, que ceux-ci s'imaginent même le posséder, alors Hitler pouvait s'imaginer détenir le pouvoir suprême, alors que ss troupes s'imaginaient absoutes de toute faute par cet instrument de purification idéale... L'idéologie de purification éthnique arienne se fondait elle aussi sur un acte de sacrifice barbare ancré sur ces croyances, sur l'idée élitiste et arienne de Grandal... La folie du troisième Reich apparaissait sous un nouveau jour, plus affreux encore, plus primitif, rejoignant les pratiques païennes de l'Antiquité.
Quant à Otto Ran, il est au fond lui aussi un exemple caricatural de ce qui arrive à un Juif désireux d'effecer ses origines. Au service du Reich, il est un "étalon" jusqu'à ce que sa judaïté réapparaisse, et sa chute est brutale, sans voie d'issue: il meurt isolé, en pleine montagne, loin de tous, rejetté par tous.