II La Question de la
radicalisation politique de l'Autriche : les taux
d'immigration et la politique coercitive de l'Europe
La Question Haider et l'Isolement Politique de l'Autriche
La question de la shoah divise à nouveau l'Europe. On feint de découvrir la version autrichienne de la guerre. On l'accuse à travers son ressortissant, Hitler. On souhaiterait pour cette question une mesure d'ingérence de l'Europe dans les affaires intérieures de ce pays. Dans cet épineux dossier, au moins trois questions fondamentales sont mêlées sans discernement, et il nous a paru essentiel de les dissocier afin de remettre ce débat sur un terrain plus rationnel. La première question concerne la responsabilité de l'Autriche dans la shoah, question que nous aborderons sous le point de vue de la responsabilité collective. La deuxième question concerne le problème fondamentale du type de gouvernement central que l'Europe veut se choisir, et le risque d'une dérive durable au nom d'une crise ponctuelle. Enfin le troisième débat concerne les risques graves des conséquences politiques intérieures et extérieures, pour l'Autriche et pour l'Europe, d'un isoement de ce pays.
I. L'Autriche, la Shoah, et la Responsabilité collective
Précisons tout de suite notre perspective
: nous ne tenons pas à devenir les avocats de Haider, ni
du nazisme, ni des fascistes de l'extrème droite actuelle.
Il nous a surtout paru important de ne participer à un
phénomène qui risque de voiler une responsabilité
collective éminement plus grave, par le biais d'une sorte
de jeu de bouc émissaire au niveau international.
Le scandale Haider a commencé lorsque celui-ci, invité
à une soirée d'ancien combattants nazis, a, d'une
part, accepté de se rendre à cette invitation, et
d'autre part, invité à la tribune, déclaré
qu'il ne voyait devant lui "que des hommes fidèles
à leur passé et à leurs choix". Notons
tout d'abord que l'Europe n'a rien fait contre l'Italie qui a
invvité Haider il y a moins d'une semaine, à se
rendre à Trieste à une réunion du parti fasciste.
deux poids, deux mesures...
Notons de plus qu'il aurait été plus subtile d'attaquer
Haider sur le fond de sa déclaration car l'entêtement
à l'erreur au-delà des années n'a jamais
été une marque de l'intelligence humaine. Quoiqu'il
en soit, Haider cherchait visiblement à rassembler des
voix, en utilisant des techniques démagogiques, et une
fois son parti en tête des sondages, il formula des excuses
sur ses paroles, tout en faisant preuve d'un art du retournement
de veste qui n'est pas pour rassurer, sans être pour autant
une exception dans le monde politique.
La première chose frappante dans toute cette affaire, c'est
que dans le cas de Haider, nous avons assisté à
un tollé général, probablement parce que
l'opinion a été choquée par le fait qu'un
homme de la génération d'après-guerre ne
rejette pas haut et fort le passé de son pays. A-t-on entendu
Mitterand ou Chirac condamner le passé de Vichy? Les prises
de position ambigües de Mitterand à ce sujet l'ont-elles
empêchées d'être président? A-ton alors
demandé une intervention internationale?
Le deuxième aspect frappant concerne le fait que lorsqu'un
précédent président autrichien avait été
dénoncé il y a quelques années par Israël
pour sa participation passée active au nazisme, personne
n'avait réagi, magré les protestations répétées
d'Israël... L'affaire autrichienne est donc plus complexe
qu'il n'y paraît, et on perçoit dans ces contradictions
logiques des dessous politiques qui nous dépassent vraisemblablement.
La responsabilité collective
Il est temps de nous confronter tous aux fantômes
du passé, et cesser de trouver des responsables isolés
à lapider. Le problème autrichien est un miroir
de notre propre refus à assumer nos responsabilités
passées, et la réaction épidermique européene,
dans l'opinion publique, traduit, comme dans tous les cas de bouc
émissaire, un réaction viscérale de refus
de culpabilité rejetté sur l'individu porté
au pilori. pour comprendre le phénomène, analysons-le
un instant. Que prétend dire l'Autriche pour sa défense
concernant son rôle lors de la seconde guerre mondiale?
Nous avons été envahis par l'Allemagne au moment
de la déclaration de l'Anschluss qui avait été
soutenue dans le gouvernement autrichien par des nazis assassins
faisant régner un régime de terreur dans les coulisses
du pouvoir. Tout cela est strictement vrai du point de vue historique,
mais incomplet. Les nazis introduits dans le pouvoir étaient
aussi soutenus par des groupes nazis en Autriche, sans le soutien
desquels une réaction démocratique du pays contre
l'Anschluss.
Que prétend la France au sujet de Vichy? Nous avons été
envahis par l'Allemagne, et nous avons assisté impuissants
à la mise en place de la solution finale?
Que prétend l'Italie au sujet du fascisme? Nous avons délivré
notre pays de ce fléau juste avant l'arrivée des
troupes américaines. Nous sommes des défenseurs
des libertés.
Que va-ton dire maintenant pour justifier le fait que lorsqu'en
1933-34, Hitler demanda aux pays d'Europe d'accueillir les Juifs
allemands, aucun pays n'accepta, la crise de 1929 ayant laissé
des détresses économiques qui, disait-on, ne permettait
pas de prendre en charge des immigrants. L'antisémitisme
européen de cette période n'est sans doute pas à
négliger non plus.
Que va-t-on dire pour justifier que les forces militaires anglaises
et américaines, alertées depuis 1940 par le gouvernement
polonais en exil de l'existence des camps d'extermination, refusèrent
des bombarder les lignes de chemin de fer y accèdant, sans
jamais apporter d'explication à ce refus?
Que va-ton dire pour expliquer que les survivants de la shoah
furent accueillis en Israël sous les quolibets, comme des
moutons, disait-on, qui avaient accepté d'être menés
à l'abattoir. Que va-t-on dire pour expliquer que ceux
réchappés des camps furent envoyés après
une brève semaine de formation, bredouillant quelques mots
d'hébreu et comprenant à peine les ordres, en première
ligne, contre les troupes arabes, et d'où très peu
revinrent...
Un article publié le 4 Février par le International
Herald Tribune par Barry Lando, dévoile un dernier aspect,
un chaînon manquant dans ces suites d'horreurs : les Américains
n'ont pas bombardé les lignes de chemin de fer menant aux
camps de concentration parce que les Juifs américains,
dans la situation antisémite de l'époque, avaient
peur que l'arrivée de cette masse de réfugiés
en Amérique, amènent des réactions antisémites
encore plus vives: ils ont donc fait pression pour empêcher
ces bombardements.
De Gaulle, le glorieux libérateur de la France, avait quant
à lui exigé que l'on protège Paris et favorise
la délivrance de la capitale avant de procéder à
un quelquonque sauvetage des camps: la longue marche de la mort,
les camps incendiés par les troupes allemenades où
de nombreux survivants ont péri auraient pu être
évités.
Il faut donc en convenir, l'admettre, et faire
notre examen de conscience : les victimes de la shoah ont souffert
par notre responsabilité à tous, et il serait temps
de réfléchir comment éviter un nouveau drame,
comme par exemple le génocide du Cambodge, où le
monde a abandonné une population à un bourreau...
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II Ingérence Européene et Liberté des Etats
Nous sommes à un point de notre histoire
qui sera un tournant décisif pour notre avenir, et il faut
en prendre conscience quelque soit notre choix. Ces dilemme a
été celui des Etats Unis lors de la mise en place
de l'Union, et l'ajustement nécessaire entre pouvoir fédéral
et pouvoir des états. Veut-on ici une Europe centralisée,
forte, décidant au nom des Etats, ou veut-on une administration
centrale chargée de régler les problèmes
économiques touchant nos intérêts communs?
Le président Chirac a déjà dévoilé
son choix lorsqu'il poussa à la mise en place de forces
militaires communes d'intervention rapide. pour lui, pas d'Europe
sans pouvoir central fort.
Le paradoxe est que nous souhaitons ce pouvoir central fort par
intermittence. Nous souhaitons un pouvoir contraignant l'Angleterre
à arrêter ses exportations de viande lors de la crise
de la vache folle, puis nous refusons d'accepter la décision
européene de lever l'embargo sur la viande britannique,
alors que nous acceptons la viande espagnole ou portugaise où
des cas de vache folle se sont déclarés.
Aurions-nous accepté de voir l'Europe intervenir après
l'élection du président Mitterand au nom de ses
amitiés vichisoises?...
Nous ne pouvons pas continuer à exiger deux poids et deux
mesures. Il faut choisir, et accepter les conséquences
philosophiques et politiques de notre choix. Soit nous voulons
la liberté des Etats, dont la nôtre, et nous devons
accepter celle de l'Autriche, soit nous choisissons un pouvoir
central fort, mais qui contrôlera peut-être aussi
nos vies dans un sens qui ne nous paraîtra pas démocratique
en ce sens qu'il ne reflètera pas nos opinions : une restrictions
de nos libertés au nom de la démocratie et des libertés.
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III Les Conséquences de l'Isolement de l'Autriche
Et certains de déclarer: "peu nous
importe l'Autriche, c'est un pays agricole, qu'ils restent entre
eux..."
N'oublions pas que dans un premier temps, l'Allemagne post-première
guerre mondiale était isolée, et que ce replis sur
elle-même, auquel s'est ajoutée la crise de 1929,
le retrait brutal des fonds américains, l'a poussé
à un extrémisme politique. N'oublions pas que l'arrivée
au pouvoir d'Hitler, la montée du nazisme, ont été
favorisés par cette situation. N'oublions pas que cet isolement
croissant, et l'esprit français de "L'Allemagne paiera"
concernant les mines de la Ruhr (ne tentons-nous pas aussi de
"faire payer" quelque chose à l'Autriche dans
toute cette histoire?) n'a abouti qu'à des réactions
nationalistes virulentes. Et tout cela de toute façon a
fini par contraindre les politiciens, au moment où les
choses étaient réellement graves, à faire
le compromis honteux de Münich, en dépis de la démocratie,
et pour rompre un isolement qui ne pouvait être maintenu
plus longtemps: méfions-nous de ne pas mettre en place
un tel embargo politique que nous serions forcés de briser
à un moment beaucoup plus grave...
L'Autriche est un pays à position stratégique pour
l'Europe, car elle nous lie à l'Europe de l'Est. Sa politique
vis à vis de l'Europe de l'Est ne peut pas ne pas avoir
de conséquence sur notre avenir. Son isolement n'est pas
seulement l'isolement d'un pays éleveur de vaches.
Quant à Israël, retirant son ambassadeur d'Autriche,
refusant de donner un visa à Haider, on peut penser qu'il
y a là une réaction d'honneur national, mais qu'elle
est étonnante après une absence de réaction
politique face à un président aux antécédents
nazis. Dans l'isolement politique actuel d'Israël, cette
coupure diplomatique risque aussi d'avoir des conséquences
économiques graves.
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La Question de la radicalisation politique de l'Autriche
: les taux
d'immigration et la politique coercitive de l'Europe
On oublie souvent les origines des problèmes,
et pourtant, en ce qui
concerne la situation actuelle d l'Autriche, l'origine du problème
en
dit long sur la crise qui vise l'Europe actuellement. On oublie
que
l'Autriche, comme l'Allemagne, ont littéralement dû
faire front au
déferlement d'une immigration de masse depuis la chute
du bloc
soviétique, qui s'est mué en une vague incontrôlée
d'immigration
clandestine depuis le conflit du Kosovo, et de la Yougoslavie.
Depuis
plus de dix ans, la politique européene a fait la sourde
oreille aux
problèmes rencontrés par l'Autriche, qui était
en première ligne pour
les questions touchant à ces conflits, et qui ne disposait
pas des
mêmes ressources économiques que l'Allemagne elle
aussi concernée par
ces phénomènes. Or tout le monde le sait, une immigration
de masse,
non contrôlée, n'est bonne ni pour la population
migrante, ni pour la
population recevant cette arrivée, car cette immigration,
mal gérée,
aboutira à marginaliser ces individus en ne les intégrant
pas.
L'Europe a imposé à l'Autriche des taux d'immigration
qui rendaient
cette intégration impossible.
De plus, le refus des partis politiques modérés
à prendre en main ce
problème qui est un sujet tabou (celui qui parle de "réguler"
une
immigration est immédiatement assimilé à
l'extrème-droite) a abouti à
offrir ce sujet à l'extrème-droite, et à
ainsi radicaliser les votes
de ceux qui souhaitaient une prise en main du problème
par les
gouvernants. L'Europe court à présent le risque
de voir se répandre
le même phénomène si elle poursuit sa politique
imposant des règles
d'immigration aux pays frontaliers, et si elle se refuse à
poser les
questions pratiques découlant de cette politique d'immigration.
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