Identité(s) juive(s)?

Qu'est-ce qu'un Juif? Pour le pratiquant, le Juif est d'abord celui d'ont la mère est juive, et qui se doit d'endosser les mitsvots pour se parfaire dans son identité.
Depuis l'identité d'Abraham, de la mida (qualité) de générosité, en passant par l'identité de Ytshak, dont la qualité, est la mida de justice, pour atteindre l'identité de Yaakov, puis celle-ci dans son accomplissement de l'unité des valeurs (de justice et de générosité), l'identité d'Israël.


Le Juif serait un homme dont la carte identitaire passerait par l'unité des valeurs, l'équilibre entre jutice et générosité, le refus de privilégier l'un de ces deux pôles, et c'est en celà qu'il serait l'ami (yehud) de Dieu, l'unité suprême des valeurs.


Tous les Juifs ne se reconnaissent pas dans une définition religieuse de leur identité, même si, instinctivement, ils appliquent cette carte identitaire dans leurs idéaux, façonnés par l'histoire de leur peuple ou de leur terre.


Pour certains, bien sûr, être Juif est un fardeau, ils sont nés Juifs par hasard, parce que leur mère était Juive, et ils rêvent de se débarasser rapidement de cette identité en fuyant tout ce qui se rapporte à leur culture.

Mais ces cas extrèmes sont rares.
On les retrouve aussi souvent, au bout de quelques années, artisans au fond d'un village, en train de façonner une mézouza "pour les touristes" disent-ils, ou de visiter une synagogue "par intérêt culturel", rappellés à leurs origines malgré eux.
Etre juif, c'est avant tout être porteur de mémoire. Les Juifs se définissent par leur lien de mémoire à un livre, à une terre ou à un peuple.
Et leur histoire a fait que cette mémoire porte en elle le germe d'une identité originale qui dépasse toutes leurs différences.
Pour ccomprendre cette identité, la Torah nous avait donné quelques indications. Devenir chrétien, en hébreu, c'est "léitnatser", soit devenir "notsri", croyant de la secte qui voit son origine à "natseret", (nazareth).
Devenir musulman, c'est "léitaslem", soit devenir "muslémi", musulman.
Devenir Juif, ce n'est pas "léityahed", qui serait l'équivalent sémantique, mais "léitgayer", soit "devenir ger", devenir... l'étranger.
Le rav Ashkénazi enseignait ainsi que l'expérience du Guer, au sens premier de l'étranger, était une expérience si primordiale, qu'elle était indissociable de l'expérience juive.
Les Hébreux avaient été "étrangers dans une terre qui ne leur appartenait pas" (l'Egypte),, et lorsque Moïse nomme son fils, il le nomme Gershon, étranger-là-bas, car, dit-il, j'étais étranger en Egypte.
Devenir Juif, entrer dans cette nation, c'est donc endosser l'identité d'un peuple qui connaît l'identité de l'étranger chez l'autre, et qui a appris à admettre une identité étrangère chez lui.
Dans le peuple juif, la tribu des Lévy n'avait pas le droit de posséder une propriété foncière: elle représentait en permanence l'identité de celui qui n'est jamais chez lui, au sein même des institutions juives, liée et proche du monde de la prêtrise, comme si rien de sacré ne pouvait se faire sans cette conscience-là.
Les tribus qui protégeaient le territoire d'Israël, à la frontière, étaient les tribus de Gad et de Reuven, dont les premières lettres reformaient le mot de Guer: l'identité Guer protégeait Israël.
A leur tour, les Guer (au sens de convertis) expériementaient cette identité pour devenir Juif.
Quant aux étrangers au sein de la nation, leur présence étaient si indispensable que tous les textes de la Torah qui évoquent les lois de la terre leur accordent toujours une place, en parlant de "l'étranger qui est dans tes murs".
Leur présence leur permettait de partager une expérience humaine qui devait être universelle, afin de réparer la faute de Caïn, afin d'apprendre à donner sa place à l'autre.
Etre Juif, c'est donc être étranger, mais avec cet amour de l'étranger qui se retrouve dans le cosmopolitisme Juif.
Pas un Juif qui ne cherche à dire combien la nation où il a choisi d'habiter est la meilleure de toute, combien l'identité de ce peuple est merveilleuse.
La tentation de devenir l'autre est intrinsèque à la culture juive.
Et pourtant, l'identité juive porte en elle-même une contradiction: si l'autre attire, néanmoins la mémoire de l'histoire lui a appris que tout est perfectible.
Espoir né du désespoir de son histoire, le Juif, religieux ou laïc, espère toujours changer le monde. Les institutions des hommes sont relatives et toujours sujettes à une remie en cause, une perfection plus grande.
Aussi trouve-t-on les Juifs dans toutes les batailles de l'histoire, dans les révolutions comme dans les quêtes scientifiques, toutes ces luttes ressemblant à leur manière toujours à un espoir messianique en l'homme, que cet homme soit messie par ses institutions ou par ses connaissances.
Etre Juif, c'est, armé du désespoir du passé, espérer indéfiniment en l'homme, c'est, chargé de la mémoire d'un peuple massacré, aimer sans cesse d'autres peuples, et vouloir changer le monde.

Yona Dureau