Yona Dureau : Massacre archéologique à la pelleteuse

Dans une perspective de concessions totales visant à favoriser la paix, Ehud barak avalisa a posteriori au début du mois de Décembre aux autorités du WAKF, (organisme de tutelle des sites religieux musulmans), l'ouverture souterraine de la partie du mont du Temple appellée "écuries de Salomon" par les Juifs, et "Mosquée Marwani" par les Musulmans, dans le but officiel de fournir une issue de secours à une salle prière de ladite mosquée.

L'ouverture de cette mosquée, sur le lieu le plus sacré du judaïsme, revendiquée au nom de l'histoire de la conquête islamique de Soliman le Magnifique, qui aurait construit cette mosquée, avait déjà été perçue par les Juifs comme un acte d'occupation non seulement religieuse, mais à dimension politique.

La conquête islamique a en effet toujours eu pour principe de construire sur tous les lieux sacrés des pays conquis une mosquée marquant la domination de l'Islam sur les autres cultures. L'attitude actuelle des autorités religieuses et politiques palestiniennes consiste à invoquer l'histoire de cette conquête comme patrimoine national pour justifier une expansion de leur "domaine religieux", dont la dimension symbolique politique n'échappe à personne, puisque ces domaines sont placés sur les lieux sacrés des autres religions. D'un point de vue théologique, faut-il rappeller que le Coran édicte que toute terre où un seul musulman aura prié une seule prière est terre d'Islam, que le Jihad devra conquérir?

C'est dans la même optique que les autorités muslmanes ont demandé, et obtenu des autorités israëliens, comme compromi après un an d'occupation du lieu, l'autorisation de construire une mosquée sur un des lieux les plus sacrés de christianisme, sur la place servant de lieu de rassemblement des fidèles pour l'an 2000, devant l'église de l'annonciation. Un tollé mondial s'est alors élevé pour accuser Ehud Barak de vouloir confronter chrétiens et musulmans, sans considérer que les autorités responsables étaient en premier lieu les autorités religieuses musulmanes.

Le dernier épisode de cette politique expansioniste est en train de se dérouler à Jérusalem, sans que les autres nations ne le commentent cette fois-ci, car il s'agit d'un lieu saint juif, d'un patrimoine historique israëlien, et que plus personne n'a d'intérêt à défendre ces valeurs-là, ce site-là, et les traces archéologiques d'un passé hébraïque. On n'accepte pas la domination arabe sur les espaces religieux chrétiens, mais on est prêt à lui concéder tout le domaine spirituel juif si nécessaire. La paix justifie ainsi une prise de pouvoir palestinienne sur les lieux saints, qui sert les buts chrétiens en effaçant le passé spirituel juif de ces lieux.

construit des issues d'abord

Deux semaines après le début des travaux autorisés a posteriori par Ehud Barak au début Décembre, (le WAKF avait déjà pratiqué les ouvertures) le WAKF ne se contenta pas de déblayer une ouverture de trois sorties de sécurité. Les pelleteuses ont mis à jour des restes archéologiques datant de toutes les époques successives d'habitation de ce lieu, depuis l'âge de bronze, jusqu'au Moyen Age.

La stupidité éventuelle des entrepreneurs de ces travaux n'explique pas le massacre archéologique qui suivit, détruisant toutes les couches superposées pour les entasser dans des camions jetant ensuite ces vestiges comme des détritus dans des décharges de la vallée de Kidron et à Azariya. Lorsqu'on organise, contre la loi sur les sites archéologiques, des chaînes de camions de décharge de nuit, on dévoile la dimension consciente d'un acte destructeur. Le WAKF a ainsi consciemment procédé au nettoyage culturel du passé découvert sur le mont du Temple, et les autorités israëliennes ont décidé de tout étouffer, afin d'éviter les remous, les vagues, les grains de sable dans le processus de paix, qui décidément, se fait bien souvent au détriment d'Israël.

John Zeligman, archéologue en poste à Jérusalem, a confirmé l'ampleur des dégats au Jerusalem Post : "C'est à peu près comme si on avait passé tous ces vestiges au mixer. Le fait de tout mettre à la décharge n'est pas le plus grave. Tout le mal était déjà fait lors du creusement. Toutes les couches archéologiques sont à présent mélangées et endommagées."

"Les autorités archéologiques de Jérusalem n'ont pas été consultées ni prévenues des travaux" [contraiement à la loi], déclare Osnat Goaz, porte-parole des autorités archéologiques israëliennes. "Nous avons été surpris d'apprendre le début des excavations."

Le responsable officiel du WAKF, Adnam Husseini, refusa de donner aucun commentaire de la situation. Zeligman a déclaré quant à lui qu'une équipe d'archéologues allait commencer des travaux dans les excavations la semaine prochaine. Une première inspection a mis en évidence des restes datant de la période byzantine et ottomane, dont une partie de restes datant de la période du premier et du second temple, et des objets datant des périodes des Croisades et de la période musulmane. Danny Bahat, un autre achéologue, a déclaré quant à lui que ses étudiants ont trouvé des restes datant de la période de bronze dans les déchets.

Le mouvement "Zu Arsénu" organise quant à lui Lundi 27 Décembre, une manifestation visant à faire prendre conscience de l'importance de ces fouilles, et pour protester contre ce qu'il considère comme une politique laxiste du gouvernement. Leur sologan est simple: "Hamaskir et halev, méabed et haévarim" "Celui qui néglige le coeur perd ses membres".
Yona Dureau