La double stratégie de l'OLP
 
 
L'OLP s'était préparé à cette impasse. Dès le début du processus de paix
d'Oslo, des porte-parole de l'OLP affirmaient que l'OLP adopterait l'action
politique tant qu'elle continuerait à porter des fruits. Mais quand on
arriverait à une impasse, l'OLP se tournerait vers l'action militaire afin de
continuer à promouvoir ses objectifs fondamentaux : retrait israélien aux
frontières de 1967, l'établissement d'un état palestinien avec Jérusalem
comme Capitale, et l'obtention du droit de retour pour les Palestiniens.
 
Dès Janvier 1996, le ministre de la planification et de la coopération
internationale de l'Autorité Palestinienne, Nabil Sha'ath déclarait dans un
symposium à Nablus : "Nous avons décidé de libérer notre patrie pas à pas
.Voici la stratégie. Nous disons : si Israël continue [à négocier] pas de
problème. Et alors nous respecterons les traités de paix et de non-violence,
tant que les accords sont réalisés pas à pas. Mais si Israël dit "assez",
c'est à dire, "nous ne discuterons pas Jérusalem, nous n'accepterons pas le
retour des réfugiés, nous ne démantèlerons pas les colonies, nous ne nous
retirerons pas jusqu'aux frontières" alors dans ce cas, cela voudra dire que
nous reprendrons la violence. Mais cette fois ce sera avec 30 000 soldats
palestiniens armés .....Si nous arrivons à une impasse, nous retournerons à
notre guerre et à notre lutte comme nous l'avons fait il y a 40 ans
 
Dans la plupart de ses discours et interviews en public, Arafat a déclaré que
toutes les options étaient ouvertes ...
 
"En fait, dit Nabil Sha'ath, pendant la période où nous avons conduit les
négociations, trois Intifadas ont eu lieu. Cette dernière est en vérité la
plus importante....
 
"Le choix n'est pas entre la négociation et le combat. On peut négocier et
combattre en même temps. Les Palestiniens se battent avec des armes, avec
la"djihad", avec des Intifadas et des actions suicide......
 
Mais compte tenu des conséquences de l'échec de Camp David, l'OLP avait
besoin d'un prétexte pour exercer une pression au moyen d'actions violentes
,afin de ne pas être considérée par l'opinion internationale comme
l'initiatrice de la violence.Le prétexte fut trouvé quand Ariel Sharon, chef
du Likoud, se rendit sur le Mont du Temple. Et en effet la communauté
internationale accepta la version palestinienne sur les causes du
déclenchement de la violence, et les dirigeants du monde critiquèrent "la
visite provocatrice" -position qui eut aussi un écho dans la résolution du
Conseil de Sécutité de l'ONU.
 
 
Préparations de la violence
 
 
Cependant, dans des déclarations publiques avant la fin du sommet de Camp
David, des représentants de haut rang de l'Autorité Palestinienne révélèrent
leur sentiment que le moment d'une option militaire approchait. Un
représentant supérieur de l'OLP chargé de la sécurité a dit au journal arabe
israélien Kul Al -Arab :"Le peuple palestinien se trouve dans un état
d'urgence étant donné l'échec probable des négociations de Camp David. La
prochaine Intifada -a-t-il prévenu - sera beaucoup plus dure et violente que
la première puisque les Palestiniens ont des armes qui leur permettent de se
défendre dans une confrontation avec l'armée israélienne".
 
 
La semaine suivante, la même source annonçait que : "Le recrutement populaire
dans les territoires a augmenté de façon significative et une armée de
libération de la Palestine a été mise en place sous le commandement du Fatah.
L'Autorité palestinienne a déjà distribué des armes aux citoyens et supervise
l'entraînement et la préparation en vue d'une possible confrontation avec les
forces israéliennes d'occupation"
 
Dès les premiers jours de juillet, le Directeur général du Ministère de
l'Information, Hasan Al-Khashef donnait des instructions aux Palestiniens :
"si tous les foyers deviennent des entrepôts pour assurer les besoins
élémentaires des résidents, cela ôtera un poids des épaules des dirigeants,
car cela leur permettra de se concentrer sur les principaux et nécessaires
défis auxquels ils auront inévitablement à faire face."
 
_____________________________________________________________
Al-Hayat Ak-Jadida,(AP) 16 août 2000. Le chef de la sécurité préventive de
Gaza, Muhammad Dakhlan, a même prévenu : "si on n'arrive pas à un accord, et
s'il s'ensuit une confrontation avec les forces d'occupation, quiconque pense
que la confrontation avec nous sera facile prend ses désirs pour des
réalités. Notre capacité à réagir est meilleure qu' à l'époque de Beyrouth.
Nous avons la possibilité d'affecter la vie quotidienne en Israël. Nous
obtiendrons un état palestinien avec Jérusalem comme capitale, même si c'est
dans le sang"
 
______________________________________________________________
 
Le ministre de la Justice de l'AP Freih Abu Middein est même allé plus loin
et a prévenu que "La violence est au coin de la rue et les Palestiniens sont
prêts à sacrifier 5 000 personnes .
 
 
Les buts politiques de l'Intifada
 
 
Pour soutenir ses objectifs, l'AP poursuit un but intermédiaire :
l'internationalisation du problème palestinien grâce au déploiement de forces
internationales pour "protéger les Palestiniens".Ceci priverait Israël de sa
souveraineté et améliorerait les chances des Palestiniens de pouvoir
proclamer une déclaration unilatérale d'indépendance (UDI).La demande de
l'OLP d'un comité international pour enquêter sur les causes de l'origine de
la violence est le premier pas dans cette direction........
 
 
La guerre médiatique pour se concilier l'opinion publique internationale
pendant l'Intifada.
 
Parallèlement à la lutte sur le terrain, et faisant partie du but de l'OLP
d'internationaliser le conflit,a lieu une guerre médiatique pour obtenir le
soutien de l'opinion publique internationale. ............
 
 
"La seule façon d'imposer nos conditions" expliquait le Directeur Général du
Ministère de l'Information de l'AP "est inévitablement de verser notre sang.
Sans cela, le monde perdrait son intérêt pour notre cause. .........Notre
devoir national est de continuer la confrontation, l'Intifada et le martyr,
de sorte que nos martyrs et nos blessés ne se soient pas sacrifiés en vain et
l'Intifada d'Al'Aqsa sera la voie vers l'indépendance et la liberté"
 
 
L'escalade de la violence
 
 
Le chef de l'organisation du Fatah en Cisjordanie, Marwan Al-Barghuthi, a
déclaré "L'Intifada doit être continuée et intensifiée". Al -Barghutti a même
réorganisé à Nablus ses Tanzim, hommes armés du Fatah et en a fait une
nouvelle milice afin de faire croire que le Fatah n'est pas responsable de la
continuation de la violence. De plus , l'AP a relâché 60 membres du Hamas et
du Djihad Islamique, susceptibles de commettre des actions terroristes qui ne
seront pas alors attribuées à l'AP . ........
 
 
Conclusion
 
 
L'emploi de la force par les Palestiniens après l'échec de Camp David a donné
à l'AP un avantage dans le domaine des relations publiques mais pas de succès
politique. Tandis qu'Israël a été critiquée pour son emploi de la force, ceci
ne s'est pas traduit par un soutien international des objectifs de l'OLP. On
a fait pression sur l'OLP pour qu'elle mette fin à la violence mais on ne lui
a pas promis d'avantages politiques en échange. Barak, pour qui il sera
difficile de rencontrer Arafat tant que la violence continue, a déclaré
néanmoins qu'il était disposé à le faire. Barak a aussi différé la création,
qui semble inévitable, d'un gouvernement d'urgence nationale, pour ne pas
être tenu responsable de l'échec du processus de paix. L'AP , d'autre part,
qui refuse de consentir à un sommet avec Clinton et Barak, est de nouveau
perçue comme la partie qui rejette la paix et veut absolument continuer la
violence.