LE MEA CULPA DE L'EGLISE ET...
DE LA POLICE

Le repentir de l'Eglise catholique: de nombreux Français indifférents,
PARIS, 8 oct (AFP) - De nombreux Français sont restés indifférents à la
déclaration de repentance de l'Eglise catholique pour son silence devant les
persécutions antisémites de Vichy, selon un sondage réalisé par la SOFRES pour
Le Pélerin Magazine.
Si 45% des personnes interrogées approuvent la démarche des évêques le 30
septembre à Drancy devant les représentants de la communauté juive, 41% se
disent indifférents et 5% ne savent pas ce qu'il faut en penser. Ils ne sont
que 9% à désapprouver.
Une majorité estiment cependant que cette déclaration de l'Eglise
catholique permettra d'améliorer les relations entre juifs et chrétiens: 13%
beaucoup, 47% un peu, 32% pas du tout et 8% ne savent pas.
Les plus favorables à la démarche se trouvent chez les catholiques
pratiquants réguliers (61%) et chez les cadres et les professions
intellectuelles (65%).
Ce sondage a été réalisé par téléphone les 3 et 4 octobre auprès d'un
échantillon représentatif de 890 personnes âgées de 18 ans et plus.
A la veille du procès Papon, un syndicat de police au Mémorial du martyre juif pour "demander pardon"
PARIS, 7 oct (AFP) - Après les évêques et à la veille du procès Papon, le
Syndicat national des policiers en tenue (SNPT - majoritaire chez les
policiers en tenue de province) devait se rendre mardi, "en délégation", au
Mémorial du martyre juif afin de "demander pardon".
Cette initiative "solennelle" d'un syndicat de police, qui entend faire
connaître publiquement sa révolte pour le rôle joué par les policiers pendant
l'occupation, a rouvert une sombre page de l'histoire de la police.
Il entend, "en son nom (...) faire connaître la révolte qu'il éprouve
depuis toujours pour la collaboration active d'une partie non négligeable de
la police nationale dans la déportation des juifs de France durant la période
noire de la seconde guerre mondiale".
La délégation est prévue à 18h30 au mémorial situé rue Goeffroy-l'Asnier
(Paris 4ème) où le secrétaire général du syndicat, André Lenfant, devait lire
une déclaration.
Réagissant à cette initiative, le ministre de l'Intérieur Jean-Pierre
Chevènement a estimé, de son côté, qu'il "faut éviter le masochisme" et a
rappelé qu'à cette époque il n'y avait "pas en France un peuple de
collaborateurs ni un peuple de résistants".
Il n'a cependant pas nié que "la police, mais aussi l'épiscopat, les
magistrats, les avocats, ont eu une attitude ambigue".
Au SNPT, on précise avoir été sollicité par le Conseil représentatif des
institutions juives de France (CRIF) et on ajoute que ce n'est pas la première
fois que le syndicat prend position, dans ce sens, à ce sujet.
"Le SNPT, issu du mouvement résistant a, de tout temps, inclus dans son
discours et son comportement, le devoir de mémoire dû à cette tragédie",
affirme-t-on au SNPT.
Une purge touchant 7.000 policiers
"L'actualité nous renvoie aux heures sombres de notre histoire et met en
évidence le rôle prépondérant et néfaste de bon nombre de policiers qui se
sont spontanément mis au service de +l'Etat français+ et qui ont
volontairement agi dans l'holocauste en organisant et en mettant en oeuvre les
rafles des juifs de France", poursuit-il.
Les historiens de la police ont toujours considéré que la rafle du
vélodrome d'Hiver (16-17 juillet 1942) a été "la plus atroce des opérations
effectuées par la police française pour le compte des nazis", ainsi que
l'indique Arlette Lebrigre, spécialiste de l'histoire des institutions, dans
un petit ouvrage consacré à la police, paru chez Gallimard il y a quelques
années.
"Elle pèse aussi lourd sur la responsabilité de la police que dans la
mémoire collective", ajoute-t-elle en nuançant ses propos par le nombre de
policiers de la Sûreté fusillés par les Allemands ou tués dans la Résistance.
Elle évoque encore le rôle joué par la police parisienne dans la libération de
la capitale où 163 policiers de la Préfecture furent tués au cours des combats.
La prolifération de polices parallèles durant cette même période, selon
l'historienne, s'explique également par la résistance "d'une majorité de
membres de la police nationale".
Après la Libération, une purge dans les rangs de la police toucha plus de
7.000 policiers. Elle fut "souvent plus sévère pour les sans-grade que pour
les principaux responsables", relève Mme Lebigre.
 
L'Italie offre une église à Auschwitz

La Conférence des evêques d'Italie a annoncé mardi qu'une église catholique serait consacrée le week-end prochain sur le site du camp d'Auschwitz pour honorer les victimes des nazis."C'est un rêve que nous faisions depuis treize ans et, maintenant, il devient réalité", a ajouté la Conférence des évêques, dans un communiqué.L'église Saint Joseph, dont la première pierre venait du "Mur de la mort" où les victimes faisaient face au peloton d'exécution, sera consacrée par le cardinal Camillo Ruini, président de la conférence épiscopale, à l'occasion de deux journées de cérémonies, les 5 et 6 octobre.A l'intérieur de l'église seront déposés une lampe offerte par les frères franciscains d'Assise, la copie d'un tableau peint par un Italien mort dans le camp et un drapeau italien, donné par le président Oscar Luigi Scalfaro. Le bâtiment en briques couleur de sable, dû aux architectes italiens Angelo Molfetta et Antonio Maria Michetti, fait penser à un temple cassé en son milieu, comme s'il avait été touché par un tremblement de terre. "Auschwitz avait été une déchirure dans l'histoire de l'humanité, l'architecture de
l'église reflète cette déchirure", explique le peintre florentin Americo Mazzotta.L'artiste a orné l'abside d'une fresque inspirée visiblement du Jugement dernier de Michel-Ange, où des morts en pyjamas rayés des prisonniers des camps allemands montent au ciel.Sur un mur latéral de la nef principale, il a peint quatre fresques couleur de sang, illustrant les moments de l'histoire où la Pologne avait aidé l'Europe et la chrétienté : la bataille de Vienne, où le roi Jean III Sobieski avait repoussé les Turcs en 1683, le "miracle sur la Vistule", où la toute jeune armée polonaise, dirigée par Jozef Pilsudski, avait réussi à arrêter les troupes bolchéviques en 1920, la chute du mur de Berlin et du communisme, que le peintre associe au martyre du père Jerzy Popieluszko en 1984, et enfin le troisième millénaire, dans lequel l'Europe entre, guidée par le pape Jean Paul II.Americo Mazzotta, qui a travaillé pendant six mois en Pologne sans se faire payer - "je ne considère pas que j'offre un cadeau à quelqu'un, nous nous l'offrons à nous-mêmes", dit-il - est également l'auteur des vitraux, réalisés par une entreprise de Palerme. Sur l'un des panneaux, saint Joseph, patron de la paroisse, protège une jeune femme enceinte et nue. "C'est l'Europe, dit le peintre. Je n'étais pas sûr que l'Eglise accepte ce projet. Mais il est passé".

La Fédération protestante condamnait la politique antisémite de Vichy dès 1940
PARIS, 2 oct (AFP) - La Fédération protestante de France (FPF) avait
dénoncé la loi du 3 octobre 1940 instaurant un statut des juifs, dont le 57ème
anniversaire vient d'être marqué par une "déclaration de repentance" de
l'Eglise catholique, comme en attestent les documents de l'époque.
Dans son intervention lors de la cérémonie au mémorial de Drancy mardi
soir, le président du Conseil représentatif des institutions juives de France
(CRIF) Henri Hajdenberg a évoqué le pasteur Boegner, président d'alors de la
FPF, "qui s'était élevé contre les persécutions antisémites, ainsi que nombre
de protestants".
Le pasteur Marc Boegner, qui avait pourtant accueilli plutôt favorablement
l'arrivée au pouvoir du maréchal Pétain, n'a eu de cesse tout au long de la
guerre de protester auprès des autorités de Vichy contre les "injustices"
infligées aux juifs. Démarches orales d'abord fin 1940, puis écrites, sous la
pression du conseil de la Fédération, mais qui restèrent d'abord
confidentielles. Beaucoup pensaient alors que Pétain "ne voulait pas cela".
Emotion et recueillement devant le Mémorial du camp de Drancy (REPORTAGE)
par Pierre ROCHICCIOLI
DRANCY (Seine-Saint-Denis), 30 sept (AFP) - Plus d'un millier de personnes
ont assisté mardi soir, dans l'émotion et le recueillement, à la grande
cérémonie de repentance de l'église catholique devant le Mémorial du camp de
Drancy.
Massés côte à côte derrière des barrières les séparant des personnalités
officielles de l'église catholique et de la communauté juive, des milliers
d'anonymes, venus pour certains de province, ont écouté dans le silence les
paroles de paix et de repentance exprimées par l'archevêque Mgr Olivier de
Berranger, représentant de l'épiscopat français.
Parmi eux, des élèves d'une école de l'alliance israélite et issue de
l'école religieuse Blanche de Castille de Villemomble. Des rabbins et des
prêtres, d'anciens déportés ou des fils et filles des victimes de la Shoah
dont certains tenaient dans les mains des bougies allumées, tous ont souligné
l'initiative de l'église catholique qualifiée de "courageuse et fondamentale".
"C'est un événement majeur sur le plan de mon histoire personnelle",
explique Florence, une jeune femme mère de deux enfants. "Je suis issue du
mariage d'une mère juive et d'un père ayant des parents catholiques et
antisémites. Ils ont renié leur fils quand il s'est marié. Aujourd'hui, ceux
qui avaient condamné ce mariage sont condamnés à leur tour. La grande Histoire
leur a donné tort".
"J'habite à Paris mais j'aurais fait aujourd'hui des kilomètres pour
assister à cette cérémonie", explique un prêtre. "Je reçois ces paroles de
repentance comme un soulagement. L'institution à laquelle j'appartiens a péché
lourdement. Je suis heureux qu'elle se mette aujourd'hui à genoux devant nos
frères juifs", explique-t-il, ajoutant très ému : "C'est une guérison de ma
mémoire. J'avais une dent depuis toujours contre mon église à cause de son
silence".
"Je milite depuis toujours pour un dialogue judéo-chrétien," explique le
rabbin Serfaty, de Ris-Orangis (Essonne). "Pour arriver à cette déclaration de
l'église catholique, il a fallu que les Juifs se rapprochent des chrétiens et
que ces derniers ressentent cette confiance", estime-t-il.
 
"Il faut maintenant aller plus loin avec toutes les religions. Enseigner la
Shoah dans les écoles. Crier ensemble l'horreur que nous inspirent les crimes
commis journellement en Algérie. Il ne faut pas que nos enfants puissent
reprocher dans 50 ans à l'église comme à la synagogue leur silence coupable
face aux assassinats de femmes et d'enfants", a-t-il ajouté.
 
La "déclaration de repentance" des évêques: les principaux points
PARIS, 30 sept (AFP) - Voici les principaux points de la déclaration de
repentance des évêques lue mardi soir au mémorial du camp de Drancy par Mgr
Olivier de Berranger, évêque de Saint-Denis, en présence de représentants de
la communauté juive.
Cette déclaration, signée par les évêques dont le diocèse avait sur son
territoire des camps d'internement, a été rendue publique à l'occasion de
l'anniversaire du premier statut des juifs décidé par le gouvernement du
maréchal Pétain (3 octobre 1940).
"L'Eglise catholique, loin d'en appeler à l'oubli, sait que la conscience
se constitue par le souvenir et qu'aucune société, comme aucun individu, ne
peut vivre en paix avec lui-même sur un passé refoulé ou mensonger".
"Le temps est venu pour l'Eglise de soumettre sa propre histoire durant
cette période en particulier, à une lecture critique, sans hésiter à
reconnaître les péchés commis par ses fils et à demander pardon à Dieu et aux
hommes".
"Dans leur majorité, les autorités spirituelles, empêtrées dans un
loyalisme et une docilité allant bien au-delà de l'obéissance traditionnelle
au pouvoir établi, sont restées cantonnées dans une attitude de conformisme,
de prudence et d'abstention (...).
"Face à la législation antisémite édictée par le gouvernement français
(...), face aux décisions d'internement dans des camps de juifs étrangers qui
avaient cru pouvoir compter sur le droit d'asile et sur l'hospitalité de la
France, force est de constater que les évêques de France ne se sont pas
exprimés publiquement, acquiesçant par leur silence à ces violations des
droits de l'Homme et laissant le champ libre à un engrenage mortifère".
"Au delà des circonstances historiques (...) nous avons à nous interroger
sur les origines religieuses de cet aveuglement".
"Certes, sur le plan doctrinal, l'Eglise était fondamentalement opposée au
racisme pour des raisons à la fois théologiques et spirituelles (...) Dès
1928, le Saint-Office avait condamné l'antisémitisme (...) Mais de quel poids
pouvaient peser de telles condamnations (...) par rapport aux stéréotypes
antijuifs constamment répétés (...).
"Force est d'admettre le rôle, sinon direct du moins indirect, joué par des
lieux communs antijuifs coupablement entretenus dans le peuple chrétien dans
le processus historique qui a conduit à la Shoah (...) Pendant des siècles a
prévalu dans le peuple chrétien jusqu'au concile Vatican II une tradition
d'antijudaïsme marquant à des niveaux divers la doctrine et l'enseignement
chrétiens, la théologie et l'apologétique, la prédication et la liturgie. Sur
ce terreau a fleuri la plante vénéneuse de la haine des juifs".
"C'est un fait historique que grâce à toutes (les) actions de sauvetage
venues des milieux catholiques ainsi que du monde protestant et des
organisations juives, la survie d'un grand nombre de juifs a pu être assurée.
Il n'en reste pas moins que si, parmi les chrétiens, clercs, religieux ou
laïcs, les actes de courage n'ont pas manqué pour la défense des personnes,
nous devons reconnaître que l'indifférence l'a largement emporté sur
l'indignation et que devant la persécution des juifs, le silence a été la
règle et les paroles en faveur des victimes, l'exception".
"La tentative d'extermination du peuple juif, au lieu d'apparaître comme
une question centrale sur le plan humain et sur le plan spirituel, est restée
à l'état d'enjeu secondaire. Devant l'ampleur du drame et le caractère inouï
du crime, trop de pasteurs de l'Eglise ont, par leur silence, offensé l'Eglise
elle-même et sa mission. Aujourd'hui, nous confessons que ce silence fut une
faute".
"Cette défaillance de l'Eglise de France et sa responsabilité envers le
peuple juif font partie de son histoire. Nous confessons cette faute. Nous
implorons le pardon de Dieu et demandons au peuple juif d'entendre cette
parole de repentance. Cet acte de mémoire nous appelle à une vigilance accrue
en faveur de l'homme dans le présent et pour l'avenir".
 
 
 
 
 
 
Juifs-catholiques-FN ÷Jean-Marie Le Pen trouve la demande de pardon de l'Eglise de France "scandaleuse"
PARIS, 29 sept (AFP)
Le président du Front national Jean-Marie Le Pen a estimé lundi sur RTL que la démarche de
l'Eglise de France, qui doit demander pardon mardi à la communauté juive pour
son attitude pendant la guerre, est "absolument scandaleuse".÷ "Je trouve
scandaleux que des gens battent leur coulpe sur la poitrine de gens qui les
ont précédés il y a 50 ans. Je trouve cela absolument incroyable que des gens
qui n'étaient pas nés au moment de ces faits viennent, au mépris de la vérité
historique, demander pardon (...), alors que l'on sait que l'attitude générale
de l'Eglise de France a été une attitude de compassion à l'égard de ceux qui
étaient persécutés, y compris les Juifs", a déclaré M. Le Pen.÷ "Certains
évêques de l'époque ont fait des mandements en chaire qui étaient
particulièrement vigoureux contre les lois racistes", a-t-il encore dit.÷
"Ces gens-là feraient mieux de s'inquiéter de savoir s'il ne leur faudra pas
dans quelques années demander pardon des positions qu'ils ont prises
relativement à l'avortement, ou relativement à la nation française, et au
grand problème de l'immigration et de la survie de la France", a conclu le
président du FN.÷
 
 
 
 
Déclaration de repentance des évêques: un acte "positif" mais "tardif", selon Jean Kahn
PARIS, 29 sept (AFP) - Jean Kahn, président du Consistoire central
israélite de France, se "réjouit" de la déclaration de repentance des évêques
sur l'attitude de l'Eglise durant l'Occupation, qui doit être rendue publique
mardi à Drancy, tout en estimant que cet acte "positif" est tout de même
"tardif".
"Je salue cette démarche de l'Eglise de France et je m'en réjouis, mais pas
sans quelques réserves", a déclaré lundi à l'AFP Jean Kahn, qui sera présent
mardi à Drancy. Outre le caractère "tardif" de cette initiative, il s'est
demandé "pourquoi tous les évêques ne signent pas cette déclaration".
Le texte sera signé des noms des évêques dont le diocèse avait sur son
territoire un camp d'internement placé sous le contrôle de Vichy.
Par ailleurs, le président du Consistoire central a demandé "pourquoi
attendre encore" la déclaration de repentance du Vatican.
Un document sur la Shoah et l'antisémitisme est en préparation depuis dix
ans au Vatican.
Jean Kahn a cependant tenu à rappeler "le combat utile" mené par l'Eglise
catholique de France pour résoudre de façon positive l'affaire du carmel
d'Auschwitz, qui empoisonna longtemps les relations entre la communauté juive
et le Vatican, et "son rôle déterminant" pour faire comprendre le caractère
inopportun d'une béatification d'Isabelle la Catholique, la reine d'Espagne
qui fit expulser les juifs du royaume en 1492.
 
Juifs-catholiques
Le grand rabbin Sitruk: "le pardon de l'Eglise de France nous ira droit au coeur"
PARIS, 28 sept (AFP) - Le grand rabbin de France, Joseph Sitruk, a déclaré
dimanche que la demande de pardon de l'Eglise de France pour son silence
devant la politique antisémite de Vichy "ira droit au coeur" des Juifs.
Le grand rabbin Sitruk s'exprimait au cours de la cérémonie à la mémoire
des déportés organisée chaque année à la synagogue de la rue de la Victoire à
Paris. Mardi lors d'une cérémonie commémorative à Drancy, des évêques français
doivent rendre publique une déclaration de "repentance".
"Reconnaître son erreur est plus que du courage. C'est de l'héroïsme",
a-t-il souligné. "Voilà pourquoi demain le pardon de l'Eglise de France nous
ira droit au coeur. Il est le propre des croyants sincères. Il est empreint
d'humilité. Il sera acte de fraternité".
Joseph Sitruk a également fait allusion au procès pour complicité de crimes
contre l'humanité de Maurice Papon, jugé à partir du 8 octobre devant la cour
d'assise de la Gironde. "La condamnation demain de ceux qui ont trahi les
grands principes de la République française sera acte de justice", a-t-il dit.
Le grand rabbin de France avait auparavant évoqué "tous ceux qui, bourreaux
ou complices, ont laissé assassiner leurs frères humains dont le seul crime
était d'être juif".
"Tous? non, ils étaient nombreux, humbles ou grands de ce monde, qui se
sont battus pour rester des hommes à côté de leurs frères", a-t-il dit.
En demandant à ce que la nouvelle année juive, qui commence jeudi, soit
placée "sous le signe de l'espérance", il a annoncé que le consistoire central
allait rendre hommage le 2 novembre à Thonon-les-Bains à tous les "Justes" qui
ont contribué à sauver des Juifs durant l'Occupation.
A l'issue de la cérémonie, six bougies ont été allumées dans la synagogue à
la mémoire des six millions de Juifs exterminés sous le nazisme. L'une de ces
bougies a été allumée par Michel Slitinsky, qui s'est battu des années durant
pour que soit établie la responsabilité de Maurice Papon dans la déportation
des Juifs de Bordeaux.
 
 
 
 
L'Eglise catholique et Vichy: déclaration de "repentance" des évêques mardi à Drancy
PARIS, 28 sept (AFP) - Le 57ème anniversaire des premières lois antisémites
de Vichy sera marqué par une initiative solennelle des évêques français, qui
rendront publique mardi à 18 heures à Drancy une déclaration de "repentance" sur le silence de l'Eglise d'alors.
 
Tous les évêques d'Ile de France, et tous ceux dont le diocèse abritait
durant la guerre des camps d'internement gérés par Vichy, se retrouveront
mardi au mémorial du camp de Drancy, en présence de représentants de la
communauté juive et d'associations de déportés, pour entendre Mgr Olivier de
Berranger, évêque de Saint-Denis, lire en leur nom cette déclaration.
C'est donc au tour de l'Eglise catholique de se mettre au clair avec son
histoire, après l'Etat qui, par la voix du président Jacques Chirac, avait
reconnu le 16 juillet 1995 la responsabilité de la France dans les
déportations de juifs durant la guerre, et à quelques jours de l'ouverture du
procès de l'ancien haut-fonctionnaire de Vichy Maurice Papon.
L'Eglise va reconnaître le silence coupable des évêques d'alors devant les
lois anti-juives de Vichy qui préparèrent le terrain aux persécutions nazies.
On sait aujourd'hui qu'informés sur la préparation de ces lois promulguées
les 3 et 4 octobre 1940, les évêques, réunis le 28 août, avaient estimé qu'il
pouvait "paraître légitime de la part d'un Etat d'envisager un statut légal
particulier pour les juifs" qui "ne sont pas des étrangers ordinaires" mais
"des gens inassimilés", même si ce statut devait "s'inspirer des règles de la
justice et de la charité".
Il faudra attendre 1942, les rafles et les déportations en masse, pour que
certains évêques réalisent l'horreur de la situation faite aux juifs et
s'expriment, surtout dans les diocèses de la zone sud. Ainsi, le 30 août 1942,
Mgr Jules Saliège, archevêque de Toulouse, fera lire en chaire par tous ses
curés un texte soulignant que "les juifs sont des hommes, les juives sont des
femmes" et que "tout n'est pas permis contre eux".???
Un long processus parfois difficile
De nombreux catholiques se sont également engagés, avec d'autres, dans le
sauvetage des juifs pourchassés aussi bien par l'occupant que par la police de
Vichy.
La démarche des évêques français aujourd'hui s'inscrit dans un long et
parfois difficile processus engagé depuis la fin de la guerre, et surtout
depuis le concile Vatican II, pour en finir avec l'antijudaïsme qui a marqué
le christianisme durant des siècles.
Les évêques allemands, dont l'Eglise s'était compromise avec le régime
nazi, ont publié une déclaration similaire pour le 50ème anniversaire de la
libération du camp d'Auschwitz le 23 janvier 1995.
Le Vatican travaille depuis dix ans à une déclaration sur les rapports
entre judaïsme et christianisme, et notamment sur la responsabilité des
chrétiens dans la diffusion de l'antisémitisme. Cette déclaration devrait être
rendue publique dans la perspective du "jubilé de l'an 2000", à l'occasion
duquel le pape Jean Paul II a appelé les catholiques à demander pardon pour
toutes les fautes commises au cours de leur histoire.
 
L'acte de repentance des évêques: trois questions au père Dujardin
PARIS, 28 sept (AFP) - Le père Jean Dujardin, secrétaire du comité
épiscopal chargé des relations avec le judaïsme, est l'un des maîtres d'oeuvre
de la déclaration des évêques.
- Pourquoi cette démarche vient-elle si tard?
 
"Comment expliquer les lenteurs d'un cheminement? Beaucoup de choses
m'échappent. Il y a des considérations d'ordre psychologique: ce n'est pas
évident pour un individu d'être parfaitement au clair avec son passé. C'est
encore plus vrai pour un corps social.
Il y a également des raisons historiques. Au lendemain de la guerre,
l'attention était polarisée sur autre chose, et souvent on n'a pas mis en
cause l'Eglise. On l'a même remerciée pour ce qu'elle avait fait à partir de
1942, notamment pour les déclarations fortes de quelques évêques.
Par ailleurs, les historiens n'ont mis au jour que récemment
l'antisémitisme que Vichy développait pour lui-même, sans que les Allemands
fassent pression. Or, il ne s'agit pas seulement pour l'Eglise de faire le
bilan de la recherche historique. Entre la thèse d'un historien et le fait que
l'Eglise en assume les conclusions, il y a une étape d'ordre moral."
- Pourquoi, en 1940, l'absence de parole publique des évêques sur les
mesures antisémites de Vichy?
"C'est vrai, ils n'ont pas eu conscience qu'il y avait là un enjeu grave.
Sans vouloir excuser, il faut se replacer dans le climat de l'époque. Le
régime de Vichy jouissait à leurs yeux d'un a priori favorable. Ils ont
d'abord vu d'un bon oeil ses valeurs (travail, famille, patrie). Vichy était
bienveillant envers l'Eglise alors que les évêques, sans être
anti-républicains, ne gardaient pas un bon souvenir de l'anticléricalisme de
la République.
Les stéréotypes anti-juifs qui parcouraient alors le monde chrétien ont
également joué un rôle dans la cécité de la plupart des évêques."
- Que reste-t-il de cet antijudaïsme chrétien?
"Depuis Vatican II, la clarification a été faite: si vous êtes antisémites,
vous ne pouvez pas vous couvrir de l'enseignement de l'Eglise, vous êtes en
contradiction avec lui. L'Eglise combat les schémas mortifères sur "le juif
déicide"."
 
 
Un bilan sevère du pape pour le XXème siècle, "marqué d'ombres"
par Bruno BARTOLONI
BOLOGNE (Italie), 28 sept (AFP) - Jean Paul II a fait un bilan sevère des
fautes et des mérites du XXème siècle devant deux cent mille fidèles
rassemblés pour la messe qu'il célébrait à Bologne (nord), dimanche matin, à
la conclusion du 23ème congrès eucharistique italien.
"C'est un siècle, a-t-il declaré, au cours duquel de graves atteintes ont
été portées, sur une échelle planétaire, à l'homme dans la vérité de son
être."
"Au nom d'idéologies totalitaires et mensongères, ce siècle a sacrifié des
millions de vies humaines. Au nom d'une pseudo liberté, on continue à
supprimer des êtres humains, pas encore nés et innocents", a-t-il ajouté en
dénonçant avec force la "folie meurtrière" des champs d'extermination nazis et
soviétiques, mais aussi la diffusion de l'avortement legalisé.
"Au nom d'un bien-être qui ne sait pas tenir ses promesses de bonheur,
nombreux sont ceux qui ont pensé qu'il était possible de se passer de Dieu",
a-t-il dit.
 
Les lois de Vichy sur le statut des juifs
(ENCADRE)
PARIS, 28 sept (AFP) - Les évêques ont choisi de rendre publique leur
déclaration sur l'attitude de l'Eglise catholique durant l'Occupation à
l'occasion du 57ème anniversaire de la première loi anti-juive de Vichy.
Le mea culpa solennel de l'Eglise pour son silence officiel sur les
persécutions antisémites sous Vichy doit avoir lieu au cours d'une cérémonie
organisée le 30 septembre au mémorial du camp de Drancy en présence des
représentants de la communauté juive.
La loi du 3 octobre 1940 "portant statut des juifs" fut un des premiers
actes législatifs du gouvernement mis en place le 12 juillet par le maréchal
Pétain après avoir obtenu les pleins pouvoirs.
Auparavant, Vichy avait décidé la révision des naturalisations accordées
depuis 1927, abrogé un décret-loi réprimant l'incitation à la violence
xénophobe et antisémite par voie de presse et interdit la haute administration
aux Français nés de père étranger.
Les historiens ont établi que les lois anti-juives promulguées en 1940
n'avaient fait l'objet d'aucune demande de la part des Allemands, qui avaient
pour leur part pris des mesures pour la zone occupée dès le 27 septembre.
La loi du 3 octobre 1940 définit comme juif "toute personne issue de trois
grands-parents de race juive, ou de deux grands-parents de la même race si son
conjoint lui-même est juif".
Les juifs se voient interdire l'accès au gouvernement, aux assemblées
élues, aux grands corps de l'Etat, à la magistrature, à l'enseignement, à la
haute fonction publique, au corps des officiers, à la direction et à la
gestion d'entreprises publiques et à celle de journaux, radios, cinémas,
théâtres, salles de spectacles.
En outre, la loi ouvre la porte à l'instauration d'un numerus clausus dans
les professions libérales.
163 textes anti-juifs promulgués par Vichy
Des exceptions sont prévues pour les anciens combattants ou ceux ayant
rendu des "services exceptionnels" à l'Etat.
La loi du 4 octobre 1940 permet l'internement administratif des juifs
étrangers "dans des camps spéciaux" ou leur assignation à résidence.
La loi du 7 octobre 1940 abroge le "décret Crémieux" de 1870 accordant la
nationalité française aux juifs d'Algérie.
La loi du 2 juin 1941 remplace, en l'aggravant, la loi du 2 octobre 1940.
Le même jour, une autre loi prescrit le recensement des juifs.
Les juifs subiront encore dans les mois suivants l'établissement d'un
numérus clausus dans les universités, le contrôle de l'acquisition d'un fonds
de commerce, la réglementation de la profession de pharmacien, l'interdiction
de changer de nom ou de recourir à un pseudonyme, l'interdiction d'exercer
comme acteur ou artiste lyrique.
Le 11 décembre 1942, une loi impose d'inscrire la mention "juif" sur leurs
cartes d'identité.
En tout, de 1940 à 1944, le régime de Vichy a promulgué 163 lois, décrets,
circulaires et arrêtés concernant les juifs.