La propagande électorale a commencé, et les manoeuvres politiques aussi

 

Dans toute campagne électorale en Israël il était habituel de voir les coups les plus bas portés par un parti ou l'autre à son adversaire, ceci sans doute dans la droite lignée de la tradition démocratique américaine fonctionnant à l'audimat et l'effet d'annonce. On a pu voir au cours de ces dernières semaines une accélération et une amplification frénétique de ces tentatives d'influence de l'opinion, avec les sondages à répétitions de l'opinion opposant les adversaires politiques réels avec les virtuels, et proposant par exemple des projections et statistiques sur les résultats de vote des Israëliens selon que Sharon se verrait opposé à Barak ou bien à Shimon Peres.
Et voilà que Peres, lâché par le parti Meretz, revient sur le devant de la scène, avec toutes une séries de manoeuvres de sa part - prétendant ne pas vouloir intervenir dans le combat politique de Barak, ou bien s'affichant comme l'allié fidèle de Barak s'efforçant de convaincre ses partisants de voter pour Barak, et de participer à ce rassemblement de leurs forces - et de la part de Ehud Barak lui-même, assurant le public qu'il réservait une place d'honneur à Peres dans son prochain gouvernement, expliquant avec une tristesse feinte au lendemain de l'échec cuisant de Peres auprès de Meretz qu'il fallait à présent penser surtout à la paix et unir toutes les forces...
Et puis les simagrées s'interrompent, et les masques tombent peu à peu. On recommence à parler de la candidature de Peres, en dehors de toute légalité, puisque les candidatures officielles devaient être présentées à une date limite fin décembre. Ehud Barak pourrait, selon ces annonces, démissioner de sa candidature jusqu'à trois ou quatre jours avant les élections pour céder sa place à Peres...
Et voilà que Peres, non content d'avoir trempé dans plusieurs affaires de détournement de fonds que l'on peut qualifier d'internationaux (versés par des donnateurs du monde entier au centre Peres pour la paix), qui se voit de nouveau en lice pour se présenter à la première fonction politique de l'état...
Et voilà qu'un pays meurtri depuis septembre, Israël, fait mine de ne plus savoir à quoi ont abouti les accords passés hâtivement par Peres, trop hâtivement, pour servir une carrière politique personnelle et à courte vue...
On croit rêver... Alors que Ehud Barak fait publier un Livre Blanc pour dénoncer les exactions palestiniennes et démontrer que Yasser Arafat n'a jamais tenté sérieusement l'option de la paix, voilà qu'il nous présente à nouveau le responsable de ces mêmes accords comme un sauveur...
Deux hypothèses, tragi-comiques, s'imposent: soit le Livre Blanc est une arme visant à déligitimer Peres en même temps que Arafat, et à pousser l'électorat de gauche dans les bras de Barak. En ce cas les simagrées publiques de Barak en sont d'autant plus ridicules...
Ou bien le Livre Blanc n'a pour fonction que de présenter l'option de la paix qui fut celle de Barak comme un échec, et une nouvelle politique de celui-ci comme un tournant décisif, mais alors ce Livre Blanc aboutit aussi à soutenir Sharon...
Car la troisième hypothèse, celle selon laquelle le Livre Blanc aurait pour but de créer une pression supplémentaire sur Yasser Arafat, est peu probable, dans les circonstances actuelles où le temps ne permet plus de parvenir sous la présidence de Clinton à un accord entre Israëliens et Palestiniens