(Yona Dureau) La polémique
autour de la liquidation du chef du FPLP
Abu Ali Mustafa
était le chef du FPLP, mouvement originellement créé
par George Habash, affilié à l'OLP après
la conférence internationale néonazie de Barcelone
de 1969 à laquelle participèrent les mouvements
palestiniens.
Abu Ali Mustafa est mort d'un tir d'obus lancé par Tsahal
sur son bureau, toute précaution ayant été
prise pour ne l'attaquer que lorsqu'il serait seul, et afin de
ne pas blesser ou tuer aucune autre personne.
Le Front de Libération de la Palestine, et en particulier
Abu Alli Mustafa, s'étaient tenus à l'écart
des actions violentes contre Israël, depuis leur retour à
Ramalah et Gaza, retour permis par les accords de paix d'Oslo.
La seconde intifadah marqua cependant un changement dans cette
attitude, et l'on sait en particulier que Abu Ali Mustafa était
responsable de plusieurs voitures piégées ayant
explosé dans le pays, dont une voiture piégée
ayant explosée rue Ben Yéhudah, à Jérusalem.
La liquidation d'Abu Ali Mustafa a été décidée
selon une voie impromptue. Le conseiller de Tsahal auprès
du premier ministre lui a fait part de la possibilité technique
de cette opération, en lui demandant, selon la procédure,
une autorisation de l'appliquer. Le conseiller militaire et le
premier ministre ayant consulté le cabinet restreint de
sécurité, décision fut prise d'appliquer
le plan de Tsahal.
La liquidation d'Abu Ali Mustafa a lancé une polémique
politique, d'une part, dans le camp palestinien, journalistique
d'autre part, et enfin sécuritaire. Les Palestiniens ont
qualifié cette liquidation "d'assassinat d'un homme
politique de première importance", et ont appelé
à une réaction internationale en peignant une situation
tragique où les Israèliens s'apprêteraient
selon eux à éliminer tous leur politiciens. Les
journalistes se sont lancés dans des discussions sans fin
pour savoir si un homme politique qui s'occupait d'actions terroristes
le matin et de politique l'après-midi était un politicien
faisant du terrorisme, ou un terroriste faisant de la politique.
La question sécuritaire qui constitue la polémique
supplémentaire de cette affaire concerne en effet le statut
de l'individu liquidé par Tsahal. En effet, jusqu'ici,
un accord implicite entre Palestiniens et Israèliens concernait
les hommes politiques des deux bords, qui n'étaient jamais
menacés par les actions militaires. La mort d'un "politicien"
terroriste palestinien menace donc ce fragile consensus, mettant
en danger directement les hommes politiques israèliens.
La situation invraisemblable de cette confusion entre hommes de
main et hommes politiques est la conséquence directe d'une
politique palestinienne mise en place dès le début
des accords d'Oslo. Je me rappelle un journaliste allemand, enquêtant
avec moi sur un sujet commun en 1996. "Tu veux le téléphone
du responsable de l'attentat de Münich?" "De quoi
parles-tu ?" "C'est le responsable de la coopération
israèlo-palestinienne sur les questions de sécurité""!?..."
"Comme ça les Israèliens ne pourront pas l'éliminer..."
"Tu veux le numéro de téléphone du responsable
du détournement de la TWA, en 19...? C'est le responsable
de la communication... etc..."
Les Palestiniens avaient ainsi protégé leurs hommes
d'action, préservant ainsi leurs spécialistes du
terrorisme, et "piégeant" les Israèliens
qui ne pouvaient plus rien faire contre ces hommes sans mettre
en péril les accords de paix. De toute l'arène politique
et journalistique internationale, personne ne dit un mot sur l'étrange
composition d'anciens chefs terroristes dirigeant l'Autorité
Palestinienne. Dès le début, les accords de "paix"
étaient mis entre les mains des hommes qui avaient toujours
juré la fin d'Israël.
La polémique consistant à savoir si Abu Ali Mustafa
était un politique ou un terroriste n'a donc aucun sens
si elle n'est pas resituée dans son contexte originel.
La liquidation d'Abu Ali Mustafa aura sans doute d'autres conséquences,
politiques et militaires, que seul le développement des
événements pourra réellement révéler.
Laïla Khalad, leader d'un des mouvements les plus extrémistes
du côté palestinien, appelle à présent
à la revendication et à la reconquête de Haïfa
et d'Acco.
L'attaque contre Gilo fut la première conséquence
immédiate. Un appel téléphonique de Sharon
à tous les ministres lui permit de constater que face à
cette attaque, tous, à l'exception de Peres, souhaitaient
une réaction militaire israèlienne à Beit
Jallah, le village d'où émanent depuis cinq mois
les tirs sur Gilo. Peres ne fut jamais si isolé. Sa suggestion
consistait à proposer d'appeler Yasser Arafat pour lui
demander de dire aux attaquants de Gilo de cesser leurs tirs.
Tous les autres ministres, désillusionnés, demandaient
une attaque. En fait, du point de vue du règlement du gouvernement
israèlien, un tel accord n'était pas même
nécessaire, et Sharon pouvait prendre cette décision
seul avec le conseiller militaire si le besoin en était.
La conséquence politique étrangère de cette
affaire concerne tout d'abord un rapprochement de Yasser Arafat
avec la Syrie, alors même qu'il doit bientôt se rendre
à Damas pour discuter de l'aide syrienne ou de sa neutralité
face au conflit palestino-israèlien. Tout pousse Arafat
vers Damas, mais on peut se demander si ce rapprochement change
réellement les données du problème de ce
point de vue, dans la mesure où les mois qui se sont écoulés
depuis le début de la seconde intifadah avaient déjà
été le théâtre de déclarations
de soutien syriennes.
Autre conséquence immédiate de cette politique,
l'Europe et les USA condamnent Israël. Dans la situation
actuelle et l'ambiance du pays, ces condamnations sont perçues
comme une raion supplémentaire pour Israël d'agir
seul, la mauvaise volonté internationale devant les attaques
terroristes contre Israël apparaissant ici dans toute leur
vérité.
Les Palestiniens se sont unis autour de a mort d'Abu Ali Mustafa
et devant le retour des tanks dans des zones palestiniennes. Ils
jurent d'attaquer tout Israèlien ou tout Juif, en Israël
ou hors d'Israël, et de venger au centuple leur homme politique.
Cette conséquence là sera sans nul doute la plus
difficile à gérer.