On tire et on photographie,
on filme, on regarde et on pleure
Extrait d'un article de 'Hani Louz
Hatsofé, 10/11/2000
 
De manière à comprendre comment est composée l'image de la situation en Israël du point de vue des médias internationaux, voici quelques exemples que nous avons choisis sans difficulté ces jours derniers :
 
Le Monde, important quotidien français, parle de 200 000 colons, dont 70 000 sont des « idéalistes extrémistes, dont le rôle est de susciter des complots provocateurs parmis les villageois palestiniens ». Ils sortent avec leurs armes, injurient et frappent. . Selon le même journal 130 000 parmi les colons sont venus à cause de la qualité de vie et ils sont disposés à repartir, si seulement on leur donnait de l'argent, même l'état d'Israël . Ainsi, chers lecteurs, c'est ce qu'on pouvait lire début de la semaine.
 
Le grand hebdomadaire français L'Express a publié un grand article sur Israël, qui décrit la violence brutale de Tsahal face à l'intifada innocente, bref, des enfants innocents, face aux blindés menaçants.
Le quotidien français La Croix expliquait au début de la guerre la signification du Mont du Temple. Ils y prétendaient qu'il n'y avait aucune preuve d'un lien quelconque de l'endroit avec les Juifs. Collaboraient à l'article trois coauteurs : Le Patriarche Catholique, un arabe nommé Sabbagh ainsi que deux intellectuels, l'un catholique d'origine européenne, l'autre politicien appartenant à l'appareil de l'Autorité palestinienne. ..
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David Badin, qui dirige l'agence de presse « Makor yisraeli » qui se trouve dans Beit Agron depuis le début de l'intifada de 1987, s'efforce de remplir le vide médiatique. Badin et d'autres reconnaissent eux aussi, douloureusement, que du côté arabe il existe une organisation bien fournie qui se charge de la propagande ( ou si on préfère, de l'information), alors que du côté israélien on est plus hésitant et en retard sur eux. En bref, notre système d'information est boiteux.
David Badin polycopie des bulletins de presse, diffuse de la matière aux journalistes étrangers, et les guide. Mais il lui est difficile de rivaliser avec la concurrence arabe, travaillant seul, financé par des dons, face à une organisation particulièrement solide.
 
JMCC, le centre de communication et d'information de Jérusalem, sur la route de Sh'khem à Jérusalem, est le premier endroit que visite un nouveau correspondant. Les correspondants qui s'y présentent recevront un dossier de presse préparé et commode à utiliser, de l'information tapée en bon anglais, de bonne qualité, des rapports, des cartes et des photos, et articles rédigés et illustrés. S'ils veulent une visite personnelle à des endroits qui les intéressent, pas de problème. On organise tout, au frais du Raïs. Du côté israélien il y a Chalom akhchav ( La Paix maintenant) et le Gouch Chalom (Bloc de la paix). Eux aussi ont appris le travail d'alimenter le correspondant et ils le font avec énergie, sans attendre que le correspondant vienne à eux. Badin raconte qu'une correspondante arrivée la semaine dernière des Etats-Unis, juive sans doute, mais ignorant tout ce qui touche à Israël et au judaïsme.

« Chalom Akhchav lui dit qu'ils la prendront pour une visite des colonies juives », raconte-t-il. « Ils sont arrivés à des grottes dans la région d'Itamar, et lui ont montré que les colons habitent des grottes, et sortent tous les matins pour faire la chasse aux arabes innocents qui passent par-là par hasard ». Ainsi, selon Badin, est informée une nouvelle correspondante du sujet le plus sensible du Moyen-Orient ­ les implantations. Pour corser encore ils lui ont raconté que l'accompagnateur de Chalom akhchav était un officier de renseignements. Que peut faire une correspondante américaine innocente lorsqu'on étale, pour ainsi dire, des faits ? Ce même accompagnateur a affirmé à Badin que bien que les colons d'Itamar constituent une exception, ils font partie de l'ensemble. A la correspondante il les a présentés comme étant la norme.
« Lorsqu'elle est arrivée chez moi, je me suis assis avec elle plusieurs heures , je lui ai expliqué les faits et je l'ai invitée pour passer chabat dans ma maison à Efrat, dit Badin. Je lui ai aussi arrangé une rencontrer avec la famille de Esh-Kadosh, (soldat tué par les palestiniens), d'origine américaine. »
Il y a l'ignorance et il y a l'hostilité
 
Mikhael Blum, journaliste indépendant, essaie de combler le vide créé sur la scène française. Blum travaille pour l'agence de presse française A.F.P., et il fait la liaison avec la chaîne FR3 en France. « Il ne fait aucun doute que les médias français sont hostiles à Israel et prennent pari pour le côté palestinien, et ceci ne date pas d'aujourd'hui, dit Blum. Le Quai d'Orsay a toujours été pro-arabe. Et donc, au niveau de la rédaction, on doit s'adapter. »
Blum attribue la partialité en faveur des arabes à deux facteurs principaux : le premier, c'est l'ignorance de tout ce qui se rattache au conflit arabo-israëlien, le second c'est de l'hostilité gratuite, souvent de l'antisémitisme.

« Face à cela il n'y a pas grand chose à faire, affirme Blum. Mais pour celui qui n'est pas hostile mais soufre seulement d'ignorance cela vaut la peine de faire des efforts pour lui. J'ai beaucoup de réunions avec des correspondants. Même pour un petit article je m'assoie des heures avec un journaliste. Je les invite à la maison, et je les emmène en tournées sur le terrain pour rencontrer des gens intéressants.
Avez-vous des relations de travail avec les implantations ?
Mikhael Blum : La plupart, oui. Il n'y a personne en charge pour travailler face aux médias français, et ça manque. Mais il y a d'excellentes relations de travail avec quelques personnalités parlant français, comme Mena'hem Gourari (Directeur général du conseil de Binyamin), et le Rav Chlomo Aviner, et bien sur aussi avec des francophones habitants les villages. Des fois on a l'impression que la communication avec les médias français est négligée comparée à celle en langue anglaise. Par exemple, on m'a demandé d'arranger une interview chez Natanyahou, il y déjà deux semaines que je l'ai demandée - il n'y a pas eu de réponse.
En tant qu'ancien de l'agence de presse française pouvez-vous affirmer que leur information est objective ?

« L'Agence France-Presse a des correspondants dans presque chaque ville de l'Autonome, y compris Gaza, où le correspondant travail en liaison avec Arafat. Lorsque la guerre a éclaté , le responsable y a été envoyé pour y diriger les affaires, mais les correspondants arabes savent comment le court-circuiter : ils envoient leurs informations directement de Gaza à Nicosie, où réside le bureau régional. Le directeur y est arabe, et il transmet les informations plus loin. Ainsi par exemple, a été diffusé l'information que c'est des « collaborateurs » qui tiraient de Beit-Jalla sur Guilo, pour que Tsahal puisse tirer sur Beit-Jalla avec des blindés. Même les plus gauchistes du bureau de Jérusalem ont sursauté devant un tel applomb. Le comble, c'est quand le côté palestinien a démenti l'information, car cela diminue l'image de marque des Tanzim. Je vais vous raconter une histoire à propos de l'objectivité : Au moment du tir à Artis , lorsque Zeev Liebeskind a été accusé d'avoir tué un palestinien, un reporter palestinien a été envoyé pour enquêter dans la petite ville de Doura el Kra près de Beit-El, pendant que j'enquêtais à Beit-El. Après avoir remis mon rapport, l'agence m'a informé qu'elle cessait de travailler avec moi, car je n'étais pas assez objectif. Mon collègue arabe, au contraire, réussit, et il travaille à Nicosie à poste fixe.

Un jour, un poste à plein temps de correspondant s'est libéré. J'ai soumis ma candidature à l'agence française, mais je n'ai même pas été invité à un premier entretien. Selon eux, parce que je respecte le repos chabatique, je ne peux pas travailler selon leurs critères.
 
Votre travail porte-t-il des fruits ?
« On ne peut rien faire contre l'hostilité. Si l'article parvient pour la publication à des rédacteurs hostiles, tous les efforts sont perdus. J'essaie seulement de limiter les dégâts, et parfois il y a des résultats. Ainsi par exemple, le correspondant permanent du Monde en Israël avec lequel je me trouve en bons termes, était très en colère contre l'article qui faisait état de provocations quotidiennes de colons. Il m'a dit qu'il fera un article équilibré et demandera à voir les preuves des accusations arabes. Jusqu'aujourd'hui, selon lui, il n'a vu aucune preuve, à l'exception un fait isolé çà et là, il est convaincu qu'il s'agit de propagande mensongère.
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