Yona Dureau: L'assassinat de Binyamin et Taliah Kahana

Dix ans après l'assassinat à New York de Meïr Kahana, chef du mouvement extrèmiste Kahr, son fils Binyamin a été tué ce matin à 6h30 à heure israëlienne, ainsi que sa femme, par des tirs palestiniens.
On se souvient que les membres de la knesset avaient refusé de sièger avec Meïr Kahana après son élection en tant que député à la knesset, afin de marquer leur refus d'une doctrine qui avait été jugée raciste. Meïr Kahana prônait en effet le "transfert" (la déportation) des Arabes palestiniens vers la Jordanie, en soutenant son discours par le fait que la Jordanie comptait alors 70% de Palestiniens dans sa population. Ce chiffre, selon un récent décompte, atteindrait aujourd'hui 90%.
Meïr Kahana fut assassiné à New York il y a déjà dix ans, et son assassin fut gracié par un non-lieu par la cour américaine.
Le mouvement Kahr a été interdit en tant que parti politique en Israël il y a quatre ans, par un jugement de la cour suprême le condamnant comme mouvement raciste.
Depuis, le fils de Meïr Kahana continuaità diriger le mouvement du Kahr qui se voyait réduit à un groupe d'influence, puisqu'aucun avenir politique ne lui était plus possible.
Ce matin, après avoir déposé son fils aîné à sa yeshiva, Binyamin Kahana a donc été tué avec sa femme, ses cinq autres enfants souffrant de blessures dues à l'accident qui s'ensuivit.
Le gouvernement israëlien prétend ne pouvoir établir avec certitude que ce double meurtre ait été perpétué volontairement. Néanmoins, l'armée israëlienne a ensuite procédé à une attaque similaire contre la voiture de chefs du mouvement Tanzim, les tuant sur le coup. La coïncidence de l'enchaînement des deux événements parait peu probable, et confirme plutôt la thèse d'une réaction militaire visant à apaiser les membres du mouvement Kahr, mais aussi tout le groupe des Israëliens vivant dans les shtarim, attaqués quotidiennement par les tirs palestiniens, et se rendant quasi quotidiennement à des enterrements. Ceux-ci critiquent violemment une armée qui selon eux les défend mollement, répondant aux tirs par des lancers de grenades lacrimogènes, et condamnant les habitants des yishuvims à déménager ou à risquer leur vie à chaque traversée du feu nourri en voiture.
Le mouvement Kahr a officiellement menacé de procéder malgré tout à des vengences contre les Arabes palestiniens. On sait que ce mouvement avait tué trois Arabes palestiniens au ud de Hévron il y a déjà quatre ans, en représailles d'une attaque similaire palestinienne.
On peut donc s'attendre, dans la situation politique tendue règnant aujourd'hui en Israël, à une nouvelle escalade de violences, surtout dans la perspective actuelle de découpage de Jérusalem envisagé par le premier ministre Ehud Barak.