Les opérations de liquidation de toutes les têtes du Fatah et du Hamas continuent inlassablement, constituant la nouvelle réponse de Sharon à la guérilla des Palestiniens contre Israël. Alors que tous les historiens considèrent d'ordinaire qu'aucune guerre de guérilla n'a été gagnée par le pays attaquée, cette tactique militaire est une première hitorique, et seul l'avenir pourra dire si elle constitue une réponse adéquate et efficace à la guérilla, ou bien si la guérilla, telle une hydre, voit ses têtes repousser dès que l'une d'entre elles est coupée. Il faut saluer le courage des groupes "Dovdevanim", ("cerises"), chargés d'infiltrer les groupes terroristes palestiniens, déguisés en Palestiniens, et de déjouer ainsi les plans de destruction, de bombes, d'attentats.
La tactique de l'armée
israëlienne, consistant à admettre toutes ces opérations
de liquidation des têtes du Fatah mérite aussi réflexion.
Elle innove en effet, après des années de démenti,
et révèle, par cet effort de transparence, une nouvelle
tactique de communication beaucoup plus subtile que les précédentes.
Pendant des années, Israël s'est présenté
au monde comme un Etat honteux de ses opérations défensives,
les cachant, et par là-même prêtant le flan
à la critique, puisqu'il semblait admettre que ces actions
ne suivait pas la morale et le droit international.
En révélant
et en admettant publiquement toutes ses interventions, l'armée
israëlienne aquiert une autre image, et ce faisant, renverse
le mouvement naturel de l'opinion internationale, en montrant
que ces opérations, réalisées au péril
de leur vie par des Israëliens, pouvaient être menées
facilement par les Autorités palestiniennes, et que celles-ci
n'ont rien fait: l'Autorité palestinienne souhaitait donc
bien conserver ces mouvements extrémistes et dangereux
en son sein, et ne jouait pas le jeu honnête et fondamental,
du cessez-le-feu.
Les groupes extrémistes ont ainsi permis à Yasser
Arafat de continuer sa tactique du double langage depuis des années.
Politiquement, Arafat prétendait souhaiter la paix, le
cessez-le-feu, l'arrêt de la violence. Pratiquement, il
laissait proliférer ses groupes, en les enjoignant en sous-main
à passer à l'attaque, comme le montraient les cassettes
vidéo distribuées sous le manteau dans les territoires
arabes.
En liquidant systématiquement tous les chefs, Israël
s'assure seul l'application réelle du cessez-le-feu, tout
en éliminant la carte des groupes terroristes du jeu d'Arafat.
En admettant avoir procédé à ces liquidations, Israël renvoit tout d'abord Arafat à sa duplicité. Il est donc d'autant plus scandaleux que les média remettent en question la parole du porte-parole de l'armée lorsque celui-ci ne reconnait pas l'explosion du 30 juillet ayant tué six Palestiniens. Pourquoi Tsahal aurait-elle caché cette opération plutôt qu'une autre ? Par contre, le fait que six Palestiniens soient morts d'un "accident du travail", en préparant une voiture piégée, doit, lui, être l'objet d'une réflexion, car cet incident est peut-être le signe de la limite de la politique de liquidation des chefs terroristes.
La politique de liquidation
des chefs, de fait, ne peut viser à arrêter complètement
le terrorisme, puisque des individus isolés auront toujours
la possibilité de préparer une bombe dans un endroit
isolé comme ce fut le cas à Ramalh, dans un garage.
Il est par conséquent évident que la perspective
à long terme de cette politique étaye une préparation
d'un affrontement plus organisé entre Israëliens et
Palestiniens. Lors d'un conflit armé plus étendu,
les Palestiniens seront bientôt sans chef de groupe. La
disparition du leadership terroriste, si elle ne permet pas l'élimination
totale du terrorisme contre Israël, si elle semble même
déclencher les actions de représailles, a une efficacité
à long terme beaucoup plus importante, et semble indiquer
que pour la première fois depuis longtemps, Israël
prépare l'avenir au lieu de réagir dans l'urgence.
Cette politique a de plus un niveau de subtilité particulièrement
important. Un consensus implicite avait toujours régi attaques
et contre-attaques entre Israëliens et Palestiniens: les
dirigeants politiques n'étaient jamais menacés.
Dans le cas des dirigeants du Fatah et du Hamas, l'Autorité
palestinienne ne peut prétendre que ce consensus ait été
brisé sans se dénigrer totalement en tant qu'autorité
politique. Arafat est donc pris à son propre jeu, et ne
peut même condamner lui-même ces opérations
sans avouer qu'il aurait lui-même pu, et du contrôler
ces groupes terroristes.