Yona Dureau: Liquidation des chefs du Fatah et du Hamas

Les opérations de liquidation de toutes les têtes du Fatah et du Hamas continuent inlassablement, constituant la nouvelle réponse de Sharon à la guérilla des Palestiniens contre Israël. Alors que tous les historiens considèrent d'ordinaire qu'aucune guerre de guérilla n'a été gagnée par le pays attaquée, cette tactique militaire est une première hitorique, et seul l'avenir pourra dire si elle constitue une réponse adéquate et efficace à la guérilla, ou bien si la guérilla, telle une hydre, voit ses têtes repousser dès que l'une d'entre elles est coupée. Il faut saluer le courage des groupes "Dovdevanim", ("cerises"), chargés d'infiltrer les groupes terroristes palestiniens, déguisés en Palestiniens, et de déjouer ainsi les plans de destruction, de bombes, d'attentats.

La tactique de l'armée israëlienne, consistant à admettre toutes ces opérations de liquidation des têtes du Fatah mérite aussi réflexion. Elle innove en effet, après des années de démenti, et révèle, par cet effort de transparence, une nouvelle tactique de communication beaucoup plus subtile que les précédentes.
Pendant des années, Israël s'est présenté au monde comme un Etat honteux de ses opérations défensives, les cachant, et par là-même prêtant le flan à la critique, puisqu'il semblait admettre que ces actions ne suivait pas la morale et le droit international.

En révélant et en admettant publiquement toutes ses interventions, l'armée israëlienne aquiert une autre image, et ce faisant, renverse le mouvement naturel de l'opinion internationale, en montrant que ces opérations, réalisées au péril de leur vie par des Israëliens, pouvaient être menées facilement par les Autorités palestiniennes, et que celles-ci n'ont rien fait: l'Autorité palestinienne souhaitait donc bien conserver ces mouvements extrémistes et dangereux en son sein, et ne jouait pas le jeu honnête et fondamental, du cessez-le-feu.
Les groupes extrémistes ont ainsi permis à Yasser Arafat de continuer sa tactique du double langage depuis des années. Politiquement, Arafat prétendait souhaiter la paix, le cessez-le-feu, l'arrêt de la violence. Pratiquement, il laissait proliférer ses groupes, en les enjoignant en sous-main à passer à l'attaque, comme le montraient les cassettes vidéo distribuées sous le manteau dans les territoires arabes.
En liquidant systématiquement tous les chefs, Israël s'assure seul l'application réelle du cessez-le-feu, tout en éliminant la carte des groupes terroristes du jeu d'Arafat.

En admettant avoir procédé à ces liquidations, Israël renvoit tout d'abord Arafat à sa duplicité. Il est donc d'autant plus scandaleux que les média remettent en question la parole du porte-parole de l'armée lorsque celui-ci ne reconnait pas l'explosion du 30 juillet ayant tué six Palestiniens. Pourquoi Tsahal aurait-elle caché cette opération plutôt qu'une autre ? Par contre, le fait que six Palestiniens soient morts d'un "accident du travail", en préparant une voiture piégée, doit, lui, être l'objet d'une réflexion, car cet incident est peut-être le signe de la limite de la politique de liquidation des chefs terroristes.

La politique de liquidation des chefs, de fait, ne peut viser à arrêter complètement le terrorisme, puisque des individus isolés auront toujours la possibilité de préparer une bombe dans un endroit isolé comme ce fut le cas à Ramalh, dans un garage. Il est par conséquent évident que la perspective à long terme de cette politique étaye une préparation d'un affrontement plus organisé entre Israëliens et Palestiniens. Lors d'un conflit armé plus étendu, les Palestiniens seront bientôt sans chef de groupe. La disparition du leadership terroriste, si elle ne permet pas l'élimination totale du terrorisme contre Israël, si elle semble même déclencher les actions de représailles, a une efficacité à long terme beaucoup plus importante, et semble indiquer que pour la première fois depuis longtemps, Israël prépare l'avenir au lieu de réagir dans l'urgence. Cette politique a de plus un niveau de subtilité particulièrement important. Un consensus implicite avait toujours régi attaques et contre-attaques entre Israëliens et Palestiniens: les dirigeants politiques n'étaient jamais menacés. Dans le cas des dirigeants du Fatah et du Hamas, l'Autorité palestinienne ne peut prétendre que ce consensus ait été brisé sans se dénigrer totalement en tant qu'autorité politique. Arafat est donc pris à son propre jeu, et ne peut même condamner lui-même ces opérations sans avouer qu'il aurait lui-même pu, et du contrôler ces groupes terroristes.