Yona Dureau: Banque mondiale et aide à l'autorité palestinienne
I.
Les prêts de la Banque Mondiale
II. Les aides par projet de développement
III. Le tableau récapitulatif de l'aide
IV. Les Plans mondiaux pour la région?

La Banque mondiale publie chaque année un rapport de ses activités mondiales et de son aide aux pays en voie de développement. Ce rapport comporte deux parties essentielles, la première exposant les prêts accordés à chaque pays de chaque région considérée, ainsi que les sommes globales par région. Nous avons enquêté pour vous afin de réunir ces chiffres et de nous efforcer de vous donner une image synthétique de l'aide de la Banque mondiale à l'Autorité Palestinienne.

I. Les prêts de la Banque Mondiale
Notons tout d'abord qu'Israël n'apparaît pas dans les pays du Moyen Orient, ni dans la liste des pays des programmes de développement de la Méditéranée, ni dans la liste des pays du Moyen Orient elligibles pour une aide, où figurent cependant l'Iran, la Syrie, le Yemen, ou l'Egypte.
Notons enfin que tous les dossiers relatifs à l'Autorité Palestinienne sont assez bien dissimulés par le nom du fichier, qui n'est ni "Palestine", ni "Territoires Palestiniens", ni "Autorité Palestinienne", mais "West Bank and Gaza". Ceux qui n'auraient pas pensé à chercher à W la Palestine risquent bien de revenir bredouilles de leur recherche d'information.
Les prêts de la Banque Mondiale sont des prêts directs de la Banque Mondiale en tant qu'institution financière internationale, et à ce titre, ces prêts peuvent paraître assez modestes. On apprend tout de même que le 6 décembre 2000, deux mois après le début des affrontements entre Israël et Palestiniens, et après que la preuve ait été faite de la mauvaise volonté de Yasser Arafat d'établit une paix réelle avec Israël, la Banque mondiale accorda un prêt de 12 millions de dollars à l'Autorité palestinienne, dans le cadre de "l'emergency response program", visant à palier à la crise économique à Gaza, et soutenant un prêt antécédent de 9,5 millions de dollars le 14 novembre établi pour l'évacuation des ordures dans la bande de Gaza:

1) World Bank, Palestinian Authority Sign Agreement to Finance
Solid Waste and Environmental Management Project

GAZA, November 14, 2000--The World Bank, represented by Joseph Saba, Country Director, West Bank & Gaza Office, and the Palestinian Authority, represented by Minister of Finance Mohammad Zuhdi Nashashibi, signed a credit agreement today to finance the Solid Waste and Environmental Management Project. The credit amount is US$9.5 million.....

2) World Bank Provides US$12 Million Grant to Mitigate
Current Economic Crisis in West Bank & Gaza

WASHINGTON, December 6, 2000--The World Bank Board of Directors has approved a grant to the Palestinian Authority in the amount of US$12 million for an Emergency Response Program designed to help offset the effects of the current economic crisis in the West Bank & Gaza (WBG)....

 

Ces intentions fort honnêtes paraissent tout d'abord bénéfiques, dans la mesure où elles interviennent dans l'intention explicite de soulager les difficultés du peuple, encore que la destination prioritaire du traitement des ordures pour l'utilisation des 9,5 millions de dollars versés en novembre paraisse grotesque dans un cadre économique présenté comme catastrophique.

Néanmoins, le lecteur attentif à tous les dossiers de la banque mondiale recevra un premier choc à la lecture du dossier "assessing aid effort", qui prétend décrire avec précision les vérifications effectuées de l'utilisation desdits fonds versés à l'Autorité palestinienne. La méthodologie employée laisse sans voix. Aucun contrôle directe de l'emploi des fonds versés n'est en effet effectué. Or, si une route peut être construite ou non, et qu'il semble difficile de prétendre l'avoir construite si on ne l'a pas fait, il est clair que certains fonds ont pû être détournés avec facilité, l'enquête déclarant alors s'assurer de l'amélioration des conditions de vie auprès de la population pour s'assurer de l'impact de l'aide au développement, et de l'aide contre la crise en particulier.

II. Les aides par projet de développement


D'autre part, l'étude du site de la Banque Mondiale s'avère fort instructive à plus d'un titre. On découvre ainsi que la Banque Mondiale fournit aussi une aide financière sous forme d'organisation de dons conjoints, ces dons ne nécessitant aucun remboursement de la part des pays concernés. Là aussi, préparez vous à effectuer une recherche archéologique. Il faut entrer dans les parties les plus reculées du site grâce au logiciel de recherche classant l'aide par pays et non plus par région, et rechercher les tableaux de résumé concernant "West Bank and Gaza". On apprend ainsi tout d'abord l'énormité des aides sous forme de dons accordées depuis 1993 à l'Autorité Palestinienne dans TOUS les domaines, que ce soit l'énergie, la santé, l'industrie, les infrastructures, mais aussi l'éducation. Si vous souhaitez savoir quels sont les pays qui ont ainsi financé l'éducation palestinienne, vous pouvez consulter des tableaux édifiant récapitulant par pays les sommes exactes versées, afin, nous dit-on, d'augmenter le nombre de classes enseignées à Gaza. Le seul point gênant est bien sûr constitué par le fait que des pays comme l'Allemagne, qui figurent en tête des donnateurs de l'éducation palestinienne, ne se sont absolument pas précuppés de savoir quel était le contenu de cette éducation...

III. Le tableau récapitulatif de l'aide


Un tableau récapitulatif de l'aide accordé à l'Autorité palestinienne finira de vous ouvrir les yeux sur la détresse organisée du peuple palestinien par Yasser Arafat si vous aviez encore des doutes sur ce point. Nous joignons à cette étude ce tableau afin que vous puissiez le consulter. Il s'agit de la page 20 du rapport publié en février 2001 de l'aide accordée à l'A.P. On apprend ainsi que sur tous les fonds accordés, ont été effectivemetn versés 296,46 millions de dollars... soit 2075,22 millions de francs... Où sont donc passés ces fonds ?
Si ces fonds ont été versés, et sciemment utilisés au but avoué, la situation d'une population ne dépassant pas trois millions devrait avoir été considérablement améliorée. Si ces fonds ont été versés et détournés de leur but, on ne comprend pas la complicité de la banque mondiale, qui persiste à organiser les dons conjoints de nombreux pays et leur versement à Yasser Arafat...

IV. Les Plans mondiaux pour la région?
On s'aperçoit enfin qu'une part énorme de l'aide de la banque mondiale vis-à-vis de la zone sous contrôle de l'Autorité Palestinienne a été versé à des intérêts privés sous forme "d'aide à des entreprises privées", la justification donnée étant que la Banque Mondiale tente ainsi de développer l'économie de cette région. Il reste que cette poursuite paraît contradictoire avec l'établissement d'objectifs humanitaires prioritaires tels que l'amélioration du niveau de vie d'une population illetrée pour sa majorité et dénuée de qualification. D'autre part, on déplore déjà suffisament les écarts économiques existant entre les très riches et les pauvres dans les territoires de l'Autorité palestinienne, pour ne pas s'élever avec fermeté contre de telles aides, qui ressemblent fort à des pots de vin déguisés, dans la mesure où les besoins n'émanent pas des entreprises palestiniennes, mais du petit peuple, qui lui, souffre réellement de la crise économique. On peut aussi s'inquiéter de telles mesures dans une région où le libéralisme sauvage a déjà abouti à faire de la société palestinienne une jungle. Il est certain que ce type d'aide est en conformité avec des accords de paix qui ont en définitive surtout servi les gros financiers, (décentralisation de tout le textile israëlien vers la Jordanie et vers l'Egypte par exemple), et on peut se demander si le but réel de toute l'organisation de la banque mondiale vis-à-vis de cette région n'est pas de favoriser encore une fois le gros capital, sous couverture d'aide aux populations, en travaillant surtout aux infrastructures nécessaires à ces capitaux plutôt qu'à une réelle amélioration du bien-être du peuple, dont on peut douter de l'efficacité réelle jusqu'à aujourd'hui.
En fait, la distribution des fonds privilégie de façon évidente ceux qui détiennent une entreprise privée, en développant ainsi d'avantage une économie capitaliste de type libérale, dans des domaines qui ne sauraient mettre en danger l'économie américaine. En d'autre termes, la Banque Mondiale a ainsi participé au nouvel ordre mondial tel qu'il avait été prôné par George Bush père, soit l'établissement d'un marché commun libéral du Moyen Orient, sous le leadership arabe. On comprend mieux pourquoi Israël ne figure pas dans ces plans...