Cet article reffraîchira
peut-être les connaissances fondamentales des courants religieux
des quelques journalistes étrangers qui pourraient s'aventurer
à venir le lire, en corrigeant en particulier l'image créée
à tord par les média lors de cette dernière
décennie à propos des « extrémistes
juifs ».
S'il est des extrémistes en Israël, sachez effectivement,
messieurs les journalistes, que ce sont les groupes ultra-orthodoxes
juifs du quartier de Mea Shéarim, dit des « cent
portes », et dont le nom porteur de tolérance (le
nom fait référence aux cent portes d'entrée,
de lecture, de la Torah, et correspondait à la section
hebdomadaire de la Bible devant être lue à la synagogue
la semaine où fut créé ce quartier) ne reflète
malheureusement pas la réalité de l'idéologie
actuelle de cette population. Ceux que la presse occidentale a
souvent traité « d'extrémistes religieux »
et de « fanatiques », les colons, les sionistes, sont
pour les ultra-orthodoxes des hérétiques, des tièdes,
qui acceptent l'existence de l'Etat d'Israël, et qui voient
parfois même dans cette existence un signe messianique,
alors que pour les ultra-orthodoxes, l'Etat d'Israël est
un ennemi à abattre, et ne doit pas exister. Il faut rappeller
de plus aux esprits oublieux, que l'agent Avishai Haviv avait
été mis en place par le Shabak pour faire la démonstration
du caractère dangereux des colons pour la sécurité
civile, et justifier ainsi le choix par Rabin de Karmi Gilon à
la tête du shabak, jeune doctorant dont la thèse
avait vainement tenté de démontrer que les colons
constituaient un risuque de guerre civile. Ayant échoué
dans cette première mission, Haviv fut alors transformé
en agent provocateur, toujours pour défendre la position
de son supérieur, mis en danger par ses collègues
qui avaient vu leur échapper une promotion longtemps convoitée.
Il ne faut donc pas confondre colons, ultra-orthodoxes, et dans
ce dernier groupe, on distinguera entre les ultra-orthodoxes acceptant
l'Etat d'Israël, et ceux ne l'acceptant pas. On distinguera
aussi les haredim, « craignant D. et tremblant devant lui
», groupe dont l'observance des commandements les conduit
parfois à les imposer aux autres, mais surtout à
ne pas faire de compromis, des « hassidims », les
« sages », dont le mouvement, plus populaire, est
beaucoup plus tolérant, et que cet article ne concerne
pas, puisque la plupart, par exemple, acceptent non seulement
l'Etat d'Israël, mais font leur service militaire, des «
mitnagdim », les « opposants », dont le mouvement
s'est opposé dès le début aux « hassidim
», en les considérant comme trop souples. Les «
mitnagdim » font partie des groupes les plus durs. Vous
risquez de voir votre appareil photo cassé si vous osez
les photographier. Leur habit se caratérise par un pantalon
généralement clair, jusqu'aux genoux, et des bas
cachant le reste de la jambe jusque dans des chaussures du XVIIe.
Les hassidim sont eux habillés en noir, et on distingue
les hassidim de Braslav, des Hassidim du rabbi de Loubavitch par
leur chapeau rond, et leurs habits datant approximativement du
XVIIe siècle. Originellement ces habits déisgnaient
la liberté du Juif en sa demeure le shabbat, puisqu'ils
correspondaient aux habits des nobles de l'Europe de l'Est. C'était
là une façon de dire : « le shabbat, je suis
roi chez moi. » La diaspora figea les coutumes de ces groupes
qui en vinrent à utiliser le vêtement comme signe
de reconnaissance et d'appartenance, en situant aussi dans le
temps passé leur idéal spirituel.
Ces groupes sont aujourd'hui dans une situation de conflit avec
l'Etat d'Israël pour des raisons qui nous ont paru importantes
à expliquer, dans la mesure où les conflits de la
société israëlienne sont souvent incompréhensibles
à l'observateur extérieur.
Cet article nous a paru nécessaire pour faire le point
sur la situation actuelle, et rappeller une histoire, ainsi que
des faits.
I. HISTORIQUE
II. ECONOMIE ET
POPULATION ULTRA-ORTHODOXE
III. LE TEMPS DE
L'OPPOSITION LAÏQUE
IV. L'OPPOSITION
ULTRA-ORTHODOXE
I.
HISTORIQUE
Ce quartier prééxiste à la création
de l'état d'Israël. En effet, il existe une mitsvah
particulière dans le judaïsme, qui consiste à
habiter en terre d'Israël, et qui explique qu'avant même
la création de l'état et depuis des siècles
déjà, des Juifs habitaient Jérusalem, le
nom de Sion désignant dans les textes à la fois
Israël, et son épitomé, Jérusalem :
le commandement d'habiter Israël était donc perçu
comme mieux accompli dans la capitale de David, Jérusalem.
Lors de la guerre d'Indépendance, la population de Méah
Shéarim se trouva brusquement rapprochée de ces
frères laïcs, inconnus, qui avaient organisé
une armée, et qui les défendirent sans que la question
ne fut même discutée. Cette population représentait
à ce moment là un groupe de personnes inoffensives,
incapables de porter une arme, ne sachant pas tenir un fusil,
et non-initiés au vocabulaire militaire de l'hébreu
moderne, parlant yiddish par respect de l'hébreu en tant
que langue sacrée.
Lorsque l'Etat d'Israël fut créé, l'existence
de cette population et de ses objectifs particuliers fut prise
en compte à plus d'un terme. Tout d'abord, le droit primordial
de tout Juif religieux de souhaiter revenir en Israël, sans
pour autant souhaiter se mêler à la société
moderne et civile fut respecté, puisqu'alors que le droit
du retour s'appliquait à ces orthodoxes comme au laïcs,
le service militaire ne leur fut jamais imposé, les raisons
religieuses étant acceptées par l'armée pour
ne pas contraindre une personne à porter une arme, mais
de plus, le service dit « national » d'aide alternative,
comme par exemple dans les hôpitaux ne leur étant
pas non plus imposé si leur mode de vie leur imposait d'étudier
dans une yeshivah.
Un seul groupe « éthnique » se distingua dès
la déclaration d'indépendance de l'Etat d'Israël,
en déclarant que l'existence de cet Etat était une
hérésie avant l'arrivée du Messie. Il s'agit
du groupe des « Nétourei Karta », les tenants
de la Charte, autant dire des « principes », qui,
considérant que se prétendre de cet Etat était
une hérésie, écrivirent une lettre à
la Société des Nations (l'ONU de l'époque),
en demandant à ce que la SDN s'oppose à l'existence
de l'Etat d'Israël. Ce même groupe poussa la logique
jusqu'au bout, en réclamant un passeport jordanien auprès
du roi hashémite. L'Etat d'Israël toléra ces
extravagances en considérant leur source religieuse, et
en considérant qu'il ne fallait pas se montrer intolérant
vis-à-vis de juifs, alors que le jeune Etat venait à
sa naissance de déclarer sa volonté d'abriter les
Juifs de toute tendance pour leur protection. Refouler cette population
à la frontière jordanienne aurait clairement abouti
à mettre ces Juifs en danger.
Le reste de la population orthodoxe de Meah Shearim choisit de
ne pas se mêler à la société civile,
mais sans pour autant exiger l'abolition de cet Etat.
La tolérance de l'Etat d'Israël aboutit progressivement
à l'établissement en son sein d'une population,
qui, de tolérante et compréhensive vis-à-vis
des laïcs, reconnaissante de leur soutien et protection en
tant de guerre, tendit à s'éloigner de ces principes
de cohabitation avec le monde laïque pour adopter de plus
en plus une attitude parasitaire.
J'eus l'occasion de recevoir le témoignage de personnes
âgées ayant vécu au début de l'Etat
dans le quartier de Méah Shéarim. Une vieille dame
me confiait : « Je ne suis pas très pratiquante.
Mais j'ai toujours respecté mes voisins. Je n'étendais
jamais mon linge le shabbat, par exemple, et je me cachais pour
cuisiner. Je ne voulais pas les choquer. J'habitais à côté
d'un très grand rabbin de la communauté orthodoxe,
dont je ne dirai pas le nom, pour que ce ne soit pas perçu
comme du lashon harah (médisance). Il connaissait ma situation
difficile. Le père de mes enfants était mort, et
je devais les élever toute seule, gagner l'argent de la
famille, et tout faire à la maison, sans aucune aide extérieure.
A Jérusalem, le shabbat entre très tôt, et
à l'époque on travaillait même le vendredi
matin. Un jour, je n'avais pas eu le temps de faire ma lessive
avant shabbat, comme à l'ordinaire, et je m'inquiétais,
car je n'avais plus de linge propre pour les enfants, et bien
sûr, dimanche matin, il fallait repartir au travail, et
ce ne serait plus le temps de faire une lessive Je regardais anxieusement
par la fenêtre, le samedi matin, lorsque j'aperçus
ce rabbin, qui me salua. Il me dit avec douceur :'fais donc ta
lessive. Je sais bien que tu ne respecte pas le shabbat parce
tu travailles toute la semaine. Si tu ne laves pas ton linge maintenant,
comment vas-tu faire avec les enfants. ' Je fus sidérée.
Voilà que cet homme m'avait non seulement démontré
sa compréhension, mais sa tolérance, et son souci
des autres. Il avait été le seul, lui, rabbin, préoccupé
par les soucis de toute une communauté, à remarquer
que je n'avais pas eu le temps de faire une lessive, et à
s'en préoccuper »
Dans les années soixante-dix et quatre-vingt, une vague
de retour à la spiritualité amena beaucoup d'Israëliens
rejetant leur passé à rechercher une identité
religieuse dans le groupe religieux de Meah Shéarim, dont
l'isolement hors de la société laïque d'où
eux-mêmes étaient issus leur paraissait une marque
d'authenticité et de pureté.
Paradoxalement, ce sont de ces groupes que sont souvent issus
ensuite les plus extrémistes religieux, les plus durs dans
l'affrontement avec la société laïque israëlienne.
On assista à des affrontements de plus en plus durs entre
population laïque et religieuse orthodoxe. Des rues furent
fermées de force le shabbat, alros que la population ayant
accru, le quartier réservée aux orthodoxes débordait
de plus en plus sur les autres zones de Jérusalem, auparavant
laïques, et que les habitants attachés à un
mode de vie laïcs se voyaient souvent contraints de quitter
ces quartiers pour ne pas être contraints de vivre à
leur rythme.
C'est de ces années que datent aussi les « commandos
» orthodoxes de jeunes fanatiques chargés de brûler
les cabines d'autobus où étaient collées
des affiches de femmes trop déshabillées (selon
les critères orthodoxes, ces femmes affichant des tenues
polaires selon les critères européens). Les restaurants
ne fermant pas le shabbat subirent progressivement le même
sort, alors que la zone d'habitation « haredit » (du
groupe des « tremblants », qui tremblent de crainte
devant D.) s'étendait. Le gouvernement israëlien et
la mairie de Jérusalem ne prit pas de décision nette
vis-à-vis du problème ultra-orthodoxe, et laissa
la situation se dégrader, que ce soit sur le point de ces
affrontements, comme sur le point de la dégradation des
quartiers ultra-orthodoxes, qui, privés progressivement
de population en mesure de payer des impôts locaux, s'appauvrissaient
à grande vitesse. Dans un premier temps, la mairie de Jérusalem,
au lieu de se confronter à ce problème en tentant
de parlementer avec les chefs religieux de ces communautés,
construisit plusieurs « Kvichim okfims », ou routes
de contournement, appliquant vis-à-vis des quartiers religieux
exactement la même politique d'amènagement du territoire
que celle qui avait été mise en place pour les villages
arabes dont la traversée était devenue dengereuse
aux voitures : en effet, les voitures traversant le shabbat des
quartiers devenus religieux qui ne l'étaient pas peu avant,
se voyaient bombardées de pavés, voire de bordure
de trottoir. Je garde à l'esprit deux incidents significatifs
de l'atmosphère explosive de ces situations dans les années
80.
Un professeur de l'Université, passant par la rue Bar Ilan
pour rejoindre l'hôpital Haddassah d'urgence (pour raison
médicale) par la voie de desserte la plus directe (et qui
originellement avait été construite à ce
but, en BORDURE de Meah Shéarim) est agressé par
un commando orthodoxe de jeunes fanatiques qui lui jettent une
bordure de trottoir en travers du pare-brise. Il finit ses jours
dans le coma, tout comme un mèdecin, agressé lui
aussi, alors qu'il se rendait d'urgence au chevet d'un malade
gravissime, en plein Meah Shéarim.
Une amie débarquant de façon impromptue un shabbat.
« Les policiers ont fermé le quartier arabe, devenu
trop dangereux. Ils nous ont détournés. J'ai dû
passer en voiture par la route en bordure de Meah Shearim, à
Rehov Hanevi'im. Mais là, plus personne pour nous protéger,
et on s'est fait bombarder de pierres par les « commandos
» ».
Cette prise du citoyen entre deux feux ressemble fort à
celle que vit aujourd'hui Israël et sur laquelle nous reviendrons,
après avoir évoqué les conséquences
économiques du développement des quartiers ultra-orthodoxes.
II.
ECONOMIE ET POPULATION ULTRA-ORTHODOXE
La population ultra-orthodoxe est une population ayant traditionnellement
de nombreux enfants. Deux groupes se distinguent alors. Les Netourei
Karta, refusant la nationalité israëlienne, ne peuvent
bénéficier de l'aide sociale de l'Etat pour les
enfants, et ne peuvent donc être confondus avec les groupes
ultra-orthodoxes qui ont la nationalité israëlienne,
et qui demandent à bénéficier de l'aide de
la sécurité sociale israëlienne, que ce soit
par le biais de la « kitsbat yéladim » allocation
à partir du deuxième enfant, mais aussi de l'aide
de revenu minimal. En effet, dans la majorité des couples
de haredim, seule la femme travaille et perçoit un salaire,
le mari étudiant toute la journée, de sorte qu'un
seul salaire ne permettant la survie de la famille, le foyer a
droit à une aide supplémentaire de l'Etat.
Mais l'aide de l'Etat ne se limite pas à cette aide directe.
Les familles ultra-orthodoxes étant trop pauvres et ayant
de nombreux enfants, un amendement spécial de la municipalité
les dispensait jusqu'à l'année dernière de
payer les impôts locaux. Concrétement, cette dispense
aboutissait à grever d'autant plus les quartiers laïcs,
dont les impôts locaux devaient compenser ce manque-à-gagner
de la municipalité, et d'autre part, dans les quartiers
ultra-orthodoxes, tous les services oragnisés par quartier,
que ce soit les services de nettoyage municipaux, les activités
extra-scolaires de l'école, se voyaient réduits
au minimum par ce manque. Cela constituait une raison de plus
pour les laïcs, lorsque venaient s'installer plusieurs familles
orthodoxes pour fuir les immeubles qui risquaient une très
rapide dégradation en l'absence de services adéquats,
et en l'absence de paiement régulier de service d'entretien
de l'immeuble, etc.
Au niveau global, Jérusalem est une ville qui s'est donc
appauvri sous l'effet de l'augmentation de la population haredit,
et par la fuite, à Tel Aviv, de la population laïque.
L'idéal de population mixte prôné par Teddy
Kolek est bien loin, et la politique de contournement des problèmes
des maires qui lui ont succédé n'a abouti qu'à
l'aggravation de la situation. On assiste socialement et du point
de vue de la géographie urbaine, à ce que l'on pourrait
appeler l'harlemisation des quartiers religieux, par comparaison
à la déperdition des services d'entretien à
Harlem ; et du point de vue de la géographie humaine, on
constate une ghettoisation inquiétante de Jérusalem,
fuie par les laïcs, et progressivement gagnée par
les ultra-orthodoxes, quartier par quartier.
Autre point de contentieux, très politiquement incorrect,
mais on ne peut dire que la vérité ou rien, et n'en
dire que la moitié reviendrait à mentir : la population
de Meah Shearim, dans sa grande majorité, prit progressivement
une position parasitaire vis-à-vis de l'Etat d'Israël,
et ce par deux voies différentes.
Les familles dont le revenu est assuré par la femme, et
complété par l'Etat ne sont pas celle que concerne
mon accusation, encore que l'on puisse considérer que penser
un mode de vie en le fondant sur l'aide sociale soit déjà
une forme de parasitage. Les commerces de Meah Shearim, qui profitent
de façon directe du développement économique
de l'Etat d'Israël, et du développement touristique,
sont des habitués de l'évasion fiscale.
Je descendais un jour une rue de Meah Shéarim, lorsque
je vis dévaler la rue par un jeune garçon qui criait
« Mas Harnassah ! Mas Harnassah ! » Un cliquètement
de tiroir-caisse suivait ces cris dans toute la rue. Etonnée,
je demandais au commerçant qui me servait alors, ce qui
se passait, et il m'expliqua en riant, que c'était là
leur guetteur, et que l'on ne commençait à taper
régulièrement sur le ruban du tiroir-caisse que
dans ces cas-là, lorsque les contrôles risquaient
d'être effectués, par les inspecteurs que tout le
monde connaissait, et que le gamin repérait, sinon, disait-il,
on ne pourrait pas s'en sortir
Que dire enfin des scéances grangignolesques des débats
budgétaires annuels de la Knesset. Les partis ultra-orthodoxes
étaient entrés dans la politique israëlienne
ne jour où ils avaient pris consicence que sans représentant,
il n'aurait pas d'argent. Mais depuis quinze ans déjà,
ces groupes forment des lobbies très officiels, s'alliant
au plus offrant, et soit ne réclamant contre leur soutien
politique que des sommes astronomiques pour leurs yeshivots, soit
ajoutant à cette démarche un combat politique pour
imposer leur vision du monde à la société
israëlienne.
Entre mouvements extrémistes refusant l'existence de l'Etat
d'Israël, groupes intermédiaires ultra-orthodoxes
vivant en marge mais grâce à l'Etat d'Israël,
et commandos violents décidés à mettre la
ville et le pays au pas (religieux), la situation du pays était
déjà grave, lorsque les accords de paix intervinrent.
La destabilisation du pays allait aboutir en quelques mois à
affronter plus encore laïcs et religieux, menant les deux
groupes à un affrontement idéologique qui atteint
aujourd'hui un sommet.
III. LE TEMPS DE L'OPPOSITION LAÏQUE
Il faut préciser que la guerre du Golfe, sans rapprocher
les populations laïques et religieuses, avait paradoxalement
mis en lumière les contradictions de communautés
ultra-orthodoxes. En effet, il apparut avec clarté que
de nombreuses familles ultra-orthodoxes vivaient en Israël,
sans se réclamer pour autant des Netourei Karta, mais sous
un passeport étranger, souvent américain, afin de
ne pas être soumis aux lois israëliennes. Lors de la
guerre du Golfe, il apparut même que dans de très
nombreux cas, les familles ou seulement les enfants, étaient
en situation illégale. L'enjeu de la mise à jour
de leur situation était en effet de taille : sans situation
nette, pas de masque à gaz. Une quantité impressionante
de dossiers de naturalisation israëlienne apparut ainsi pour
des enfants de tout âge. Déjà, cette information
avait soulevé des remarques acerbes dans la population
laïque : « on n'oubliera pas de les conscrire ceux-là
; ils n'ont pas oublié leur nationalité au moment
d'avoir des masques à gaz »
Après les accords d'Oslo, le service militaire dans les
territoires où avaient lieu des affrontements devint de
plus en plus difficile à supporter pour la population laïque,
surtout pour des populations comme celle de Tel Aviv qui se confortait,
grâce à la propagande de la gauche israëlienne,
que tous les problèmes venaient des milieux religieux et
sionistes, et que les Arabes ne s'attaqueraient jamais à
des laïcs. La pression augmenta auprès du gouvernement
pour obtenir la conscription obligatoire pour tous par deux voies.
Certains refusaient d'aller servir leurs milouims (service annuel
militaire) dans les territoires d'affrontement comme Hevron, d'autres
organisaient des manifestations contre les haredim, des grèves
de la faim devant la knesset, etc. Le mouvement atteint un sommet
en juillet et août 2000, aboutissant de fait à une
conscription plus poussée, voire forcée, des milieux
orthodoxes, et la diminution visible des exemptions pour raison
religieuse.
Simultanément, les plaintes des laïcs auprès
des municipalités, et la dégradation des budgets
municipaux contraignirent les municipaliéts comme celles
de Jérusalem à réviser leurs modes de subventions
aux familles nombreuses, et à cesser d'exempter d'impôts
locaux les familles nombreuses, dont les familles ultra-orthodoxes
constituaient une forte proportion.
Enfin, le budget annuel de la knesset attribué aux yeshivot
fut remis en cause. Le gouvernement Barak avait ouvert une brèche
en parlant de conscription obligatoire des élèves
de yeshivot. Le retrait de cette mesure se fit au prix d'une récession
cuisante des aides de l'Etat aux yeshivot. Un scandale frappait
de plus les milieux politiques ultra-orthodoxes depuis 1998 :
une enquête longue et laborieuse dévoilait un nombre
croissant d'inscrits fictifs des yeshivot, dans les listes d'élèves
données comme justificatifs aux gouvernements successifs
en vue des calculs budgétaires de l'aide annuelle de l'Etat
Dans ces conditions, les partis ultra-orthodoxes se trouvaient
assez mal placés pour réclamer les sommes auxquelles
ils avaient été habitués
Toutes ces mesures aboutirent à une opposition ultra-orthodoxe
croissante à l'Etat et au gouvernement d'Israël, aboutissant,
au pire moment de l'histoire d'Israël, à une recrudesence
de l'opposition ultra-orthodoxe à l'Etat d'Israël.
IV. L'OPPOSITION ULTRA-ORTHODOXE
On assiste donc aujourd'hui à une opposition des groupes
ultra-orthodoxes croissante, conséquence directe des conflits
économiques expliqués plus haut. Néanmoins,
on observe que c'est aussi au moment le plus grave de l'histoire
d'Israël que se réveille l'opposition des Netourei
Karta, qui n'ont rien trouvé de mieux que d'organiser leurs
manifestations traditionnelles d'opposition à l'existence
de l'Etat d'Israël que le moment où celui-ci est le
plus en danger. Conformité avec leurs idéaux religieux
? Contradiction fondamentale, dirons nous, avec le principe le
plus important de toute le loi juive, celui du Pikouah Nefesh,
de sauver une vie. En réclamant la fin de l'Etat qui les
a portégé depuis le début de son existence,
les Netourei Karta ne font pas seulement preuve d'ingratitude
et de manque de discernement : ils mettent en danger la vie de
leurs frères. Une bonne âme devrait leur offrir un
paasseport de l'Autorité Palestinienne, ou bien, allez,
tiens, soyons généreux, seulement un passage aller-retour,
pour qu'ils tâtent de la réalité et de la
réalité militaire en particulier qu'ils n'ont jamais
voulu contempler en face Peut-être changeraient ils d'avis
sur la nécessité d'avoir un Etat pour avoir le droit
de continuer à étudier et prier en paix