On déplore aujourd'hui,
à Pâques 2002, en France ce qu'on pensait appartenir
aux heures sombres de la montée du national-socialisme
en Allemagne dans les années 30.
Synagogues attaquées et brûlées, agressions
de juifs dans un contexte général de haut niveau
de violence
Ces agressions semblent justifiées par leurs auteurs comme
des réponses autorisées au traitement infligé
par l'armée israélienne aux responsables palestiniens
d'attentats. C'est justifier deux fois le droit à l'attentat
comme méthode politique. Frapper pour les uns en Israël,
les autres en France, c'est s'associer pour attaquer de manière
globale les Juifs et ne leur laisser aucune place dans le monde.
Voilà ce qui s'appelle proprement continuer l'uvre d'Hitler.
Dans des tracts pro-palestiniens distribués dans les Universités
en France, on peut lire comment se dédouanent ces milieux
de la destruction monstrueuse du nazisme: " tout le monde
sait que les Palestiniens ne sont en rien responsables dans la
tragédie des Juifs d'Europe ". Certes, mais n'est
ce pas, justement, une bonne raison pour ne pas chercher à
recréer dans une attaque générale contre
les Juifs les conditions d' une telle tragédie ? Pourquoi
réactiver pour la Palestine le mythe d'un premier pays
"Judenrein" qui ne serait "vraiment lui-même"
qu'au prix de l'absence totale de Juifs ? Quel que soit le pays
où l'on se trouve et l'époque à laquelle
on vit, c'est une obligation morale de se garder d'achever l'uvre
d'Hitler qui cherchait à éliminer les juifs de la
terre. Cette obligation est valable pour tous, aussi pour ceux
qui ne sont pas Allemands ou de fonds chrétien.
L'Église catholique, majoritaire en France, a surtout déploré
par la voix du Pape les ennuis des palestiniens. On l'a peu entendue
consoler Israël des morts atroces de civils que lui impose
le terrorisme. Comme si le terrorisme, mouvement révolutionnaire
et guerre du pauvre, était, pas sa nature même, le
signe évident de la justesse d'une Cause. On sait aussi
l'extrême difficulté du Vatican, même un demi-siècle
plus tard, à faire le point sur sa responsabilité
dans la Shoah. C'est dans ce contexte que des pro-palestiniens,
comme ceux dont j'ai cité le tract destiné à
des milieux universitaires, proposent une association objective
entre Chrétiens et Musulmans dans le cadre d'une mythologie
religieuse censée tenir lieu d'histoire. On y loue "
la formidable communauté de vie entre Musulmans et Chrétiens
et cela depuis le pacte du Khalif Omar, auquel les chefs religieux
chrétiens avaient remis les clefs de Jérusalem,
et qui reste pour eux le Khalif le plus juste et le plus respectable."
Flatter les Européens pour obtenir qu'il rétrocèdent
aux Musulmans le droit d'exercer le leadership sur Israël
semble une stratégie payante.
Si de tels actes de terrorisme sont possibles aujourd'hui en France,
n'est ce pas parce qu'un permis de chasse a été
délivré ailleurs que dans la sphère islamiste
des cités ? L'attitude du Quai d'Orsay dans le conflit
israëlo-palestinien n'a laissé aucun doute sur le
parti-pris des autorités en faveur des Palestiniens et
contre Israël, ainsi que sur la défense particulière
des intérêts personnels d'Arafat dont on sait pourtant
aujourd'hui de manière évidente que le fonds de
commerce est de permettre, d'encourager et de rendre possible
de nombreux attentats contre des civils juifs.
Les médias français, particulièrement l'AFP,
rapportent une vision partiale du conflit israélo-palestinien.
Puisqu'à leurs yeux, Israël est condamné d'avance,
la presse, les radios et les télés françaises
montrent bien peu de curiosité pour découvrir ce
qui se cache sous les pierres de l'Intifada. On constate en France
une absence totale d'investigations et de critiques à l'égard
des méthodes pourtant contestables (corruption, pressions
sur la population, endoctrinement des jeunes, culture du suicide)
de l'autorité palestinienne.
Le matraquage d'icônes qui rappellent le réalisme
socialiste : mères en pleurs, enfants désespérés
et ruines de guerre d'un côté, soldats en armes de
l'autre côté et jamais le contraire, semble fonctionner
efficacement auprès du public français en réduisant
Israël à la caricature d'un monstre sanguinaire. En
ne s'attardant guère sur les scènes des attentats
perpétrés en Israël par les palestiniens, en
n'informant pas sur la vie quotidienne de la démocratie
qu'est Israël, en déniant à ses habitants le
droit d'apparaître dans les médias autrement que
sous l'icône de son armée en action, en présentant
comme des actions d'attaque des actions qui sont la plupart du
temps des actions de défense, les médias français
nient d'une certaine façon l'existence et la vie civile
pacifique de ce pays.
On ne peut donner une vision partiale d'un conflit pendant des
mois sans une identification forte du public à ceux qui
ont été présentés comme des martyrs
exclusifs de ce conflit et sans le rejet puissant de ceux qui
ont été dépeints jour après jour dans
les journaux, sur les radios et à la télévision
comme l'ennemi absolu. Ce jeu dangereux des médias français
a une conséquence aujourd'hui sur le terrain : il a créé
des conditions favorables à l'agression des infrastructures
et des personnes juives en France.
N'est-ce pas le traitement non objectif de l'information et un
parti-pris des voix officielles (autorités, médias,
église), sonnant plus contre les Juifs qu'en faveur des
Palestiniens, qui ont donné le feu vert aux passages à
l'acte et ne garantissent plus la protection des citoyens juifs
en France ?
Dans le contexte d'une nouvelle place sociale des Juifs dans le
monde, qui ont à nouveau un Etat et une armée, puissance
dont ils ont été privés depuis deux mille
ans, il faudrait réfléchir à une nouvelle
judéophilie qui intègre ces deux paramètres
qui font partie de les droits fondamentaux et leur accorder pleinement
notre amitié dans ce nouveau cadre.
Pascale Camus-Walter / Strasbourg
··· / ···
"Un
pays où il y a des juifs"
Dans vos éditions du 10 et du 11 avril, vous avez
traité à
plusieurs reprises, parfois sur un ton badin, de l'incident qui
a opposé
Bayrou à un groupe d'enfants dans un quartier de Strasbourg
le 8 avril.
Mais vous avez omis de mentionner les conditions dans lesquelles
Bayrou a dû
s'adresser à ces jeunes.
Voici les faits exacts relatés par le journaliste Claude
Keiflin dans les
Dernières Nouvelles d'Alsace du 9 avril:
"Une quarantaine de jeunes du quartier, dont quelques gamins
d'une dizaine
d'années, se sont rassemblés devant l'immeuble,
dans une ambiance tendue.
Des cailloux ont commencé à voler, atteignant
les voitures et brisant des
vitres pendant que Bayrou discutait dans un bureau. Des injures
et des
insultes ont fusé : « Pourquoi tu as interdit le
foulard ? » (quand il
était ministre de l'Education nationale), « Fous
le camp, on ne veut plus
d'un pays où il y a des juifs ». Non sans courage,
François Bayrou est allé
à leur contact, pour, dans la bousculade, leur expliquer
que « parler des
juifs ainsi aujourd'hui, c'est s'exposer à ce que demain,
on parle de la
même façon des jeunes musulmans ». Pour tenter
de leur faire comprendre
aussi qu'en France, et notamment à l'école, «
les principes et valeurs de
la République passent en premier, pour que les communautés
puissent vivre
ensemble ». Dialogue impossible, rompu lorsque la police,
appelée par
Robert Grossmann, est enfin arrivée en renfort. "
Est-ce un "détail" si vous avez omis de
citer ce contexte
particulier auquel a du faire face Bayrou? Ces propos «
Fous le camp, on ne
veut plus d'un pays où il y a des juifs » sont extrêmement
inquiétants car
ils ne peuvent émaner spontanément de ces jeunes.
Ce sont des mots d'ordre
propagés par une idéologie qui, comme au temps d'Hitler,
a décidé que,
maintenant, il était temps de créer des territoires
"Judenrein", sans
juifs. C'est une idée abominable, d'autant plus qu'on la
fait émettre par
des troupes d'enfants, de jeunes endoctrinés. Elle n'est
pas née du
désespoir, mais de la haine et du fanatisme.
Vous devriez citer cet épisode. Il n'est pas insignifiant.
Pascale Camus-Walter/Strasbourg