Yona Dureau: La préparation à la guerre d'Arafat et ses apparences trompeuses
La situation actuelle du Moyen Orient est si imbriquée, compliquée, que les événements ne peuvent plus être lus indépendament les uns des autres. Nous proposons une analyse selon laquelle les signes interprétés par les journalistes comme une désintégration de l'Autorité Palestinienne ne sont que des signes précurseurs d'un affrontement.
I. Les Rumeurs
La désintégration de l'autorité palestinienne
et les rumeurs de l'exil d'Arafat : mythes et réalités
II. Le pouvoir
réel d'Arafat
III. Le chemin
de l'exil d'Arafat en Irak, et la reprise de la guerre
La préparation à la guerre d'Arafat et ses apparences trompeuses
I. Les Rumeurs
La désintégration de l'autorité palestinienne
et les rumeurs de l'exil d'Arafat : mythes et réalités
Ze'ev Schiff, , du Jerusalem Post, reprenait le 16 février une information selon laquelle le gouvernement d'Israël, et Sharon en particulier, aurait beaucoup à faire pour réagir face à Arafat, toute réaction contribuant à "l'effondrement du pouvoir palestinien". Depuis peu de temps, disait-il, les Israëliens se demandent si la désintégration de l'Autorité palestinienne ne serait pas un pire mal que les problèmes antécédents. Le journaliste développait ensuite les différents scénarii catastrophes d'un tel effondrement. L'Autorité palestinienne perdrait tout d'abord le contrôle de ses services de sécurité. Le leadership semblerait continuer à fonctionner, mais son pouvoir réel s'effriterait progressivement par le biais de sa perte de contrôle de ses propres forces armées. Les gangs apparaîtraient, et le pire serait atteint lorsque les acheminements de nourriture seraient passés sous leur contrôle.
Ces rumeurs se fondent sur l'observation de l'Autorité palestinienne et de son fonctionnement intérieur. Ainsi, le site Gamla, non cité par ce journaliste, mais inspirateur de l'article, avait été le premier à décrire certaines anomalies.
a. Depuis le début
de l'intifadah d'Al Aqsa, Arafat ne s'est pas rendu à Ramalah
b. Cette situation a abouti à l'apparition de deux Autorités
palestiniennes, l'une à Gaza, et l'autre en Cisjordanie.
Le reste n'est qu'interprétation.
Le pouvoir en place à Gaza serait l'essence du pouvoir,
avec les structures les plus profondes.
Arafat ne se seriat pas rendu dans la bande de Gaza, alors qu'il
peut aller et venir à sa guise, car il "aurait peur
que les Israëliens ne le laissent pas quitter la bande de
Gaza".
Amos Harel, correspondant militaire de Ha'aretz, parle dans l'édition du 16/2/2001,"de processus d'effondrement de l'Autorité palestinienne". Il attribue aux officiels israëliens la pensée que la spirale de violence actuelle serait due à une perte de contrôle de la situation par Arafat. Il note cependant que même si les attaques ne sont pas orchestrée par Arafat lui-même, celui-ci ne fait rien pour les contrôler, tandis que les propos violents tenus par les chefs de l'Autorité palestinienne ont tendance à mettre le feu aux poudres. Les officiels des forces de sécrurité israëliennes ont noté une compétition entre deux hommes forts de l'Autorité palestinienne, le leader du Fatah Marwan Barguti et le chef de l'intelligence service Tawfiq Tirawi. Leurs actions offensives séparées contre Israël sont interprêtées comme une forme de compétition de violence pour gagner l'opinion palestinienne et démontrer leurs forces. L'analyse de la situation militaire actuelle selon les dirigeants de Tsahal, rapportée par ce journaliste, est cependant l'inverse de ce que le précédent article déclarait, et en contradiction avec la démonstration entreprise au début de celui-ci: Tsahal serait d'avis de réagir beaucoup plus durement aux violences palestiniennes, en procédant notamment à des mesures de représailles. Tsahal souhaiterait que les Palestiniens soient à nouveau considérés comme des ennemis potentiels, et que le rôle de l'armée ne se borne pas à attendre des attentats pour y répondre, ni à respecter les frontières de zones sous contrôle palestinien lorsque les violences en émanent.
Le reste du journal Ha'aretz, du week-end, est consacré au thème de la désintégration de l'Autorité palestinienne, à l'analyse présupposant que intifada et pouvoir fort ne vont pas de paire, puisque l'oragnisation du désordre se retournerait contre le pouvoir central. La situation économique de l'Autorité palestinienne est catastrophique, la population souffre des blocus des territoires, les structures ne reçoivent plus les fonds transitant par Israël, etc...
Enfin, dans la pléthore d'articles parus sur ce sujet, on trouve des informations concernant un éventuel départ d'Arafat pour l'Irak, qui démontrerait, nous dit-on, la peur du leader palestinien de ses troupes, et la désintégration de son pouvoir.
Sur la base de toutes ces observations, et en prenant en compte d'autres données majeures de la situation, on peut néanmoins aboutir à une interprétation fondamentalement différente de la réalité.
Ces informations sont en effet déconnectées de leur contexte général. Ce sont des parcelles d'information lues pour elles-mêmes, et qui risquent de nous fourvoyer sur ce qui se passe réellement au sein de l'Autorité palestinienne.
1. Les luttes intestines
au sein de l'Autorité palestinienne sont un thème
journalistique qui court depuis près de dix ans. depuis
près de dix ans, il est de bon ton de crier à l'explosion
du pouvoir palestinien, de craindre pour la vie d'Arafat, de faire
des prognostiques sur ses éventuels successeurs et leurs
rivalités.
Dans la réalité, le pouvoir d'Arafat est une dictature
menée avec une main de fer. Ce pouvoir dure depuis maintenant
près de dix ans sous la forme de l'Autorité Palestinienne.
Le contrôle d'Arafat sur les organisations "terroristes"
palestiniennes n'a jamis lui non plus été réellement
battu en brèche. Rappellons que le Fatah est sous son égide,
que le Hamas a été on ne peut plus officiellement
intégré dans l'armée palestinienne en 1994,
et que les "Tanzinims" dépendent aussi d'Arafat.
On crée de nouvelles étiquettes, ou on en reprend
d'anciennes, et on oublie que la plupart des forces, le hezbollah
excepté, remontent à Arafat.
2. La ruine de l'Autorité
palestinienne est au goût du jour. Pourtant, on ne confronte
pas ces données avec l'aide amenée en argent trébuchant
par l'Irak, par exemple, (voir notre dossier sur l'Irak) et on
crie aux risque de problèmes d'approvisionement, en oubliant
que depuis septembre 2000, les organismes de l'ONU, l'UNRWA en
particulier, fournissent une aide alimentaire directe en permanence
aux populations. ce sont ces mêmes organismes qui ont d'ailleurs
organisé la révolte palestinienne depuis des années,
favorisant par exemple la mise en place d'une propagande palestinienne
extrémiste revendiquent la prise de la totalité
d'Israël, subventionnant les dernières affiches montrant
une belle petite réfugiée palestinienne blonde à
l'air triste, le texte portant en marge la liste des villes et
villages réclamés au sein même d'Israël
au nom du droit au retour.
Qu'on ne se fasse donc pas trop de souci pour les besoins essentiels
de la population, ces organismes, qui sont visiblement attachés
à pousser la population vers une revendication plus acerbe,
soutiennent les Palestiniens, et leur fournissent même les
moyens de leur propagande.
3. La scission de l'Autorité
Palestinienne en un pouvoir réel, et une "commande
à distance" depuis la Cisjordanie.
Le fait de l'établissement d'une forme binaire de l'Autorité
Palestinienne n'est en rien la marque de sa faiblesse. N'oublions
pas qu'historiquement, Yasser Arafat a toujours su maintenir son
pouvoir depuis l'extérieur d'Israël, comme par exemple
pendant la première intifada entre 1984 et 1988, en "télécommandant"
les événements depuis l'extérieur. Cette
capacité est même plutôt la preuve de la force
de son mouvement. En d'autres termes, les journalistes ont tendances
à analyser les structures de l'Autorité Palestiniennes
en partant de leur propre modèle culturel. Mais l'Autorité
Palestinienne n'est pas une démocratie, qu'une telle situation
affaiblirait, c'est une dictature, rompue aux techniques du gouvernement
en exil.
La mise en place d'un gouvernement-télécommande
est même plutôt une donnée de plus suggérant
que les rumeurs de désagrégation du pouvoir ne sont
qu'un voile de fumée cachant la réalité des
intentions bellicistes d'Arafat.
III. Le chemin de l'exil d'Arafat en Irak, et la reprise de la guerre
1. Les données informationelles
Irak/Palestine/Syrie
Pour tous les détails concernant ces informations, se reporter
au dossier Irak
Nous savons que l'Irak a décidé de mettre en place
des divisions d'élite à la frontière Syrie/Israël,
et Jordanie/Israël.
Nous savons d'autre part que l'Irak a massivement réarmé,
la phase d'accélération de ce réarmement
s'étant située entre septembre 2000 et janvier 2001.
Nous savons que le réarmement irakien comporte aussi des
quantités astronomiques d'agents biologiques.
Nous savons que le conseiller proche d'Arafat fait la navette
toutes les semaines entre Gaza et Bagdad.
Par conséquent:
Il est absurde de penser que toute la situation à Gaza,
surveillée de très près par Saddam Hussein
serait une perte de contrôle quelquonque.
Il est par contre plus logique de mettre en rapport la phase essentielle
de réarmement (depuis septembre), et la nouvelle intifada
qui a complètement effacé l'Irak des soucis des
médias et des préoccupations de l'Occident. Tous
les analystes israëliens sont d'autre part d'accord pour
dire que l'intifada aurait pu éclater un ou deux mois plus
tard, et que visiblement elle était organisée, et
"prête à être déclenchée".
2. Notre interprétation des faits
L'Irak, en contact permanent
avec Arafat, a coordoné son réarmement avec le déclenchements
des troubles palestiniens pour aboutir à une concentration
de l'attention mondiale sur Gaza.
Le réarmement irakien est directement lié à
l'application des accords quadri-partites offensifs ayant lié
en 1995 l'Autorité palestinienne, l'Irak, l'Iran, la Syrie,
et l'Egypte, contre Israël (voir notre dossier sur le rapport
Saxton, fuite du Congrès américain dédaignée
par les officiels car fondée sur des sources arabes).
Les troupes irakiennes placées à la frontière
jordanienne et syrienne laissent à présager d'une
déflagration importante sur Israël, or:
Yasser Arafat est "contrôlé" de façon
relative par Israël TANT QU'IL RESTE DANS LE TERRITOIRE DE
L'AUTORITÉ PALESTINIENNE. les pressions sont encore possibles,
les contrôles de mouvement, voir les interceptions d'ordre.
Si Yasser Arafat quitte le pays, il est libre de mener le conflit
à sa guise!
Enfin, l'exil en Irak d'une partie de l'Autorité palestinienne
laisse l'Irak libre d'utiliser des agents chimiques et biologiques:
les têtes palestiniennes étant à l'abri, on
sait le peu de valeur de la vie de ses citoyens pour Arafat.
Conclusion
La "désagrégation de l'Autorité palestinienne"
reste un signe supplémentaire alarmant du renforcement
des liens Irak/Autorité palestinienne, et de la préparation
à la guerre de toute la région. Le seul signe d'espoir
nous vient en fait de l'Egypte, puisque le président Moubarak
est intervenu pour insister auprès de Saddam hussein de
ne pas prendre trop de pouvoir à Gaza. Cette intervention
laisse présager que l'Egypte se tiendrait en retrait d'un
conflit, sa situation intérieure instable et son économie
faible lui conseillant vraisemblablement de garder des distances
vis-à-vis de tout conflit ruineux, tout en maintenant une
attitude pro-palestinienne pour rester un intermédiaire
politique de premier plan.