Yona Dureau: La seconde intifadah et les séismes internes de l'Autorité palestinienne
Selon la presse arabe actuelle et surtout
selon l'analyse des mouvements libanais anti-syriens basés
à New York, cette seconde intifadah ne serait pas le résultat
fortuit d'une visite de Sharon au mont du Temple, ni même
d'une décision mûrement réfléchie de
Yasser Arafat de lancer un mouvement de révolte visant
à faire pression sur le gouvernement israëlien.
On se rappelle que le mouvement prit son essor précisément
au moment où Ehud Barak avait cédé sur tous
les points aux demandes de Yasser Arafat, ce qui paradoxalement
plaçait celui-ci dans la situation difficile vis-à-vis
des plus extrémistes des mouvements armés palestiniens,
en le forçant à accepter l'accord proposé
et à avouer ainsi sa volonté de compromis et de
paix, ou bien à renchérir sur ces demandes précédentes
afin de les rendre impossibles, maintenant ainsi la coalition
de forces différentes autour de lui en tant que chef politique
de la revendication palestinienne.
Or le camp palestinien, réuni depuis l'intégration
officielle en 1994 du Hamas dans l'armée palestinienne,
et l'association d'une partie du Fatah dans les accords d'Oslo,
s'est à nouveau divisé depuis quelques mois, avec
l'apparition de chefs dissidents au sein du mouvement armé
des Tanzim.
Il faut tout d'abord dénoncer le mythe établi selon
lequel les Tanzim serait un mouvement opposé à Arafat,
car les services de sécurité israëliens ont
démontré récemment que tous les meurtres
perpétrés par les Tanzim depuis deux ans en Israël
l'ont été sur ordre d'Arafat. Arafat a donc joué
de cette force armée comme il a joué du hamas, en
prétendant à l'occasion ne pas pouvoir le contrôler
pour faire pression sur les politiciens israëliens, tout
en guidant ces groupes en sous-main et les alimentant en armes
et en finances.
Néanmoins, les dernières concessions israëliennes
en particulier sur Jérusalem, plaçait Yasser Arafat
en porte-à-faux vis-à-vis de jeunes chefs Tanzim
décidés à mener la guerre du Jihad jusqu'à
complète conquête d'Israël.
La nouvelle intifadah serait, selon les mêmes sources arabes,
un échec cuisant pour Arafat, car même si elle aboutit
à confronter aux Israëliens une population désormais
armée, elle ne réussit qu'à faire descendre
dans la rue moins de 70% des participants de la première
intifadah de 1986. Elle confirme ainsi une déperdition
de pouvoir de Yasser Arafat qui devrait nous pousser à
peser sa capacité réelle à conduire des négociations.
Tout se passe comme si les accords actuels, entre un premier ministre
démissionaire et un chef d'état vacillant menaçaient
plus l'équilibre fragile de cette région qu'ils
ne peuvent s'avérer efficaces.