Yona Dureau: un phénomène d'arabisation de la ville de Tsfat?
Les habitants de la ville
juive de Tsfat, ville traditionnelle de la kabbalah du XVIe siècle,
ont récemment averti la presse d'un phénomène
nouveau. Suivant l'exemple des Juifs, qui, pendant des années,
ont acheté des maisons arabes en vieille ville de Jérusalem,
offrant des prix irrésistibles à leur propriétaire,
et préparant parfois même leur départ hors
du pays pour les protéger des représailles de l'OLP,
les Arabes israèiens habitant le Nord du pays semblent
avoir appliqué la même politique afin d'acquérir
le plus de maisons possible dans l'ancienne ville de Tsfat. Ce
phénomène inquiète le reste des habitants,
et évidemment pas ceux qui ont décidé de
quitter la ville, et de vendre leurs biens. "La ville est
en train de changer complètement d'identité,"
disent-ils. ce changement d'identité se traduit bien sûr
par une multiplication des éléments de culture arabe,
mais aussi selon les habitants juifs, par un sentiment que la
ville devra bientôt n'avoir que des habitants arabes, qu'elle
sera en quelque sorte conquise de l'intérieur.
Tout cela est permis par la dégradation de la situation
économique du Nord du pays, qui fait actuellement de la
Gallilée la zone la plus touchée par le chômage.
Dans ces conditions, difficile de résister à une
offre avantageuse de rachat du bien immobilier.
Ce phénomène ne signifie pas seulement la perte
d'un héritage juf important, cette ville représentant
une étape essentielle du patrimoine culturel, de l'Age
d'or de la kabbale, dans l'histoire d'Israël.
Il est évident que les habitants juifs de Tsfat craignent
à présent que se retourne contre eux la politique
d'achat de terrain suivie de revendication territoriale, qui avait
fondé la politique des yishouvim juifs pendant les années
soixante, politique remise en question par les pourparlers politiques
qui annonçaient ne pas devoir prendre en compte les installations
existantes.
A long terme, le phénomène de Tsfat établit
la démonstration du danger de la politique de rachat de
terres ou d'habitation pour en faire des lieux annexables ou revendiqués
par la politique. Il est évident que la sagesse voudrait,
pour désarmer cette partie du conflit, qu'ils soit admis
une fois pour toute que le principe de propriété
individuelle soit dissocié du principe de territoire national.
Toute personne serait alors parfaitement libre d'acheter des terrains
ou des maisons, sans qu'il soit possible de déclarer ensuite
que ledit terrain quitterait la nation de l'un ou de l'autre partie.
Il est urgent de penser aussi à l'avenir, car la Gallilée,
de population majoritairement arabe, pourrait bien annoncer son
rattachement aux territoires de la Palestine, si on ne prend pas
le soin de régler cette question politique par un accord
bi-latéral. Dans la situation économique actuelle,
il est douteux que la politique d'acquisition des terres soit
à l'avantage d'Israël, alors que le statut quo sur
cette question est une cause supplémentaire d'instabilité
politique.