Interview de Dani Siman, directeur du Bureau des Journalistes (Gouvernment Press Office), Jérusalem
Yona Dureau: Bonjour Monsieur Siman, pouvez-vous vous présenter et donner quelques détails pour nos lecteurs?
M. Dani Siman: Je suis responsable de l'accréditation
des journalistes étrangers et israëliens en Israël,
directeur donc du centre des journalistes au sein du Government
Press Office.
Yona Dureau: selon nos informations, vous auriez eu quelques
problèmes, récemment, avec des journalistes palestiniens.
Pourriez-vous confirmer cette information et nous donner quelques
détails?
M. Dani Siman: Je n'ai pas de problème particulier
avec les journalistes palestiniens, j'applique la même règle
à tous. Simplement, nous ne sommes nullement contraints
de donner des accréditations à des journalistes
palestiniens et il faut bien prendre conscience que la situation
n'est absolument pas symétrique. Par conséquent,
quald des journalistes palestiniens portent plainte pour avoir
des cartes d'accréditation de journalistes de nos services,
il est nécessaire de rappeller tout d'abord que l'Autorité
Palestinienne interdit aux Israëliens, journalistes ou pas,
de se présenter dans les territoires palestiniens.
Yona Dureau: Les journalistes palestiniens ont donc déposé
plainte contre vous parce que vous refusiez de leur accorder une
accréditation?
Dani Siman: encore une fois, il faut resituer les choses
dans leur contexte. tout d'abord depuis le début de la
seconde intifadah, tout Palestinien, lors d'une période
de couvre-feu, qu'il soit journaliste ou pas, se voit interdit
le territoire d'Israël, et plus encore, pour des raisons
de sécurité, les ministère israëliens.
Et nous sommes un bureau dépendant d'un ministère
israèlien, et tout journaliste palestinien se verrait interdire
de venir travailler en Israël en cas de couvre-feu, avec
ou sans carte d'accréditation.
D'autre part, je ne vois pas pourquoi nous devrions nous sentir
contraints de donner une accréditation à qui que
ce soit. Or les journalistes palestiniens ont dit à haute
et intelligible voix, à de nombreuses reprises, qu'ils
ne se battaient pas avec des pierres, mais avec les media. Ils
ne font montre d'aucune objectivité, et effectivement,
les media sont pour eux une forme supplémentaire de propagande,
de combat nationaliste. peu m'importe ce qu'ils font chez eux,
et comme on dit chez nous, le type de la kashrout, mais ils n'ont
pas à m'imposer de manger la même chose qu'eux, et
en particulier de leur donner une accréditation pour travailler
dans ce sens. La presse israèlienne, quant à elle,
est très critique d'Israël, et la situation est donc
une fois de plus asymétrique.
Yona Dureau: Vous aviez aussi mentionné le rôle
de ces journalistes palestiniens auprès des media occidentaux.
Dani Siman: C'est exact. pour commencer, les équipes
de télévision européennes ont accepté
le diktat palestinien, et ont renvoyé les Israèliens
qui travaillaient avec elles pour obéir à l'interdiction
palestinienne selon laquelle aucun Israëlien ne pouvait entrer
en territoire palestinien. Or si ces media avaient été
honnêtes vis-à-vis de leurs employés, elles
auraient dû résister à ce genre d'exigence,
ce qu'elles n'ont pas fait. D'autre part, les équipes occidentales
sont rarement présentes sur place. Elles ont peur du danger,
et se contentent de sous-traiter l'information, en envoyant sur
place leurs cameramen palestiniens. tous les cameramen palestiniens
se retrouvant ensemble sans témoins extérieurs,
nous avons à présent la preuve qu'ils organisent
de véritables mise-en-scènes. Ce fut le cas lors
de l'affaire de Mohamed Al Durah, des faux enterrements de Djenine,
mais aussi lors des émeutes de Canaan, qui étaient
toutes mises en scène. Si les équipes occidentales,
qui ne sont qu'à moitié dupes, acceptent ensuite
de diffuser de tels document, c'est bien sûr scandaleux,
et cela révèle leur niveau de moralité. Mais
qu'elles ne viennent pas ensuite se plaindre que nous refusions
de renouveler les accréditations de leur cameramen...
Yona Dureau: Certaines équipes se sont plaintes?
Dani Siman: C'est en particulier le cas d'Antenne 2 France,
qui veut m'attaquer en justice...
Yona Dureau: Vous n'êtes pas soutenus par la presse israèlienne
autant que l'on pourrait s'attendre de le voir. Pourquoi?
Dani Siman: comme vous le savez, la presse israèlienne
est essentiellement de gauche...
Yona Dureau: Oui, mais dans des affaires comme celle de Mohamed
Al Dura, il n'y a pas eu d'écho dans la presse israèlienne
ou très peu, pourquoi? c'est tout de même un scandale
qui mettait en danger le destin du pays tout entier...
Dani Siman: Il y a eu tout de même une réaction dans
le journal Ha'aretz...
Yona Dureau: Rien de bien virulent, rien qui ait passé
les frontières... Nous avons d'une manière générale
qui puisse rétablir l'image d'Israël. Israël
a jusqu'à aujourd'hui un problème de "Hasbara".
Quelle est votre position sur ce problème?
Dani Siman: Le terme de "hasbara" vient de "léasbir,"
expliquer. Israël n'a rien à expliquer. Pourquoi Israël
devrait-elle expliquer, se justifier? Les autres pays doivent
ils en permanence se justifier? Israël est un pays de loi,
et agit, dans les limites de la Loi et de la façon la plus
légitime qui soit, pour se défendre. Il n'y a rien
à expliquer, et si les autres pays ne comprennent pas,
tant pis pour eux. Israël ne doit pas expliquer quoi que
ce soit...
Yona Dureau: Comment voyez-vous l'avenir de la situation avec
les journalistes palestiniens?
Dani Siman: de façon très simple. il faudra
bien que les équipes de télévision et les
journalistes palestiniens eux-mêmes comprennent ce que signifie
l'éthique journalistique, et le fait qu'Israël et
un pays de Loi, et non de propagande et de passe-droit. lorsqu'ils
auront compris cela, il n'y aura plus de situation conflictuelle.