Yona Dureau: Réflexions sur la situation d'Israël et des Palestiniens actuellement

Depuis près d'un mois, les attaques contre Israël se sont multipliées, et l'opposition à Arik Sharon se ligue progressivement, mettant en avant une réplique israëlienne trop faible du point de vue d'un pays agressé si violemment et à de multiples reprises. Plutôt que de hurler avec les loups, ou de constater cette situation, comme le font les médias français, en se félicitant que l'Etat hébreu ne bouge apparemment pas, nous proposons une analyse de la situation précisément sur les causes possibles de cette retenue et sur les options qui demeurent possibles.

I. La retenue comme option militaire

II. Les attaques à petit feu

III. Les différentes options

 

I. La retenue comme option militaire

Lorsque nous contemplons la situation actuelle au Moyen Orient, une perspective intéressante apparait si l'on considère que la situation actuelle, du côté israëlien, n'est pas le fruit de l'impuissance, mais d'une réflexion militaire bien précise. Si Israël ne réagit pas, ou peu, aux agressions palestiniennes, c'est parce que l'intérêt militaire et politique d'Israël consiste à ne pas réagir pour l'instant. Cette hypothèse met en lumière, par choc en retour que les Palestiniens, et le monde arabe hostile environnant Israël, peut avoir intérêt à pousser Israël à réagir. Quels intérêts évidents de part et d'autres sont donc en jeu ?

1. Si Israël ne réagit pas pour l'instant, l'image politique de l'Etat hébreu, et de Sharon en particulier se change en une image de retenue, de patience extrème devant un peuple d'agresseurs et de terroristes, les Palestiniens, dont le double langage se dévoile.

2. Les demandes extérieures pour plus de concessions territoriales israëliennes ne peuvent plus être envisagées aussi sérieusement devant la réalité de la menace terroriste.

3. Mais surtout, et enfin, Israël n'aurait pas intérêt à répliquer, pour des raisons militaires.

Cette hypothèse de lecture nous amène à envisager la situation d'un autre point de vue, et en regard des informations annexes que nous avons déjà présentées. Israël est à présent entouré de pays arabes ayant signé des accords offensifs contre lui (Egypte, Iran, Irak, Syrie), infiltré quasiment de l'intérieur par les Palestiniens, dont le rôle, rappellons le, dans ces accords, consiste à maintenir suffisament de pression sur l'armée israëlienne pour maintenir ses forces sur le front intérieur, et l'affaiblir ainsi sur ses frontières (voir dossier sur le rapport Saxton).

       L'Iran a déjà disposé ses missiles en Egypte pour attaquer Israël, alors que l'Irak a fait parvenir ses unités d'élite sur la frontière syro-israëlienne, et que la Syrie procède à des manoeuvres militaires.

Il est donc clair pour tout le monde qu'un conflit va déferler sur le Moyen Orient. Cette certitude se renforce encore lorsqu'on constate qu'Israël va être vraisemblablement contraint d'attaquer l'Irak avant que ce pays n'ait la bombe atomique, ce qui, du point de vue des services secrets allemands (voir notre dossier Irak) devrait être le cas en janvier 2002.

Dans ce contexte, la retenue israëlienne, qui peut tout d'abord passer pour une retenue craintive face à un étau de plus en plus menaçant, nous parait résulter d'un calcul. Puisqu'il doit y avoir conflit, il y aura conflit, mais il est inutile que ce conflit éclate trop tôt, comme il est inutile d'apparaître comme l'origine cironstancielle de l'affrontement.

Cette perspective met en lumière un autre paradoxe de la situation actuelle et touchant cette fois à la politique des Palestiniens.

 

II. Les attaques à petit feu

La sauvagerie des derniers attentats nous fait perdre de vue les pertes qui seraient réellement occassionées par un conflit total avec l'Autorité palestinienne. Le Hamas et les Tanzims se vantent à de maintes reprises de disposer de plus de trente candidats aux attaques suicides contre Israël. La question qui doit donc surgir sur toutes les lèvres reste donc: pourquoi les Palestiniens ne jettent ils pas tous ces kamikazes dans le feu de l'action afin d'infliger à Israël autant d'attentats d'un seul coup ? Pourquoi l'intifadah se limite-elle à une partie seulement des territoires ? Pourquoi, alors qu'ils en ont la capacité d'organisation à présent qu'ils sont rentrés en Israël, Arafat et ses hommes n'ont pas lancé des attaques tout azimut. Plusieurs hypothèses se dessinent:

1. Dans le contexte d'une guerre totale, Arafat perdrait définitivement sa position d'interlocuteur vis-à-vis d'Israël, mais surtout vis-à-vis des autres pays, l'Europe et les USA. Cette position doit être assez importante pour lui, ce qui suggère que l'abandon du soutien extérieur signifierait vraisemblablement sa chute au niveau intérieur palestinien.

2. La guerre totale n'est pas le but recherché actuellement par les Palestiniens, du moins pas sans l'aide de leurs alliés, déjà positionnés pour attaquer.

Il est donc clair que les Palestiniens cherchent à pousser Israël à déclencher le conflit, ce qui aboutirait ensuite à une réaction générale contre lui.

3. Les pays alliés avec les Palestiniens cherchent à gagner du temps. Une des raisons possibles peut être que Saddam n'a pas constitué la réserve de produits chimiques qu'il projette, ou qu'il attend précisément que sa bombe atomique soit prête.

Dans ces conditions, différentes options sont possibles pour Israël.

 

III. Les différentes options

Israël doit attaquer l'Irak, mais apparemment pas tout de suite. Cela suggère que l'armée se prépare à cette attaque, ne pouvant compter sur une intervention internationale pour priver l'Irak de sa force atomique.

Israël ne fait donc que gagner du temps.

Israël attend que l'un des pays arabes l'attaque afin de pas hériter d'une image d'agresseur, et dans le contexte d'une déflagration générale, pouvoir encore bénéficier de l'aide d'un ou deux pays extérieurs, ce qui serait impossible dans le contexte d'une opinion publique montée contre lui après l'initiative d'une attaque.

L'attaque contre l'Irak doit avoir lieu avant janvier 2002, à condition que cette date soit exacte, car les prévisions européenes se sont plusieurs fois révélées en dessous de la réalité en ce qui concerne les préparatifs irakiens.

Compte tenu de la dimension météorologique, vitale dans le cadre des attaques chimiques qui frapperaient Israël en retour dans le cas d'une attaque contre l'Irak, il est vraisemblable qu'Israël va tenter de gagner du temps jusqu'en automne. Les pluies réduisent en effet la portée et la nocivité des attaques chimiques, ainsi que le vent, qui disperse les gaz. Il est donc clair qu'il faut à tout prix éviter un conflit par temps sec et chaud, autrement dit en été.

 

Conclusion:

Il faut cesser d'être naïf à l'écoute des médias européens. Tout montre clairement que la situation est claire pour tout le monde et que personne ne fera un geste pour qu'elle change. La raison en est simple: le conflit du Moyen Orient représente au total 1/3 des ventes d'armes mondiales. Qui serait prêt à renoncer à cette mine d'or pour des raisons humanitaires ?

La situation actuelle ne doit pas nous faire perdre de vue qu'un conflit généralisé serait le plus meurtrier jamais connu par Israël. La retenue actuelle permet sans aucun doute possible de limiter ces pertes. Il reste insupportable de voir des victimes tomber sous les bombes. Mais la prochaine guerre sera aussi au sein du pays, et touchera aussi de nombreux civils, beaucoup plus nombreux malheureusement que ceux qui sont déjà tombés. Israël souffre actuellement des attentats, mais, ainsi que le déclarait Sharon à un des survivants de l'attentat de Tel Aviv, il est des circonstances où la vraie force est en la retenue.