Yona Dureau: L'évolution des relations étrangères de la Syrie avec l'Autorité palestinienne
Le 27 mars, le président
Bashar Assad rencontrait Yasser Arafat parallèlement au
sommet arabe. Cette rencontre marquait le point culminant des
rapprochements des relations syro-palestiniennes depuis la mort
de Hafez Assad en juin 2000.
Simultanément, ce jeu de variations apparentes des relations
entre les deux pays apparait réelement comme un jeu à
la lumière du rapport Saxton, qui montre que les accords
offensifs contre Israël entre les deux pays existent depuis
1994. De notre point de vue, cette phase de dévoilement
correspond à un phase de rapprochement d'un conflit ouvert
avec Israël, le rapprochement politique officiel permettant
d'effectuer des pressions politiques dans un premier temps.
I. Divergences passées et Jeu de rôles
récents
II. La Phase
passée d'affrontements ouverts
III. Une Phase
de relations mitigées
IV. Les relations
syro-palestiniennes dans le cadre de la politique israëlienne
de Yasser Arafat
V. La Mise
en scène de la réconciliation
VI.La surenchère
syrienne comme poursuite des revendications d'Arafat concédées
aux USA
I. Divergences passées et
Jeu de rôles récents
Yasser Arafat et le régime d'Assad ont toujours mis en
avant des divergences d'intérêts concernant en particulier
le contrôle convoité par ces deux pouvoirs sur les
communautés palestiniennes du Liban et de la Syrie. Ces
divergences d'intérêts ont effectivement joué
un certain rôle il y a une vingtaine d'années, lrosque
les forces syriennes étaient entrées au Liban et
s'étaient affrontées à l'OLP. Bien que les
acoords de Camp David de 1978 aient apparemment réconcilé
Assad et Arafat, leur rivalité ressurgissait lorsque Yasser
Arafat commença à prôner une résolution
du conflit israëlo-palestinien sponsorisée par les
Américains au début des années 1980. En 1981,
Arafat accepta, au grand dam des Syriens, un plan de paix proposé
par le roi Fayçal et un accord de cesser-le-feu avec Israël
au Sud Liban, de sorte que les Syriens firent très peu
pour aider les Palestiniens dans leur guerilla à partir
du Liban contre les forces israëliennes au liban en 1982.
D'un autre côté la position syrienne était
plutôt ambigüe, ne soutenant pas les Palestiniens au
Liban mais les laissantr agir, soutenant le Hizbollah dont l'action
était une aide indirecte aux Palestiniens.
II. La Phase passée d'affrontements
ouverts
Assad commença à préparer ouvertement la
liquidation d'Arafat après l'annonce faite par le leader
palestinien de son accord au plan de paix de Ronal Reagan en 1982.
Les services secrets syriens avaient simultanément découvert
que Yasser Arafat protégeait des Islamistes syriens opposés
au régime de Assad. Lors de l'été 1983, après
que les troupes de guerrillas de Yasser Arafat, vaincues, aient
été déplacées au port libanais de
Tripoli, la Syrie fomenta une rebellion contre Yasser Arafat de
l'intérieur du Fatah, dirigée par le Colonel Abu
Musa, dont les forces parvinrent à bouter Arafat hors du
Liban.
III. Une Phase de relations mitigées
En 1984, le frère
d'Assad, le Vice-président Rifaat Assad, en éxil
forcé hors de Syrie rencontra ouvertement Arafat à
Genève. Ce rapprochement d'opposants ne pouvait être
perçu de façon favorable par le régime de
Damas.
pendant ce temps, la Syrie continuait sa campagne d'assassinats
et de massacres contre les forces pro-Arafat encore présentes
au Liban, à travers le Front dit de Sauvagarde nationale
(national Salvation Front), une organisation chapeautant Saiqa
(une force palestinienne travaillant de concert avec l'armée
syrienne), etles factions palestiniennes extrémistes dirigées
par Abu Musa, Ahmad Jibril, george Habash, et Nayif Hawatmeh.
Des milliers de Palestiniens furent transferrés vers la
Syrie et emprisonnés dans des camps de détention
dans et autour de Damas.
Enfin, Yasser Arafat fit encore ungeste anti-syrien lorsqu'en
1989-90, il soutint ouvertement Le Premier Ministre par interim
Michel Aoun dans sa "guerre de libération" contre
les forces syriennes au Liban.
Simultanément, Yasser Arafat préparait une double
politique vis-à-vis d'Israël qui allait ouvrir la
voie à un rapprochement syro-palestinien
IV. Les relations syro-palestiniennes dans le cadre de la politique israëlienne de Yasser Arafat
Il est clair à présent
que la politique israëlienne de Yasser Arafat est à
analyser selon deux plans dichotomiques qui se complétaient.
de la même façon, les relations syro-palestiniennes
entrèrent avec les accords d'Oslo dans une phase de bi-polarité
complexe, opposant la réalité des relations à
ce que les deux pays souhaitaient réellement présenter
comme image au monde extérieur.
Yasser Arafat mena de front les négociations des accords
d'Oslo avec une politique de rapprochement multi-partite avec
plusieurs pays du Moyen Orient dans le cadre d'accords militaires
contre Israël. Pour le monde extérieur, Arafat présentait
une image de pacificateur, détenteur du prix nobel de la
paix. Le monde arabe publiait ouvertement les nouvelles de ces
accords offensifs en langue arabe. Le congrès américain,
auquel fut soumis la rapport Saxton sur ces publications déclara
qu'il n'était pas possible de se fier à ces informations
dont la source était arabe.
De même les relations syro-palestiniennes étaient
officiellement rendues difficiles par les accords d'Oslo auxquelles
Assad refusait obstinément de participer. Néanmoins,
il est de connaissance publique désormais que les Israëliens
avaient mené des négociations avec Assad, alors
que celui-ci signait avec l'Iran un accord d'attaque contre Israël.
Officiellement donc, la Syrie continuait à soutenir les
opposants islamistes à Arafat au seindes territoires. Cette
action reste cependant ambivalente, dans la mesure où le
Hamas, mouvement religieux présenté par les médias
comme divergent de l'Autorité palestinienne, était
officiellement intégré à l'armée palestinienne
en avril 1994.
En fait, tant que le monde
occidental croyait encore au conflit syro-palestinien, la réalité
des accords contre Israël perdait de sa crédibilité,
et la menace d'un conflit généralisé au Moyen
Orient paraissait éloignée. La Syrie et les Palestiniens
semblaient se garder mutuellement.
Un jeu de rôles particulièrement grossier se mit
en place, destiné aux foules et aux médias, et accepté
sans réflexion par ces derniers.
En juillet 1998, le fils de Rifaat Assad, Sumer, rendit visite
à Arafat à Gaza. Il faut garder en mémoire
que son père ne représentait plus de danger réel
pour la succession d'Assad, pour prendre la mesure du spectacle
qui suivit. En effet, depuis 1995, le père de Bashar avait
prit soin d'éliminer systématiquement tous les opposants
potentiels à la succession de son fils, de resserrer les
liens entre l'armée et son fils d'une part, et entre l'Europe
et son fils, lui taillant une image de dirigeant libéral
et moderne, formé aux dernières techniques de l'informatique.
L'opposition au parti Baas, en juillet 1998, n'existe pratiquement
plus. C'est donc une mise en scène qui se déroule
à Gaza, lorsque le fils de Rifaat déclare se réjouir
de l'amitié entre Arafat et son père, probablement
sollicité et manipulé par Arafat dans ce sens. La
Syrie rétorque par un discours grandiloquent (les paroles
ne coûtent pas cher) du ministre de la défense, Mustafa
Tlass, qui condamne publiquement Arafat: "Fils de 60 000
putes, tu aurais dû dire à la Maison Blanche que
Jérusalem est la capitale du futur Etat palestinien. Au
lieu de cela, tu es resté aussi calme qu'une souris, et
tu n'as même pas osé dire un mot en faveur de la
Palestine ou de Jérusalem." a déclaré
Tlass. "Regardez-le lorsqu'il est en scène,"
ajouta-il, "il va de concession en concession, comme une
strip-teaseuse, sauf qu'une strip-teaseuse est plus belle à
chaque vêtement enlevé, et qu'Arafat est de plus
en plus laid."
Ce discours déclencha des manifestations anti-syriennes
à Gaza et en Cisjordanie, et dans le camp de réfugiés
de Ain-al Hilweh, au Liban.
La mort d'Assad, en juin 2000, permit un rapprochement officiel, résolvant les contradictions apparents entre politique officielle et accords militaires. Cette résolution participe d'une mise en oeuvre militaire accélérée de tout le Moyen Orient, alors que les accords d'Oslo arrivent au terme des concessions possibles par la voie diplomatique. Simultanément, la mise en scène d'une réconciliation permettait d'opérer une dernière pression diplomatique sur Israël, le monde accusant l'Etat hébreu d'être responsable des échecs diplomatiques d'accords de paix avec la Syrie.
V. La Mise en scène de la réconciliation
A la mort d'Assad, Arafat se rend à ses funérailles, ouvrant ainsi officiellement la phase des réconciliations officielles entre les deux forces politiques. Lorsque Rifaat Assad, berné par le leader palestinien dans le passé, défie publiquement la légitimité de Bashar à la succession, Arafat prend des distances de l'oncle en exil, démasquant les manoeuvres peu coûteuses faites auparavant pour la gallerie. Rifaat lui demande désespérément une entrevue par l'intermédiaire de deux amis de Sumer (Dr. Khalid Salam, un conseiller économique proche d'Arafat, et Hisham Makki, un officiel des medias palestiniens), mais Rifaat voit sa demande rejettée1.
Après l'éruption
de l'intifadah d'Al Aqsa, qui semblait marquer l'effondrement
des accords d'Oslo, mais qui poursuivait la politique d'Arafat
de reconquête d'Israël par tous les moyens, les officiels
palestiniens et syriens commencèrent des manoeuvres de
reprises officielles de discussion. Farouk Qaddoumi, président
du département politique de l'OLP, qui s'était tou
d'abord distancié des accords d'Oslo, fit plusieurs voyages
à Damas pour représenter Arafat. Au début
de cette année, Assad et Arafat échangèrent
régulièrement des conversations téléphoniques.
Parallèlement la reprise officielle de relations diplomatiques
permettait la multiplication d'échanges économiques.
En janvier 2001, la Syrie permit les importations de produits
agricoles des zones autonomes palestiniennes2. Auparavant, la
Syrie la Syrie bloquait les produits portant une origine palestinienne
en déclarant que ces produits venaient de zones occupées
par Israël.
Sous prétexte d'absence d'ordre du jour d'agendas, les
Syriens refusèrent cependant toute rencontre directe entre
Assad et Arafat à Damas.
Al-Sharq Al-Awsat ajoutait que la Syrie réclamait "une
restauration complète des droits des Palestiniens",
affirmant que "toute coordination avec l'Autorité
palestinienne devait se faire dans cette perspective et à
ce but"3. Il devenait de plus en plus clair que la réconciliation
officielle devait servir de levier de pression sur les Américains
et les Européens.
Pendant les semaines précédant le sommet arabe de mars, les discussion s'intensifièrent et on révéla alors à la presse une rencontre prévue entre Assad at Arafat. A son arrivée au sommet arabe, Assad s'adressa aux Palestiniens pour oublier le passé, et sceller la nouvelle alliance: "Que le passé soit du passé. Nous ne vivons pas dans le passé, mais nous en tirons des leçons."4
VI. La surenchère syrienne
comme poursuite des revendications d'Arafat concédées
aux USA
Assad et Arafat tinrent une réunion bi-partite pendant
45 minutes dans une pièce isolée du Palais de conférences
de Jordanie, accompagnés par le vice-président syrien
Abdul Halim Khaddam, le minisytre syrien des affaires étrangères
Farouq al-Shar'a et deux officiels palestiniens, Nabil Shaath
et Saib Urayqat. Les deux parties discutèrent d'un accord
de réconciliation, qui représentait en fait une
mise au point de la stratégie officielle suivie désormis
par les deux alliés militaires, et dont les détails
aveint en fait été mis au point depuis des semaines.
Le plan présentait les exigences d'Arafat comme désormais
exigées par la Syrie et imposées au leader palestinien.
Diplomatiquement, la pression sur les Américains n'émanait
plus d'Arafat mais de Damas, et tous les pourparlers israëlo-palestiniens
apparaissaient comme dépassés, insuffisants, et
surenchéris.
Arafat s'engageait à respecter cinq "principes"
(exigences) demandés par les Syriens:
1) Respect des résolutions du Conseil de Sécurité
de l'ONU comme base des négociations avec les Israëliens
(selon leur relecture très particulière version
palestinienne, puisque ces résolutions sont favorables
à l'origine à Israël)
2) L'établissement d'un Etat palestinien avec Jérusalem comme capitale ne devait pas être l'objet d'aucun compromis.
3) Le rapatriement des réfugiés palestiniens en accord avec la résolution de l'assemblée générale de l'ONU 194 (version palestinienne) ne pouvait pas faire l'objet d'un compromis.
4) L'intifadah Al-Aqsa devait être intensifiée (ce qui se comprend très bien dans le cadre d'une préparation à la guerre, puisque c'était là le rôle prévu pour les Palestiniens dans ce conflit multi-partite, les troubles organisés par les Palestiniens devant occuper les troupes israëlienne à l'intérieur du pays).
5) Les voies syrienne, palestinienne, et libanaise de la paix doivent être unifiées.
Selon la logique habituelle
du double jeu, Arafat nia ensuite avoir signé un tel accord6,
bien que des développements suivants suggèrent que
certaines parties de l'accord aient été reconnues
explicietement. Dans les semianes qui suivirent les médias
syriens, contrôlés par le pouvoir, commencèrent
à évoquer Arafat comme "président de
l'Autorité palestinienne" et plus seulement comme
"chef de l'OLP", ce qui n'était jamais arrivé
depuis les accords d'Oslo. Les douaniers syriens commencèrent
à reconnaître les passeports délivrés
par l'Autorité palestinienne. De plus la Syrie déclara
qu'une ambassde palestinienne serait ouverte à Damas.
Selon le journal saoudien Al-Madina, l'accord exigerait aussi
que la Syrie rende les propriétés et biens du Fatah
confisqués et gelés en 1983, estimés à
plusieurs millions de dollars, et des négociations auraient
lieu actuellement concernant des milliers de détenus palestiniens
détenus dans les prisons syriennes7.
Une application complète
des accords syro-palestiniens sera peut-être mise en place
après la visite de mai d'Arafat à Damas. début
avril, Qaddoumi partit à Damas pour mettre au point des
détails de cette visite. Selon le journal Al-Hayat, Arafat
sera traité pour la première fois en chef d'Etat.
Assad viendra l'accueillir à l'aéroport et l'hymne
national palestinien sera joué pendant la réception
officielle8.
La nouvelle image des relations syro-paletinienne a fait que le
président Emile Lahouda a eu une entrevue avec Arafat -
la première rencontre officielle entre un dirigeant libanais
et les Palestiniens depuis 1982.
Le mois dernier un membre du parlement libanais du bloc parlementaire
du bloc du premier ministre Rafiq Hariri, M. Nasir Qandil, rencontra
le secrétaire général du Fatah libanais d'Arafat,
Sultan Abul-Ainein,au camp de réfugiés palestinien
libanais de Rashidieh. Qandil est proche de Aad, de sorte qu'il
s'agit plus d'une poursuite de la politique syrienne que d'un
changement des relations libano-palestiniennes.
Enfin les armes récemment interceptées par Tsahal
et en provenance du Liban, et plus exactement du groupement pro-syrien
de Djibril, prouvent que les réunions syro-palestiniennes
n'ont pas précisément porté sur un rapprochement
diplomatique ordinaire mais plutôt sur une mise en oeuvre
de la phase d'alliance armée prévue par l'accord
Syrie/Iran/Irak/Palestine/Egypte en 1994.
Conclusion:
Le "rapprochement syro-palestinien" est à la
fois une manoeuvre de pression supplémentaire contre Israël
et un démasquement tardif de politiques secrètement
communes depuis dix ans. Ce démasquement s'avère
parallèle au démasquement des intentions réelles
d'Arafat, ainsi que le révèle encore avec des déclarations
que l'on pourrait considérer comme ironiques comme celle
de Ahmad Jibril, secrétaire général d'un
groupe palestinien extrémiste soutenu par Damas qui a éclaré
qu'il soutiendrait l'Autorité palestinienne si la charte
de l'OLP était réamendée et que la clause
de la destruction d'Israël y soit réintroduite9.
A-t-elle jamais été enlevée????
Notes
1 Al-Arab al-Yawm (Amman),
7 August 2000.
2 Al-Ayyam (Ramallah), 25 January 2001.
3 Al-Sharq Al-Awsat, 9 February 2001.
4 UPI, 27 March 2001.
5 Al-Hayat (London), 25 March 2001, SANA (Damascus), 26 March
2001.
6 Al-Majd (Amman), 2 April 2001.
7 Al-Madina (Saudi Arabia), 4 April 2001.
8 Al-Hayat (London), 19 April 2001.
9 AFP, 15 April 2001.