Yona Dureau: Violence excessive ou retenue? Une comparaison de la réponse israëlienne avec quelques autres conflits courants

On considère aujourd'hui la situation du Moyen Orient dans une telle perspective, qu'on oublie, pour mesurer la réponse israëlienne à la violence terroriste, de comparer cette réponse avec celle que d'autres pays, honorables démocraties du monde entier, ont opposé à des situations tout aussi difficiles. Un petit tour d'horizon est assez édifiant.
Prenons l'exemple d'une institution modèle, l'ONU. En 1993, l'ONU intervient en Somalie en utilisant des hélicoptères et leurs mitraillettes contre des civils et des milices.

D'autres exemples permettent aussi de mettre en évidence qu'une fois encore, on utilise vis-à-vis d'Israël deux poids et deux mesures, que ce soit l'invasion de Panama par les Etats Unis, la réaction jordanienne au soulèvement de l'OLP, la réaction saoudienne aux émeutes des pélerins iraniens de la Mecque. Nous nous en tiendrons à l'intervention onusienne, qui a présenté plus d'un point commun avec la situation en Israël, que ce soit par exemple la stratégie des Somaliens, se protégeant derrière des enfants, et évoquant la stratégie palestinienne. On appréciera avec quel calme la presse et le monde ont réagi alors, justifiant les réactions onusiennes, condamnant avec impartialité les Somaliens...
Pourtant, nous allons le voir, l'ONU n'avait pas hésité sur les armes et la puissance de feu à utiliser...

I
. L'action onusienne en Somalie, et son rapport dans la presse
1. L'origine du conflit
2. Bombardement de Mogadicio
3. Nouveau bombardement de Mogadicio, répondant à "l'incitation contre l'ONU"
4. L'ONU fait appel aux transporteurs blindés de personnel, aux tanks et aux hélicoptères.
5. Les hélicoptères américains envoient des fusées contre des leaders somaliens, en tuant au moins 54
6. En septembre, une "zone de feu à volonté" fut déclarée, et 100 Somaliens furent tués par les Cobras US qui tirent sur la foule

II. Comparaison des forces militaires employées en Somalie et dans le cas du conflit israëlo-palestinien

III. La réponse israëlienne à l'attaque palestinienne

I. L'action onusienne en Somalie, et son rapport dans la presse
1. L'origine du conflit
En 1991, la Somalie est un pays en voie de disntégration, son gouvernement est tombé, et la capitale, Mogadicio, ainsi que les rues de sa capitale, sont aux mains des milices appartenant à des clans. Les famine croissante fait les titres de média, et justifie une intervention internationale. Sous la bannière des nations Unies, les forces américaines, accompagnées par le personnel de 25 nations, organisent la distribution de nourriture, désarme les milices, et restore une loi civile.

L'un des leaders de milices, Muhammad Farah Aidid, souhaitait être le seul dirigeant de la Somalie, et rejetta les compromis entre clans établis par les Nations Unies. Le 6 juin 1993, les forces de Aidid, protégées par un bouclier de civils, attaquent les soldats pakistanais des forces onusiennes, et en tuent 23. L'attaque suivit le scénario suivant, rapporté par le New York Times du 8 juin 1993: "Un ou deux hommes s'approchèrent des soldats et commencèrent à parler avec eux, alors qu'une quinzaine s'avançaient vers eux, leurs mains derrière le dos... des femmes et des enfants entourèrent ensuite les Pakistanais... en les empêchant de tirer sur les hommes, qui sortient alors des batons et des couteaux de derrière leur dos, alors que d'autres Somaliens tiraient depuis des toits."
Quelques jours plus tard, en réponse à un tir de sniper pendant une manifestation, les soldats pakistanais de l'ONU tirent sur une foule de manisfestants somaliens, et en tuent deux. Les journeaux commentent l'événement de façon factuelle, comme une réponse inévitable due à la "multiplication d'échange de feu"(New York Times, 9 juin, 1993). La situation se dégrade cependant, et on assiste à une mise en oeuvre de moyens militaires considérables par les forces de l'ONU pour réponde à Aidid.

2. Bombardement de Mogadicio

L'ONU bombarde Mogadicio pendant des heures, fait une percée sur les quartiers généraux de Aidid, mais celui-ci ne peut être trouvé. Le centre de Mogadicio est transformé en champ de bataille, l'avaiation contiuant à tirer pour soutenir les fantassins onusiens... "L'attaque commença à 1:30 du matin, heure locale, alors que le voisinage des quartiers du général Aidi était secoués par le tir des canons, des missiles d'hélicoptères, et des mortiers AC-130H (Specter gunship)... (New York Times, 18 Juin 1993)
L'AC-130 étant une arme particulièrement dévastatrice, les raids causent de lourdes pertes: le soir les hôpitaux rapportent que plus de 60 Somaliens ont été tués, et 100 blessés.
Deux missiles d'hélicoptères tombèrent dans la cour d'une agence française d'aide internationale (Action Internationale contre la Faim) tuant un Somalien et blessant sept autres." (New York Times, June 18, 1993).
Le ton des nouvelles reste calme, sans émotion, sans doute avec même moins d'émotion que pour les résultats du dernier match de foot américain...

3. Nouveau bombardement de Mogadicio, répondant à "l'incitation contre l'ONU"


Parmi les cibles du bombardement, on trouve la radio de Mogadicio, bombardée pour avoir diffusé une "incitation contre l'ONU": "les bombardements aériens... ont touché la radio de Mogadicio. La radio, ont déclaré les officiels des Nations Unies, avait été utilisée pour diffuser des messages anti-onusiens, et pour inciter à l'action contre les forces de maintien de la paix."(New York Times, June 18, 1993).
Les Etats Unis blâment alors Aidid pour les morts des civils: il les a envoyé à l'encontre des troupes onusiennes. Après le combat initial, 20 manifestants civils somaliens ont été tués par les soldats pakistanais: "Les attaques ont nourri le resentiment et la colère des Somaliens contre les Américains et les Nations Unies. Les tensions s'aggravèrent et plus de 20 civils furent tués lors de deux manifestations dimance lorsque les troupes pakistanaises ourirent le feu après que des snipers les eurent pris en joue."(New York Times, 18 Juin, 1993)

Dans ces circonstances, l'envoyé de l'ONU en Somalie, l'amiral en retraite Jonathan Howe, attribue le blâme des morts civils sur le Générall Aidid. On n'oublie pas, miraculeusement, de mentionner alors la dimension scandaleuse de stratégie militaire consistant à protéger des combattants armés derrière des femmes et des enfants désarmés:
"L'Amiral Howe accusa le Général Aidi d'utiliser des femmes et des enfants comme boucliers pour ses soldats, en montrant que la faction du général avait organisé les manisfestations, et qu'ainsi, il était responsable de la mort de ces civils."(New York Times, 18 Juin 18, 1993). Le conflit connait cependant une nouvelle escalade, sans que personne ne trouve cela scandaleux.

4. L'ONU fait appel aux transporteurs blindés de personnel, aux tanks et aux hélicoptères.


Le jour de l'attaque du 6 juin contre les soldats pakistanais, le conseil de sécurité de l'ONU fit passer la résolution 837, qui :
"condamnait les attaques non provoquées contre le personnel de l'ONU, et apparaissant comme une partie de séries de violations calculées et préméditées".
On voit que l'ONU sait condamner les événements provocateurs de violence quand il ne s'agit pas des Palestiniens et que le conflit concerne ses propres troupes...
La même résolution "appelait les états membres à contribuer, de façon urgente, au soutien et au transport militaire, y compris par les transporteurs de personnel blindés, les tanks et les hélicoptères d'attaques, soit la capacité [nécessaire] pour faire face à ces attaques..."

Ainsi, alors qu'Israël est condamné par l'ONU pour une utilisation limitée de tanks et d'hélicoptères, on constate que l'ONU n'hésite pas à les utiliser, à justifier leur utilisation par la situation, et à engager les états membres à soutenir son action.

5. Les hélicoptères américains envoient des fusées contre des leaders somaliens, en tuant au moins 54

L'attaque du 12 juillet 1993, décrite comme l'attaque contre le centre de commandes et de contrôle de la milice de Aidid, consista en un feu tiré par des hélicoptères "qui tirèrent 16 missiles et plus de 2000 tirs de canon de 20 mn" contre une villa de Mogadicio où Aidid et d'autres leaders somaliens tenaient une réunion(AP, July 12, 1993) Selon le comité international de la Croix Rouge, au moins 54 Somaliens furent tués dans le raid, et quelques 174 autres blessés, alors que les sources somaliennes parlent de 73 morts, dont 10 enfants et 22 femmes. (Agence France Presse, 13 Juillet, 1993) Quatre journalistes occidentaux, qui s'étaient précipités sur les lieux de l'attaque furent tués par la foule somalienne aux alentours de la villa. (AFP, 13Juillet, 1993)

6. En septembre, une "zone de feu à volonté" fut déclarée, et 100 Somaliens furent tués par les Cobras US qui tirent sur la foule.


Le 9 septembre 1993, les forces de l'ONU des "peacekeepers" utilisent des hélicoptères Cobra pour défendre un bulldozer américain et son équipe. Ils tirent des missiles anti-tanks au canon de 20-mm cannon sur une foule de civils et milices somaliens et tuent presque 100 personnes, en notant que "toutes les personnes à terre et dans les environs était un combattant, puisqu'ils voulaient tous nous blesser". (Manchester Guardian Weekly, September 19, 1993). Les soldats américans mentionèrent ainsi une ,"zone de feu à volonté" dans leurs environs immédiats, et se plainrent (journal d'un commandant, reproduit dans un livre, Black Hawk Down, p 360) que "les Somaliens [les] avaient traités d'assassins de femmes et d'enfants parce [qu'ils] avaient tiré sur les personnes mêmes qui leur tiraient dessus, et [qu'ils] avaient ainsi blessé une partie des personnes qui leur servaient de bouclier."

7. Raid américain sur la Somalie: 500 morts.


Après un raid américain, on compta plus de 500 morts du côté somalien et 18 du côté américain: les tirs et les embuscades avaient en effet continué pendant plusieurs mois, arrivant à leu point culminant le 3 Octobre lors de l'échec de la tentative des US Rangers et des Forces Spéciales pour capturer des douzaines d'aides de Aidid. Le raid dérapa lorsque un puis deux Cobras américains furent abattus par les Somaliens utilisant des grenades propulsées RPG. Refusant d'abandonner le corps d'un pilote mort pris dans le fuselage de l'un des hélicoptères, les forces américaines formèrent un périmètre autour du site du crash, s'efforcèrent d'extraire le corps, appelèrent des renforts. Les soldats à terre, près des hélicoptères, étaient menacés par une attaque imminente par les hommes de Aidid, armés de AK-47 et de RPG. L'opération de sauvetage, puis les efforts pour tenir la position, bien que héroïques, causèrent beaucoup de pertes. Les renforts, en définitive, constitués de tanks et de blindés, ajoutèrent au massacre. Selon un rapport:

"Au moins 300 Somaliens ont été tués pendant les combats de rue du 3 Octobre à Mogadicio, et des centaines de femmes et d'enfants furent comptés parmi les 700 soignés à l'hôpital après la bataille..."
"Ce fut un terrible carnage" déclara un officiel du Pentagon.
L'auteur du livre sur l'opération de la Somalie, estimait quant à lui que le décompte de la batille avait du être encore plus élevé, que près de 500 Somaliens avaient été tués et un millier blessés. (Black Hawk Down, Mark Bowden, p 310). Or, beaucoup de ces pertes furent causées par le feu des hélicoptères américains, qui avaient lâché plus de 75000 tirs, 63 missiles anti-tanks, lors d'une bataille de 14 heures. (Gannett News Service, November 22, 1993)
C'est dans ce contexte que les porte-paroles américains affirmèrent haut et fort ne pas avoir fait un usage excessif de la force. Ils justifièrent de plus leur action en disant que les Somaliens avaient été ceux qui avaient violé les lois internationales, et qu'ils portaient la responsabilité des pertes, puisqu'ils utilisaient des boucliers humains lors des combats.

"Nous avons pu constater que les tireurs somaliens qui se sont opposés à nous ont fréquemment utilisé des femmes et des enfants pour couvrir leurs mouvements et se protéger, allant jusqu'à porter eux mêmes des vêtements de femme. Ces tireurs ne portent ni uniforme ni insigne ; ils n'exhibent pas leurs armes ; ils ne suivent pas un chef responsable ; ils ne suivent aucune discipline militaire, et ils n'obéissent pas à la loi internationale. ce sont eux qui ont commencé à ouvrir le feu et qui portent la responsabilité ultime pour la perte tragique de vies humaines.(Déclaration du Centre de commande ainsi que rapportée par le New YorkTimes, 14 Octobre, 1993)

II. Comparaison des forces militaires employées en Somalie et dans le cas du conflit israëlo-palestinien
1. "zone de feu à volonté" versus retenue de tsahal.

Il ne faut pas être un génie issu d'une école militaire de St Cyr pour constater que l'armée israëlienne a fait preuve d'une retenue et d'une mesure incomparable, surtout si nous décidons en définitive de la comparer aux réactions des forces onusiennes en Somalie.
La déclaration de "zone de feu à volonté" du côté onusien n'a fait réagir personne... Il va sans dire qu'Israël n'a jamais eu de telle zone, même quand Tsahal a répondu à des attaques palestiniennes portées en plein territoire israëlien.

2. Attaques par hélicoptères: résultats comparés
Les attaques d'hélicoptères en Somalie ont fait plus de 100 morts dès la première attaque. Que se serait-il passé si les attaques israëliennes avait causé autant de pertes? On mesure alors la retenue de Tsahal, en comparant ces chiffres. Même si une attaque à l'helicoptère est toujours impressionante, force est de constater que les dégats et les pertes n'ont pas été causés dans une perspective maximaliste, mais minimaliste.

3. Des civils hostiles...
On appréciera en contrepartie le silence de la presse européene lorsque ce sont des armées de l'ONU qui tuent des civils africains...On appréciera l'aquiescement tacite du Manchester Gardian devant l'argument américain justifiant ces pertes par le fait que tous, à terre, constituaient des combattants qui leur étaient hostiles... On est loin des diatribes contre Israël et son armée, ou du silence des media européenes quant au fait qu'au delà de la première rangée d'enfants se tenaient des tireurs armés d'armes automatiques...

4. Des pertes énormes somaliennes/ des pertes limitées palestiniennes
Les pertes somaliennes en une seule bataille se montèrent à la totalité des pertes palestiniennes pendant les trois premières semaines d'affrontement....

5. Des efforts pour contenir la violence du côté israëlien/ des contre-attaques américaines sans retenue
La réaction des soldats américains, comparée avec celle des soldats israëliens est aussi édifiante: encercléspar des Somaliens lors de la bataille d'Octobre, les soldats américains amènent des renforts et tuent 500 Somaliens. Lorsque des soldats israëliens se trouvaient encerclés à Naplus, dans la tombe de Joseph, le capitaine Yosef Madhat gravement blessé, une demande israëlienne de retraite portée aux Palestiniens se vit refusée. Les officiers israëliens ne prirent pas en compte les suppliques des soldats israëliens assiégés, et ne prirent pas la décision d'utiliser des blindés pour réagir, afin d'éviter une escalade de la violence et une mauvaise image. "Si nous avions envoyé des tanks et du matériel lourd pour évacuer ce soldat blessé, cela n'aurait pas seulement causé une escalade de la violence, imaginez ce que le reste du monde aurait dit"("If we had sent in tanks and heavy weapons to take out a wounded soldier, it would not only have caused an escalation in events, but imagine how it would look to the rest of the world." (Jerusalem Post, 3 Octobre, 2000)

Le soldat israëlien mourut de ses pertes de sang, pendant que les officiers parlementaient et s'efforçaient d'empêcher une escalade de la violence...

III. La réponse israëlienne à l'attaque palestinienne
La plupart des affrontements récents ont commencé à l'initiative palestinienne, que ce soit par le fait d'attaques de masse contre des soldats israëliens qui tenaient des postes de garde de communautés israëlienne ou par des tirs sur ces communautés elles-mêmes. Gilo, par exemple, est une zone résidentielle au sud de Jérusalem, régulièrement prise pour cible par la ville palestinienne de Beit Jalla.
Les clips des nouvelles télévisés donnent une image de foules désorganisées attaquant des soldats bien armés. La réalité est bien différente. On trouve des enfants et des adolescents en tête, jetant des pierres et des cocktails molotovs régulièrement remis entre leurs mains par les arrières du groupe. derrière eux se trouvent les snipers et les tireurs palestiniens, parfois en uniforme, parfois non. Ils font généralement partie des Tanzim, branche armée du Fatah de Yasser Arafat.
Ces snipers tirent sur les soldats, protégés par les enfants des premiers rangs. Ces attaques sont considérées comme mortelles par le gouvernement isrëlien, car les coktails molotovs comme les tireurs des autres rangs tuent. Contre les lanceurs de pierres, les Israëliens emploient des balles de caoutchouc, et bien que certaines de ces balles (par exemple dans un oeil) puissent causer la mort, la raison pour laquelle on les emploie est précisément parce qu'elles sont censées éviter de causer la mort.

Les Palestiniens tirent depuis des appartements et des bâtiments. Lorsque ces attaques deviennent trop dangereuses, les Israëliens répondent par des tirs de missiles Apache et anti-tank. C'est par le même genre de tirs que l'armée avait répondu au lynchage des soldats israëliens. Que l'on compare ces réactions aux réactions onusiennes en Somalie et on sera fixé.
Aux dernières attaques contre Gilo Israël répondit par des tirs de mitraillette, et lorsque la source des tirs peut être déterminée, les missiles Apache et des tirs de canon sont effectués.

Conclusion :
Israël est en définitive, coupable, aux yeux du monde, de se défendre. En effet, il est clair que sa réponse militaire est loin d'avoir été excessive. Plus encore, on réalise que l'ONU, en pareille circonstances, se trouvait justifiée de demander un soutien militaire et budgétaire aux autres états. Israël, elle, se voit menacée sans cesse, et contrainte à baisser ses défenses. Nous espérons avoir rassuré ceux qui se sentaient coupables de cette réaction israëlienne, en leur prouvant combien, objectivement, il était clair que Tsahal avait contenu ses réactions.