14 juillet 1935. Ayant quitté
la Tunisie, Maya, 23 ans s'installe à Paris.
Les activités d'Aldo, jeune et fougueux journaliste
de gauche, la laisse esseulée. Elle se lie d'amitié
avec sa voisine, Maud, une modiste qui dirige un
atelier. Maya fait aussi la connaissance de Jeanne, qui recueille
des émigrés fuyant la montée du nazisme dans
les pays de l'Est. Maya accepte de participer à cette louable
entreprise. Elle et son époux n'ont jamais accordé
d'importance au fait qu'ils sont juifs et revendiquent leur laïcité.
Au fil des semaines, les nouvelle alarmistes venant d'Allemagne
se multiplient
Avec Deux femmes à
Paris, Caroline Huppert signe un film très mature,
dénué de tout manichéisme, sur la vie de
deux femmes françaises, l'une juive, l'autre catholique,
dans la tourmente de l'Occupation.
Une véritable ode à l 'amitié à laquelle
nous assistons.
Alliance : Selon vous,
y a-t-il une différence d'attitude chez les femmes et les
hommes en période d'adversité ?
Caroline Huppert : je me souviens d'un voyage à Dieppe
organisé par l'ambassade du Canada où l'on nous
a montré toute la
Caroline Huppertpréparation psychologique faite à
l'égard des soldats canadiens avant le raid sur cette ville
en 1942.
On les envoyait littéralement à la mort.
Je ne pense pas qu'un tel conditionnement aurait pu marcher sur
des femmes, ni aujourd'hui non plus.
Une femme est avant tout une mère, elle protège
sa famille et ses enfants.
A : Comment pourriez-vous expliquer les parcours des Français
entre résistance et collaboration ?
C.H. : mon film apporte justement une réponse à
celui de Louis Malle, Lacombe Lucien, qui m'a beaucoup
marquée lors de sa sortie, au milieu des années
70. Maud, n'a aucune conscience politique et peut vaciller d'un
côté comme de l'autre. Elle oscille entre son amant,
un collaborateur qui lui procure un début de sécurité
matérielle et Maya, à qui elle témoigne une
grande amitié.
Par fraternité pour Maya et de sa petite fille, elle va
acquérir peu à peu cette conscience qui lui fait
défaut.
A : Pensez-vous que pour un Juif il était possible de
profiter des services de certains collaborateurs ?
C.H. : « Profiter », je ne pense pas, vraiment pas
! Mais ponctuellement, comme Maya, les choses auraient pu effectivement
se passer ainsi.
A : Dans votre film, vous situez brièvement «
le monde d'hier » (la Tunisie pour Maya, Livourne pour la
mère de Jeanne), c'est par contraste par rapport aux années
30 et même aujourd'hui ?
C.H. : oui tout à fait; à l'époque les gens
avaient des origines très mélangées, surtout
en Tunisie, bien que pour une femme, l'ascendance juive était
plus facile à vivre que l'ascendance musulmane. Aujourd'hui,
cela paraît un peu difficile à imaginer: on retrouve
encore un peu cet état d'esprit au Maroc, à Marrakech,
ou les communautés juive et berbère vivent encore
en bonne intelligence.
A : Aldo et Maya se définissent avant tout comme des
Français, laïques, de gauche, et pourtant, leur destin
les rattrape
C.H. : ils cherchent à s'intégrer à tout
prix, quitte à renoncer à leur religion. Cela a
continué aussi par la suite en France pendant les années
60, pour les gens de ma génération. J'y vois trois
causes principales : le désir d'assimilation, une conscience
de gauche, et le choc des générations.
A.: Qu'est-ce que ce
film vous appris sur vous-même ?
C.H. : Par ce film, j'ai voulu retrouver mes parents ; mon père,
fils de rabbin hongrois, qui a épousé une Française
pendant l'Occupation en France ; j'y ai introduit aussi de objets
rituels tombés dans l'oubli dans ma famille, comme la megilah
d'Esther que Maya trouve parmi les photos de ses parents, etc.
Jean-Michel Baranoux pour Alliance