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- Les grandes heures de Valvins
- Stéphane Mallarmé (1842-1898)
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Théâtre
de Valvins (1881-1882)
Sonnet
d'inauguration. Au public
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- " Par un soir tout couleur de topaze et d'orange
- Leurs espoirs reflétés dans ce riche tableau
- De gais comédiens suivant le fil de l'eau
- Ont débarqué la joie au seuil de votre
grange
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- Aucun toit si grossier ne leur paraît étrange
- Ils le peuvent changer vite en Eldorado
- Pour peu qu'au pli naïf qui tombe du rideau
- La rampe tout en feu mêle l'or d'une frange
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- Ainsi le doux concert qui cessa quand je vins
- n'était pas, croyez-m'en, ô peuple de Valvins
- Le désespoir d'un veau pleurant hors de la salle
- Mais, avec ses cinq doigts, par la gamme obéis
- La chanson que du creux d'un violon exhale
- Un jeune homme de bien natif de ces pays".
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Mallarmé à Valvins.
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- Louis Lutrine laissa ses impressions sur Fontainebleau
en cette manière : "Lorsque je m'aventure dans cette forêt,
je tâche d'être à la fois un simple promeneur, un poète,
un historien, un artiste, mais je ne suis pas un géomètre,
un directeur du cadastre ou un inspecteur des eaux et forês ".
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- Mais qu'est-ce qui fascinait tant les poètes et
les touristes à Valvins ?
Victor Hugo passa quelques jours aux Plâtreries et Samois depuis
1841 avait trois endroits d'accueil entre le Petit Pont, les Plâtreries
et Valvins car l'arrivée des bateaux vapeurs pouvait capter une
partie de la clientèle. La forêt impressionnait toujours les
poètes, les peintres et les musiciens qui passaient doucement du
romantisme au symbolisme. Sénancourt, qui avait aimé l'Auberge
de Valvins, écrivait en 1795 et l'immortalisa : "Isolé
au pied d'une éminence, sur une petite plage entre la rivière
et les bois ".
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- A Valvins, Stéphane Mallarmé avait aménagé
lui même son ermitage à la mode de l'époque. Henri
Roujon nous laissa ses notes sur la Maison de Valvins : " quelques
toiles de Jouy aux murs blanchis à la chaux, de bons vieux fauteuils,
des livres, des amis, quelques kimonos, une pendule de Saxe digne d'un
musée donnaient à cet asile champêtre une grâce
d'aristocrate". Au début les Mallarmé étaient
logés au premier étage de la modeste maison de Valvins, même
s'ils étaient meublés sommairement c'était avec un
goût raffiné : un bureau, un lit à baldaquin tapissé
de toile de Jouy rouge, un tapis persan sur le sol carrelé et une
toile de Berthe Morisot sur le mur peint à la chaux sans oublier
la pendule de Saxe sur la cheminée.
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- Disposant d'un potager, d'un verger, d'un puits, il aimait
le travail manuel qui le reposait d'autres travaux ; on pouvait le voir
peindre ses chaises de jardin ou venir son canot. Dans une lettre à
sa femme Marie et à sa fille Geneviève, il écrivait
: " Tous les matins je me promène avec le sécateur et
fais leur toilette aux fleurs avant la mienne ". Il avait également
embelli le dôme campagnard de Valvins de ses mains, justifiant bien
cette élection propice à la fois au loisir du rameur et à
son rêve de poète : de belles eaux où faire nager son
canot et un site où s'allie au miroir du fleuve le reflet changeant
de la forêt. Dans cette maison de location de Valvins, Stéphane
Mallarmé se reposait, écrivait à ses amis, repensait
son oeuvre, parcourait la forêt ou canotait sur le fleuve. Ses promenades
fluviales le menaient du Pont de Valvins à l'écluse de Samois
ou dans l'autre sens vers Thomery.
Henri Mondor relate l'anecdote suivante : " On l'a vu un jour ou deux
dans la forêt, avec un bâton au bout duquel était fixé
un clou. Il ramassait et jetait dans un panier les morceaux de papiers
épars. Comme on s'étonnait de ses soins :" J'aurai demain
Régnier et quelques amis, je prépare les lieux ".
Christian de Bartillat a écrit : "Avec Mallarmé, ses
amis, ses disciples, la poésie semble sortir de la forêt de
Fontainebleau et verser du côté de la Seine pour se jouer
de l'eau ". Grâce à lui, le pont de Valvins, cinq fois
reconstruit depuis les Romains, est devenu le haut lieu de la littérature
française ". André Billy, à propos du Pont de
Valvins, déclara : " il a joué dans la méditation
de Mallarmé un rôle presque aussi important que son cabinet
de travail ou son jardin " alors qu'Henri Mondor rappelait que c'est
au Pont de Valvins que Mallarmé rencontra un baigneur qui perdant
connaissance était en train de se noyer : et ce baigneur n'était
autre que Paul Valéry. En 1885 dans une lettre à Paul Verlaine,
Mallarmé s'épanchait : "J'oubliais mes fugues aussitôt
que pris de trop de fatigue l'esprit, sur le bord de la Seine et de la
Forêt de Fontainebleau, en un lieu le même depuis des années
». A Valvins, Stéphane Mallarmé y péchait également
auprès de son ami Nadar et il eut pour voisins : Elémir Bourges,
Henri de Régnier, Edouard Dujardin, Paul et Victor Margueritte,
Odilon Redon, Camille Mauclair, Armand Point, Stuart Merrill, Gabriel Seailles,
Renoir etc.... Il y recevait donc des amis arrivant de Paris ou d'alentours
: Berthe Morisot et sa fille Julie Manet, Paul Valéry, Manet, Léon
Dierx, Vuillard, Marcel Schwob ou les Natanson. Stéphane Mallarmé
n'appelait-il pas affectueusement la femme de Thadée Natanson :
" la gentille Misia " car il l'avait connu jeune fille chez son
père Cyprian Godebski. Dès que les Natanson étaient
à Valvins, " tous les soirs vêtu d'une longue houppelande
et chaussé de sabots en bois, une lanterne à la main, et
une bonne bouteille de vin dans l'autre Mallarmé longeait le sentier
boueux qui conduisait chez les Natanson pour partager un des copieux repas
de Misia. En entrant à la Grangette, il enlevait ses sabots, révélant
de ravissants chaussons noirs. Il racontait des histoires pour faire rire
Misia et, secoué par le rire à son tour s'exclamait :"
Qu'elle est gentille ! "racontent A. Gold et R. Fizdale dans leur
livre sur la vie de Misia Sert. Le jour de l'an, rituellement Mallarmé
offrait à Misia Natanson un éventail japonais avec une dédicace
; celui qui a survécu porte encore ces vers :
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"Aile que du papier repolie
Bats toute si t'initia
Naguère à l'orage et la
joie
De son piano Misia".
Stéphane Mallarmé aimait
l'auto-dérision, son adresse à l'auberge de Cayenne, à
Valvins, en est un exemple :
" Monsieur Mallarmé, le Pervers
A nous fuir pour les bois s'acharne
Ma lettre, suit sa trace vers
Valvins, par Avon, Seine et Marne ".
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La
mort de Stéphane Mallarmé
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- Stéphane Mallarmé meurt prématurément
d'une crise aiguë d'une affection du larynx, en apprenant sa mort
Julie Manet notait dans son journal en date du 10 septembre 1898 :
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- " Oh ! quelle terrible chose ! une dépêche
nous apprend la mort de M. Mallarmé, est-ce possible, qu'a-t-il
pu avoir, c'est affreux ! Pauvre Mme Mallarmé ! Pauvre Geneviève
! Ah ! que la mort de ce grand ami de papa et de maman, qu'ils avaient
nommé mon tuteur, me rend malheureuse ! Il était charmant
pour nous , il nous appelait "les enfants "d'une façon
si paternelle. Il me rappelait ces soirées du jeudi, si délicieuses,
à la maison. Que c'est atroce de penser que cet homme que nous avons
encore vu si bien portant en juillet est maintenant disparu. C'est terrible
la mort. M. Renoir est bien émotionné en apprenant cette
horrible nouvelle. Il part avec nous ce soir pour Valvins. Nous allons
coucher à Troyes. ".
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- La journée du dimanche 11 septembre est des plus
sombres, Julie Manet confie encore à son journal :
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- "Nous arrivons à Valvins vers 2 heures. Que
c'est pénible de descendre de ce chemin au bord de la Seine vers
ce petit coin, on ne peut pas ne pas penser que celui qu'on pleure n'y
est plus. Le bateau paraît solitaire, son bateau qu'il aimait tant
et qui me rappelle une première promenade faite dedans en 1887 avec
maman et papa qui demande à M. Mallarmé s'il n'avait jamais
rien écrit sur son bateau. Non, répondit-il en jetant un
regard sur sa voile, je laisse cette grande page blanche". Je me sens
le coeur bien gros en entrant dans ce petit jardin, en montant l'escalier
et en voyant ces deux malheureuses femmes, qu'elles sont à plaindre,
comment les soulager, on ne peut que pleurer avec elles. Ah ! cette pauvre
Geneviève quelle vie elle a ! C'est horrible de voir ce charmant
intérieur sans M. Mallarmé, et au lieu de l'entendre causer
dans ce jardin sous le marronnier que Geneviève planta étant
petit, d'y voir son cercueil ; c'est atroce ! Ah ! penser que nous n'entendrons
plus jamais cette voix douce ! Il avait une façon si affectueuse
de dire"maman " lorsqu'il me parlait d'elle. C'est lui que papa
avait nommé mon tuteur, c'est lui et M. Renoir les deux grands amis
de papa et de maman. Ils étaient charmants à voir ensemble
. Certes, je ne me doutais pas cet hiver que nous jouissions de leurs conversations
réunies pour la dernière fois. Homme de lettres et paysans
avec lesquels Mallarmé était si gentil,, se trouvent réunis
en grand nombre dans le jardin pour suivre cet enterrement si particulièrement
navrant et on sent la douleur peinte sur tous les visages. La cérémonie
à l'église de Samoreau est très simple et très
bien. Le cimetière qui longe la Seine et regarde cette forêt
que M. Mallarmé aimait tant, où il est déposé
prés de son fils qu'il a perdu tout jeune ; Roujon prononce en tremblant
quelques paroles au nom des vieux ; Catulle Mendès, Dierx, Mars,
etc., pleines de simplicité sur le caractère de son ami,
en faisant ressentir toute la douceur ; il arrache des larmes à
tous en disant comment, lorsque dans les moments difficiles de la vie on
avait recours à lui, vous promettant son aide, " il vous tendait
sa main amie en abaissant ses paupières sur ses grands yeux d'enfants
". Quel portrait juste et discret, comme M. Mallarmé aurait
voulu qu'il soit.

Paul Valéry prend ensuite la parole au nom des jeunes ; mais il
est tellement émotionné qu'il ne peut continuer et l'on sort
du petit cimetière en sanglotant avec Geneviève. C'est peut
être encore ce qu'il y a de plus horrible le jour où tous
les amis viennent vous embrasser et pleurer avec vous ; mais ce qui est
terrible, c'est de voir la vie reprendre son cours comme si personne n'avait
disparu et peu à peu l'éloignement de l'époque où
il vivait avec ceux qu'on pleurent. Que c'est lugubre ce soir, lorsque
tout le monde est parti, de ne plus trouver ici que deux femmes seules
qui désormais seront sans celui pour lequel elles étaient.
Nous dînons avec elles et je nous revois à cette table, le
24 juillet, avec celui que nous nous attendons à chaque instant
à apercevoir entrant par une porte disant une jolie phrase. Tout
est lui ici. Valvins a perdu son âme " .
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- La mort de Stéphane Mallarmé affecta beaucoup
tout son entourage et particulièrement Misia Natanson et la plongea
dans une profonde tristesse ; elle suivit le corbillard au bras de Paul
Valéry alors que Thadée soutenait Renoir en pleurs. Dans
" Peints à leur tour " Thadée Natanson raconte
l'enterrement du Prince des Symbolistes :
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- " Renoir ....., il fut de ceux que la mort subite
et précoce de Mallarmé devait affliger le plus profondément
du petit nombre de ceux qui, par un dimanche resplendissant du début
septembre 1898, conduisirent ses restes de la maison de Valvins au Cimetière
de Samoreau. De Valvins, vers la fin de l'après-midi, Renoir se
laissa faire emmener par quelques autres d'une petite bande de fidèles
du défunt jusqu'à la maison de campagne, où, à
quelques lieues de là, ce petit monde villégiaturait chez
moi. Ils n'y arrivèrent que tard, et, au repas improvisé
et qu'on avait dû leur faire attendre quelque peu, tous firent, après
une longue journée en plein air, honneur largement ".
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- Après l'enterrement de Mallarmé, Thadée
et Misia Natanson invitèrent quelques uns de leurs amis à
Villeneuve-sur-Yonne dans leur maison qu'ils avaient acquis en 1896. Une
photo représentant le peintre Bonnard, Ida et Cipa Godebski, Renoir,
Thadée et Misia Natanson dans la cour de cette maison quelques heures
après le retour de l'enterrement de Mallarmé. Annette Vaillant,
fille d'Athis (Alfred) Natanson, écrivit alors :
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- " Partout, toujours Misia, la femme d'oncle Thadée,
câline elle enlace son mari - son père - le vieux sculpteur
Godebski qui fut l'ami de Litszt. ..... A la fin d'une journée d'été
tout le monde s'assied au jardin autour de Renoir déjà vieilli,
on vient d'enterrer Mallarmé".
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- Mecislas Golberg, le " Passant de la Pensée"
alors en exil à Bruxelles rendit hommage à Stéphane
Mallarmé dans deux publications : " Tablettes mensuelles "
octobre 1898 et dans "Le Crépuscule de l'Art " Malheureusement,
il est impossible de savoir s'il y a eu une correspondance entre M. Golberg
et
S. Mallarmé comme il y en a eu une entre lui et Emile Zola. L'anarchiste
du " Trimard ", prophète en haillon du Sionisme naissant,
mourut en décembre 1907 à Fontainebleau, rue St Merry, après
avoir passé quelques mois au Sanatorium d'Avon.
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Mallarmé et les femmes.
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" Hérodiade "
" Nommer nous, pour que l'Amour
ailé d'un éventail
M'y peigne, flûte aux doigts
endormant ce bercail
Princesse, nommez nous, berger de
vos sourires ".
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Stéphane Mallarmé épousa Marie Gerhard,
d'origine allemande, le 10 août 1863 en Angleterre et eut deux enfants
: Anatole, né en 1865 et Geneviève, née en 1869. L'acte
de mariage de ce jeune couple stipule bien : "10 août 1863 à
l'oratoire de Kinsington, Middlesexe, Etienne (dit Stéphane) Mallarmé,
âgé de 21 ans, artiste, épouse Christine Marie Gerhard,
25 ans". Mais comme tous les artistes, il aime les femmes et s'en
entoura jusqu'à la fin de sa vie notamment de la présence
de Méry Laurent. Toujours est-il que Stéphane et son épouse
Marie s'installent en 1874 pour les vacances dans le modeste logement qu'il
a loué à l'étage de l'ancienne auberge de Cayenne,
jadis fréquenté par des bateliers et des routiers. "Jamais
châtelain n'aima son manoir comme Mallarmé aima son logis
de bois " a dit Mery Laurent qui a dû quelques fois le rejoindre
à Valvins. Il y séjourna pensant ses vacances et ses loisirs
durant plus de vingt ans fuyant ainsi ses obligations parisiennes. Il n'abandonna
Paris avec l'idée de se fixer définitivement à Valvins
qu'en 1897. Mallarmé s'y était composé une douce image
de " village natal "mais la mort le surprit subitement en septembre
1898 et il fut enterré dans le cimetière de Samoreau près
de son fils Anatole.
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- Méry Laurent
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- Méry Laurent, qui avait été figurante
au Châtelet, recevait dans son salon les poètes et les artistes,
et fut le modèle et la maîtresse de Manet, avant d'être
celle de Mallarmé qui fut séduit par son goût de l'art
japonais pour la décoration de salon. Aristide Marie dans sa "
Forêt Symbolique" dit : "Dans l'atelier de Manet, il rencontra
une blonde muse aux triomphantes carnations ; c'est Mery Laurent, modèle
favori de l'artiste , qui a laissé d'elle d'opulentes effigies ".
Georges Moore qui était également sous le charme précise
:"Grande et belle femme, semblable à une rose-thé, la
fille d'un paysan et la maîtresse de tous les grands hommes de ce
temps ". Cette blonde Méry ne tarda pas à surprendre
l'émoi suscité par son effluve voluptueux sur Mallarmé.
Dans la préface du livre de Stéphane Mallarmé : Documents
iconographiques, Henri Mondor, peint le portrait de Méry Laurent
ainsi :
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- " Dans le même temps, Mallarmé faisait
la connaissance, grâce à E. Manet, d'une jeune femme d'humeur
gaie et qui savait, autour de ses charmes amples et drus, porter de ravissantes
toilettes. Son sourire d'étonnement heureux, ses yeux d'un bleu
saphir, sa fraîcheur rose thé ou d'églantine, le dessin
de ses contours avait séduit le peintre et quelques autres . Elle
acceptait, d'un dentiste étranger, une opulence dorée qu'elle
eut volontiers partagée avec poètes et artistes. Elle avait
l'intelligence et la simplicité charmante d'aimer l'esprit d'autrui.
Mallarmé dut à Méry Laurent, pendant près de
vingt ans, quelques rêves nouveaux.... "Dans ces documents iconographiques,
Mallarmé y a placé souvent le portrait de Méry Laurent
à différentes époques de leur vie.
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- Misia Godebska
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- Marie Sophie Olga Zénaïde Godebska, plus
communément appelée Misia, naît le 30 mars 1872 à
St Petersbourg alors que sa mère meurt en lui donnant le jour. Celle-ci
Sophie Godebska était la fille aînée d'Adrien-François
Servais et de Sophie Féguine. Virtuose du violoncelle, Servais atteignit
rapidement la gloire et la renommée, il épousa à St
Petersbourg Sophie Féguine, fille d'une famille juive prospère,
qui aimait la musique et qui s'était convertie au christianisme.
Ce couple se fit construire à Halle, en Belgique, une maison de
style italien et accueillait tout le monde musical de l'Europe. Misia fut
donc élevée par sa grand-mère maternelle dans cette
maison de Halle où Franz Liszt, un familier, avait la coutume de
prendre la fillette sur ses genoux pour la laisser jouer un morceau de
Beethoven. Reine de Paris à l'âme polonaise, à l'âge
de 21 ans, après une fugue à Londres, Misia Godebska épousa
en 1893 son ami d'enfance Thadée Natanson. Elle fut considérée
comme la plus jolie femme de Paris. Merveilleuse élève de
Gabriel Fauré au piano, Misia régna alors, mutine, rouée
et fantasque, au siège de la Revue Blanche, rue Lafitte, comme dans
la demeure de Thadée, rue St Florentin. De son charme slave, elle
fascina les plus grands, de Mallarmé qui écrivait des vers
sur son éventail, à tous ces peintres qui l'immortalisèrent
sur leurs toiles ; Toulouse-Lautrec, Bonnard, Vuillard et Renoir. Misia
fée dangereuse, savait tout faire et tout défaire. Jolie,
d'une beauté un peu canaille malgré son profil de Minerve,
elle n'était pas encore la matrone superbe au menton empâté,
telle que Lautrec la devina. Cette femme-enfant, cette femme-chatte, s'intéressait
à tout, lisait les manuscrits envoyés à la "Revue
", courait les expositions, les théâtres et passait des
heures au piano. Les Natanson voyageaient et sortaient beaucoup. En 1896,
ils assistèrent à la " Première orageuse "d'Ubu
Roi de leur ami : Alfred Jarry dont la musique était de Claude Terrasse.
Lors de cette première d'Ubu Roi, montée par leurs amis Jarry,
Toulouse-Lautrec, Bonnard et Vuillard, Misia prit part à l'une des
plus grandes batailles du théâtre auxquelles elle sera intimement
associée ; elle participera également à celle du "Prélude
de l'après- midi d'un faune " et celle du " Sacre du Printemps".
En 1902 Misia quitta Thadée pour épouser Alfred Edwards,
directeur du Journal"Le Matin", en troisième noces, elle
épousa le peintre espagnol José Maria Sert. Misia Sert s'éteignit
le 15 octobre 1950, Coco Chanel s'enferma avec la défunte et l'habilla
en rendant son amie aussi belle que du temps de sa jeunesse. C'est vêtue
de blanc, ceinte d'une écharpe rose et reposant parmi des fleurs
blanches que Misia fut ensevelie également dans le cimetière
de Samoreau non loin de la tombe de Mallarmé ; ainsi e Prince des
Symbolistes et la Reine de Paris étaient réunis pour l'éternité.
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- Berthe Morisot et Julie Manet
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- Berthe Morisot, veuve d'Eugène Manet, tenait des
réceptions à Paris au temps où son mari était
vivant pour lui apporter distractions et divertissements. Lors de ces réceptions
se joignaient aux invités, le poète symboliste Mallarmé,
Monet, Degas, Caillebotte, Renoir, Puvis de Chavannes et même Whistler
de temps en temps. Il y eut une soirée particulièrement mémorable
en 1890, quand Mallarmé donna sa fameuse conférence sur Villiers
de l'Isle-Adam, devant un auditoire choisi d'une trentaine de personnes,
dont Henri de Régnier, Paul Dujardin, de Wyzewa, Mme Mallarmé,
sa fille Geneviève, et naturellement Julie et ses cousines ; Paule
et Jeannie Gobillard. Mallarmé partageait réellement l'amour
de la musique avec Berthe Morisot, elle allait au concert avec Julie, le
dimanche après-midi, aux concerts Lamoureux ou aux concerts Colonne.
Elles retrouvaient Mallarmé dans les galeries où il prenait
des notes dans un carnet qu'il portait toujours sur lui et ensuite ils
se promenaient sur les Champs-Elysées en commentant la séance
de l'après-midi. Le professeur Jules Boucherit, qui a reçu
la Médaille des Justes par l'Etat d'Israël en 1995, donna des
cours particuliers de violon à Julie. Les liens entre le peintre
Berthe Morisot et Stéphane Mallarmé étaient très
forts puisqu'en avril 1892 Berthe, consciente de la fragilité de
sa santé, désigna Stéphane Mallarmé comme tuteur
de sa fille Julie et forma un conseil de famille pour la recueillir au
cas où il lui arriverait malheur. Stéphane Mallarmé
ayant beaucoup d'affection pour Julie, lui avait offert un cooley nommé
Laërte. Berthe et Julie vinrent passer des vacances en 1893 près
de Mallarmé à Valvins.
Dans son journal en date du 24 août, Julie Manet notait :
-
- "Arrivées à Fontainebleau à
quatre heures et demie, nous avons déposé nos affaire à
l'hôtel de Valvins, car l'hôtel de Valvins-les-bains, comme
on l'appelle, est au bord de la Seine. M. Mallarmé nous a menées
au commencement de la forêt où se trouvaient Mme et Mlle Mallarmé
; nous sommes restés là jusqu'à l'heure du dîner.
Dîné dehors devant l'auberge sous des arbres au bord de la
Seine. Couché dans une petite chambre avec vue sur la Seine".
-
- A Valvins, Berthe Morisot et sa fille passèrent
la plupart du temps à peindre, à faire des promenades à
pied ou en voiture avec Stéphane Mallarmé, Marie ; son épouse
et Geneviève ; leur fille. Berthe fit également du bateau
avec Mallarmé alors que Julie s'adonna à sa nouvelle passion
: la photographie en immortalisant Thadée Natanson et Mallarmé
sur le" S.M. "
Poème de Mallarmé :"Le Cygne ", illustré
par Berthe Morisot.
" Le Vierge, le vivace et le bel
aujourd'hui
Va-t-il nous déchirer avec un
coup d'aile ivre
Ce lac dur oublié que hante sous
le givre
Le transparent glacial des vols qui n'ont
pas fui !
Un cygne d'autrefois se souvient que
c'est lui
Magnifique mais qui sans espoir se délivre
Pour n'avoir pas chanté la région
où vivre
Quand du stérile hiver a resplendi
l'ennui ".
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Après la mort de Berthe Morisot
en 1895, Stéphane Mallarmé fut nommé tuteur de Julie
Manet ainsi que de ses deux cousines : Paule et Jeannie Gobillard. Le Conseil
de famille et Mallarmé décidèrent que les trois jeunes
filles vivraient ensemble, avec une gouvernante compétente, trouvée
par Mallarmé, et qui serait chargée de surveiller la maisonnée.
Julie suivit les pas de sa mère et se lança dans la peinture
et laissa les tableau :
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- "Mallarmé en bateau sur la Seine à
Valvins ". En 1896 Stéphane Mallarmé s'occupa de la
rétrospective de l'oeuvre de Berthe Morisot chez Durand-Ruel et
demanda à Julie son aide pour
numéroter les tableaux.
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- Aucun signe ne prévoyait la disparition fulgurante
de Mallarmé en 1898. Le 24 juillet, Julie écrivait dans son
cher Journal : " Nous passons la journée à Valvins avec
les Mallarmé qui nous reçoivent avec leur gentillesse habituelle
et nous éprouvons un vif plaisir à les voir. Mallarmé
nous promène en barque sur la Seine qui est délicieuse, nous
rentrons pour prendre le thé dans le jardinet tout fleuri de roses
trémières : trois d'un joli rose nous représentent,
dit Mallarmé. Nous dînons avec une Danoise, amie de Geneviève
qui est très drôle, elle est étonnée que nous
ne fumions pas. Elle raconte qu'en arrivant à Paris, se promenant
un jour aux Buttes-Chaumont avec une amie, elle entre dans un restaurant
pour se rafraîchir et voyant "absinthe " écrit sur
la carte, elle en demande, ne sachant ce que c'était. " Ce
n'est pas pour les petites miss ", répond le garçon
qui lui apporte de l'eau et de la grenadine. Après le Dîner
on commence à se faire des adieux et à s'embrasser ; la Danoise
déclare que par principe elle n'embrasse jamais un homme. M. Mallarmé
nous accompagne jusqu'à la petite gare de Valvins avec Geneviève
et nous embrasse de nouveau, on se quitte en se souhaitant bon été,
à regret ". Mais le 10 septembre Mallarmé devait disparaître
et ne pourra être présent en mai 1900, en la paroisse St Honoré
d'Eylau, dans le quartier de Passy, au mariage de Julie et d'Ernest Rouart,
ainsi que de celui de Jeannie Gobillard et de Paul Valéry.
-
Stéphane
Mallarmé et le Symbolisme
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- Né à Sens dans une famille de fonctionnaires
de l'enregistrement, Mallarmé est dès sa jeunesse marqué
par une insondable tristesse. Après son bac, bien que Surnuméraire
de l'Enregistrement, il se liera avec Emmanuel des Essarts, un jeune poète
fréquentant les milieux littéraires de la Capitale, qui lui
fera connaître la "Revue Fantaisiste" que venait de fonder
Catulle Mendès. En parallèle de sa carrière poétique,
Stéphane Mallarmé (1842-1898) fut professeur d'anglais. Reçu
au certificat d'aptitude à l'enseignement de l'anglais en 1863-64,
il débuta sa carrière de Professeur à Tournon puis
il passa par Besançon et Avignon et en 1871, il est nommé
au Lycée Fontanes. André Fontaines dans "Mes souvenirs
du Symbolisme" précise: "Mallarmé fut nommé
professeur d'anglais au Lycée Fontanes le 25 octobre 1871, promu
officier de l'Académie le 14 juillet 1883 et muté au Lycée
Jeanson de Sailly en octobre 1884. Il enseignait dans les petites classes
et n'était guère apprécié de ses supérieurs.
Son proviseur le notait en ces termes: "En dépit des observations
de l'inspection générale, ne fait aucun effort pour s'améliorer
en anglais. Je doute même qu'il sache le français", est-ce
pour cette raison qu'il termina sa carrière au Collège Rollin?
Un de ses élèves du Lycée Fontanes (Condorcet), Jean
Ajalbert dans "Mémoires en vrac" le décrit ainsi:
- "Mallarmé, naguère notre professeur
d'anglais.... On ne le chahutait pas, mais tout juste. C'était une
"Classe blanche", avec ce petit homme, le plus effacé
des maîtres, dont nous aurions oublié le nom, si, par la suite....
il écrivait au tableau quelques vers à traduire et apprendre,
puis s'installait à sa chaire, derrière un barrage de livres
et de papiers, où il travaillait pour lui..."
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- Le Lycée Fontanes était "le seul lycée
pour la Plaine Monceau, le Bois, Passy... A coté de l'escouade de
poètes symbolistes qui a rendu cette génération célèbre,
des anciens élèves du Lycée Fontanes, à qui
Camille Bloch et Gabriel Astruc servirent de répétiteur,
laissèrent leur nom à la postérité: "le
poète Ephraïm Mikhaël, le peintre Paul Sérurier,
le futur duc Elie Decaze, Paul de Remusat, Stuart Merryll, André
Fontainas, Pierre Quillard, Thadée et Alfred Natanson, Marcel Proust,
Jacques Bizet, fils de Georges et Geneviève Halévy, etc....
Dès 1872 les amis à Paris de Mallarmé sont Villiers
l'Isle-Adam, le Comte de Lisle, Banville, Mendès, Verlaine, Anatole
France, Rimbaud, Moréas, Manet, Whistler, Augusta Holmès,
etc... Il s'installa en 1874 avec sa famille rue de Rome où dans
son appartement au 4ème étage il recevait chaque mardi, à
partir de 1880, un groupe croissant d'amis et de disciples. Mallarmé
collabora pour neuf numéros de la "Derrière Mode"
mais de style Parnassien, fut surtout le plus reconnu des poètes
symbolistes avant de passer progressivement vers "l'Hermétisme".
Ses oeuvres sont alors: "Les fenêtres", "L'Azur",
"Brise Marine", "Hérodiade", "Le Pitre
châtié", "Toast funèbre", "le Tombeau
d'Edgar Poé", "l'Hyperbole" et "le Tombeau"
inachevé qu'il avait voulu composer après la mort de son
fils Anatole. Il écrivit en 1876 "L'après-midi d'un
faune". La Bibliothèque Nationale conserve encore une des plaquettes
éditées à cet effet par Edouard Manet et Stéphane
Mallarmé sous le générique: "l'après-midi
d'un faune" égalogue par S. Mallarmé avec frontispice,
fleurons et ciel de lampe. Manet et Mallarmé confectionnèrent
ce que le poète décrivit plus tard comme "une des premières
plaquettes coûteuse et sac à bonbons mais de rêve et
un peu orientaux".
-
"Le Tombeau d'Edgar Poé"
"Tel qu'en lui même enfin
l'éternité le change,
Le poète suscite avec un glaive
nu
Son siècle épouvanté
de n'avoir pas connu
Que la mort triomphait dans cette voix
étrange...."
-
- Stéphane Mallarmé restera pourtant à
l'écart de toute école et poussa bien au-delà du symbole
proprement dit sur la voie de l'hermétisme mais sa haute conception
de l'idéal, son dévouement total au sacerdoce poétique
et ses dons exceptionnels font de lui le plus grand et le plus pur des
symbolistes. Or qu'est-ce que le Symbolisme? C'est l'ensemble des jeunes
gens de 1885 aux premières années du XXème siècle
qui ont résolu de se défendre contre l'emprise d'une école,
qui ont lutté contre l'école dont Emile Zola fut le chef
incontesté. Ils reprochaient également aux Parnassiens de
n 'attacher leur attention qu'à des formules trop strictes. La jeune
école symboliste, dont Jean Moréas écrivit "Le
Manifeste du Symbolisme", va considérer Mallarmé comme
son maître, et les Mardis de la Rue de Rome réuniront autour
de lui un grand nombre de disciples charmés par ses propos sur la
poésie et la musique: René Ghil, Gustave Kahn, Jules Laforgue,
Vielé-Griffin, Henri de Régnier, Maurice Barrés, Paul
Claudel, André Gide, Paul Valéry et l'éditeur Raymond
Schwab. Le Comte Robert de Montesquiou écrivit de nombreux poèmes
symbolistes, il fut l'ami généreux de Mallarmé, Verlaine,
Fauré et mit à la mode un certain esthétisme.
-
- Gustave Kahn a précisé: "C'était
Mallarmé qui avait surtout parlé du Symbole, y voyant un
équivalent au mot "Synthèse" et concevant que le
symbole était une synthèse vivante et ornée, sans
commentaires critiques". A propos du "Symbolisme" Stéphane
Mallarmé se justifiait ainsi: "J'ai jeté les fondements
d'une oeuvre magnifique. Tout homme a un secret à lui. Beaucoup
meurent sans l'avoir trouvé, ou ne le trouveront pas, parce que,
morts, il n'existera plus, ni eux. Je suis mort et ressuscité avec
la clef de pierreries de ma dernière cassette spirituelle. Il me
faut vingt ans, pour lesquels je vais me cloîtrer en moi, renonçant
à tout autre publicité que la lecture de mes amis".
Léo d'Orfer a surenchérit: "La poésie est l'expression,
par le langage humain ramené à son rythme essentiel, du sens
mystérieux des aspects de l'existence: elle doute ainsi d'authenticité
notre séjour et constitue la seule tâche spirituelle".
-
- Stéphane Mallarmé découvrit les
oeuvres de Wagner grâce à Edouard Dujardin, mais la musique
irait-elle plus loin que la poésie. Il en conçut une "sublime
jalousie" et se persuadera que la poésie devait "reprendre
à la musique son bien". Mallarmé se tournera également
vers la peinture symbolique: un banquet présidé par Mallarmé
fut donné en l'honneur de Gaughin le 23 Mars 1891 au Café
Voltaire. Avant son départ pour Tahiti Paul Gaughin put lire dans
le "Mercure de France" un long article d'Albert Aurier intitulé:
"Le Symbolisme en Peinture. Paul Gaughin".
-
Mallarmé
et la "Revue Blanche"
-
- En saison, Thadée Natanson et sa femme ouvraient
aux collaborateurs de la "Revue Blanche" et à leurs amis
"La Grangette", leur maison de Valvins, qu'ils avaient acheté
spécialement pour être à coté de Mallarmé
en 1894. Olivier Barrot et Pascal Ory dans leur livre "La Revue Blanche"
disent à propos de Mallarmé: "Cet homme du XIXème
siècle réunissait chez lui ce que le XXème comportera
de plus éminent, Gide, Valéry, Claudel. Où était
Proust? Si Mallarmé n'a pas exercé sur la seule Revue Blanche
sa vertigineuse influence tutélaire, la publication des Natanson,
voisin du Maître de Valvins, s'est inclinée devant lui, lui
offrant une chronique au long de l'année 1895, "Variation sur
un sujet". Il y donna aussi quelques poèmes et chroniques,
et y retrouva le temps d'un article ses amis wagnériens et symbolistes
Régnier, Gourmont, Vielé-Griffin, Verhaeren. Le texte de
la conférence donnée par Mallarmé à Oxford
et Cambridge, parut en avril 1894 dans la "Revue Blanche". Les
Mardis de la Rue de Rome deviendront le "Rendez-vous" des poètes
symbolistes". Rémy de Gourmont se souvient: "On écoutait
sa parole comme un oracle. Vraiment, c'était bien une sorte de Dieu".
A "La Grangette" de Valvins, Thadée et Misia Natanson
recevaient entre autres Zola, Maeterlinck, Anet, Willy et Colette, Monet,
Manet, Corot, Sisley, Pissaro, Puvis de Chavannes. Cette Maison, au temps
des Natanson, voyait aussi quelques fois l'apparition d'Octave Mirbeau
qui n'habitait pas loin de Fontainebleau. Misia, muse hospitalière,
y posait pour d'innombrables portraits et photos et jouait du piano pour
ses invités magnétisés par cette musicienne autant
que par sa musique. Bonnard et Vallotton ont laissé une série
de magnifiques portraits de Misia avec ses cheveux en brioche et son corps
épanoui.
-
- De nombreuses photos montrent Thadée Natanson
à Valvins en compagnie de Mallarmé faisant ensemble de longues
promenades en bateau sur le voilier qui portait fièrement le nom
de "S.M." (Stéphane Mallarmé). Thadée disait
de Mallarmé: "Une bonne part des joies qui ravissaient, à
Valvins, Mallarmé, les tirait de son bateau le &laqno; S.M ».
En arrivant, il le vernissait de la quille au fond de la coque, seul, le
gréait. Il ne laissait non plus à personne le soin de faire
étinceler jusqu'au dernier crochet de métal. Ce n'est que
lorsque le S.M. lui paraissait irréprochable que, la barren en main,
il se livrait à la voile, et, par elle, prenait possession de la
Seine". Stéphane Mallarmé appelait également
son voilier : "La Yole à Jamais Littéraire".
-
- Outre son travail à la "Revue Blanche"
et les "Mardis Littéraires" au 87 rue de Rome, Stéphane
Mallarmé se rendait souvent chez Alexandre Natanson, qui avait un
hôtel, Avenue du Bois, et où il donnait de somptueuses réceptions.
Lors de la pendaison de la crémaillère de sa nouvelle résidence,
décorée par Vuillard, il convia trois cents personnes et
demanda à Toulouse-Lautrec de servir de maître de cérémonie
et de barman. Ces soirs là, le Tout-Paris, se pressait sous les
floralies en fer forgé et donnait ainsi rendez vous Catulle Mendès,
le couple Aron et Hessel, Reynaldo Hahn, Sacha Guitry, Henry Bataille,
Porto Riche, Edmond Rostand, Forain, etc....
-
-
Les
Natanson et la "Revue Blanche"
-
- La famille Natanson est une lignée de riches banquiers
juifs polonais qui émigrèrent en France dans la seconde moitié
du XIXème siècle. Adam Natanson, après avoir amassé
une fortune considérable en Pologne, vient s'établir à
Paris, en 1880 Place St Michel, ensuite il s'installera Avenue de Friedland
puis acheta un hôtel particulier au 85 rue Jouffroy. Adam et Annette
Natanson eurent quatre fils: Alexandre, Thadée, Léon et Louis
Alfred. Léon ayant disparu, les trois autres frères, puisant
dans l'immense fortune familiale, fondèrent "La Revue Blanche"
avec quelques uns de leurs congénères du Lycée Fontanes
(Condorcet): Marcel Proust, Romain Coolus, Léon Blum, Lugné-Poé,
Robert Dresbois, Pierre Veber, Fernand Gregh etc... C'est à Spa,
en Belgique, qu'Auguste Jeunhomme et Joé Hogge eurent l'idée
d'une Revue consacrée uniquement à la poésie. Joé
Hogge était un ami de Louis-Alfred, le cadet des Natanson. L'idée
de fonder une Revue le passionna et il en parla à ses frères,
Thadée et Alexandre. Le premier numéro parut le 1er décembre
1889 et s'annonçait bimensuel. Les administrateurs principaux étaient
Auguste Jeunhomme et J.H. de Andelles mais le nom de Thadée Natanson
se multiplia sur les couvertures de la revue. Puis un comité fut
formé avec Thadée et Louis-Alfred alors qu'Alexandre en prenait
la direction. Alexandre Natanson, l'aîné, portait le titre
de directeur-gérant, Thadée tenait la critique d'art et Alfred
qui, sous le nom d'Athis, signait des portraits satyriques. Cette revue
étonna pas son éclectisme et son nom conformisme; par magie,
un vent de liberté souffla sur la "Revue Blanche », ce
qui fit dire à André Gide que c'était: "un centre
de ralliement de toutes les divergences".
-
- Elle permit de voir collaborer Maurice Barrés
le traditionaliste et l'anarchiste Félix Fénéon, Marcel
Proust et le virulent Mirbeau. La "Revue Blanche" fut également
le centre de ralliement des "Nabis". Misia Godebska, qui venait
d'épouser Thadée Natanson, fut très vite l'égérie
de la "Revue" où écrivirent Mallarmé, Léon
Blum, Tristan Bernard, Claudel, Gide, Péguy, Appolinaire, Jarry,
Jules Renard, Barrés, Proust, Fagus, Francis Jammes, etc.... La
"Revue Blanche" offrit ainsi ses colonnes aux meilleurs talents
de l'époque; les dessinateurs ou les peintres de Bonnard à
Vuillard,
Toulouse-Lautrec |
de Toulouse-Lautrec à Vallotton et des illustrateurs
comme Maurice Denis et Odilon Redon. En 1894, Léon Blum et Tristan
Bernard proposèrent aux Natanson de créer ensemble une chronique
des Sports dans la "Revue"; Léon Blum signa la rubrique
cycliste et Tristan Bernard celle des "potins hippiques". C'est
Romain Coolus, pseudonyme de René Weil, qui avait introduit Tristan
Bernard dans cette équipe. Et la musique? Ce n'est qu'en 1901 que
la musique trouva sa place dans la revue sous la plume de Claude Debussy,
ainsi pendant quatorze ans les sommaires de la Revue collectionnèrent
les signatures les plus célèbres.
-
- La "Revue Blanche" ne survivra guère
au divorce du couple Misia-Thadée Natanson, la muse partie le charme
était rompu.... Il faut dire que la "Revue Blanche" en
1900, qui avait englouti des sommes considérables, commençait
à poser à Thadée un grave problème financier.
Thadée avait d'ailleurs perdu son enthousiasme initial pour les
lettres et s'était lancé depuis l'affaire Dreyfus dans la
politique et les questions sociales. Très affecté par ce
divorce, bien que n'ayant rien fait pour l'empêcher, Thadée
se vengea en écrivant avec Octave Mirbeau "Le Foyer",
une pièce grinçante à trois personnages, inspirée
de sa propre vie. Au bord de la ruine, les frères Natanson laissèrent
tomber leur création, ayant en tête une foule de brillants
projets dans le domaine de l'industrie. Thadée Natanson céda
alors ses parts à son ami Eugène Fasquelle en 1903 après
avoir fait paraître aux "Editions Revue Blanche" les deux
premiers romans à succès de Tristan Bernard: "Mémoires
d'un jeune homme rangé" et "Un mari pacifique". Thadée
Natanson était riche et beau, s'habillait avec une élégance
recherchée et faisait partie de la jeunesse dorée de l'époque.
Il avait un appétit d'ogre, commandait ses repas extraordinaires
chez Larue. Thadée envoyait Lala, une des chambrières de
son père, cherchez sa parfumerie chez Houbigant; "L'Idéal"
dont était imprégné ses incalculables mouchoirs de
chez Charvet. Ce géant utopiste et léger était aimé
de ses amis et était l'ami des femmes. Thadée Natanson était
un prodigue. Esthète, séduit par les combinaisons les plus
subtiles - il avait le génie des affaires; un génie souvent
malheureux. Ses emballements invincibles le faisaient entraîner ses
frères, parfois même les femmes de chambre - presque toujours
amoureuses de ses manières seigneuriales - dans des entreprises
périlleuses. Alfred Edwards, proposa à Thadée le poste
de directeur d'une mine de charbon en Hongrie pour l'éloigner de
Misia, proposition qu'il accepta sans hésitation. Dans les premiers
jours d'août 1914, le capitaine d'artillerie Thadée Natanson
épousa en secondes noces: Reine Vaur. Il l'amena à Lyon,
où pressenti par son ami Loucheur, il devait diriger avec autorité
et efficience, une usine de guerre. En 1921, on apprenait la nomination
de Thadée Natanson au grade de Chevalier de la Légion d'Honneur
par le Ministère des Travaux Publics. Après la fin de la
première guerre mondiale Thadée Natanson fut saisi par le
virus des affaires, il se lança dans plusieurs affaires infaillibles
et ruina tout le clan Natanson. Pourtant il resta toujours très
près de ses amis les peintres, si vers 1895, on le voit en photo
avec Pierre Bonnard chez Vuillard, d'autres photos le montre avec Bonnard
en barque sur la Seine en 1923 ou avec le même à La Roche-Guyon
ou bien encore avec Ker Roussel, Jacques Roussel, Pierre Bonnard et Vuillard
sur la route de Vernonet en 1924. Mais combien d'épreuves devait-il
encore subir? Reine Natanson avait du caractère, pendant les années
noires de l'occupation (1940-1944), elle marchait lentement et fièrement
au bras de son mari, grand vieillard marqué d'une étoile
jaune. Thadée Natanson mécène, journaliste et chroniqueur,
fut l'ami des plus grands artistes notamment des peintres tels le peintre
américain Elie Naderman ou Picasso qu'il décrit dans son
livre "Peints à leur tour". En 1951, après avoir
écrit un livre, préfacé par Annette Vaillant-Natanson*,
sur Toulouse-Lautrec, il publia une excellente biographie de son ami, le
peintre Pierre Bonnard, disparu en 1947, sous le titre :"Le Bonnard
que je propose", Thadée Natanson, s'éteignait à
son tour quelques mois plus tard. Jamais le souvenir de Valvins ne le quitta.
-
Valvins
et l'Affaire Dreyfus
-
- Dans une lettre à Edouard Dujardin, Stéphane
Mallarmé s'émerveillait: "C'est une musique d'eau, de
lumière et de verdure que Valvins".
-
- Pourtant les choses semblaient changer à Valvins.
L'Affaire Dreyfus allait monter jusqu'aux membres d'une même famille
les uns contre les autres, mais l'antisémitisme, avivé par
cette situation ne fut pas plus virulent en Seine-et-Marne que dans un
autre département. Suite aux différents articles de Drumont
dans la "Libre Parole" quelques officiers juifs de l'Ecole d'Artillerie
de Fontainebleau démissionnèrent, le Capitaine Coblenz se
battit en duel avec un de ses condisciples à cause des "Laisser
Courir" des Lebaudy et Ernest Crémieu-Foa cacha le cheval de
son frère André à Samois à la suite de la mutation
de celui-ci dans le corps expéditionnaire africain faisant suite
à la mort en duel du Capitaine Armand Mayer. Dès le début
de l'Affaire Dreyfus, les Natanson et la plupart de leurs amis, dont Charles
Péguy, se rangèrent auprès de Bernard Lazare et de
Théodore Reinach puis ensuite d'Emile Zola pour défendre
le capitaine déchu. Et si la "Revue" avait observé
un silence de principe sur l'Affaire parce qu'elle entendait siéger
"ailleurs" au lendemain de l'acquittement du vrai coupable; Estherhazy,
par ses pairs et la publication du "J'accuse" de Zola, c'est
la "Revue Blanche", qui cette fois, collectivement prit la parole.
Valvins fut alors divisé en deux camps: les Dreyfusards partisans
de la révision du procès Dreyfus; parmi eux, Monet, Proust,
Jacques Emile Blanche, Thadée Natanson, Pissaro et naturellement
Emile Zola. Les antidreyfusard comprenaient Degas, Paul Valéry,
Alexis Rouart, Henri Rouart et ses quatre fils, Forain et Cézanne.
Thadée Natanson, homme d'une grande culture, qui côtoya les
plus grands artistes de son temps, fut l'un des familiers de Degas, pourtant
l'Affaire Dreyfus allait les séparer à jamais. Il constata
avec amertume l'attitude de ce peintre en notant: "Degas.... lorsque
l'ami fidèle de tous les Halévy et Mme Strauss-Bizet** et
qui le fut longtemps de Pissaro, devint au cours de l'affaire, plus que
jamais antisémite et nationaliste ce fut avec une violence qui pouvait
le faire pleurer de rage".
-
- Auguste Renoir eut quelques mots sévères
pour les juifs mais s'arrangea pour rester neutre. Jean Renoir, son fils,
rapporta ses paroles: "Les mêmes éternels camps, avec
des noms suivant les siècles. Protestants contre catholiques, républicains
contre monarchistes, communards contre versaillais. Maintenant, la vieille
querelle se réveille. On est Dreyfusard ou antidreyfusard. Moi,
je voudrais bien essayer d'être tout simplement français".
Ce fut probablement l'attitude de Mallarmé mais cela ne fut pas
le cas de tout le monde: Julie Manet *** adressa en 1899 une souscription
de six francs à "La Libre Parole" pour le rapatriement
des Juifs à Jérusalem. A côté de la "Revue
Blanche", Alexandre Natanson fonda en 189, une petite revue hebdomadaire:
"Le Cri de Paris". Cette revue fut un enfant terrible, indiscret,
babillard, mais dont la malice n'a jamais été agressive que
contre les ridicules et les abus. Lors d'un procès intenté
contre elle, son avocat Paul Morel précisa dans sa plaidoirie: "...
parmi la plupart des grands bourgeois juifs et les Membres du Consistoire
Israélite étant assimilés ou se définissant
comme français de confession israélite, l'affaire Dreyfus
n'attira nullement des familles comme les Natanson vers le sionisme naissant....."
-
- A travers le temps et l'espace, il est possible d'imaginer
à Valvins les discussions qui devaient sans doute courir sur Alfred
Dreyfus, sur son avocat Me Fernand Labori qui habita à Samois puis
aux Basses-Loges à Avon ou sur Crémieu-Foa ou bien encore
sur les affaires d'antisémitisme dans l'armée à Fontainebleau,
mais c'est surtout la vie des artistes qui devait intéresser tout
un chacun.
-
La
vie artistique à Valvins/Avon.
-
- La Commune d'Avon et son extension de Valvins étaient
alors cité des Arts puisque si le Val-Changis de Dujardin, fondateur
de la "Revue Wagnérienne" recevait les écrivains
comme Gabrielé d'Annunzio, les poètes comme Catulle Mendès
et les caricaturistes comme André Rouveyre, les Durand recevaient
à Bel-Ebat les musiciens, et Mecislas Golberg séjournait
quelques temps au Sanatorium du "Vert Logis". La Cave Coinard
accueillit de grands artistes: les ateliers du très pompier sculpteur
Cyprian Godebski, associé à Jacquemin, se trouvaient au 3
rue des Pleus à Fontainebleau et à partir de 1876 il ouvrit
un atelier à la Cave Coinard à Avon. En effet après
avoir transféré la fabrique de Porcelaine (ayant appartenu
à Jacob-Petit aux Basses-Loges) aux Pleus, Etienne Jacquemin la
domicilia ensuite rue de la Cave Coinard à Avon près des
fours à Chaux (à plâtre), il sera suivi par C. Godebski,
Jules Febvre et Jérome Pointu alors qu'Eugène Shopin avait
créé une faïencerie à Montigny-sur-Loing. Cyprian
Godebski est né en 1835 à Mery-sur-Cher et meurt en novembre
1909 à Paris. IL est l'un des sculpteurs de l'Ecole Française
et eut pour maître Jouffroy, ami du sculpteur-photographe Samuel
Adam-Salomon. Il exposa au Salon de Paris à partir de 1857. Godebski
fit le buste de nombreux hommes célèbres surtout des polonais.
Il eut une mention honorable en 1880, 1884 et 1886. Outre différentes
sculptures qui se trouvent au Casino de Monte-Carlo, Godebski réalisa
le médaillon de Blésois pour la tombe du compositeur au Cimetière
de Montmartre. Connue à l'étranger, il réalisa pour
le Musée national de Pologne de Rapperswill: le buste de Mickiewicz
et une statue de San Martin pour Lima, à Budapest; le buste de Von
Zichy, à Compiègne les bustes de C.A.C. Gonêl et de
H.Z. Rendu, à Gand: Buste du Dr Bruggraeve, à Lille; le groupe
de bronze représentant la persuasion, à Moscou pour les Roumiantzeff:
bustes de Bach et de Beethoven. Quelques unes de ses oeuvres sont réparties
également en France; à Paris pour le Musée du Louvre:
le buste de l'archéologue J.H. Barbet de Jouy, à Poitiers
et à Toulon: la force brutale étouffant le génie.
Cyprian III Godebski, descendant d'une vieille famille de l'aristocratie
polonaise, avait un hôtel au Parc Monceau. IL se maria en secondes
noces avec Mathylda Rosen-Natanson, belle soeur d'Adam Natanson. Le frère
d'Adam, banquier lui aussi, lui avait laissé une confortable fortune.
Les Godebski menèrent grand train, ils reçurent dans leur
hôtel particulier des figures célèbres du monde parisien
comme les Daudet, les Goncourt et tout le gratin de l'émigration
polonaise. Au temps où il avait ses ateliers à Avon, Cyprian
Godebski était propriétaire d'une maison bourgeoise à
Valvins. Père de Misia et de Cipa, on voyait souvent Cyprian "Aux
Relais" la maison des Natanson à Villeneuve-sur-Yonne. Les
anniversaires Mallarméens, célébrés chaque
année à Valvins et à Samoreau, et qui, après
le banquet au "Pont de Valvins", réunissaient, au "Val
Changis", les amis de Dujardin, furent jusqu'à la dernière
guerre organisés par le symboliste Edouard Dujardin. Wagnériste,
Edouard Dujardin laissa dans la "Revue Blanche" un article intitulé:
"De la Périchole et de l'absolu dans la Musique" alors
qu'Alfred Natanson dans ces pages donnait vie à Eléonora
Dusa, impossible amour de d'Annunzio.
 |
- "La Grangette" était
située sur la rive droite de la Seine, un peu plus loin que la Maison
de Mallarmé. Elle fut la propriété de Cipa et d'Ida
Godebski après 1896 puis celle de leur fille Marie (Mimi) Godebska
Blacque-Belaire. Cipa, critique musical et grand ami de Maurice Ravel,
était le demi frère de Misa et le cousin de Thadée
Natanson par le mariage de Cyprian Godebski avec Mathylda Rosen-Natanson.
Arthur et Robert Fizdale dans leur livre: "Misia, la vie de Misia
Sert" font une description de "La Grangette": Avec sa charmante
façade irrégulière couverte de vigne vierge. La Grangette
existe toujours parmi les grands arbres à un jet de pierre du fleuve.
Elle était confortable , encombrée d'objets et un peu délabrée;
cela faisait partie de son charme. Au-dessus des pièces du rez-de-chaussée,
petites et plaisantes s'étendait un vaste grenier, bas de plafond,
avec une superbe charpente". Marcel Schwob y vint rejoindre également
en 1896 les "Canotiers" du Port de Valvins. André Billy
dans son "Fontainebleau, délice des Poètes" précise:
"il faut nommer aussi Marcel Schwob et Morion qui une saison occupèrent
la charmante maison du critique musical Godebski, fils du sculpteur, elle
a gardé ses vieilles tuiles, ses vieux arbres. Elle semble avoir
été conservé sous globe telle qu'elle était
il y a quatre vingt ans". La Moréno était la célèbre
actrice Marguerite Moréno qui avait épousé le littérateur
et journaliste M. Schwob. Arnold Bennet décrivit une visite qu'il
fut aux Godebski à Valvins le 29 septembre 1908: "Pris le thé
chez les Godebski.... Ida Godebska jouant du Borodine, et nous autres devant
la vaste fenêtre avec le paysage de Verlaine derrière une
brume de pluie; et le bruit régulier de la pluie sur des dizaines
de milliers de feuilles. Mimi toute mouillée arrive, échevelée,
de la forêt avec des pleins paniers de champignons... les attitudes
et les gestes d'une exquise perfection de Mimi jouant avec les chiens".
Marie Blacques-Belaire a été enterrée dans le Cimetière
de Samoreau.
-
- Il ne reste que peu de chose aujourd'hui à Valvins
de 1898; le port garde encore quelques traces de son ancienne activité,
le vieux pont a disparu, la maison de Mallarmé a été
bombardé pendant la Libération en 1944, pourtant à
travers quelques écrits on peut imaginer de ce que fut la vie sociale
et économique de ce petit hameau:
-
- " Le Moulin de la Galette " ou Moulin de Valvins,
du Rû, de la chaudière, sur le rû Changis près
Valvins. C'était un ancien moulin à farine qui avait appartenu
vers 1840 à un certain Louis Lecoq et qui fut transformé
en scierie hydraulique à la fin du Second Empire.
-
- "Au Moulin de la Galette". Cette guinguette,
pour matelote et friture, qui avait été installée
dans les dépendances du Moulin de Valvins par le fondateur du Lapin
court, n'eut pas beaucoup de succès.
-
- L'Auberge de Valvins, au bord de la Seine, près
du Pont de Valvins. C'est sous ce nom qu'on désignait autrefois
l'auberge exploitée par M. Henet Villaret dans le hameau de Valvins.
Cette auberge, à proximité du port, fut sans doute la première
construction édifiée dans ce lieu, elle figure déjà
dans la carte de Guilbert en 1731. Il était d'usage d'aller à
l'auberge de Valvins manger une matelote faite avec le poisson que l'aubergiste
prenait dans la Seine suivant les besoins de la consommation. Cette Maison
était aussi communément connue sous le nom de "Petit
Pierre"; ce dernier ayant dirigé longtemps cet établissement.
-
- Aujourd'hui la maison de Mallarmé est devenue
un musée départemental et "La Grangette" s'étiole
en oubliant les mannes de Thadée et de Misa.
-
-
- Frédéric VIEY
-
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- * Annette Natanson-Vaillant était la fille d'Alfred
Natanson et de Marthe Bellot.
- ** Geneviève Halévy, fille du Compositeur
Fromenthal Halévy, se maria avec Georges Bizet dont elle eut un
fils; Jacques. Elle épousa en secondes noces le banquier Strauss.
- *** Julie Manet, fille de Berthe Morisot, fut l'élève
du Violoniste Jules Boucherit. Jules Boucherit a reçu la Médaille
des Justes décernée par l'Etat d'Israël pour avoir sauvé
ses élèves juifs dans sa maison de Bourron-Marlotte.
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