Parallèlement, une programmation
spéciale de concerts, de films et de débats à l'auditorium
du musée atteste l'attachement des artistes Juifs à la préservation
de leur héritage judéo-marocain et l'actualité des
questions que ce dernier continue de susciter en eux.
Cartes postales
Entre orientalisme
et colonialisme
Nicolas Feuillie
La carte postale constitue une source documentaire
pour la connaissance
de l'histoire d'un pays et de ses habitants, et c'est
d'autant plus vrai lorsque
des bouleversements importants ont entraîné
une modification radicale du
paysage humain. C'est le cas du Maroc, dont la communauté
juive ne
représente plus aujourd'hui qu'une petite partie
de ce qu'elle était au début
du siècle - le conflit entre Israël et les
pays arabes, ainsi que l'indépendance
du pays, en 1956, ont conduit la majeure partie des juifs
à émigrer vers la
France ou vers Israël dans le courant des années
cinquante.
Les très nombreuses cartes postales du début du siècle
permettent, dans une certaine mesure, de rendre compte de la place des
juifs dans la société marocaine au
début de l'époque du protectorat.
Ces images ne documentent pas la vie quotidienne juive
au Maroc, tel que
le ferait le travail d'un ethnologue : les vues sont
trop parcellaires et ne
pénètrent pas suffisamment dans la vie
familiale et religieuse des individus.
En fait, la carte postale, au Maroc, se situe au croisement
de deux histoires
: celle de l'iconographie orientaliste et du monde arabe
en général, dont
Delacroix constitue une référence, et celle
de la colonisation entreprise par
la France au Maroc à partir de la fin du XIX'
siècle.
C'est cette convergence qui modèle la vision que
donne la carte postale des
habitants des mellah (les quartiersjuifs).
Si l'on s'intéresse aux cartes postales pour leurs
illustrations, on peut rap-
peler qu'elles sont d'abord un objet de communication
qui, parce que la
correspondance n'est pas cachée, n'autorise pas
à être très personnel. On
peut dire que cette neutralité du message se retrouve
dans l'image : les
photos prises donnent dans leur grande majorité
des vues superficielles et
extérieures des sujets qu'elles représentent.
Dès son origine, la carte postale
s'appuie sur des panoramas, des monuments et des paysages
exemplaires,
sur des types de population rapidement identifiables.
Ce que l'usage
confirme en faisant de "carte postale" un synonyme
de "lieu commun".
De l'imagerie orientaliste à l'imagerie coloniale.
L'image véhiculée par la carte postale, en particulier dans
le contexte de
l'imagerie coloniale de l'Afrique du Nord, n'est cependant
pas sans histoire: elle prend sa place dans la tradition de la photographie.
Elle est l'héritière de ces images sur papier albuminé
qui étaient largement commercialisées dans les années
1870-1900 sous forme d'albums. Celles-ci sont très
fréquentes en Algérie
et en Tunisie déjà occupée par la
France - l'Algérie est un territoire français
depuis 1930, et la Tunisie est soumise à un protectorat
depuis 1881 - elles
sont, en revanche, quasiment absentes au Maroc.