Regards sur la vie juive au Maroc

7 octobre 1999-2 janvier 2000

Expositions, concerts, films, débats

(au musée d'art et d'histoire du Judaïsme 71 rue du Temple 75003 Paris
tel : 01 53 01 86 53
)

cartes postales à voir
Indissociable de l'histoire du Maroc, le judaïsme marocain est à l'honneur au Musée d'art et d'histoire du judaïsme dans le cadre du "Temps du Maroc" Expositions, concerts, projections de films documentaires et de fiction évoquent les différents visages passés du judaïsme marocain et leur interprétation contemporaine.
 
L'histoire du judaisme marocain, une des plus anciennes traditions juives marquée d'une continuité inégalée en terre d'accueil, remonterait, selon certaines légendes, à l'époque de la conquête babylonienne de Jérusalem et à la destruction du Temple au IV" siècle avant lère chrétienne.
 
Il est difficile d'imaginer aujourd'hui, au regard de la petite minorité juive toujours établie au Maroc, ce que fut le judaïsme marocain au temps de sa grandeur. Des quelque deux cent vingt-cinq mille juifs que comptait le Maroc en 1956 presque tous ont émigré dès l'indépendance du pays, poussés par les conflits politiques qui opposèrent le monde arabe à l'État d'Israël après la création de ce dernier.
 
Cette rupture d'une histoire millénaire ne doit pas effacer ce qui fut un modèle de vie commune et de traditions partagées. Les Juifs firent partie de la vie marocaine aussi bien dans le monde rural que dans les cités, où ils jouèrent un rôle important dans le tissu économique.
 
Documents et objets réunis à cette occasion sont autant de séquences de la vie des juifs au Maroc, de la fin du siècle dernier aux années précédant leur émigration dans les années soixante, et témoignent d'un passé encore fortement gravé dans les mémoires de la diaspora judéo-marocaine.
 

Parallèlement, une programmation spéciale de concerts, de films et de débats à l'auditorium du musée atteste l'attachement des artistes Juifs à la préservation de leur héritage judéo-marocain et l'actualité des questions que ce dernier continue de susciter en eux.



Cartes postales

Entre orientalisme et colonialisme

Nicolas Feuillie
La carte postale constitue une source documentaire pour la connaissance

de l'histoire d'un pays et de ses habitants, et c'est d'autant plus vrai lorsque
des bouleversements importants ont entraîné une modification radicale du
paysage humain. C'est le cas du Maroc, dont la communauté juive ne
représente plus aujourd'hui qu'une petite partie de ce qu'elle était au début
du siècle - le conflit entre Israël et les pays arabes, ainsi que l'indépendance
du pays, en 1956, ont conduit la majeure partie des juifs à émigrer vers la
France ou vers Israël dans le courant des années cinquante.
Les très nombreuses cartes postales du début du siècle permettent, dans une certaine mesure, de rendre compte de la place des juifs dans la société marocaine au
début de l'époque du protectorat.
Ces images ne documentent pas la vie quotidienne juive au Maroc, tel que
le ferait le travail d'un ethnologue : les vues sont trop parcellaires et ne
pénètrent pas suffisamment dans la vie familiale et religieuse des individus.
En fait, la carte postale, au Maroc, se situe au croisement de deux histoires
: celle de l'iconographie orientaliste et du monde arabe en général, dont
Delacroix constitue une référence, et celle de la colonisation entreprise par
la France au Maroc à partir de la fin du XIX' siècle.
C'est cette convergence qui modèle la vision que donne la carte postale des
habitants des mellah (les quartiersjuifs).
Si l'on s'intéresse aux cartes postales pour leurs illustrations, on peut rap-
peler qu'elles sont d'abord un objet de communication qui, parce que la
correspondance n'est pas cachée, n'autorise pas à être très personnel. On
peut dire que cette neutralité du message se retrouve dans l'image : les
photos prises donnent dans leur grande majorité des vues superficielles et
extérieures des sujets qu'elles représentent. Dès son origine, la carte postale
s'appuie sur des panoramas, des monuments et des paysages exemplaires,
sur des types de population rapidement identifiables. Ce que l'usage
confirme en faisant de "carte postale" un synonyme de "lieu commun".
De l'imagerie orientaliste à l'imagerie coloniale.
L'image véhiculée par la carte postale, en particulier dans le contexte de
l'imagerie coloniale de l'Afrique du Nord, n'est cependant pas sans histoire: elle prend sa place dans la tradition de la photographie. Elle est l'héritière de ces images sur papier albuminé qui étaient largement commercialisées dans les années
1870-1900 sous forme d'albums. Celles-ci sont très fréquentes en Algérie
et en Tunisie déjà occupée par la France - l'Algérie est un territoire français
depuis 1930, et la Tunisie est soumise à un protectorat depuis 1881 - elles
sont, en revanche, quasiment absentes au Maroc.