Les fils du Talith
extraits


Le 31 mars 1492, en Espagne, les rois très catholiques, Ferdinand et Isabelle, signent l'Edit d'Expulsion des juifs d'Espagne, leur annonçant qu'il ne leur reste plus que quatre mois pour quitter le pays. Le 31 juillet 1492, plus -aucun juif ne peut demeurer en Espagne sous peine de mort.
A travers le destin tourmenté de David, les fils du Talith retrace l'histoire d'une de ces familles judéo-espagnoles, réfugiées au Maroc.
En cherchant sa voie dans ce monde, David permettra aux fils de se renouer et continuera la broderie commencée par ses ancêtres.
" Chaque fil de joie et de sang, de bonheur et de peine, un long tissage d'amour,
Résistant au malheur
Car nous sommes là. "

Le 31 mars 1492, en Espagne, les Rois Très Catholiques, Ferdinand et Isabelle, signent l'Edit dExpulsion des juifs d'Espagne, leur annonçant qu'il ne leur reste plus que quatre mois pour quitter le pays. Le 31 juillet 1492, plus aucun juif ne peut demeurer en Espagne sous peine de mort.

En fait, l'explosion de haine antijuive a eu lieu en 1391, l'année noire qui a vu les massacres se succéder. Un siècle après, les juifs dEspagne persécutés et humiliés savent que la frénésie missionnaire ne saurait s'arrêter. Cependant la nouvelle de Pexpulsion les atteint comme une trahison. Déçus, amers, les exilés garderont pourtant toujours le sentiment de leur hispanité.

Certains se convertissent pour ne pas sexiler. Ils font le mauvais choix car, nouveaux chrétiens, ils vont voir s'abattre sur eux toute une législation raciale* qui présente une parenté avec les lois de Nuremberg. Recherchés par les tribunaux ecclésiastiques de l'Inquisition, ils finiront souvent sur le bûcher. L'Inquisition espagnole ne sera abolie qu' en 1834. Uépopée des Marranes durera près de quatre siècles. Convertis, observant un judaïsme furtif et clandestin, ils vivront dans le mensonge par fidélité à la loi de Moïse. De nos jours, en Espagne, au Portugal et dans leurs anciennes colonies, des communautés crypto-juives reviennent au judaïsme.

Mon âme n'a pas trouvé d'abri,
Pas même un nid.
Colombe, retiens tes pleurs,
Tes fils seront délivrés
Et ils vivront...


extrait du livre p.76 à 77

"Je n'aurai pas peur des fonds terrifiants de l'abîme.

Je n'exalterai pas les trésors de mon intelligence,

Je ne les exhiberai pas

Car je sais qu'ils ne sont rien face à Toi.

Mais je Te dis,

je continue.

Vagabond parmi les vagues de Ta colère,

Etouffant dans les profondeurs de Ton silence, je ne désespère pas.

Devant Toi, je ne suis que chair et sang, glaise sale et feuille au vent,

C'est ainsi que Tu m'as fait.

Alors, cheminons ensemble! "

 
Les moines, ne ligotèrent pas David. Ils le juchèrent sur une mule et commencèrent la longue route à travers l'antiplano. En fait, ils le tenaient pour fou mais, comme ils étaient des hommes prudents, ils s'inquiétaient de sa popularité croissante à Potosi.
 
Ils avaient déjà dû supporter les divagations et imprécations du padre, sans pouvoir lutter car l'évêque ne se souciait pas de ce qui se passait si haut dans la montagne. Pour celui-ci, les jésuites décideraient quoi faire.
 
La caravane était composée de six Frères, chacun sur sa mule, d'Alfonso qui servait dhomme de peine, et de deux prisonnières indiennes qui suivaient à pied, les mains liées. Ces deux prisonnières étaient des prostituées que les Frères avaient décidé d'expulser, et suivant leur froide logique, les renvoyaient vers leur lieu d'origine, Desaguadero.
 
Desaguadero se trouvait à de nombreuses journées de mule de Potosi, et les deux malheureuses risquaient de ne pas même pouvoir y arriver. Mais cela ne les dérangeait pas vraiment. Plus loin elles seraient de Potosi et mieux la ville s'en porterait. Et puis, puisque de toutes façons ils devaient se rendre pour de lointaines raisons à la frontière péruvienne, autant emmener ces trois fauteurs de troubles.
 
Les deux femmes n'avaient rien de séduisant. : des Indiennes misérables. Leur pauvreté et leur maigreur extrême les faisaient ressembler à des créatures que Dieu n'aurait pas complètement façonnées. Elles n'avaient pas provoqué de grands troubles à Potosi, et s'en repartaient aussi démunies qu'elles étaient arrivée avaient pas voulu et les autres n'avaient offert que des galettes de maïs ou des pommes de terre séchées.
 
David demanda à l'un des Frères de détacher ces femmes pendant le trajet. Il parla avec autorité, donnant comme raison qu'elles ralentissaient le convoi et cette raison fut acceptée. Les Frères aimaient l'ordre et l'obéissance. Pendant un instant, ils furent tentés de le reconnaître comme l'un des leurs.
 
L'une des femmes ne réagit pas lorsqu'on défit ses liens, se contentant de grogner et de masser ses poignets, mais l'autre se précipita sur David, lui embrassant les mains dans un geste de servilité obscène. Il fut dégoûté et honteux de l'être.
 
Le soir, à l'étape, alors que ses mains étaient à nouveau liées et retenues par une longue corde à la ceinture du muletier, elle alla sans vergogne s'offfir à David, sans doute pour le remercier à nouveau. David la repoussa avec douceur, sans un mot - ce qu'elle sentait mauvais ! - puis fermant les yeux, il se referma sur lui-même, et essaya de se retrouver.
 
Il ne cédait plus à la panique ainsi qu'il l'avait fait lors de sa chevauchée dans la pampa argentine, captif sur son cheval, emporté dans un cauchemar sans fin. Cette fois, il se sentait calme, presque serein. Son esprit était en repos. Bientôt les textes lui reviendraient et il pourrait prier et étudier comme autrefois. Le monde était infini, vaste et cruel, mais, où qu'il fût, il savait qu'il allait parcourir sa destinée de juif
 
Les moines tirèrent de leurs besaces quelques légumes et des galettes de mais pour qu'Alfonso les réchauffe. Soudain, l'un deux, avec un petit rire, sortit un morceau de porc qu'il tint un moment à bout de bras tandis quil expliquait avec force détails à Alfonso comment le faire cuire. Celui ci hochait la tête et fit ce quon lui avait demandé. Au bout dun moment, l'air se chargea d'une bonne odeur de viande que chacun huma avec délices. Les deux femmes se tenaient immobiles, un peu haletantes, attentives à cette promesse de nourriture. Alfonso, le mieux placé, continuait à fourrager dans la grosse poêle ...