- Rencontre avec
Tamara Mielnik

J'ai rencontré au
coeur de Paris ,Tamara, belle, pleine de grâce comme il
se doit.
Ne dit on pas que la fonction créé l'organe ?
La voilà face à moi, me parlant de son spectacle
qui devrait se produire à la Cartoucherie à Paris
au mois de Juin.
Fille de survivants de la Shoah son histoire est particulière
comme beaucoup ,mais comme peu elle en a fait une carrière,
mieux une transmission.
Car à travers ses spectacles, elle raconte sa vie, et
celles de beaucoup d'autres, elle raconte son histoire mais aussi
l'Histoire de tous ces enfants de la seconde génération
qui n'ont eu ni enfance,ni parents, seulement des survivants.
Elle témoigne sur la pointe des pieds de l'enfance qu'elle
aurait souhaitée, de cette mère qui malgré
l'horreur vécue, a su lui transmettre le goût du
rituel comme lien avec son histoire , lien avec les siens.
Tamara est la seule chorégraphe juive israèlienne,
qui defend l'identité juive à travers ses créations
Elle raconte
- - On ne parlait
que le Yiddish à la maison, mes parents ne savaient pas
le français. Ma mère a perdu deux enfants et son
mari à Auschwitz. Aprés avoir survécu "à
la marche de la mort", elle est retournée chez elle
à Kielce en Pologne où elle a échappée
de peu à un pogrome!
Cet antisémitisme virulent m'a marquée à
tout jamais, dictant mes choix et dirigeant mes pas ...jusqu'à
la danse, jusqu'en Israêl, où j'ai fondé
en 1984 le Théatre de la danse de Jérusalem et
où j'ai reussi aussi à intégrer les enfants
de Shmuel Hanavi un quartier réputé difficile de
Jérusalem.
Lorsque les parents voient leurs enfants danser, maîtres
d'eux-mêmes, parfaitement intégrés au reste
des élèves , ils comprennent mieux la nécessité
d'une discipline rigoureuse au cours.
- J'ai effectué
des tournées à l'étrangers Bruxelles dont
je suis originaire, New-York, Paris où je reviens au mois
de Juin , mais j'évoquerais deux points forts de ma carrière,
au Festival de 1984 lorsque j'ai donné seule au coeur
du quartier juif, un spectacle conçu à partir des
trois niveaux de prière du Rabbi Nahman de Brelav, le
second point fort, c'est en 1988 lorsque nous avons conçu
un hommage à Chaggal dans la Cité de David.
Bien-sûr j'espère qu'il y en aura d'autres...
- Pensez vous que votre vie comme votre carrière comporte
des points forts ?
-
- - Je dirais
plutot des étapes mais essentielles à ma carrière
L'adolescence où j'ai rejeté mon identité
juive pour militer au parti communiste bruxellois , ensuite prise
de conscience et départ vers Israel où j'ai voulu
recommencer à zéro..
Enfin aujourd'hui je parle de mon enfance à travers une
perpétuelle quête d'identité.
-
- - Vous semblez
pourtant vous exporter pour vos spectacles , le public israèlien
n'est il pas sensible à votre quête ?
-
- - Il ne faut
pas oublier qu'en Israël parler de la Shoah, du Yiddish,
de l'identité juive sont pour le moment de véritables
tabous.
Je ne desespère pas, Israel fait son parcours aussi, il
en est en plein crise d'adolescence...
Viendra un jour où il puisera dans ce qu'il a de plus
fort c'est a dire dans ses racines.
Claudine Douillet