Les fils de jacob

chez les fils du ciel

Des Juifs sur les rives du Wampoo

 

                                                                       Frédéric VIEY.

 

 

La longue saga du Peuple Juif est une mosaïque que les historiens depuis plus de deux siècles reconstituent ou actualisent. A travers la somme de documents qui existe sur la Chine, il est possible de retrace presque tout le quotidien de ces enfants d'Israël dans cette grande partie de l'Asie et ainsi visionner leur présence des Han à Mao. Afin de mieux comprendre l'installation des différents groupes juifs dans les grands centres de l'Empire du Milieu, il faut tout d'abord brosser le tableau général des axes  de pénétration en Chine aux différentes époques, tant de celui des Juifs que de celui des autres influences religieuses comme l'Islam ou le Bouddhisme. Dans un deuxième temps, il faudra voir plus particulièrement le destin fabuleux de la Communauté juive sinisée de Kaifeng.

 

L'histoire de l'installation des Juifs en Chine est si dense qu'il faut la diviser en 5 importants rameaux par voie terrestre et maritime :

 

1)    La Dynastie de Han, des marchands Juifs venant de

l'Ouest.

2)    Kaifeng, des Juifs au terme de la Route de la Soie.

3)    Des Communautés Juives dans l’Empire du Milieu.

4) Les Juifs d'Inde, originaires d'Irak à Shanghaï

5) Des Juifs aschkénazim en Chine au XXème siècle.

6) La Shoa ;

 

 

DES COMMUNAUTES JUIVES EN CHINE

 

Tout au long de cette longue histoire, les Communautés Juives ont pu s'installer et développer leur propre culture.

 

1)  Des Juifs sous les Han.

 

Dans la tradition chinoise, compte tenu des différentes invasions, la référence primordiale qui rattache chaque chinois est la dynastie des Han. Donc lors que les Jésuites ont pu rencontrer les Juifs de Kaifeng, leur première question fut:  "A quelle date êtes vous arrivés en Chine ?" Les Juifs de Kaifeng, fiers de leur culture chinoise répondaient comme tout chinois: sous les Han.

 

Or nous sommes à peu prés sur qu'il n'y a jamais eu de Juifs en Chine à l'époque des Han. Les premiers documents que l'on trouve sur la présence de juifs en Chine sont :

 

 I) Un morceau de lettre en Judéo-Persan daté de 718 av. JC.  C'est une lettre d'un marchand juif à son frère, elle a été découverte à Dandan Uilliq, une ville sur la route de la Soie.


            A Dandan Uiliq: Les fouilles anglaises et française dans les premières années du XXème siècle ont permis de trouver un document en judéo-persan à Dandan Uiliq. Cette lettre  provenait d'un marchand juif à son frère habitant, sans doute à Samarcande, faisant du commerce à la Chine.

 

 

II) Une page de Sélikhot (prières de pénitence entre Rosh Hachana et Yom Kippour), datant du VIIIème ou IXème siècle et découverte par Sir Aurèle Stein en 1908 dans les fameuses grottes aux 10.000 bouddhas dans la Province du Kansu, près du désert de Tarim.

 

      A Dung-Huang: Une page de Sélikhot a té trouvé dans une des grottes aux Mille Bouddhas. Elle fut découverte par Sir Auréle Stein qui la donna à Paul Pelliot, sinologue français. Cette page de Sélikhot se trouve aujourd'hui à la Bibliothèque Nationale.

 

            Longtemps les chercheurs se sont penchés sur la stèle de Sinan-fou, découverte en 1625, pour savoir si s'est une stèle en araméen. Finalement, il a été possible de confirmer que cette stèle était un monument nestorien daté de 781. Les Nestoriens ou "Adorateurs de la Croix" avaient été chassés de l'Eglise par le Concile de Nicée. Ils ont été souvent assimilés aux juifs et beaucoup se convertirent au Judaïsme.  Les deux voies d'infiltration à la Chine furent:

 

1°) La Route terrestre de la Soie (Moyen-Orient, Mossoul, Boukhara, Samarkand, le désert de Gobi, le Bassin du Tarim, Xian, Kaifeng, Pékin).

 

2°) La Route maritime de la Soie.

La flotte chinoise fut conduite par le grand navigateur Zhen Hé qui entreprit sept expéditions reliant la Chine à l'Afrique Occidentale. Le commerce dans cette région se fit surtout avec la multitude de petits bateaux rapides commandés généralement par des arabes.

 

2) Les Juifs de Kaifeng à travers la Route de la Soie

 

            Même si vers 960, l'Empereur Song ZHAO KUNANG YIN donna son autorisation à un groupe de marchands Juifs pour s'établir à Kaifeng en leur disant : "Vous êtes venus dans notre Chine, Respectez et gardez les traditions de vos ancêtres et installez-vous ici à Pien-Liang (Kaifeng), la fondation de la Communauté Juive dans  l'ancienne Capitale de l'Empire du Milieu n'a pu se réaliser que quelques années plus tard. En effet, ce n'est qu'après une sinisation complète des Juifs que ceux-ci purent construire une synagogue en 1170. Le Père Jésuite Mattéo Ricci fut le premier rencontrer un mandarin juif originaire de cette ville à Pékin. Trois Jésuites ; Gozani, Domenge et Gaubil, sur les traces de Ricci, rencontrèrent vers 1720 les juifs de Kaifeng, ils relevèrent les inscriptions religieuses en chinois et en hébreu et firent des dessins de l'intérieur et de l'extérieur de la synagogue. En 1851 des missionnaires chinois de confession protestante, envoyés par la "Society for promoting christianity among the jews" créée par le Révérend George Smith, sont partis à


la rencontre des Juifs de Kaifeng et ont laissé différents écrits. Le Rabbin était mort, la synagogue, en forme de pagode, avait encore subi un outrage des inondations, la guerre civile avait ruiné toute la population; la Communauté se mourrait. En 1900 des marchands Juifs de Shanghai, travaillant pour la Sassoon Company", créèrent une association : "Société pour Sauver les Juifs de Chine" mais la forte immigration des Juifs russes vers l'Amérique  empêcha la réalisation des buts de cette société.

 

A Kaifeng, il  y avait également une forte communauté musulmane. Pour distinguer les Juifs des musulmans, les autorités provinciales les appelaient les "Bonnets blancs" (musulmans) et les "Bonnets Bleus" (les juifs).

           

3) Des Communautés Juives dans l’Empire du Milieu

 

D'après les chroniques arabes, les Juifs et les Musulmans vivaient ensemble en bonne intelligence dans les grandes villes chinoises.  Bien que nous n'ayons jamais eu de preuves formelles, nous savons qu'il y avait des communautés juives  ou des Juifs à :

 

·   Ning-po: "La Vague de la Paix", est située sur l'embouchure du Yongjiang. Elle devint au VIIème siècle un important port de commerce avec le Japon et connut son âge d'or au XIIème siècle, grâce à sa proximité avec Hangzhou, dont les Song du Sud firent leur capitale de 1138 à 1276. Il y a eu une communauté juive plus ou moins forte à Ning-Po, les Juifs de Kaifeng y auraient acheté des rouleaux de Thora. Cette ville portuaire fut ouverte aux Occidentaux en 1842  après le Traité de Nankin. Son principal trésor est la Bibliothèque Tianyige qui fut édifiée au XVIème siècle par  le lettré Fan Gin afin d'abriter quelques soixante dix mille précieux manuscrits.

 

·   Ning-hia: La stèle de 1489 fait également état de la présence de Juifs à Ning-hia. Il est en effet gravé dans la pierre : "Kin Siuen de Ning-hia, dont un des ancêtres avait rempli la charge de président de la Cour des Banquets de l'Etat..." Un peu plus loin dans la même inscription, il est dit : "Kin Yng de Ning-hia et Kin Li de Sian-fou, descendants des hommes dit T'sing-tchen (Juifs), avons élevé cette stèle..."

 

·   Nangchang: Nangchang était l'ancienne capitale de la province du Kiangsi, il y aurait eu de nombreux Juifs dans cette ville.

 

·   Yangchow: Il y avait des individus juifs à Yangchow. La stèle commémorative de 1512 raconte que les Juifs de Kaifeng purent obtenir un rouleau de Thora d'un juif originaire de cette ville.

 

·   Hangzhou: La fondation de Hangzhou remonterait à l'époque de Yu le Grand mais elle ne prit son essor qu'en 610. Devant les invasions mongoles, en 1138, l'Empereur Song du Sud en fit sa capitale. Siège de l'Empire de 1138 à 1279, la ville prospéra en accueillant fonctionnaires, écrivains et lettrés dans le sillage des princes. Il est fort probable que quelques juifs de Kaifeng suivirent  l'Empereur dans sa nouvelle capitale.


·         Nankin: Ancienne capitale de la province méridionale du Jiangsu, Nankin est l'une des plus belles villes de Chine. C'est vers le Vème siècle avant notre ère qu'une petite Communauté de fondeurs s'installa sur la colline ingliang. Plus tard, les Six dynasties du Sud en firent leur capitale. Cette agglomération se transforma en un grand centre économique et culturel et devint un foyer de diffusion du bouddhisme en Chine méridionale. Il y aurait eu des juifs pendant très longtemps à Nankin.

 

·   Ningsia: Le Père Gaubil dit dans sa lettre de 1725 que des livres juifs proviennent de Ningsia.

 

·   Pékin: Selon Marco Polo, un groupe de Juifs vivait à Kambalic. Le Mandarin Aï Tian rencontra le Père Mattéo Ricci à Pékin. Il ne fait aucun doute que d'autres juifs vécurent ou passèrent à Pékin.

 

·      Canton: Quangzhou, Capitale du Guangdong, est plus connue sous le nom de Canton. Située sur  l'estuaire de la rivière des Perles, elle fut fondée au début du VIIème siècle et devint l'un  des deux plus grands ports de commerce du monde à son époque. A Canton près de 10.000 juifs, arabes, chrétiens et autres croyants auraient été massacrés par les Conquérants en 877/878.

 

·       Zaytun (La Cité de Lumière). Une Communauté  très importante de marchands arabes et persans s'installa dans cette ville connue alors sous le nom arabe de Zaytun. Compte tenu des différents renseignements, il est fort  probable qu'il y ait eu une communauté juive dans cette ville. D'après certains commentaires il est possible qu'une grande partie de cette communauté juive se soit convertie à l'islam.

 

·   Kang-Tchou: Jacques Aron, cousin du Grand Rabbin de Strasbourg, annonça qu'il y avait en dehors des Juifs de Kaifeng d'autres anciennes communautés juives en Chine. Il parle de Kang-Tchou (Canton? Kuang-Tung, Kouang-Tchéou-Po?) où des Juifs se seraient installés après la guerre des Tartares et des Chinois. Il n'y aurait jamais eu de synagogue dans cette ville, bien que les membres de cette congrégation fussent tous sinisés car selon Jacques Aron : "On m'avait amené aussi un israélite de Kang-Tchou. Leurs traits sont presque entièrement conformes au type de la race des Mongols".

 

·   Amoy: Selon ses contacts, Jacques Aron pensait qu'il y avait dans la ville d'Amoy plus de 2.000 juifs qui n'avaient ni temple, ni matériel religieux. Amoy fut l'un des cinq ports chinois  accordés en concession par le Traité de Nankin.

 


4) Les Juifs d'Inde, originaires d'Irak à Shanghaï

 

Au début de la colonisation de l'Inde par les Anglais, beaucoup de juifs de Perse ou d'Irak, allèrent s'installer à Bombay ou dans d'autres grandes villes pour y faire du Commerce. Après le Traité de Nankin en 1841, les Anglais ouvrirent cinq ports sur les côtes chinoises dont celui de Shanghai. Les Sassoon furent les premiers juifs commercer puis à s'installer à Shanghai. Ils trafiquaient de tout, le coton, différentes denrées, et bien sur l'opium. De grandes familles battirent ainsi des fortunes immenses parmi elles, les Hardon, les Kadouri etc... Elles fondèrent vers 1860 des synagogues à Shanghaï et à Hong-Kong ainsi que différentes associations de bienfaisance. A Kong-Kong, le premier gouverneur fut un juif du nom de Mattews.  Dès le Traité de Nankin, des marchands juifs orientaux avaient fondé de petites communautés à Canton, à Amoy etc...  Jacques Aron, neveu du Grand Rabbin de Strasbourg, vécut quelques années en Chine. Dans une lettre adressée de Shanghai en 1855, il raconte qu'il a entendu parlé de quelques juifs à Amoy.  L'Alliance Israélite Universelle qui avait été créé à Paris en 1860 avait de nombreux comités à travers le monde notamment à Shanghaï et à Hong Kong. Elias Kadouri finançait depuis Shanghaï des écoles juives en Irak par le biais de l'AIU.

 

             En 1862, M. Simon, un diplomate français, parle d'une présence juive à Tien-Tsin d'environ 150 à 300 personnes. C'est une des premières communautés Ashkénazes établies en Chine, elle a été fondée vers 1858.

 

5) Des Juifs aschkénazim en Chine au XXème siècle.

 

·   Hong Kong: Les premiers juifs arrivèrent à Hong Kong en 1842, année même de la fondation de la colonie britannique. Si les Sassoon furent la première famille juive à s'installer à Hong Kong, la communauté s'organisa à partir de 1857 et la Synagogue Ohel Léa fut ouverte en 1901.

 

·   Hankow: Après la Première Guerre Mondiale, il y a encore quelques juifs à Hankow. Nussbaum, l'ancien chef de la police française à Hankow, fut tué dans les premiers mois de 1915 vers Nancy. Les autorités françaises donnèrent son nom à la caserne de Hankow.

 

·      Shanghaï:  Sorti des marais, ce port créé de toutes pièces par les Britanniques deviendra la ville la plus prospère de la Chine Occidentalisée. Le "Paris de l'Orient"  et le Bund, ses Champs Elysées,  accueillera différentes communautés Juives à diverses époques.

 

·   Harbin: A la fin du XIXème siècle de nombreux juifs russes vinrent s'installer à Harbin, capitale de la Mandchourie. Les uns venaient pour la trappe, les autres comme ouvrier sur le transsibérien.

 

La chasse était un des principaux pôles économiques de la Sibérie et de la Mandchourie. Harbin était une plaque tournante de ce marché de pelleteries. Beaucoup de Juifs étaient venus peupler Harbin soit dans le commerce des peaux, de la chasse ou dans un travail tournant autour de ces professions.


            Le transsibérien amena aussi un grand nombre de juifs. De nombreux juifs travaillaient soit sur les ballasts soit dans les bureaux comme ingénieur ou autre.  Un troisième groupe juif vint trouver refuge à Harbin; les survivants de l'armée russe après les défaites de Port-Arthur et de Tsou-Shima en 1905. Une synagogue monumentale fut bâtie à Harbin et le Président de la Communauté, Joseph Kaspé, était un juif naturalisé français. Dans les années 30, les Japonais qui avaient conquis la Mandchourie eurent l'idée de créer un état juif dans cette province en parallèle au Manchoukuo.

 

Pour y arriver ils conçurent un plan auquel il avait donné le nom de "Fugu". Le Fugu est un excellent poisson qui malheureusement a une poche de poisson, et il faut être un excellent cuisinier pour ne pas tuer son client. Les Japonais avaient donc décidé de se mettre à bien avec les Communautés Juives à travers le monde mais le Rabbin Stéphen Wise, Responsable entre outre du Joint, refusa toute coopération avec les Japonais. En effet depuis un certain nombre d'années, les Japonais et les Russes se livraient à des kidnappings contre les membres influents des Communautés Juives de Mandchourie et demandaient ensuite d'énormes rançons. Une des grandes Communautés de Mandchourie fut Dairen.

 

6) La Shoa.

 

            Devant le péril de l'extermination par les nazis, quelques communautés Juives de l'Europe Orientale ont pu fuir et se réfugier en Chine. Il y aura deux itinéraires sur deux périodes différentes :

 

1) Le Canal de Suez pour les Juifs allemands

2) Vladivostok  pour les Juifs polonais, lithuaniens et russes.

 

1) Le Canal de Suez.

Vers 1933, devant le danger que représentait le Nazisme, les juifs allemands comprirent qu'il fallait quitter le pays. La seule ville qui pouvait les recevoir sans demander de visa était alors Shanghaï. Les autorités allemandes laissèrent partir un grand nombre de juifs  sur des bateaux italiens pour la Chine via le Canal de Suez.

 

2) Vladivostok

En 1940, le Consul japonais de Kaunas, Chiune Sugihara, délivra  plus 2.139 visas permettant à plus de 6.000 juifs de quitter la Lithuanie pour se rendre en Extrême-Orient. Dans un premier temps, les juifs furent dirigés sur Kobé et après Pearl Harbour, ils furent expulsés vers Shanghaï. A Shanghaï, une grande partie de cette population fut parquée dans le Ghetto de Hongkew mais jamais les autorités japonaises n’acceptèrent les thèses de la solution finale de leurs alliés allemands. Si Oscar Schindler a sauvé 1 000 juifs, Shanghai en a sauvé 30. 000.


            En 1948, suite à la guerre civile en Chine, les Communautés Juives Shanghaïennes durent faire face à deux terribles problèmes : l'assistance aux plus démunis avec l'appui du Joint Committee Américain et la réunion des familles. L'Association des Juifs d'Europe Centrale dirigée par un comité de sept membres continua inlassablement ses efforts autour du bien-être social, de l'éducation, de la culture, de la presse, de la justice, des finances et de l'entretien des sépultures : chacun des délégués dirigeait son propre département et cela avec beaucoup de dévotion. Mais la prise de pouvoir de Mao Tzé Dong et la proclamation de la République Populaire de Chine, la majorité des réfugiés décida de quitter le pays pour s'installer en Israël, en Amérique, en Australie ou en Europe.

 

 

 6) De la Chine de Mao

 

            Il est de tradition de dire que Mme Tchang Kaï Tchek et sa sœur étaient d'origine juive. En dehors de cela nous savons que le généralissime était accompagné par un officier juif anglais du surnom de "Two Guns".  Parmi les dirigeants du Parti Communiste Chinois, on compte aussi quelques juifs dont Huang Huo Feng ou d'autres..... Chou En Laï était-il également un descendant de la Communauté de Kaifeng ?  Toujours est-il qu'en 1949, lors de l'indépendance et la création de la République Populaire de Chine, la plupart des Juifs qui vivaient en Chine partirent vers d'autres horizons notamment en Israël. En 1955, David Haccohen, qui avait été ambassadeur d'Israël en Birmanie, fut invité en Chine par Chou En Laï. Il s'y rendit et rencontra encore quelques juifs à Canton et à Shanghai. Mais jusqu'en 1997, il n'y avait quasiment plus de juifs en Chine (100). Avec la rétrocession de Hong Kong à la Chine, il y en a de nouveau. En 1996, le Rabbin Sultanik parlait de quatre synagogues, un nouveau centre communautaire et une communauté forte de 3000 personnes. Cette Communauté, très engagée envers Israël, participe chaque année à l'œuvre  et au besoin du  Keren Hayesod.

 

            LES COMMUNAUTES JUIVES EN CHINE

 

Ville                Province                   époque                     Provenance                          nombre

Canton          Kwungtung               9ème siècle             Inde/Perse                           beaucoup

Chüanchow  Fukian                       14èm siècle             Inde/Perse                           inconnu

Hong Kong   Victoria                      XIXème                     Inde/Perse Europe                100

Harbin           Manchourie              Début XXème          Russie            1917-1946                           5000

Ning'po          Chekiang                  XV-XVIIè                    Inde/Perse                           inconnu

Shanghaï      Kangsu                     XIX                              Inde/Perse Europe             500

Pékin             Hopeh                       1933-1945               Europe                                  200

Tien Tsin       Hopeh                       XIXème                     Europe/ Russe                    2000

Yangchow     Kiangsu                    XV-XVIè                     Inde/perse                            inconnu

Kaifeng          Honan                       IXème                        Inde/Perse                           1500-2000

 

 


SHANGHAÏ

 

            Au début du XIXème siècle, Shanghaï n'était qu'un petit village de pêcheurs, avec la signature du Traité de Nankin en 1841 stipulant l'ouverture de cinq ports internationaux, elle va se développer très rapidement. Située dans la partie Est du delta du Changjinang, au bord de la mer de Chine orientale, Shanghaï va s'ouvrir au commerce international et à la convoitise des grandes puissances. Dès le début du XXème siècle Shanghaï, ville la plus cosmopolite des cités internationales, fut appelée "Paris de l'Orient", ville ouverte par le biais des légations internationales. La famille Sassoon installa sa firme à Shanghaï vers 1842. Les juifs étaient alors un petit groupe, environ  10 personnes dans un premier temps sans femme et famille. En 1944, Shanghaï ne compte que 23 résidents étrangers avec leurs familles, 11 maisons de commerce et 2 missionnaires protestants. Le conflit franco-britannique contre la Chine draina dans tout l’Empire du Milieu des commerçants juifs de tous horizons.

           

La population israélite de Shanghaï n’est pas comparable avec celle d’une autre communauté à travers le monde. Il n’est peut être pas inutile de faire remarquer que la population étrangère locale n’a jamais été fort nombreuse et que les Juifs n’en formaient, jusqu’au XXème siècles qu’une part très minime. Au début du XXème siècle,  des groupes de Juifs aschkénazim et séfaradim représentant plusieurs nationalités (Anglais, Français, Russes, etc…) forment des communautés bien distinctes installées dans le Settlement International. Les Sassoon ont un lieu de prières personnel qui deviendra une synagogue en bonne et due forme en 1921 – (Synagogue Ohel Rachel).  La Synagogue Ohel Moshé (Ashkénaze) fut érigée en 1907 en mémoire de Moshé Grinberg à Hongkew de l’autre côté de Soochow Creek, dans la ‘’Concession anglaise’’.  Par contre la Synagogue Beith Aaron fut érigée en 1927 (démolie vers 1985) dans la ‘’Concession française’’ à l’entrée du ‘’Bund’’. Cette synagogue a été construite grâce au financement de Silas Aaron Hardoon (1851-1931). Entre 1943 et 1945, elle servit de salle de classe pour les étudiants de la Yeschiva de Mir.  A  partir de 1933, Shanghaï permis à des milliers de Juifs venus d'Allemagne via le Canal de Suez d'entrer sur son territoire sans visa alors que le Consul Japonais de Kaunas donna des milliers de visas aux juifs lithuaniens pour se rendre au Japon via Vladivostok.

 

            Il y a donc trois communautés juives à Shanghaï, deux anciennes ; la ‘’Shanghaï Jewish Communal Association’’ et la ‘’Shanghaï Askhenazi Jewish Communal Association’’ et une autre fruit du lamentable exode des années 30, la ‘’ Jewish Community of Central European Jews’’.

 

Ce n’est qu’en décembre 1941, que les Japonais déportèrent ces juifs vers Shanghaï. Les Communautés étant en surcharge, le Conseil des Communautés, réunissant les aschénazim et les sefardim demandèrent aux autorités japonaises la création du Ghetto de Hongkew.

           


             On estime le nombre de Juifs qui réussirent à se réfugier à Shanghaï entre 20 et 25.000 âmes. Cet ensemble est constitué d’émigrants venant l’Allemagne, d’Autriche et par la suite des Pays Baltes. Lors du colloque "Flight to Shanghaï" qui s'est tenu en août 1995 à Vienne (Autriche), l'un des participants, M. William Man, qui était arrivé à Shanghaï en 1939, déclara : "Oscar Schindler a sauvé 1000 juifs, Shanghaï en a sauvé 30.000". En effet dès les années trente, cette ville chinoise ne fut pas qu'un asile de nuit mais un home d'accueil pour des milliers de réfugiés de toutes confessions et de toutes nationalités.  Compte tenu de ses Concessions étrangères, cette ville cosmopolite fut la seule grande ville dans le monde où un visa n'était pas obligatoire pour y rentrer. Une autre raison était que dans l'Empire du Milieu, la société chinoise n'a jamais été antisémite, bien au contraire.  Ce n'est qu'après la première guerre mondiale que se développa malheureusement l'antisémitisme en Chine propagé bien sur par les Européens.

 

En 1949, il y avait encore 20.000 juifs en Chine et en Mandchourie. L'adresse du Congrès Juif Mondial en Chine était: P.O.B. 2202 Shanghaï.

 

Deux diplomates juifs bien particuliers.

 

            Dans différents documents, le nom de plus juifs dans les rangs de l’administration, la diplomatie ou l’armée française ; notamment  Frédéric Haas était Consul de France à Tchong-King en 1900. Frédéric Haas naquit le 14 mars 1843. Après une licence en droit, il fut conseiller auditeur à la Cour d'Appel de Pondichéry, puis juge à Saint-Barthélemy. Il commença une carrière de diplomate en Chine avec la charge de Vice-Consul à Han Kéou en 1885. En 1889, il fut nommé Consul de 1èere Classe et en 1895 il passa au Consulat de Tchong King. Il fut dédoré de la Croix de la Légion d'Honneur.

 

            Gaston Camille Kahn, né le 30 septembre 1864, fut en poste dès 1885. Cet ancien élève de l'Ecole des Langues Orientales, fut d'abord l'adjoint inspecteur des écoles franco-annamites au Tonkin, puis élève interprète chargé de la fonction d'interprète-chancelier  à Canton, à Long Tchou. Montant dans la hiérarchie, il est promu gérant du Consulat à Long Tchéou, puis interprète chancelier à Canton, ainsi que gérant du Vice-Consulat à Pak hoi et parviendra également au poste de Vice-Consul à Tonghing et à Hai how. Il fait un court passage à la gérance du Consulat de Tien Tsin puis est nommé Consul Général à Shanghaï au moment de la Révolution de 1911-12. il réussit, au terme de négociations délicates, à obtenir des autorités chinoises un agrandissement spectaculaire de la concession française, dont la superficie est décuplée. Gaston Kahn quitte définitivement la Chine en 1916. Il termine sa carrière comme ministre plénipotentiaire à Bangkok (septembre 1918) puis, au Quai d’Orsay, comme inspecteur des postes diplomatiques et consulaires, et chef du service des œuvres françaises à l’étranger.


Des Grandes familles Juives en Chine

 

Les Sassoon, les Rothschild de l'Orient.

 

"Vérité et Confiance" telle fut la devise de la famille Sassoon.  Le fondateur de cette dynastie fut Cheikh Sassoon ben Salah (1750-1830) qui fut le Nassi (Président) de la Communauté Juive de Bagdad durant presque quarante ans et responsable des finances des pachas ottomans de Bagdad. Son fils, David Sassoon (1792-864), qui avait une connaissance de l'hébreu, de l'arabe, du persan, du turc et de l'hindoustani, quitta Bagdad pour Bombay où il fonda la  "David Sassoon and C°" avec des succursales à Calcutta, Shanghaï Canton et Hong-Kong. Le Traité de Nankin avait ouvert en 1841 cinq ports chinois à la navigation anglaise et le 17 novembre de cette même année Shanghaï devint une concession anglaise et son port s'ouvrit au commerce étranger alors que les Français ne prirent pieds dans cette ville que le 6 avril 1849.   Les Sassoon furent, malgré l'hostilité de Canton et de Shanghaï, les premiers des quinze commerçants britanniques qui s'installèrent définitivement sur le continent chinois. " Le premier embryon d'une communauté juive fut donc formé par les employés même de la D. Sassoon Company.

 

Elias David Sassoon

 

Elias David Sassoon (1820  - Colombo 1880) était le second fils de David Sassoon. Il se rendit en Chine en 1844 pour ouvrir des succursales familiales. Il partit ensuite à Hong-Kong pour y créer différentes activités financières et s'installa définitivement à Shanghaï en 1850. Elias David s'intéressa également aux froides provinces du Nord de la Chine, grande demandeuses de laine. Il mena ensuite les affaire de son père à Bombay avec une habileté et une énergie hors du commun mais détestant la position de subordonné il fonda en automne 1867 une firme séparée  et rivale; la "Elias David Sassoon and C°" avec des affaires en Orient, dont les points principaux seront Hong-Kong et Shanghaï, en Afrique, en Europe et en Amérique.  Elias David fit rapidement prospérer cette firme et mena une politique communautaire comme son père. Il alloua à ses nombreux employés des écoles et des synagogues, même dans les avant-postes les plus reculés de la Compagnie.  E.D. Sassoon contribua à la construction de la maternité et de l'asile David Sassoon pour infirmes de Poona et fit également ériger une synagogue à Hong-Kong. En 1920, une magnifique synagogue fut construite à Shanghaï par Sir Jacob Sassoon; Ohel Rachel.

 

 

David Sassoon Sassoon

 

            David Sassoon Sassoon est le troisième fils de David. Il est né en 1832 à Bombay et meurt à Londres en 1867. Il fut envoyé à Bagdad pour y faire des études bibliques et talmudiques et fut ensuite envoyé à Shanghai où il mena des opérations de commerce pour le compte de la branche chinoise de l'entreprise David Sassoon and C°. Il s'installa ensuite en Angleterre en 1858 où il rencontra le grand rabbin Marcus Adler. Déjà en 1845, "Les Archives Israélites" nous faisaient part: "On apprend par une lettre d'officier français attaché à la mission de Chine (Shanghai), que deux juifs chinois riches et lettrés, ont


demandé à M. Lagrené, notre ambassadeur (1), et obtenu de venir avec lui en France où ils désiraient connaître la situation religieuse, civile et religieuse de leurs coreligionnaires. Toutes les places du Temple Consistorial sont déjà prises pour la première présentation des fidèles du Céleste Empire. A mesure que le jour de leur arrivée    approche, les coupons des stalles se cotent à un taux cotent à un taux fabuleux.  Les mandarins du Temple annoncent qu'ils n'ont plus de billets à leur disposition.  Pour donner à ces étrangers une idée de notre grande civilisation on a arrêté que les Mitzvot se vendront en chinois, Rabbi Elie connaît cela (2)".  On peut recouper cette information en lisant l'Univers Israélite" de 1856 où il est écrit : "Dans la maison du Grand Rabbin, Docteur Adler (3), à Londres demeure actuellement un Juif chinois, qui est resté quelques temps à Paris, et dont le grand-père était "Nassi" (chef de la Communauté) à Bagdad.  Il a avec lui, deux nègres qui lui servent de domestique, et que, comme s'ils étaient membre de la famille observent tous les commandements qui les concernent". David Sassoon Sassoon occupa des postes très importants parmi les principaux marchands londoniens et sera élu directeur de plusieurs grandes compagnies. Dans le domaine religieux et communautaire il accepta le poste de Président d'un Comité ayant pour objectif l'organisation d'une mission exploratrice chez les Juifs de Chine, d'Abyssine et d'Orient. Il fut également membre du Conseil du Collège des Juifs et du Comité de l'Ecole libre des Juifs d'Harward. Durant de longues années, il fut directeur de la Synagogue espagnole et portugaise et examinateur d'hébreu à l'école libre des Juifs d'Harward. La fille de David Sassoon; Rachel Sassoon Beer fut l'éditeur du "Sunday Observer" et du "Sunday Time".

 

S.J. Solomon

 

          S.J. Solomon, directeur de la firme E.D. Sassoon and C° à Shanghaï devint en 1900 le secrétaire général de la "Society for the Rescue of the Chinese Jews". Dès 1867, E.D. Sassoon avait su s'attacher la compétence et l'amitié de S.J. Solomon et dont il respectait avec une grande confiance le caractère et les aptitudes. S.J. Solomon fut à l'instigation de cette société de sauvegarde des Juifs de Kaifeng.

 

Les Kadoorie

 

            Les Kadoorie sont une grande famille originaire de Bagdad. Emigrée en Chine, cette famille y amassa une fortune considérable. Marchands et philanthropes juifs, Ellis et son frère Elly S. (Eliézer Silas) Kadoorie, fils de Salih Kadoorie décédé en 1876, s'installèrent au début du XXème siècle à Hong Kong et développèrent une activité commerciale très intense avec Shanghaï et d'autres grandes villes chinoises. Sir Ellis Kadoorie (1865-1922) léguera une somme de 300.000 dollars pour l'enseignement de l'agriculture en Palestine de l'époque mandataire.  Deux écoles furent ainsi dotées, l'une arabe et l'autre juive. C'est dans cette école de Kadooria, au pied du Mont Tabor, qu'Itzkhak  Rabbin fit ses études.  Les Kadoorie fondèrent la firme E.S. and C° à Hong Kong et à Shanghaï et s'associèrent à la E.S. Kadoorie and Sons. Elly Kadoorie, né à Bagdad (1867-1944) s'installa à Shanghaï et y créa en 1904 la "Shanghaï Zionist Association".


            Pour  ses œuvres philanthropiques Elly Kadoorie fut décoré aussi bien par les Anglais que les Français, il reçut le Knight Commander of British Empire en 1926, Grande Médaille d'Or de l'Académie Française, Médaille de la Reconnaissance de France, Médaille d'or de première classe du Gouvernement chinois (1923-1924), Médaille d'honneur du Mérite Syrie de Première classe Or et fut fait  Commandeur de la Légion d'Honneur. Sir Elly Kadoorie fut Président de l'Union Séphardite de Paris et Vice-Président de l'Anglo-Jewish Association de Londres.

 

            Laurence et Horace Kadoorie, fils d'Elly, continuèrent leurs œuvres philanthropiques à Hong Kong. En 1951, ils établirent la: "The Kadoorie Agriculture Aid Loan Fund" qui aida plus de 300.000 réfugiés chinois. Ils aidèrent également financièrement la petite Communauté Juive de Hong Kong dont Ellis  fut l'un des fondateurs de la synagogue.

 

Elias Kadoorie

 

Les Kadoorie furent une grande famille juive à Shanghaï et à Hong-Kong. Cette famille, venue d’ Irak, a fait une fortune très importante sur les bords du Bund et Elias Kadoorie, pour avoir aidé l’Etat français et plus particulièrement l’Alliance Israélite Universelle fut décoré de la Légion d’Honneur. ‘’L'Univers Israélite’’ du 8 juillet 1921 faisait paraître l’article ci-dessous :

 

‘’Shanghaï

M. E.S. Kadoorie de Shanghaï qui avait reçu la médaille de la reconnaissance française en récompense des éminents services qu'il a rendu à notre pays dans le domaine de la philanthropie vient d'être nommé Chevalier de la Légion d'Honneur.''.

 

‘’Un lauréat de l'Académie française.

M. E.A. Kadoorie se voit attribué le prix de la langue française avec médaille d'or à l'effigie de Richelieu, originaire de Bagdad et résidant habituellement à Shanghaï dont la vie a été une suite d'actes de bienfaisance pour son local scolaire à Bagdad, dont l'enseignement est donné exclusivement en français par une douzaine de maîtresses ayant fait leurs études à l'Ecole Normale de l'Alliance Israélite Universelle de Paris.''

 

La Revue Sioniste ‘’Ménorah’’ de 1922-1923 publiait à son tour :

‘’Un grand philanthrope à Paris,

M. E. Kadoorie, un grand philanthrope de Shanghaï et originaire de Bagdad, vint de faire un court séjour à Paris, venant de Londres. L'objet de son voyage dans la capitale française était de constituer un consortium de capitalistes pour encourager le commerce et l'industrie en Palestine. Il a eu, à cet effet, des entretiens avec des industriels français. Reparti pour quelques jours à Londres, il sera de nouveau à Paris vers le 15 janvier, où il espère aboutir à un résultat. M. E. Kadoorie a créé à Maison-Lafitte, à Londres, à Shanghaï, à Constantinople, à Bagdad et en Palestine, des maisons de retraites, des hôpitaux, des écoles dont la valeur se monte à plusieurs millions. Son frère, qui vient de mourir à Shanghaï a légué à diverses œuvres de bienfaisance (dont nous avons la liste) prés de vingt millions. Admirateur de l'Alliance, M. Kadoorie, en lui témoignant sa


Reconnaissance, a construit à Bagdad une grande école sioniste réaliste, il entend travailler pour la Palestine dans le domaine économique.’’

 

            Elias Kadoorie est également le créateur de l’Ecole d’Agriculture de Kadooria en Israël où étudia Itzkhaq Rabbin.

 

            Il est possible de comprendre les actions entreprises par Elias Kadoorie en lisant la lettre reçue par l’Anglo-Jewish Association, qui était la branche anglaise de l’Alliance Israélite Universelle :

 

"                                                                     Shanghaï, 16th June 1915

 

E.S. Kadoorie and Co

8, Junkee Road

 

The Secretary,

                        The Anglo-Jewish Association,

 

Dear Sir,

 

I enclose a liste of subsidier and a chèque  for pounds sterling 77.1-7 chat i have been able to obtins, vit the vert good help the Hon: Secretary M. Aaron. We vis This su to be divided in 3 part, one for the Anglo-Jewish Association, one for the Alliance and the 3rd for the Zionists in Palestine. You ville no doubt note chat y subscrimption is not included. I sent it to you in January last for the three institutions.

 

                                                Yours Faithfully

                                               E.S. Kadoorie

                                               Président

 

                                               J. Aaron

                                               Hon: Secretary

 

P.S.: Nearly all the subscrivers of Hong Kong and Shanghai are Bagdadians and they would greatly appreaciate if  an Englishe teacher were placed in the Laura Kadoorie School."

 

 Monsieur Schahmoon, habitant Shanghaï, fut de 1925 à 1929 l’un des  généreux donateurs de l'Ecole Normale Israélite Orientale pour filles à Versailles.

 

 


Les Hardoon

 

            La famille Hardoon est également une grande famille Juive du Sud-Est asiatique. Silas Aaron. Hardoon, né en Irak en 1851, s'installe en 1873 à Hong Kong et en 1874 à Shanghaï où il épousa une chinoise bouddhiste. S.A. Hardoon acquiert une énorme fortune  dans le commerce de l'opium et dans la banque. A sa mort, en 1931, il était de nationalité britannique. En 1927, M et Mme S.A. Hardoon firent construire la Synagogue "Beith Aaron" à Shanghaï. Silas Hardoon fonda l'Ecole chinoise et Occidentale de Médecine pour femmes. Il aida financièrement d'autres organismes sociaux et culturels à Shanghaï notamment l'Ecole Juive de Shanghaï fut érigée après 1900 avec l'aide des famille Ezra et Hardoon. Sur sa fortune évaluée à 30.000 livres sterling, il avait assigné 50.000 dollars pour la traduction de la Bible et du Coran en Chinois. La Bible sera traduite par le lettré chinois Tchi Cho May et publiée à 20.000 exemplaires.

 

 

NOTES

 

1) Théodore de Lagrené (180561862) fut Ministre Plénipotentiaire de France à Canton dès la création de cette ambassade en 1843.  Le Consul était alors le Comte Ratti-Menton, qui avait été Consul de France à Damas en 1841, et l'interprète était JM Callery, un ancien prête des Missions étrangères.

 

2) Il s'agit de la Synagogue Consistoriale du Notre-Dame-de-Nazareth créée en 1819 et agrandie en 1852.

 

3) Marcus Nathan Adler (1803-1890), grand rabbin de Londres est l'auteur de plusieurs articles sur les juifs de Chine dans le "Jewish Chronicle" et du livre "Hayéoudim bekina", traduit de l'anglais en hébreu par Elkhanan Ségal, édité à Vilna en 1901.  C'est le père de l'avocat, grand collectionneur de livres hébraïque et grand voyageur- Elkan Nathan Adler, auteur de "Jews in many lands" 1905, Londres.

 

 


Du Passé à l'Avenir.

 

Depuis Philippe-le-Bel, la France entretient des relations avec la Chine.  Aussi une association française a largement contribué à l'aide économique et culturelle des Communautés juives en Chine: l'Alliance Israélite Universelle.  L'Alliance Israélite Universelle au XIXème siècle a souvent fait appel à des diplomates ou à des voyageurs français pour connaître la situation des juifs de Kaifeng.  Parmi les membres du Comité de l'A.I.U. à Shanghaï se trouvaient les frères Kadoorie.  Après la défait de Sedan en 1871, l'Anglo-Jewish Association travailla en coordination avec l'A.I.U. L'un des Présidents de l'Anglo-Jewish Association fut Nathan Mattews, ancien gouverneur d'Hong-Kong.  Aujourd'hui des liens très étroits unissent le Prof Pan Guang et le Consulat Général d'Israël à Shanghaï, ceux ci permettent de préserver la mémoire de ces communautés juives du bout du monde dont Itzkhak Ben Zvi a consacré tant de temps à l'étude.

 

Le professeur Pan Guan, Recteur du "Center of the Jewish Studies in Shanghaï" et directeur du "Shanghaï Academy of Social Sciences Institut of European and Asia Studies" vient de publier à Shanghai un album de photos: "The Jews in Shanghaï" sur l'histoire du développement de la vie des Juifs sefardim, des Juifs russes et de celle des réfugiés juifs européens à Shanghaï.  Dans cet album, le lecteur y trouvera des photos des synagogues Ohel Rachel et Ohel Moshé, de réfugiés se déplaçant dans le ghetto de Hongkew, d'un groupe du Betar ou celles de la famille Benjamin Fishoff.  Il a également publié l'histoire de l'installation des premiers juifs à Shanghaï et la création des diverses institutions communautaires et charitables juives dans cette ville dont l'"Association Communale des Juifs Aschkénazi de Shanghaï. 

 

 

LES INSTITUTIONS CARITATIVES JUIVES

A SHANGHAÏ

 

Society for the Rescue of the Chinese Jews

 

           

            En 1900, quelques employés de la E.D. Sassoon, s’inquiétant du sort de leurs coreligionnaires de Kaifeng, créèrent la ‘’Society for the Rescue of the Chinese Jews’’ afin de les prendre en charge puis ensuite essayer de faire revivre cette communauté sur les bords du Fleuve Jaune. Le ‘’Jewish Chronicle’’ fit paraît dans ses colonnes cet article :

 

‘’ Rescue Society formed at Shanghaï

Jewish Chronicle 31st August 1900.

 

In the paper which Mr Marcus Adler read at Jews College on June 17th were be communicated letters which had been received by the chief rabbi from some prominent English Jews in Shanghaï, where a meeting, attended by some thirty european and eastern Jews, was held on May 14th with Mr Simon A. Levy in the chair.


Mrs J. Salomon of the firm of Messrs E.D. Sassoon and Co, addressed the meeting on the steps already  to enter into communication  with the Jews at Kai-Feng-Fu and he mentioned an offer made by general Mesny to Mr H. Gensburger (who was acting as secretary to the meeting) to go there and bring a few of the native jews in Shanghaï. After some remarks by the Rev. Dr M. Linczer, Mr S. Moosa moved and Mr Edward I. Ezra seconded : that a society be formed to be call ‘’Society for the rescue of the Chinese Jews’’. The motion was carried and it was further resolved to give the Society the hebrew title : (Hevra Leezrat beni Israël hasinim).

 

The following gentlemen were elected to form a committee, in whose hands the matter approaching the Chinese Jews to be left : Messrs D.E. I. Abraham, Edward I. Ezra, E. M. Ezra, N. E.B. Ezra, H. Gensburger, R.J. Hardoon, S.A. Hardoon, N.S. Levy, Simon A. Levy, Lewis Moore, A.E. Moses, M.A. Sopher, S.J. Solomon and R.E. Toeg.

 

A subscription of one dollar per month is to be paid by each lady or gentleman member of the society. At a meeting of the Committee held later in the day, it was agreed to approach the committee of the Shanghaï branch of the Anglo-Jewish Association and ask them to communicate with their London Council on the subject as it may be found necessary in future to ask their co-operation in the matter’’.

 

            Quelques extraits de la 2ème Assemblée Générale Ordinaire de ‘’La Société de Secours pour les Juifs de Chine’’ qui s’est tenue le mardi 26 sivan 5662, 1er Juillet 1902, chez Maître G. J. Shekury.

 

‘’ Society for the Rescue of the Chinese Jews.

 

To the Members,

It gives the Committee great pleasure to state that at last a regular communication has been opened with the Orphan Colony in Kai-Feng-Fu and that some eight members of that Community have visited us. It is needless to dwell on the fact that much precious time has elapsed since we sent our first letter to our Co-religionists in Kai-Feng-Fu. The causes of such delay are, as you are well aware, too numerous, the chief among which are: the unfortunate political troubles which lasted a very long time ; the great difficulty of communication with anyone in the interior of China ;  the slow nature of the natives in all their movements and dealings ; the very awkward position of having to keep up a correspondence in race ; and last but not least the severe task of convincing a Celestial of the truth of anything suggested by foreigners. Some of these great difficulties are, by very slow and gradual degrees, being overcome, and some progress, though somewhat insignificant has been achieved by your Committee after strain on their patience. Six men and two boys came down here a few months ago, and soon after their arrival arrangements were made to give them lessons in Hebrew regularly. Three men went back to their homes soon after the Passover Holidays. Great efforts have been  made to persuade them of their first and incumbent duty to be initiated into the covenant of Abraham, and at last one of them 16 years of age consented to do so. He was circumcised on Tuesday, 20th Iyar 5663 (27th May 1902) at the residence of Mr. D.E.J. Abraham. He was  named ‘’Israël’’. It is hoped that the others will soon follow his example. The young man


who was circumcised as well under the kind care of Mr. D.E.J. Abraham. He made arrangements to give them education in English and Chinese in addition to the lessons in Hebrew which they are now taking.

Besides the various causes referred to above which are checking progress, there is one great factor which is, to a great measure, preventing your Committee from taking such effective steps towards the quicker restoration of our Co-religionists to the faith of our Forefathers, as they would wish to do, and that is : insufficiency of funds at their disposal. Their hands are tied up thereby and they are consequently obliged to assist them on a very small scale. From information so far collected it has been ascertained that a very large majority of the Jewish Community of Kai-Feng-Fu consists of a very poor class of people. Whatever assistance may be rendered to them must therefore be made with foreign funds. They required to have a qualified teacher in Hebrew who must know their dialect thoroughly in order to be able to give them lessons in Hebrew and teach the most fundamental tenets of our religion. He must also be a qualified MOHEL and SHOCHET. It is also necessary that some good books on our religion such as ‘’The Jewish Religion’’ by Rev. Dr. M. Friedlander, ‘’The Law of Moses’’ by Rev. A.P. Mendes, ‘’Morals and Religion’’’’ by Rev. Dr. Joseph Strauss, etc…, etc…, should be translated into the Mandarin Dialect. It would also be a step in the right direction that, now that they have already been able to obtain a new title deed for the site on which their former Synagogue stood, some attempts should be made to rebuild the Synagogue and a Beth Hamedrash for them in Kai-Feng-Fu. To do this it would be necessary to open subscriptions in all parts of the world with as little delay as possible.

                                                                                              L. Moore

                                                                                              President.

 

Shanghaï, 18th Sivan 5662, 23rd June, 1902.

 

Society for the Rescue of the Chinese Jews.

 

Minutes of the second ordinary Meeting of the Members of the Society for the Rescue of the Chinese Jews, held on Tuesday, the 26th Sivan, 5663 (1st July, 1902), at 5.30 p.m., at the residence of Mr G.I. Shekury, n° 7 North Szechuen Road. There were fifteen members present, viz. :

 

L. Moore, esq., President                                                 Simon A. Levy, esq., Vice-President

 

D.E.J. Abraham, esq.                                                        D.M. David, esq.

Edward I. Ezra, esq.                                                          J.I. Jacob, esq.

N.E.B. Ezra, esq.                                                                I.A. Levy, esq.

H. Gensburger, esq.                                  Committee               S.S. Levy, esq.

N.S. Levy, esq.                                                                    G.I. Shekury, esq.

S.J. Solomon, esq.                                                            D.S. Somekh, esq.

            Hom. Secretary.


 

            The President said : I am sorry to see such a small attendance. When our first meeting was held there was a large number of residents present and I expected to see a larger attendance at this meeting also. The matter is of a great importance and if we could only succeed in carrying out the object we have in view what a great amount of good it will do to the poor Kaifengfu Jews and what a great sensation it will create all the world over. Our Chinese Co-religionists have sunk to a very low level, and let us sincerely hope and pray that we shall be able to save them from their present  deplorable state. I can assure you that the Rev. Hermann Adler, the Rev. Dr. Gaster, the Grand Rabbin, Zadock Kahn, and many other prominent Co-religionists who take been interest in the matter will be greatly pleased to hear of any success we may achieve in rescuing our Chinese brethren.

 

            The minute of our first Ordinary General Meeting have been printed and circulated and with your permission we shall take them as read. If no one has any remarks to make I propose that the minutes be passed. Mr. H. Gensburger seconded the proposition which was carried unanimously. The Hon. Treasurer’s accounts show that the subscription so far collected during two years and two months amount to US dollars 890 and the donation to US dollars 27, while be balance in hand on the 23rd June was very small, viz.: US dollars 5. As far as I can see, if we are to proceed with the work which we have commenced donations also from our Co-religionists in all parts of the world. Something must be done to help our chinese brethren. We must start to make some efforts to collect something in Shanghaï and then ask our Co-religionists abroad to give us their kind assistance. Unless we can get  funds we cannot expect to be able to do much towards relieving our Chinese brethren from their present deplorable state. The Report and the Accounts have been printed and widely circulated and with your consent we shall take them as read. I shall now be pleased to answer any question which you may wish to ask. After a pause, the President said: if no one has any remark to make I propose that the Report and Accounts be passed. Mr. D. M. David seconded the proposition, which was passed unanimously.

 

…..

 

            Ballot was the proceeded with and the following members were elected to serve on the Committee, viz.:

                        Simon A. Levy, esq.                                               J.E. Judah, esq.

                        D.E.J. Abraham, esq.                                            G.I. Shekury, esq.

                        L. Moore, esq.                                                         S.J. Solomon, esq.

                        E. M. Ezra, esq.

 

            A discussion arose as to the desirability of appealing to Co-religionists outside of Shanghaï for further funds, and after those present had expressed their opinions it was proposed by Mr. D.M. David, seconded by Mr. N.E.B. Ezra, and carried unanimously, that the question be left to the discretion of the new Committee.


            A vote of thanks to Mr. G.I. Shekury for kindly offering his house for the use of this meeting was proposed by Mr. Simon A. Levy, seconded by Mr. N.E.B. Ezra, and carried unanimously.

 

            The meeting terminated with the usual vote of thanks to the Chair.

 

…..

 

            The Hon. Secretary then explained that, since the issue of the report, the old man (one of the Chinese Jews) received a letter from Kaifengfu that his wife and one of his daughters (25 years old) were seriously ill with fever and that he wished to take one of his sons with him (the youngest, who is not yet circumcised) and go to Kaifengfu and then return with his family to Shanghaï.

            He further stated that other two Chinese Jews wish also to go and bring their families to Shanghaï. It was decided to send now the old man with his youngest son and to let the others wait until their return.

 

            After some discussion it was decided to take more effective steps in rescuing the Chinese Jews from their present state and to appeal to all Co-religionists for funds for the purpose’’.

 

 

Lewis Moore, Président de cette association juive à Shanghaï, adressa le courrier  suivant à l’Alliance Israélite Universelle à Paris, à l’entête de E.D. Sassoon and Co et avec le tampon de la ‘’Society for rescue of the Chinese Jews - Shanghaï.’’ :

 

‘’Shanghaï 29th Sewan 5662

                   4th July 1902

 

The President,

            Alliance Israelite Universelle.

                                               Paris.

 

Dear Sir,

 

            I beg to enclose herein a copy of the minutes of a meeting on the members of our Society held recently, which I feel sure will interest you very much.

 

            I think that you will no doubt agree with me that the time has come when more urgent steps should be taken to revive the religion of our Fore-fathers among our Co-religionists in Kaifengfu. The Jewish Community of Shanghaï is very small and cannot render them much assistance without material help from other Communities, as the undertaking before them is far to great for them. I therefore take the liberty of addressing you on the subject and requesting you to give us your helping hand towards such a deserving cause.


            I believe that not less than            £ 5000/- would be required to rebuild the Synagogue and build a Beth Hamedrash and properly re-establish the religion in the Orphan Colony on a firm basis.

 

                                                                                              Yours obediently,

 

                                                                                                           (L. Moore)

 

                                                                                                                      President

 

                                                           ‘’ Society for the Rescue of the Chinese Jews’’.

 

 

L’A.I.U. possède encore une circulaire dactylographiée reçue le 19 août 1902, envoyée par L. Moore et décrivant les buts de la ‘’Society for the Rescue of the Chinese Jews’’ :

‘’At a meeting held recently in Shanghaï it was decided to appeal to our Co-religionists in all parts of the world for funds to enable the Society to take more effective measures to rescue the poor forlorn brethren now residing in and about Kaifengfu, far in the interior of China, from their present deplorable state of utter ignorance of our religion, beyond the oral traditions of many generations. They have now reached a very low level and it would be a pity if we, who are close to their doors, should find ourselves unable to adequately answer their heart-rending cries for help.

            One of the fundamental laws of our religion is that we are responsible for each other. We must not therefore allow a whole community to be wiped out entirely, now that we know of their difficulties, without our making strong efforts to aid them. The time has come when we should no longer maintain our former attitude of keeping aloof from the unfortunate Orphan Colony ; let us now become parents and guardians to these  poor brethren and teach them that which we have been taught by our forefathers. They must no more be left to remain in their dire ignorance.  I must, therefore, beg all Co-religionists to come forward with their contributions in order to render possible the deliverance of those unfortunate descendants of Co-religionists from their present state of terrible ignorance.

            Those of our brethren from Kaifengfu who recently came to Shanghaï informed us that the congregation there has lately succeeded in getting from the Chinese authorities a new title deed for the land on which their Synagogue formerly stood. The land is said to contain some 200 now, say 27 acres. What we desire now is to rebuild that Synagogue on its former site, build a Beth Hamedrash, and send them such efficient teachers Mohellim and Shochetim as may be required and practicable. We estimate that to efficiently do this and put the congregation upon a footing to do credit to our religion, the sum of £ 5,000 will be required.

            I confidently appeal to our brethren in all  parts of the world to make such response as will enable us to fulfil our religious obligations in this matter in a proper and fitting manner.

                                                                                   L. Moore, Pres.,

                                                           Soc. For the Rescue of Chinese Jews.

Shanghaï, 29the Sivan, 5662 (4 July, 1902).


            En mars 1924, cette Société de Secours essaya de se réorganiser et embaucha David Levy, bedeau de la Synagogue Ohel Rachel de Shanghaï pour s’occuper de la Communauté Juive de Kaifeng. Comme les délégués, qui avaient été envoyés par Georges Smith et Medhurst dans la Capitale du Honan, David Levy était chinois et prétendait être membre de la Maison d’Israël. Son nom de famille en chinois était Wong, et il venait de Khotan, une oasis dans la province du Sinkiang à approximativement deux mille kilomètres à l’Ouest de Kaifeng. Levy prétendait que plusieurs colonies juives avaient été fondées depuis très longtemps dans cette région.

 

            Le Kansu et le Sinkiang représentent une vaste région qui appartient au Turkestan chinois où les Juifs étaient des  éléments florissants. Avant la première guerre mondiale, ces Juifs turkmènes pratiquaient le commerce principalement dans le Turkestan russe et en Sibérie. Ces Juifs du Nord-Ouest de la Chine étaient très respectés par les autres chinois de ces régions et vivaient particulièrement en bonne intelligence avec les musulmans du Kansu. Un de ces commerçants juifs, natif de Khotan, et dont le nom était Wong (Prince) était l’ancêtre de David Levy. Le nom de famille Wong aurait été donné aux Lévites qui se seraient installés dans cette région depuis des temps immémoriaux.

 

            David Levy parlait le Mandarin, le Turc et un peu le Russe, il savait également lire l’hébreu. Il avait alors soixante dix ans mais semblait être en pleine force de l’âge. Lorsqu’il fut choisi pour tenir ce poste par les Membres de la ‘’Society for the Rescue of the Chinese Jews’’, il était assistant du Shammash de la Synagogue Ohel Rachel à Shanghaï et fut dans un premier temps envoyé pour le compte de cette ‘’Société’’ pour s’occuper des Juifs de Kaifeng. Il y a une photo data justement de 1924 où figurent devant la Mission de l’Eglise Américaine de Kaifeng un groupe de Juifs chinois encadré d’un côté par un prêtre et de l’autre par David Levy vêtu d’un châle de prières (talith) et des phylactères (tephillin). Après une réunion qu’il eut avec ce groupe, il demanda à deux juifs, Chao et Shih Chung Yung, de faire les plans de la synagogue et de rédiger un rapport sur la Communauté. Mais de retour à Shanghaï Wong-Levy fut, pour différentes raisons, considéré comme un imposteur et les Juifs de Shanghaï refusèrent de l’envoyer à Kaifeng avec sa famille pour être le chef religieux de cette communauté. Après cet échec, dans un second temps, il fut envoyé à l’intérieur de la Chine pur faire des recherches sur la présence d’Israélites dans les lieux les plus reculés de la nouvelle république. Acceptant cette mission malgré la guerre civile, il partit donc, muni d’un petit viatique, sur les routes de l’exil, il entretint une correspondance très suivie avec les membres de la ‘’Société de Secours’’ jusqu’au jour de sa disparition. Il a été impossible de déterminer s’il était mort de cause naturelle ou s’il avait été assassiné par des soldats. Selon sa correspondance, il est indubitable que David Levy passa dans le Honan, le Shensi et le Kansu en suivant le Maréchal Feng Yu-hsiang, commandant en chef de l’armée du Nord-Ouest. C’était un homme très versatile et très opportuniste, il semble qu’il essaya de collecter 10.000 US dollars en monnaie chinoise pour construire une synagogue et une école hébraïque à Kasghar et que le principal donateur était le ‘’Tuchun’’ de Kasghar, le Général Ma Fu-hsiang qui disait être de père juif et de mère musulmane. Wong, alias David Levy, fut-il assassiné sur les ordres de son mécène qu’il aurait voulu escroquer ou par des troupes irrégulières révolutionnaires, qui connaissant sa situation financière, voulurent le détrousser? Tout était plausible dans la


Chine de cette époque, mais la ‘’Society for Rescue of the Chinese Jews’’ venait de perdre avec David Levy un agent très compétent.

 

 

L’Alliance Israélite Universelle ou l’Anglo-Jewish Association à Shanghaï

 

Dans les différents groupes Sassoon de Shanghaï, les employés juifs aidèrent financièrement  la ‘’Anglo-Jewish Association’’, en envoyant leurs dons à l’Alliance Israélite Universelle. Les dons se faisaient en taëls ou en dollars dès la fin du XIXèm siècle. Parmi les donateurs, il est possible de citer :

Messrs, D. Sassoon and co                                D.M. Nissim                         A. Howard

Messrs. N.D. Sassoon and co                S.A. Lévy                               M.J. Moses

Ed. Nissim                                                  

Messrs. S.J. Sassoon and co                  Evelyne David                      Edwin J. Ezra

R.E. Toeg                                                     S.A. Hardoon                       D.E.J. Abraham

R.D. Abraham                                             A.E. Moses

Messrs. Sennet Frères                             R.E. Kadoorie                      Joseph Brothers

S.S. Somekh                                                           John A. Gatton                     M. Myer

N.S. Levy                                                      S.E. Toeg                            

Charles Perrison and co                          A.J. Hayim                            S.S. David

J.S. Gubbay                                                 Maurice Benjamin              M.H. Abraham

H. Fooke                                                       S. Gatten                              J.I. Jacob

            B.I. Jacob                                                     S.I. Jacob                             A.J. Shellim

            M. Shibbeth                                                  Sam Michael                                   S.J. Solomon

            E. Jonah                                                       J. Aaron                                I.A. Toeg

            J.H. Esekiel                                                 D. Abraham                         A. Cohen

J. Joseph                                                     Paul Kohen                          D. Jephsen

J. Goldman                                                  Spunt à Rosenfeld             M. Simone

R. Spunt                                                       Ellis Joseph                        Esekiel Elisha

N. Isaacs                                                      D.H. Wholgemuth               I. B. Cohen

Bernard Goldenberg                                  S.E. Shahmoon                  E.E. Shahmoon

Ed. H. Shibbeth                                           Moïse Ezra                           H. Gensburger

J.J. Judah                                                     Ellis I. Ezra                           S.S. Benjamin

I. Silberman                                                 N.E.B. Ezra

                       

            Dès la création des Comités de l’A.I.U. en Chine, celle-ci aidait la Society for the Rescue of the Chinese Jews. Hélas, compte tenu des besoins énormes sollicités par les vagues d’immigration vers l’Amérique, l’Argentine et la Palestine, l’A.I.U. arrêta ses subventions à quelques juifs sinisés complètement déjudaïsés.

 

 

 


Comités A.I.U

Shanghaï

 

DAVID WIDLER

 

David Widler, juif de Constantinople, s'installe à Shanghaï vers 1855 où il deviendra un grand philanthrope et particulièrement un donateur en faveur de l'Alliance Israélite Universelle.

 

 

Lettre de David Widler à l’A.I.U.

 

"Shanghai; le 23 octobre 1888

 

Monsieur le Directeur,

 

Désirant depuis longtemps devenir membre de votre honorable société, j’ai l’honneur de vous remettre ci-joint 25 f payable par le Crédit Lyonnais de votre ville à titre de premier versement. Ne connaissant pas précisément la somme qui doit être versée annuellement, si Monsieur le Directeur, acceptant ma présente voudra bien me remettre les statuts ou règlements de cette respectable société d’autres messieurs de nos coreligionnaires auront le plaisir de joindre aussi.

 

Dans l’espoir  que Monsieur le Directeur voudra bien, m’accuser réception à ce sujet, veuillez agréer l’assurance de ma considération distinguée.

 

D.        Widler.”

 

 

Lettre de David Widler à l’Alliance Israélite Universelle en date du 1er février 1889

 

“Monsieur le Secrétaire

de l’Alliance Israélite Universelle

Comité Central

Paris

 

J’accuse réception de votre honorée lettre du 30 Novembre écoulé dont le contenu m’a rendu très satisfait et dont je vous suis très reconnaissant pour le bon accueil de me voir compté au nombre de vos sociétaires.

 

....................”

 


Lettre de D. Widler à l’Alliance Israélite Universelle en date du 10 juin 1889

 

“Monsieur le Secrétaire,

 

J’ai reçu à son temps votre honorée lettre du 24 mars ainsi que le livre du 1er et 2è semestre 1888 et j’ai pris bonne note de leur contenu.

 

Monsieur Manassé Ezekiel a aussi reçu de son coté votre lettre ainsi que les livres dont il vous présente ses remerciements. La somme qu’il vous a envoyé, c’est un don qu’il a fait en faveur de l’Alliance.

 

Aujourd’hui, Mme Widler (Esther) me prie de vous remettre francs dix à titre de don qu’elle fait en faveur de l’Alliance et dont ci-joint un chèque de la même valeur sur le Crédit Lyonnais de votre ville.

 

Dans l’espoir de vous donner bientôt d’autres nouvelles, veuillez agréer Monsieur le Secrétaire, l’assurance de ma parfaite considération.

 

D.        Widler.”

 

 

B.A. SOMEKH

 

            A la fin du XIXème siècle B.A. Somekh travaillait pour la "David Sassoon Sons and Co" à Shanghai. La Société B.A. Somekh se trouvait en 1909 au 14 Pékin Road à Shanghai;

 

Lettre de B.A. Somekh

à L'Alliance Israélite Universelle

"David Sassoon Son and C°

 

                                                                                   Shanghai, le 16 Novembre 1894

 

 

Cher Monsieur,

 

J'ai l'honneur d'être en possession de vos deux estimées lettres du 12 et 28 septembre dernier, ainsi que les 50 exemplaires de votre bulletin anglais que j'ai distribué parmi nos sociétaires de Shanghai. Le reste des exemplaires sera employé pour la propagande de l'œuvre de l'Alliance.

 

J'ai dûment fait apprendre les israélites ici la malheureuse situation de nos pauvres coreligionnaires de Russie, du Maroc et de la Perse, et j'ai fait tous mes efforts pour que votre appel soit entendu. Je regrette à dire que je n'ai pas pu obtenir aucun secours pour nos malheureux coreligionnaires, car il n'y a pas longtemps de cela que je leur ai demandé des secours pour les israélites russes.


Je suis fâché de vous apprendre que nos sociétaires de Shanghai ont beaucoup diminué cette année, les uns ont quitté Shanghai, les autres ont cessé d'être membres de l'Alliance. Ci-joint veuillez trouver une traite à vue de 75,80 frs en faveur de l'Alliance sur le Comptoir National d'Escompte de Paris, montant des cotisations du reste de nos sociétaires de l'année 1894.

 

J'ai dernièrement recruté un nouveau membre pour l'Alliance du nom de Mons. S. Hibba, je vous prie d'en prendre note, et de m'envoyer pour l'année prochaine de votre bulletin anglais 25 exemplaires seulement. Cette quantité suffira pour Shanghai.

 

J'ai l'honneur d'être, Cher Monsieur,

vitre très humble serviteur

B.A. Somekh

 

Monsieur M.J. Bigart

Secrétaire de l'Alliance Israélite Universelle Paris."

 

Lettre de B.A. Somekh

Shanghai

cotisation pour l'année 1900

 

N. Membres

 

Judah                                    J.E.                                        us dollars     3

Moses                                               A.E.                                                                3

Hardoon                               S.A.                                                               3

Levy                                       S.A.                                                                3

Sopher                                  M.A.                                                               3

Joseph                                  J.                                                                    3

Itibba                                     M.S.                                                               2

Elias                                      J.R                                                                 2

 

Lettre de B.A. Somekh

Shanghai

pour les cotisations de l'année 1901

 

Mr. G.J. Skekury et un nouveau membre et la collecte est de 89,40 f

 

Chaque année jusqu’à la Grande Guerre, Monsieur B.A. Somekh adressera à l’AIU les dons qu’il collectait.


ELIAS S. SAYEGH

 

            Elias S. Sayegh adresse une lettre à l’Alliance Israélite Universelle en date du 19 janvier 1912 pour lui annoncer le legs qui vient de faire en son nom :

‘’Moi, le soussigné Elias S. Sayegh, grand rabbin de Mossoul, Turquie en Asie, demeurant à présent à Shanghaï, dans l’Empire de Chine, déclare par le présent que les trois petites maisons situées au Mehellet Elychoud à Mossoul, inscrites à mon nom, à dater d’aujourd’hui, je les cède à Monsieur G. Leven, le présent de l’Alliance Israélite Universelle, 1 rue Lincoln, Paris, et par le présent le Gouvernement de Mossoul est autorisé à transférer et inscrire les immeubles ci-haut mentionnés au, nom de Monsieur Leven cité en haut.

                                               Shanghaï, le 19 janvier 1912 ‘’.

 

            Or, l’Alliance Israélite Universelle joua un autre rôle. On sait, par exemple l’importance de la parole donnée dans le milieu des diamants. Si quelqu’un faillit,  il est vite cataloguer. L’Alliance Israélite Universelle, société de bienfaisance, fut également un médiateur économique, selon certains documents, elle lança certainement quelques ‘’Herem’’ contre les mauvais payeurs. Parfois, malgré les apparences, elle dut commettre quelques erreurs et il lui fallait redonner son honorabilité à celui qu’elle avait dénoncé. Par exemple, Léon A. Lévy, de Shanghaï, en fit la triste expérience :

 

‘’                                                                                            Hong Kong 23 septembre 1897

 Monsieur le Secrétaire

de l’Alliance Israélite Universelle

 

Monsieur,

 

Au mois de décembre dernier, à ma requête, votre institution agricole de Mikvé Israël m’a envoyé 5 barriques de vin avec facture s’élevant à Fr. 159.45. En date du 5 janvier, j’ai remis cette somme par traite payable à vue par la Banque de l’Indo-Chine à Paris, en nom de Monsieur J. Niego Directeur de l’institution. Cette semaine, j’ai reçu une lettre de ce Monsieur, me priant de lui remettre le montant de sa facture. Ce qui semble que ma lettre du 5 janvier renfermant la traite s’est égarée. J’ai tout de suite obtenu de la Banque une copie de la traite en question que je vous envoie ci-inclus.

            Comme vous le voyez si la lettre s’est égarée ça n’était pas ma faute et tout au moins votre agent aura du m’écrire tout de suite au lieu d’attendre pour huit mois.

            Cependant je regrette de vous dire que je ne peux pas m’expliquer l’action extraordinaire que votre société a pris envers moi, en écrivant à la maison Sassoon de Bombay par l’entremise d’un certain Sieur Charles Shamash de Manchester avec lequel je n’ai jamais eu de relations ni j’ai l’honneur de le connaître personnellement.

            Il faut que vous le sachiez que cette action me fait un grand dommage soit dans mes affaires soit dans mes relations avec ma famille.

            Je vous prie donc d’expliquer à qui que ce soit cette affaire comme elle est.

 

            Agréez, Monsieur, l’assurance de mes meilleurs sentiments.

                                                                                                        Léon A. Lévy’’.


 

Léon A. Lévy devait être dans un certain embarras car le 9 novembre 1897, il adressa  un nouveau courrier au Secrétaire de l’A.I.U. :

 

’Monsieur le Secrétaire de l’Alliance Israélite Universelle

Paris

 

            Monsieur,     

            En continuation de ma lettre du 23 de l’écoulé, j’ai l’honneur de vous remettre ci-inclus la copie de la traite de Frs. 159.45 que j’avais oublié d’inclure dans ma dernière lettre, dont je vous prie de vouloir bien m’excuser.

            Cette semaine, j’ai reçu de mon beau-frère de Londres copie d’une lettre écrite par la maison E.D. Sassoon et Co de Bombay au Sieur Charles Shamash de Marseille, et non de Manchester comme je vous ai écrit. Veuillez donc faire savoir à ce Monsieur l’affaire comme elle est, et de lui faire écrire à la maison E.D. Sassoon et Co de Bombay enfin que je ne souffre pas par ce malentendu. En même temps, j’ai envoyé à mon beau-frère copie de ma lettre du 23 écoulé.

            Recevez, Monsieur mes biens sincères salutations.

                                               Léon A. Lévy.’’.

 

            Léon A. Lévy étant de bonne foi, les choses semblent être rentées en ordre. Sans problème, il a pu reprendre sa place dans la société juive de Hong Kong et garder son honneur de commerçant.

 

La  Hicem en Extrême-Orient

 

Des efforts furent tentés, dès la fin de la première guerre mondiale, pour regrouper en une seule institution les œuvres juives d'assistance aux émigrants à travers le monde.

 

            En 1921, la J.CA. convoqua à cet effet une conférence spéciale à Bruxelles, et sur l'initiative  de la Hias of América (Hebrew Immigration Association) et la Conférence Juive de Secours; l'Emigdirect fut créée à Prague en fin de cette même année.

 

            Dès fin 1926, des pourparlers entre la J.C.A., d'une part, et la Hias-Emigdirect, d'autre part, furent entamés.  Un accord signé constitua l'institution unique - "L'Association pour Immigration Hias-Jca-Emigdirect "Hjcem.  Le Hias et la J.c.a. ont donc assumé pendant huit ans la charge budgétaire de la Hjcem et cet état de fait a été légalisé par un changement de statuts en 1934.  En effet, à cette date l'Emigdirect cessa de faire partie de l'association. L'association continua pourtant de fonctionner sous le nom de "Hias-Jca-Emigration- Association" : Hicem.

 

Outre une œuvre d'assistance immédiate, l'Hicem a créé des institutions de préparation agricole ou professionnelle, des cours de langues étrangères et des caisses de prêts destinées à faciliter l'intégration productive des immigrés dans la vie économique des pays de refuge. L'action particulière en faveur des réfugiés d'Allemagne a permis, après l'établissement dans les pays de transit des éléments capables d'être immédiatement


intégrés dans la vie de ces pays, malgré les difficultés politiques et économiques, de diriger vers les autres pays d'Europe, vers les pays d'outre-mer et la Palestine.

 

Tableau des émigrants partis de Harbin pour la Chine du Sud, la Mongolie, le Japon, les pays limitrophes, l'Indonésie, Singapour et Hong Kong:

------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Année: Chine du Sud, Mongolie, Japon, pays limitrophes : Indonésie, Singapour, Hong Kong

------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

1926                        27                                                               :        26

------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

1927:                       75                                                               :       28

------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

1928:                       72                                                               :       47

 ----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

1929:                    421                                                                :       81

 ----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

1930                     181                                                                :      57

 ---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

1931:                    303                                                                :      61

 ---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

1932:                    515                                                                :      43

 ---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

1933:                    173                                                                :      30

 ---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

1934:                    161                                                                :      14

--------- ------------------------------------------------------------------------------------------------------------

   1935:                                160                                                                           :      11

   ----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Total:               2.250                                                                 :    398

   ----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

 

 

Les réfugiés expédiés par la Hicem en Extrême-Orient y reçurent un accueil chaleureux. Il leur fut prêté de l'argent, cette aide leur fut fournie pour qu'ils puissent se procurer un logement, des instruments de travail etc.., et comme de pouvoir voyager dans d'autres endroits de la Mandchourie et de la Chine.  Grâce à l'activité du Daljewisb, le Bureau de l'HICEM à Harbin, prés de 500 réfugiés juifs allemands purent s'établir dans les pays d'Extrême-Orient.  Plus de 150 de ces réfugiés exercèrent la médecine notamment le Dr Joseph Preuss, médecin de Mesdames Sun Yat Sen et Tchang Kaï Tchek , qui légua à sa mort sa collection d'art chinois au Musée "Haaretz" de Tel-Aviv.  Ces réfugiés créèrent une communauté spécifique à Shanghai sous le nom de "Jewish Community of Central European Jews".

 

Le Bureau Central de Hicem était domicilié à Paris au 25 rue de la Bienfaisance et l'action de cette association se situait sur trois points avec un programme bien particulier pour chaque point :  1) dans les pays d'émigration, 2) dans les pays de transit et dans les pays d'immigration.


1) dans les pays d'immigration.

            a) Informer les émigrants des conditions qui prévalaient dans les pays d'immigration et les renseigner plus particulièrement au sujet de la situation du marché de la main-d'œuvre dans l'industrie et dans l'agriculture.

 

            b) Leur prêcher l'assistance légale en intervenant en leur faveur auprès des différentes institutions nationales et consulaires, en leur facilitant l'obtention de divers documents (passeport, visas, etc...)

 

            c) Préparer les émigrants aux conditions qu'ils trouveront dans les pays d'immigration et de transit, en créant pour eux des cours où ils peuvent apprendre la langue du pays auquel ils se destinent et en leur dispensant l'enseignement professionnel et agricole qui doit leur permettre d'apprendre un métier leur donnant la possibilité de gagner leur vie en exerçant une occupation lucrative.

 

2) dans le pays de transit

            a) Suivre les émigrants dans tous leurs déplacements à travers les pays de transit et leur assurer, en cours de route, l'assistance matérielle et morale qu'ils sont en droit d'attendre; faire toutes les démarches nécessaires auprès des autorités ou des compagnies de navigation ou de transport.

 

3) dans les pays d'immigration

            a) Organiser la réception des immigrants en les accueillant à leur débarquement et en créant ou en subventionnant  des hôtelleries qui leur soient destinées dans les principaux ports d'outre-mer.

            b) créer des bureaux de travail, ou contribuer au fonctionnement des cours qui existent déjà et qui proposent d'assurer le placement des immigrants et leur dispersion à travers les provinces de l'intérieure des pays où ils se rendent.

 

            Pour avoir une idée générale de l'ampleur du travail accompli par la Hicem, il suffit de considérer que des centaines de milliers d'émigrants ont été reçus ou établis par les Comités  affiliés des pays d'émigration et d'immigration et de transit.

           

Le Joint à Shanghaï

 

           

L’American Jewish Joint Distribution Committee fut créé par le diplomate américain Henry Morgenthau et le philanthrope Jacob Chiffe en 1914 pour venir en aide aux Juifs vivant en Palestine. Pourtant,  cette institution s’est spécialisée dans l’assistance matérielle et sanitaire aux communautés frappées par les croise qui ont suivi la Première Guerre Mondiale. Avec l’arrivée d’Hitler au pouvoir, la priorité du Joint devenait le secours aux Juifs fuyant le nazisme. L’arrivée massive de groupes de juifs allemands et autrichiens, l’AJDC envoya  Laura Margolis à Shanghaï en 1940 auprès des réfugiés juifs européens qui cherchaient désespérément un asile. C’est à cette occasion qu’elle devint une des responsables du Joint. En janvier 1942, suite à la défaite de Pearl Harbour, le Joint Distribution Committee dut rapatrier de toute urgence Laura Margolis. Bien que de retour aux USA, celle ci fit tout ce qui était possible pour faire parvenir de l’argent aux


organisations juives shanghaïennes.  Laura Margolis fut la représentante du J.D.C. en France dès 1943 lors de la création clandestine du CRIF.

 

 

Le B’naï Brith à Shanghaï

 

            Un certain nombre de groupements secrets, analogues aux loges maçonniques, se constituèrent aux Etats-Unis, terre fertile en ce genre. Les Fils de l’Alliance (B’nai Brith, sons of the Covenant) prirent naissance en 1843. Ils n’avaient à la veille de la Première Guerre Mondiale que 412 loges en Amérique, et quelques autres en Europe orientale, Algérie et Egypte. La Loge de Shanghaï porte le numéro 1102 ; elle délégua 7 représentants pour former, avec 5 membres de la Shanghaï Ashkénazi Communal Association, le Comité chargé de l’administration de l’hôpital.

 

L’Ort

 

            La société ‘’ORT’’, sous la direction d’un membre du ‘’Central Board Word ORT Union’’, M. Ch. Rozebes, polonais, préparait, depuis septembre 1941 les jeunes juifs à la vie agricole, aux métiers manuels ou aux techniques industrielles. Plus de 1.200 jeunes gens sont  passés par cette école pendant la guerre, un plus grand nombre depuis lors. Cependant que les études plus poussées d’ingénieurs pouvaient se donner, depuis le début de 1945 à l’Ort Engineering Seminar ; et que les étudiants de sciences ou de médecine étaient admis à suivre les cours dans ces trois établissements (non-juifs) de Shanghaï : le Henry Lester Institut, St John’s University, et l’Université ‘’l’Aurore’’.

 

Le  Keren Hayesod en Chine

 

La "Shanghaï Ashkénazi Jewish Communal Association" développa de multiples actions caritatives tant à travers la gestion de l'hôpital juif, les loges B'nai Brith, l'ORT, le Betar, la "New Zionist Organisation", l'association Kadima et le Keren Hayesod.  En janvier 1928, M. Gero Krishevsky arriva à Shanghai comme délégué du Keren Hayesod.  A partir de Shanghaï, il visita Tiensin, Mukden, Harbin et également Kobé au Japon.  M. Krishevsky, reçut un très bon accueil et un support très important pour aider le travail effectué par le Keren Hayesod en Palestine.  Mais ce qu'était venu chercher également M. Krishevsky s'était la reconnaissance officielle par les autorités de Pékin de l'Organisation Sioniste et de ses deux organismes de collecte: le Keren Hayesod et le Keren Kayemeth. Le journal "Israël's Messenger" fut le principal organe de propagande sioniste et du Keren Hayesod en Chine, il était publié à Shanghaï par N.E.B. Ezra.  Vers 1929, M. Ariel Bension et son épouse firent le tour des Communautés Juives d'Extrême Orient afin de faire un rapport complet sur les activités du Keren Hayesod dans cette partie du monde.

 

Le grand poète et leader hindou, Rabindranath Tagore, fut un fervent sioniste et fit de la propagande pour le Keren Hayesod. Lors d'un voyage à Shanghaï en 1929, il rencontra dans le Palais de Marbre de Sir Elly Kadoorie plusieurs personnalités dont: le Dr Ariel Bension, le doyen de l'Université de Santiniketan de Calcutta, Laurence Kadoorie, le leader de la Communauté juive persane des Indes et un médecin anglais de Shanghaï.  Au


cours d'un banquet le Dr Bension salua le "Poète de l'Asie" dont l'œuvre a jeté une lumière nouvelle sur les beautés spirituelles de l'Orient.

 

Dans une interview accordée en 1924 au "Shanghaï Time", Rabindranath Tagore, déclara "qu'il ne connaît pas de peuple ayant autant de droits sur la Palestine que le Peuple Juif. Les Hindous et les Juifs sont les peuples les plus persécutés de la terre. Il est nécessaire que les Juifs revivent en Palestine, non seulement pour la culture qu'ils apporteront mais aussi pour l'influence qu'ils exerceront sur les peuples environnants.

 

            Tagore se fait l'honneur d'avoir participé à la Campagne de propagande du Keren Hayesod, en exhortant les juifs de Shanghaï à consentir tous les sacrifices en vue de la reconstruction de la Palestine.

 

 

Le Cojasor

 

 En 1948, Lors de la guerre civile, les communautés juives Shanghaïennes durent faire face à deux terribles problèmes : l'assistance au plus dénués (avec l'appui du Joint Distribution Committee américain) et la réunion des familles.  Hélas, avec l'arrivée au pouvoir de Mao Tzé Tong et la création de la République Populaire de Chine, la majorité des réfugiés décida de quitter ce pays pour s'installer soit en Israël, en Amérique ou en Europe.

 

Dès 1950, le Cojasor à Paris, en collaboration avec l'Organisation Internationale des Réfugiés, a recueilli dans sa maison "La Colline" à Nice, une dizaine de juifs russes qui s'étaient réfugiés en Chine depuis la fin de la première guerre mondiale.  Parmi eux se trouvaient:

 

·   Shea Leya, de nationalité russe, née à Odessa, le 17 mars 1882, mariée depuis 1906 à Odessa, veuve depuis 1932, domiciliée à Tiensin, (Chine), passeport délivré le 18 février 1946 à Tiensin.

 

·   Fedel née Novicova Irma, née le 2 mai 1893 à Riga, nationalité russe, statut de réfugié depuis 1920.

 

·   Horosh Aaron, né à Kuibishev, le 3 mai 1886, réfugié de Hong Kong, nationalité russe, activité professionnelle: distributeur de films, diplôme: école technique de Samara.

 

·   Novisoff Abraham, né le ler janvier 1880, à Irkoutch, nationalité russe, profession- pelletier saisonnier.

 

            Il est fort possible que ces personnes aient quitté la Russie après la Révolution de 1917.

 

            Les juifs s'expatrièrent de nouveau vers Israël dans les années et 50 fondèrent à Tel-Aviv une association des ressortissants de Chine sous le nom de "Igud Yotsei Sin".


Ohel Moshé et le Gettho d’Hongkew

 

          Aujourd’hui, le Président de la Communauté Juive de Shanghaï est           Maurice Ohana, ancien vice-président de la Communauté de Boulogne-Billancourt. Ceux qui désirent prier dans la synagogue Ohel Rachel et visiter la synagogue Ohel Moshe ainsi que  le Ghetto de Hankew peuvent prendre contact avec lui.  Le Rabbin Shalom Greenberg et son épouse vous accueilleront également pour les offices des shabbatot et des jours de fêtes.

 

Des savants français à la Chine

 

            Un grand nombre de savants et marchands français s'intéressèrent ou écrivirent sur la Communauté Juive de Kaifeng ou sur d'autres communautés juives en Chine:

 

            Outre Gozani, Domange et Gaubil, d'autres Jésuites ou d'autres prêtres de différents ordres religieux firent des descriptions ou compilèrent des documents sur la Communauté de Kaifeng tels le Père Cibot, le Père Gabriel Brothier et l'Abbé Grossier. Puis parmi les aventuriers, les historiens, les diplomates ou des savants français,  il y avait:

Du Halle Jean-Baptiste

De Guigne, gérant de la Compagnie des Indes à Canton.

AJ Silvestre de Sacy

Le Marquis de Fortia d'Urban

Le Marquis d'Argens

Montesquieu

G.H. Depping dans son livre ''Les Juifs au Moyen-Age’’ écrit en 1829.

Jacques Silvestre de Sacy

Joseph Halévy

Henri Hirsch.

M. Simon

Le Comte Stanislas d'Escayrac de Lauture,

James Darmesteter

G. Lambert

Ph. Berger

Moïse Schwab

Edouard Chavannes

Paul Pelliot

Henri Cordier

Jérome Tobar

etc...


Voici quelques notices biographiques de savants français à la Chine

 

MARQUIS D'ARGENS

 

            Au XVIIIème siècle peu d'auteurs  parlent de la Chine et des Juifs de Chine, parmi eux seul le Marquis d'Argens parle des Juifs de Kaifeng:

1) dans ses ''Lettres Juives'' n° 38: "Nous lisons que deux ou trois cents ans après le déluge.... la Chine, la Scythe et la Tartarie étaient de nouveau des états florissants. Il est possible de comprendre ceci par le fait que trois enfants de Noé en l'espace de deux cents ans ont produit un nombre suffisant de descendants pour peupler ces vastes provinces...."

 

Dans sa "Lettre à un chinois" n° 116 sur les Juifs le Marquis d'Argens  précisait:

 "Le nombre des Juifs est aussi grand en Allemagne, cher Yn-ch-chan, qu'il est petit à la Chine; à peine connoit-il aujourd'hui les juifs dans notre heureuse patrie; ils n'y ont même été jamais aussi nombreux. Sous la dynastie des Han, qui commença à régner deux cents six ans avant la naissance du Législateur des Chrétiens, quelques israélites s'introduisirent à la Chine; mais bien loi de s'y multiplier, comme par-tout ailleurs où ils ont été reçus, ils diminuèrent insensiblement. Il ne reste qu'aujourd'hui que sept familles juives dans tout l'Empire, qui s'allient toujours les unes aux autres, et qui ont une seule synagogue dans Caifong, capitale de la Province du Honan."

 

 

SILVESTRE DE SACY

(1758-1838)

 

            Jacques (Antoine Isaac) Silvestre de Sacy. Orientaliste français, Silvestre de Sacy est l'un des fondateurs et le premier président de la Société Asiatique. Il commença des études orientales avec Dom Berthereau et fut nommé en 1781 Conseiller à la Cour des Monnaies. Dès la création de l'Ecole des Langues Orientales en 1795, il y enseigna l'arabe puis en 1809, il fut professeur de persan au Collège de France. En 1808, élu député de la Seine, il sera pourtant un  fervent partisan de la Restauration. A la fin de l'époque napoléonienne, il se vit proposer par le Comte Laplace, du Bureau des Longitudes, deux manuscrits provenant de l'ancienne mission française à Pékin et signés par le Père Gaubil. Il s'agissait de deux livres chinois qu'il entreprit de traduire avec l'aide d'Abel Remusat. Au regard de sa brillante carrière et de sa renommée, De Sacy fut nommé recteur de l'Université de Paris, puis administrateur du Collège de France et de l'Ecole des Langues O. Pair de France, il sera élu secrétaire perpétuel à l'Académie des Inscriptions.

 

 

DEPPING G-H.

 

Dans son ouvrage sur les Juifs au Moyen-Age, l’historien français G.H. Depping brosse, en 1829, rapidement l’histoire de toutes les communautés juives à travers le monde. En ce qui concerne l’époque romaine, il précise : ‘’Tandis que les uns se dirigèrent sur l’empire romain, les autres se réfugièrent dans les régions orientales, surtout en Perse, où une foule d’Hébreux étaient restés depuis la captivité de Babylone. Ils pénétrèrent dans


le centre de l’Asie, et il y en a qui arrivèrent même  dans la Chine. Ils y furent admis dans plusieurs villes, mais ce fut dans celle de Caïfong-Fou qu’ils s’établirent définitivement, et formèrent une colonie qui s’est propagée jusqu’à nos jours, et intéresse comme un débris isolé d’une nation célèbre.  Les Juifs de Caïfong-Fou parlent un hébreu mêlé de persan, ce qui indique que leurs ancêtres ont fait quelque séjour en Perse avant de se porter davantage vers l’est. Leur synagogue a, comme l’ancien temple de Jérusalem, un sanctuaire où le chef de la synagogue a seul le droit d’entrer. Leurs livres sacrés sont au nombre de treize, en l’honneur de Moïse et des douze tribus (2).  Ce sont des rouleaux appelés taking, posés chacun sur une table particulière, et recouverts d’un rideau en soie. Parmi ces livres on remarque un Pentateuque très ancien. D’autres disent que c’est le livre d’Esther. A la fête de Purim, on le tire respectueusement du lieu où il est déposé, on le bénit, puis on en fait la lecture. Le reste de l’année ce manuscrit antique est soigneusement serré (3).’’

JAMES DARMESTETER

(1849-1894)

 

            James Darmesteter fut un très grand orientaliste français. Entre autre, il traduisit le ''Zend Avesta'' en anglais. Dans le domaine du Judaïsme, ses articles réunis sous le titre: ''Les prophètes d'Israël'' étaient destinés à démontrer l'identité de l'idéal moderne avec l'esprit des anciens prophètes. Il réussit ainsi la synthèse des idéaux de la Bible et de la Révolution. Il recueillit en outre dans la littérature sassanide les textes relatifs au Judaïsme, ces textes ont leur valeur pour l'histoire de la Perse aussi bien que pour l'histoire des Juifs, à cause de l'action peu apparente, mais réelle, que les Juifs ont exercé à plusieurs reprises, soit à la Cour des rois de Perse, soit sur la culture persane. James Darmesteter, en tant que Vice-Président, fut le rapporteur de la réunion annuelle de la Société Asiatique en 1890. Fils d'un relieur pauvre, il fut reconnu à l'âge de 25 ans comme l'une des plus hautes autorités européennes en matière d'orientalisme et sa chaire au Collège de France devint le haut lieu de cette science. On lui doit d'importants travaux sur la littérature persane et afghane.

 

 

STANISLAS D'ESCAYRAC DE LAUTURE

(1826-1868)

 

                        Le Comte Stanislas d'Escayrac de Lauture laissa une littérature très importante sur ses voyages dont l'un d'eux le conduisit en Chine avec le Corps expéditionnaire français. Il est l'auteur de "Mémoires sur la Chine" publié en cinq parties par la "Librairie du Magasin Pittoresque" dont le propriétaire était le député de l'Yonne: Edouard Charton. Il y consigna ses observations sur l'Empire du Milieu en parlant: dans l'introduction de ses souvenirs personnels et des généralités, puis de l'histoire, de la religion, et Gouvernement et des Coutumes.

------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

(2) Silv. de Sacy, Notice d’un manuscrit du Pentateuque conservé dans la synagogue des Juifs de Caïfong-fou ; dans le tome IV des Notices et Extraits des manuscrits de la Bibliothèque du Roi.

 (3) Trigaut, de Christ. Expeditione opud Sinas. cap. 11.


            Pierre-Henri Stanislas d'Escayrac de Lauture naquit le 19 mars 1826, dans une vieille famille aristocratique. Il apprit l'anglais, l'espagnol, le portugais, travailla pour le Ministère des Affaires Etrangères et voyagea, entre autres, en Afrique, où il apprit l'arabe. Après la Révolution de 1848, il démissionna, et sa fortune importante lui permit de continuer ses voyages: Europe, Afrique et Moyen-Orient. Il publia entre 1851 et 1858:

"Notice sur le Kordofan", "Le désert et le Soudan", "Mémoire sur le Ragle ou Hallucination du Désert" qu'il adressa à l'Académie des Sciences, "De la Turquie et des Etats musulmans" et "Voyage dans le Grand Désert et au Soudan". En 1859, il accompagna en tant que géographe l'expédition franco-anglaise envoyée en Chine pour imposer aux Chinois le respect des commerçants et missionnaires européens. Chargé d'une mission diplomatique par le Gouvernement Impérial, il suivit les armées alliées et participa à la marche sur Pékin. Enhardi par ses bons rapports avec les indigènes, il prit l'habitude de circuler seul. Le 18 septembre 1860, il fut enlevé par les habitants du village de Toung-Tchéou entre Tien-Tsin et Pékin, blessé et laissé sans soins. Il fut ensuite transféré au bagne de Pékin et libéré plusieurs semaines plus tard, mais la gangrène le priva de ses mains. Dans le premier semestre de 1861, le Rabbin Mahir Charleville évoqua, lors d'une réunion du Comité local de Paris de l'Alliance Israélite Universelle, la question des Juifs de Chine. Le Comité Central de cette organisation juive adressa au Comte Stanislas d'Escayrac de Lauture un questionnaire sur les Juifs de Kaifeng et sur les Juifs de Chine en général. "Le Bulletin de l'Alliance Israélite Universelle" publia le courrier qui lui fut adressé en Chine en précisant sa mission. Le résultat des recherches d'Escayrac de Lauture, sous forme de lettre adressée à l'Alliance Israélite Universelle en date du 15 juillet 1861, parut dans "Les Archives Israélites" de cette même année. Il rentra en France en 1862 en mauvaise santé, reprit difficilement sa vie antérieure et mourut à Fontainebleau le 20 décembre 1868.  De retour en France, il dicta ses souvenirs en partie à son frère: non pas un journal de voyage, mais une somme de connaissances sur l'histoire, la religion, le gouvernement, les coutumes chinoises, qu'il avait amassée au cours de son séjour. Dans la préface, il rendit hommage à la qualité du travail effectuée fait par les Jésuites; si non but était de prendre leur suite, il fut parfaitement atteint: cet ouvrage bien écrit, à la documentation riche et précise, est de plus abondamment illustré. Une large partie de cette recension fut éditée dans le "Moniteur Universel" du 1er Janvier 1864. Ce brillant savant et diplomate était membre de la Société de Géographie et sociétaire du "Journal Asiatique".

 

Le Marquis Marie Joseph d'Escayrac de Lauture.

 

            Le Marquis Marie Joseph Henri Léonce d'Escayrac de Lauture, père de Stanislas, faisait partie de la Commission des canaux et des routes sous le Second Empire. Il est l'auteur de différents traités sur ce sujet. En mai 1861, au regard de la proposition faite à son fils par l'A.I.U. concernant les Juifs de Chine, il adressa à M. Jules Carvallo, Président de l'Alliance Israélite Universelle, la lettre suivante:

 

''Monsieur Carvallo, Président de l'Alliance Israélite Universelle

Avenue de l'Impératrice

Villa Saïd, n°56

Paris

"Monsieur le Président,

 

            Je m'empresse de répondre à la lettre que vous avez fait l'honneur d'écrire à mon fils, maintenant en route pour rentrer en France, au sujet des israélites établis en Chine bien avant la venue du Christ.

 

            Je puis d'avance vous affirmer, Monsieur le Président, qu'il s'empressera, à son retour, de mettre à votre disposition tous les documents dont il pourra disposer. J'ignore s'ils sont nombreux toutefois leur exactitude ne laisse aucun doute dans mon esprit, car mon fils ne porte pas seulement une incroyable activité dans ses investigations mais il recherche la vérité par tous les moyens possibles.

Veuillez agréer, Monsieur le Président, l'assurance de ma considération la plus distinguée."

 

HENRI HIRSCH

 

Henri Hirsch a été élève de Garcin de Tassy, Membre de l'Institut, à l'Ecole spéciale des Langues Orientales et plus tard il fut nommé directeur de l'Ecole de l'Alliance Israélite Universelle de Volo en Thessalie.

 

 

JOSEPH HALEVY

(1827-1917)

 

            Joseph Halévy fut pressenti pour collecter un grand nombre de renseignements sur la Communauté Juive de Kaifeng. Au moment où il allait partir pour l’Extrême-Orient , le ''Jewish Chronicle'' du 17 février 1868 publiait cet entrefilet: ''Les Juifs anglais collectent 400 livres sterling pour le projet de voyage en Chine d'Halévy, cette somme a été envoyé à l'Alliance Israélite Universelle pour Halévy qui s'est déclaré prêt à voyager en Orient après sa mission auprès des Falashas d'Abyssinie''. Que c’était-il passé ?

 

            Le professeur Joseph Halévy fut un grand savant français, spécialiste des civilisations orientales. Cet assyriologue défendit la thèse de l'identité entre Hammourabi et l'Amraphel biblique. C'est dans ses ''Recherches bibliques'' que J. Halévy porta dans toutes les directions  sa puissance de combinaison, faite tour à tour de rapprochements séduisants et de raisonnements incertains. Il trouva dans les tablettes de Tell El-Amarna l'identification d'Hammourabi. Par son énorme travail, ce brillant chercheur aida à la compréhension des inscriptions suméro-akkadiennes. Il annonça en 1867 qu'il avait découvert en explorant l'Abyssinie; le Pays de Coush de la Bible. Il y avait fait la découverte d'une communauté juive de 100.000 âmes qui se nommait ''Beita Israël'' et que l'on désignait encore jusqu'en 1990 du terme erroné de ''Falashas''. Joseph Halévy, né à Andrinople le 15 décembre 1827 est décédé à Paris en 1917. Naturalisé français, il enseigna à Andrinople et à Bucarest. Il fut ensuite directeur adjoint pour l'Ethiopie à l'Ecole des Hautes Etudes et Bibliothécaire adjoint de la Société Asiatique. Il n'a jamais fait ce voyage en Chine.

 


 

ARNAUD ARON

GRAND RABBIN DE STRASBOURG

(1807-1890)

 

Le Rabbin Arnaud Aron de Strasbourg fut l’un des correspondants des ‘’Archives Israélites de France’’ pour la Province. Il fit publier dans les pages de ce journal un article de son cousin Jacques Aron où il est fait état de sa rencontre avec la Communauté Juive de Kaifeng. Arnaud Aron, né le 21 mai 1807 à Soulz-les-forêts, succéda en 1834 à Seligman Godchaux comme Grand Rabbin de Strasbourg. Il meurt dans cette même ville le 4 avril 1890. Il était l’auteur des ‘’Prière d’un cœur israélite’’, livre qui depuis sa parution en 1848 était resté très longtemps la lecture pieuse des femmes israélites de France.

 

 

SYLVAIN LEVY

(1863-1935)

 

            Sylvain Lévi laissa une grande œuvre, son dictionnaire du Bouddhisme d'après les sources chinoises et japonaises est un ouvrage de référence dans le monde scientifique. Sylvain Lévi, disciple favori de M. Bergaigne, lui succéda à la Faculté des Lettres et y enseigna le sanscrit. La devise de S. Lévy semble avoir été: '' On ne fait de l'histoire qu'avec des faits et des dates, c'est-à-dire avec de l'histoire''. Or, les faits et les dates ont été donnés aux scientifiques  pour l'Inde, non du dedans, mais du dehors et Sylvain Lévi confirma son intention de prendre toutes ces données extérieures, de les critiquer, de les commenter, de les interpréter, de les éclairer par le secours de l'archéologie et de la littérature indigène. Ainsi il sut appliquer cette méthode avec rigueur sur toute l'histoire indienne et l'a placé sur un terrain solide. Sylvain Lévi soutiendra la demande d'autorisation de composer en hébreu la rédaction du concours d'entrée de l'Ecole Centrale des Arts et Manufactures, présentée par un étudiant palestinien du nom d'Eliachar. Cette demande reçut une réponse favorable. Sylvain Lévi, professeur au Collège de France, fut également Président de l'Alliance Israélite Universelle. En  1919, il représenta la France dans le Comité d'organisation d'un foyer national juif. A cause des frictions entre sionistes britanniques et sionistes français, il avait été suggéré la création d'une commission des Affaires Juives au Ministère des Affaires Etrangères, mais Gout, sous directeur des Affaires d'Asie, souligna dans une note de 1919 à Berthelot, directeur politique, l'attitude pro-sioniste d'Edmond de Rothschild et de Sylvain Lévi. Or, lors de la Conférence de la Paix à Constantinople ses déclarations furent mal accueillies dans les milieux juifs favorables au Sionisme et depuis le départ de Sylvain Lévi la France n'eut plus de représentant auprès de la délégation sioniste internationale de Jaffa. Les sionistes entretinrent à Jérusalem la délégation internationale, pour étudier les questions relatives à l'établissement d'un foyer juif en Palestine, Sylvain Lévi, qui représentait la France, ayant été destitué, le Dr Haïm Weizmann, Président du Comité exécutif sioniste de Palestine, demanda afin que la France tienne sa place dans ce projet qu'André Spire en fut son représentant.

 


 

MICHEL BREAL

(1832-1915)

 

            Michel Bréal est né à Landau (Rhénanie) en 1832 et s'imposa par ses travaux sur la sémantique. Il commença sa carrière de professeur au Lycée Louis Le Grand et se consacra à l'étude de la religion Zoroastrienne et à l'origine des langues indo-européennes. Bréal succéda à Ernest Renan à la Bibliothèque Impériale de Paris et enseigna au Collège de France. Il termina sa carrière comme inspecteur général de l'instruction publique.

 

 

MAURICE JAMENTEL

(1856-1889)

 

            Avec la mort prématurée de Maurice Jamentel, les études chinoises perdirent un brillant chercheur. M. Jamentel, élève du Comte Kleczkowski à l'Ecole des Langues Orientales, était entré en 1878 à la Légation de France à Paris en qualité d'interprète. Successivement employé au Consulat de Canton et à celui de Hong-Kong, puis envoyé en mission sur les côtes de Corée. De retour en France, il publia des études sur les relations diplomatiques et commerciales de l'Extrême-Orient avec l'Europe ainsi que d'autres travaux sur la Chine notamment un traité traduit du chinois sur l' ''encore de Chine et sa fabrication''. A propos de l'Asie Centrale, Jamentel dressa et publia une liste chronologique des résidents chinois au Tibet sous les règnes de Kien-Long et de Kia-King (1731-1821). A la mort du Comte Kleczkowski, il fut chargé en 1886 du cours intérimaire à l'Ecole des Langues Orientales où il fut nommé professeur par décret du 23 janvier 1889.

 

 

PAVET DE COURTEILLE

(1821-1889)

 

            M. Pavet de Courteille était le petit-fils de Silvestre de Sacy, maître des études orientales en France. Pavet, avant de devenir vice-président de la Société Asiatique, fut le premier chercheur français qui ait entrepris de récolter le trésor du turc oriental ce qui lui permit de créer une branche de philologie turque. Après avoir étudié l'hébreu et le syriaque, il se consacra aux trois langues musulmanes: arabe, persan et turc. En 1854, il était nommé à la Chaire de turque au Collège de France. Il traduisit ainsi en 1872 le texte original ''Les Mémoires de Baber'' qui n'étaient connues jusqu'alors que par la tradition persane. Puis il s'attaqua à la littérature ouïgoure qui est la forme la plus ancienne cultivée des dialectes turcs; son alphabet apporté par les missionnaires nestoriens et source de l'alphabet mandchou jetant un pont entre l'Occident et l'Extrême-Orient. M. Pavet de Courteille se donna pour tâche alors de déchiffrer et de publier le précieux manuscrit ouïgour de la Bibliothèque nationale, et sa curiosité toujours en éveil s'étendit jusqu'au folklore Kirghiz. Par ses travaux, il devint le successeur direction d'Abel Remusat, traducteur de l'alphabet ouïgour. ''Nos calomniateurs, disait Ernest Renan, s'obstinent à ne parler que de ce qu'ils appellent notre légèreté.... Pavet de Courteille fut du nombre de ces puissants travailleurs qui vengent la France des reproches qu'on lui adresse étourdiment''.


 

EDOUARD CHAVANNES

(1865-1918)

 

            Emmanuel-Edouard Chavannes est né à Lyon le 5 octobre 1865 dans une famille protestante très honorable. Chavannes passa quelques années de son enfance à Lausanne, chez sa grand-mère puis étudia au Lycée de sa ville natale. Il vient à Paris suivre les cours du Lycée Louis Le Grand pour préparer les examens d'entrée à l'Ecole Normale Supérieure où il fut reçu en 1885. Georges Perrot, alors directeur de la rue d'Ulm, l'engagea à orienter ses études vers la Chine, et lorsqu'il eut passé son agrégation de philosophie en 1888, il envisagea de faire de la philosophie chinoise l'objet de ses principales recherches. Cette même année, il entrait à la Société Asiatique sous le patronage de MM. Cordier et Barbier de Meynard et dès le 11 janvier 1895, il en devint le secrétaire à la place de James Darmesteter. Affecté au Lycée de Lorient, à la sortie de l'Ecole Normale, Chavannes obtint d'être envoyé à Pékin en qualité d'attaché libre à la Légation de France. Il avait suivi les cours de chinois de Maurice Jamentel, à l'Ecole des Langues Orientales vivantes dont il obtint le diplôme mais c'est pendant son séjour en Chine qu'il acquit sa profonde connaissance de la langue. Il s'embarqua pour Pékin le 24 janvier 1889, d'où il adressa une correspondance mensuelle au ''Temps'' sur des questions d'Extrême-Orient et entreprit la traduction de différents classiques chinois dont le Yi Li et le Se-ma Ts'ien. En 1891, lors d'un cours séjour en France il épousa la fille du docteur Henri Dor, le distingué oculiste de Lyon, qui fut pour lui une épouse dévouée. En remplacement du Marquis d'Hervey de Saint-Denys, troisième titulaire de la Chaire du Collège de France: Langue et littératures chinoises et tartares mandchoues, Edouard Chavannes fut nommé professeur de la chaire de chinois le 29 avril 1893 et débuta le 5 décembre de cette même année par une leçon qui obtint le plus vif succès.

 

            En même temps Chavannes poursuivit la publication de son Se-ma Ts'ien qui devait comprendre dix volumes. Successivement parurent, de 1895 à 1901, cinq tomes sur dix de cette grande œuvre dont le second volume obtint en 1897 le Prix Stanislas Julien à l'Académie des Inscriptions des Belles-Lettres. Le Dr Aurèle Stein, à la suite de son voyage en Asie Centrale au cours des années 1900-1901, confia à Chavannes le déchiffrement de nombreux documents chinois qu'il avait rapporté de son exploration notamment ceux qui furent trouvés à Dandan Uiliq dont les dates s'échelonnent de 760 à 790 et se rapportant à la période où l'influence chinoise subsistait encore dans tout le Turkestan oriental. S'intéressant à la pénétration des différents courants religieux en Chine, il écrivit dans de nombreuses revues scientifiques dont ''Le Bulletin de l'Ecole Française de l'Extrême-Orient'', le ''Journal Asiatique'' ou le ''Toung Pao'' et publia entre autre quelques articles sur les Juifs dans l'Empire du Milieu.

            Edouard Chavannes s'éteignit le mardi 29 janvier 1919, en pleine activité scientifique. Sa  perte fut très cruelle pour les études chinoises car il y occupait le premier rang aussi bien en France qu'à l'Etranger.


 

HENRI CORDIER

1849-1925

 

            Après plus d'un demi-siècle d'une production exceptionnellement féconde, Henri Cordier s'éteignit le 16 mars 1925. Le dernier jour de ce brillant savant refléta toute sa vie, faite de labeur personnel incessant et de dévouement ponctuel aux institutions scientifiques qui l'avaient élu parmi leurs dirigeants.

 

            Le père d'Henri Cordier, Ernest Jérome, se rendit aux Etats-Unis où il fut d'abord commissionnaire en marchandises, puis s'occupa de banque. En 1848, il épousa à Mobile (Alabama), Victoire Amélie Henriette Oudin, d'origine française. Le 8 août 1849, Henri Cordier naissait à la Nouvelle-Orléans et en 1852 toute la petite famille était rentrée en France. Henri Cordier, après avoir commencé ses études à l'institution Truffier, passa en 1857 au Collège Chaptal puis en 1865  à l'institution Massin et suivit ainsi les cours du Lycée Charlemagne; entre temps, son père, chargé de fonder à Shanghaï une agence du Comptoir d'Escompte, était parti pour la Chine, où il fut bientôt rejoint par sa femme et son fils. Henri et Victor allaient souvent voir leurs parents Caillebotte. C'est à cette parenté que fut réalisé le portrait d'Henri Cordier par Gustave Caillebotte. Ernest Cordier et les siens revinrent de Chine en 1864. Cette même année, Henri Cordier fit un premier voyage en Angleterre avec son père pour apprendre la langue à fond. Bien qu'il ait voulu faire des études à l'Ecole des Chartes, son père l'envoya à Shanghaï où il comptait de nombreuses amitiés. Cordier s'embarqua à Marseille le 18 février 8169 et arrivait à Shanghaï le 7 avril. Il entra dans la grande maison américaine Russell and Co, où on lui confia très vite un poste important. En 1876, Cordier n'entendait quitter la Chine que pour un congé mais sur le chemin du retour il trouva à Suez une dépêche de Prosper Giquel, le créateur de l'arsenal de Fou-Tcheou, qui lui demandait de devenir à Paris le secrétaire de la Mission chinoise d'instruction. Cordier accepta et rentra, il ne revit jamais le pays dont l'étude allait occuper le demi-siècle qui lui restait à vivre. Le 25 mai 1886, il épousa Marguerite Elisabeth Baudry, fille d'un associé de la Galignani's Library.

 

            Pendant son séjour en Chine, Henri Cordier s'était lié avec S. Wells William, Bretschneider, l'abbé Armand David, le P. Aloys Pfister, et surtout les deux meilleurs sinologues qui aient vécu en Chine au XIXème siècle, Palladius et Wylie. En 1871, deux ans après son arrivée en Chine, il était devenu bibliothécaire honoraire de la ''North China Branch of Royal Asiatic Society''.  En 1877, à Paris, il donnait à la ''Revue Critique'' un premier article, consacré à l’Extrême-Orient au Moyen Age de Louis Backer puis se lia bientôt avec Charles Schefer, administrateur de l'Ecole des Langues Orientales vivantes. Leurs relations devinrent presque quotidiennes quand Cordier fut chargé en 1881 du Cours d'histoire, de géographie et de législation d'Extrême-Orient laissé vacant à l'Ecole des Langues Orientales par la mort de Pauthier. L'étude des anciens voyageurs européens en Asie a occupé Cordier jusqu'à son dernier jour, il fit en outre rééditer ''The Book of Ser Marco Polo'' du Colonel Sir Henry Yule avec une révision, qui, tout en respectant le texte primitif de Yule, y ajoutait ce qu'il fallait de rectifications ou de précisions, c'est à Henri Cordier que cette mise au point fut demandée. Chargé d'un cours d'histoire, de géographie et de législation de l'Extrême-Orient en  1881, titulaire de ce cours en 1888, en outre professeur à l'Ecole libre des Sciences Politiques pendant quelques années à partir de 1886,


ses travaux d'histoire et de géographie s'étendent à l'Extrême-Orient tout entier. En 1873, il avait connu à Shanghaï Francis Garnier, quand celui-ci, appelé par l'amiral Dupré, partit remplir au Tonkin la mission où il devait trouver un mort glorieuse. Garnier, homme d'action, était aussi un savant, Cordier lui consacra une nécrologie émue. Rentré en France, Henri Cordier avait commencé à écrire à la ''Revue Critique'', au ''Journal des Débats'', à la ''Revue d'histoire des religions'', à la ''Revue Historique'', mais il lui manquait une revue où ses travaux puissent paraître en abondance, il fonda chez E. Leroux  ''La Revue d'Extrême-Orient'' mais faute de caractères chinois il dut abandonner cette publication au bout du 3è numéro en 1887. Un peu plus tard, Cordier trouva enfin l'instrument dont il avait besoin, il prit la direction de la revue internationale ''Toung Pao'' que l'éditeur E.J. Brill offrait d'imprimer à Leyde. Le premier numéro parut en 1890.

 

            Henri Cordier fut nommé, en 1892, membre du Comité des travaux historiques et scientifiques  du Ministère de l'Instruction Publique, puis en 1908 élu à l'Institut et fait Officier de la Légion d'Honneur. Le caractère scientifique de Henri Cordier fut bien remplie et couronnée de différents titres: Président de la Société française de Bibliographie, Président du 52è congrès des Sociétés Savantes, Vice-Président  de la Société Asiatique, Président de la Société de Géographie, Administrateur adjoint de l'Ecole des Langues Orientales vivantes, Président de la Société Ernest Renan. Il meurt le 16 mars 1925 et les plus grandes personnalités du monde scientifique vinrent se recueillir sur sa dépouille mortelle dans le petit cimetière de Yerres.

 

 

PAUL PELLIOT

(1878-1945)

           

            Si la renommée d'un savant français se résumait à la longueur de sa notice dans un dictionnaire de grande marque, pour certains celle-ci n'irait pas loin - si tant est qu'elle y paraisse déjà. Dans un ''dico-digest'' l'action de Paul Pelliot se réduit à son expédition scientifique à Dunhuang. Pourtant, Paul Pelliot fut l'un des plus fameux savants de son temps en tout ce qui touche l'Extrême-Orient. Doué d'une remarquable mémoire, d'un grand sens critique, d'un pouvoir analytique excellent, Pelliot a laissé un grand nombre d'écrits autour des  travaux qu'il avait entrepris et notamment ceux concernant l'Asie Centrale qu'il connaissait très bien. Non seulement, il fut pendant de longues années au premier rang de tous les départements des études chinoises, bibliographiques, linguistiques, critiques textuelles, recherches historiques, archéologiques, histoire de l'art, histoire des religions, mais également dans les études mongoles et iraniennes.

 

            Né en 1878, après des études à Paris avec des maîtres tels que Sylvain Lévi, Chavannes et Cordier, il arriva en 1900 à Hanoï comme ''pensionnaire'' de l'Ecole Française de l'Extrême-Orient qui venait d'être fondée. Après une première mission à Hué dans le Annam, il fut envoyé en Chine, se perfectionner dans la langue chinoise, selon le décret du 15 février 1900 du Gouverneur Général de l'Indochine sur les recommandations du directeur de l'Ecole; Louis Finot.


            Il arriva à Pékin alors que les délégations étrangères étaient assiégées par les Boxers et ira jusqu'à pénétrer dans le quartier général des Jung Lu''. Durant cette période à Pékin il réunit une collection complète de livres chinois traitant de l'Indochine, des Indes orientales et des provinces chinoises bordant le Tonkin. Cette bibliothèque a malheureusement disparu dans l'incendie qui détruisit la maison des élèves interprètes de la légation française. Après la délivrance des légations, à la suite de laquelle il reçut la Légion d'Honneur pour sa conduite héroïque durant le siège, il acheta quelques peintures et des livres rares parmi lesquels deux volumes du Yung-lo-ta-tien.

 

            En 1901, il rentra à Hanoï où il fut nommé professeur de chinois à l'Ecole et après un second séjour à Pékin, il revint s'installer en France. Au cours du premier congrès international des Etudes d'Extrême-Orient, du 3 au 8 décembre 1902, il tint le poste de Secrétaire Général.

 

            Dès son retour à Paris, il avait commencé à publier des articles dont le premier traitait du catalogue des livres chinois, coréens, japonais etc...., de la Bibliothèque nationale. Il publia également différents travaux sur les études qu'il effectua et le premier traitait  des résultats de sa mission à Hué en 1903 avec la collaboration du Père Cadière, missionnaire à Annam. Il participa à différentes expéditions, en effet les Russes, les Allemands, les Suédois et les Anglais, dans les dernières années du XIXème siècle, explorèrent une partie du Turkestan. Les découvertes archéologiques résultant de ces missions causèrent d'énormes sensations dans le monde scientifique et une association internationale, dont le quartier général était à Saint-Pétersbourg, fut fondée pour l'exploration de l'Asie Centrale.

 

            Hélas la France n'était pas représentée sur le terrain mais le Comité français qui avait été formé en connexion avec l'association internationale, et son Président M. Senart, prirent l'initiative d'une mission en Asie Centrale. L'Institut, le Ministère de l'Instruction Publique, le Muséum d'Histoire Naturelle, et différentes sociétés géographiques se joignirent à l'entreprise qui fut confiée à Paul Pelliot. Cette mission dura du 15 juin 1906 à octobre 1908 au cours de laquelle il explora à Dun Huang le site des grottes aux mille bouddhas, où Aurel Stein avait déjà trouvé une page de ''Selihot''.

 

            En 1911, Paul Pelliot fut nommé Professeur au Collège de France à la Chaire de Langue et d'Histoire de l'Asie Centrale. Il fut ensuite élu en 1921 à l'Institut et participa à l'expédition en Sibérie comme attaché militaire de la délégation française à Pékin. Il s'exprima et édita durant sa longue carrière dans différentes revues: ''Le Journal Asiatique'', le ''Bulletin de l'Ecole Française d'Extrême-Orient'' ou le '' Toung Pao''. Comblé d'honneurs il mourut le 26 octobre 1945.


          Je remercie le Prof. Pan Guan, doyen du département des Etudes Juives à l’Université de Shanghaï pour ses renseignements et son soutien. J’adresse également mes tous particuliers remerciements à Jean-Claude Kuperminc et tout le personnel de la Bibliothèque de l’Alliance Israélite Universelle, ainsi qu’à Maurice Skornik, Président du Cojasor, aux directeurs des bibliothèques de l’Extrême-Orient du Collège de France et de la Mazarine pour avoir mis à ma disposition leur temple du savoir.

 

                                                                                                                                    Frédéric Viey.

                                                                                                                                    Avril 2004