2°) Axe Nord/Est: Paris, Meaux, Château-Thierry, Epernay, Reims. Des routes à partir de Meaux menaient à Coulommiers, Provins,
Les structures des Communautés Juives dans la France Médiévale.
Les Communautés Juives en France et plus particulièrement en Bourgogne et en Champagne au Moyen Age étaient situées dans des villes longeant un cours d'eau. Le quartier juif étaient le plus souvent intra-muros dans la ville basse et se groupait autour de :
Le Hekdech. L'hospice qui servait d'hôtel pour les hôtes de passage et d'hôpital en cas de nécessité s'appelait en hébreu: Hekdech. Cet hospice médiéval servait aux malades incurables et aux voyageurs étrangers, aux pèlerins en étape et en escale. Il est difficile de préciser proportionnellement et historiquement ce qui, dans son étymologie de "sacré" (hekdech: consécration) l'assimilait aux oeuvres ou aux destinations sacro-saintes, inviolables et intangibles, comme ce qui appartient exclusivement à Dieu. Il est certain que cette institution des oeuvres, des fonds et des immeubles consacrés a existé chez les Juifs depuis la plus haute antiquité. la Bible ne raconte-elle pas que le roi Uziya, malade de la lèpre, s'isola dans un "noscocomium". Quelques léproseries et maladreries entouraient les Communautés Juives de l'Yonne.
Une Communauté juive est composée d'au moins dix hommes et adolescents âgés de plus de treize ans. C'est-à-dire un groupe de dix hommes majeurs pouvant se réunir pour lire la Thora (Loi). Dans certaines Communautés, il a été d'usage d'agréger au miniyan un enfant mineur qui tenait dans ses mains un Pentateuque, l'ensemble formant une entité majeure. A la tête de la Communauté se tenaient les "Parnassim", "syndics" ou autrement appelés les "Shiva Tové-Ha'ir", ''les Sept Bons de la Ville''. Les Parnassim administraient les affaires communes et pouvaient se constituer en tribunal. Les règles de la Communauté (Takkanot) étaient édictées selon les décisions des grands sages d'Israël. Les administrateurs de la Communauté fondaient leur autorité sur cinq principes: 1) Le Herem Bet Din (Excommunication par Justice); qui permettait de juger les membre et le cas échéant de les frapper d'excommunication, 2) le Herem ha Iqul; qui contraignait le dépositaire à restituer un bien confié; 3) le Hezkat Ha Yischouv (accord de la Communauté); droit de résider dans l'agglomération donné par la Communauté des Juifs déjà installée sur place, 4) le Herem ha Yischouv (Excommunication de la Communauté); excommunication contre toute personne qui désirerait s'établir sans autorisation de la Communauté, 5) la possibilité d'interrompre la prière publique pour accélérer le cours de la Justice communautaire.
Les taxes imposées aux Juifs de France du Nord.
Dans la dernières moitié du XIVème siècle les registres du trésor font ressortir la perception d'une partie de l'impôt des Juifs. Ils sont appelés "Introïtus sive exemptorum Judeorum", il semble que ces registres permettaient d'enregistrer les juifs ayant acquitté péage et partant exempts car les sommes ne dépassaient pas vingt francs.
Différents documents font état des débiteurs des Juifs, qu'ils soient de famille royale, de nobles, de soldats ou de simples bourgeois. En matière de créance, Roger Kohn propose pour un certain nombre de cas, la solution suivante: "Trois bourgeois, deux de Paris et l'autre d'Auxerre cotoyent des marchands italien - il n'est pas sûr qu'ils soient des débiteurs, ils pourraient être des créanciers rivaux intéressés au même débiteur - et de gens de métiers: un boucher, un aumussier....."
A la fin du XIVème siècle, les noms des collecteurs des Juifs pour le Trésor Royal étaient: Vivant de Montréal de 1383 à 1387, Léonnet de Seneu de 1385 à 1388, Moreau du Port, Léonnet de Baynes Isaac Cristofle et de 1389 à 1394. Benion de Salins a rempli seul cette fonction. Benion de Salins a longtemps habité Montereau avant de partir résider à Paris, fin mars 1395 il versera encore trente deux livres parisis au Trésor.
Emile Lévy fait état de la présence de plusieurs juifs dans l Yonne notamment à St- Florentin, arrondissement d Auxerre; à St-George-sur-Yonne, canton d Auxerre; à Avallon, à Cens (Sens)et à Nuilley (Neuilly). Les Juifs, admis à résider dans le Comté de Bar, devaient payer annuellement la censive, le droit de résidence dans cette Province.
Une étude sur la "Contribution à l histoire des Juifs en France sous Philippe-le-Bel" évoque la répartition des juifs à l époque de ce roi de France. Ce travail est basé sur quatre sujets:
1.Les localités du domaine royal ou rattachées à l administration royale.
2.Certaines localités groupant des Communautés Juives; un rôle d imposition en témoigne, d autres ne comptent que quelques individus parfois un seul
3.Lorsque la localité est donnée comme lieu d origine d un juif, est il légitime de la faire figurer sur la liste? Elle peut fort bien, suite à une expulsion locale ou d un départ volontaire, ne plus comprendre de juifs.
4.Une localité apparaissant une fois dans les comptes royaux peut ne plus apparaître après une autre liste.
Dès 1285, Philippe-le-Bel réclama des Juifs de Champagne comme don de joyeux
avènement: 25.000 livres.
1288 une nouvelle taille leur fut imposée.
1291: nouvelle taille
1293: la taille
1296: la taille
1298: elle est augmentée d'une subvention du quatorzième
1299, 1300 et 1301 elle fut encore perçue.
Dans les registres royaux, en ce qui concerne l Yonne, on trouve en 1298 et 1299, les localités suivantes:
Avallon: 1 juif (origine)
Sens: 1 juif
Un sergent du Châtelet, Robert Hobe, qui, en 1298, était fermier des rouelles des Juifs de Champagne, remplissait les mêmes fonctions que Daniel le Breton mais seulement pour les juifs de Champagne.
Les notaires et tabellions du Royaume furent obligés de dresser les actes des Juifs lorsqu'ils en étaient requis. Toutes les fois que les Israélites jugèrent nécessaire de lever des fonds sur leur communauté, ils purent nommer un ou deux commissaires dans chaque ville pour imposer les tailles et en percevoir le montant. Ceux qui refusaient de payer devaient être contraint par la justice.
Les Rois de France furent de plus en plus avides et établirent sur les Juifs de véritables contributions. Il en coûta vingt cinq mille livres aux Juifs de Champagne pour satisfaire en 1284 Philippe-le-Bel quand il prit possession du Comté de Champagne et par la suite Philippe-le-Long exigea cent mille livres des Juifs de ses domaines sous un prétexte semblable en taxant également les Juifs de Paris et de Navarre.
Dans les Revenus tirés des Juifs dans le domaine royal, L. Lazard reprend l ordonnance de 1288 où il est fait état que dans chaque bailliage on trouvait un ou des juifs qui versaient entre les mains des fonctionnaires royaux le produit des tailles de la baille. Pour la Champagne, Joucet de Pontoise (comptes 1299-1300 n°8 et 102) et Vivant de Troyes (compte 1298-99 n° 1 et 9) furent les percepteurs juifs devant les officiers royaux.
En 1364, Manassé de Vesoul fut nommé commissaire des Juifs pour le Nord de la France.
Le sceau de la prévôté de la Ville d'Auxerre est appendu à un acte passé le 28 octobre 1376. Le tabellion enregistrait alors la reconnaissance de dette de Jehan de Marcenac, un juif converti, et de sa femme Delinette, qui fut autorisée à signer l'acte "de l'auctorité, gré et volonté et consentement dudit Jehan, son mary". Ce couple reconnaissait ensemble et pour chacun pour soi devoir quatre cents "florins francs et d'or et de bons pois de coing du roi" de monnaie présente, c'est à savoir francs d'or pour vint sols tournois. Les créanciers étaient deux Juifs, Salomon de Vesoul et Abraham du Pont. Les débiteurs s'engageaient sur leurs corps et sur leurs biens à défaut de payement; ils engageaient leurs héritiers, promettaient de ne pas faire opposition à un porteur de lettres obligatoires ou à un procureur des Juifs, de ne pas invoquer des excemptions soit d'église, soit de droit civil, telles celle en faveur des femmes. Cet acte est authentifié devant le tabellion-juré par le garde du sceau de la prévôté d'Auxerre. (AN. JJ 112.134r-135r n° 245).
Le premier des grands débats sur le Talmud, qui vont égrener les siècles, eut lieu en 1240. Nicolas Donin, un juif converti de La Rochelle qui avait fait l'objet d'un "Herem" (excommunication majeure), se rendit auprès du Pape Grégoire IX et lui décrivit les "horreurs" que contenait la littérature rabbinique. Le Pape envoya aux Evêques et aux Souverains de l'Occident une lettre dans laquelle il demandait de saisir tous les livres Juifs. Le Pape découvrait que les juifs ne se contentaient pas de la Bible mais disposaient également d'un corpus de textes religieux tendant à expliquer l'Ecriture Sainte. Ce n'est qu'en France où la demande de Grégoire IX fut satisfaite. Le Samedi 3 mars 1240, les livres des Juifs furent confisqués et les autorités organisèrent une disputation solennelle qui n'était en fait que le procès du Talmud. Le 25 Juin 1240 se tint à Paris un colloque sur les écrits talmudiques au Palais du Roi, sous la Présidence de Blanche de Castille. L'accusation était soutenue par Nicolas Donin, les Juges étaient:
Gauthier de Cornut, Archevêque de Sens
Guillaume, Evêque de Paris
Geoffroy de Belleville, chapelain du Roi
Odo de Châteauroux, chancelier de l'Université et également Evêque de Senlis.
Judah ben David de Melun (Chef de l'Ecole Rabbinique de Melun et Maître de Meïr de Rothenburg)
Samuel ben Salomon de Château-Thierry, connu également sous le nom de Sir Morel.
Moïse de Coucy, né à Coucy prés de Soissons,
Yéhiel de Paris, Chef de l'Ecole Académique Talmudique de Paris.
Yéhiel de Paris a laissé un compte-rendu de cette disputation sous le titre de "Vikuakh" et précisait: "Que nous reprochez vous donc pour nous avoir convoqués ici et pour combattre notre Loi et nous dresser contre nos âmes? C'est à cause de ce malandrin qui a attiré sur nous des malheurs - mais c'est en vain qu'il s'est torturé l'esprit, car nous mourrons pour elle (la Torah): celui qui y touche, touche à la prunelle de nos yeux..... Voici que nos corps sont entre vos mains, mais non point nos âmes et vous pourrez éliminer la Torah que dans votre royaume".
Le Talmud fut finalement condamné à être brûlé. En 1242, Louis IX ordonna un autodafé et vingt quatre charretées de manuscrits hébraïques furent livrées aux flammes en Place de Grève à Paris.
Sous l'impulsion de ses comtes, la Champagne a connu un essor économique remarquable; elles attiraient marchands et changeurs. En effet les foires de Champagne et de Brie ont joué un rôle considérable dans le développement du commerce de la France et de l'Etranger. Elles étaient au nombre de six; qui, du commencement de l'année jusqu'à la fin, et se tenaient chacune pendant six semaines environ à Lagny-sur-Marne, à Bar-sur-Aube, à Provins et à Troyes. Les foires de la Saint-Jean à Provins et celles de la Saint-Rémy étaient les plus réputées. Ces foires furent une source d'abondance et de prospérité pour les champenois. Ces foires avaient une administration particulière: Garde des foires, Baillis, Notaires, Prévôts, Sergents, Chancelier (garde du sceau des foires) et les engagements pris aux foires faisaient loi. Ces grands marchés occupaient à Troyes le quartier Saint-Jean-au-Marché, qui au début n'était pas bâti. Les changeurs installés dans des logettes avec table, tapis, balances, étaient des Lombards, des Cahorsins et des Juifs. Le négoce se faisait sur toutes sortes de marchandises qui provenaient de la Champagne elle-même, des provinces françaises et de l'étranger. Dans la région champenoise régnait une activité remarquable, les centres industriels étaient nombreux et chacun avait sa fabrication particulière: draps de Provins, de Troyes, de Lagny, de Reims ou de Châlons, futaines de Bar-sur-Aube, gris d'Arcis ou serge et étamine de Reims. Cette effervescence en Champagne attira relativement très tôt de nombreuses Communautés Juives. Au XIIIème siècle, les Juifs vivaient partout dans cette province et particulièrement à Troyes, Reims, Sens, Provins, Bray-sur-Seine, Châlons-sur-Marne, Epernay et Château-Thierry. Les Grands Centres d'Etudes Juives de Champagne furent: Troyes, Dampierre, Ramrupt, Sens etc...
Dès 279, il y aurait eu une colonie importante de Juifs à Vitry-en-Perthois. L'auteur des "Fragments sur Vitry" prétend qu'ils établirent dans cette région avant l'établissement du christianisme. Vitry aurait renfermé deux temples; l'un païen et une synagogue. D'autres historiens signalent la présence de Juifs dans les Gaules vers 136 de l'ère chrétienne. Au Xè siècle on trouve des juifs dans tous les comptoirs, dans toutes les grandes foires, exploitant le domaine commercial et déployant une grande activité industrielle.
La Champagne a donné un grand nombre de savants juifs dont la plupart ont participé à certains synodes ou conciles qui permirent le remaniements des "Anciennes règles pour l'Etudes de la Torah" compilées dans le Talmud. Les Tossafistes (Auteurs d'addition) ajoutèrent de nouveaux commentaires ou réserves à l exégèse de Rachi sur le Talmud de Babylone.
Parmi les grands maîtres champenois au XIIè, XIIIè et XIVè siècle, outre Rachi, il faut compter:
- Joseph Ben Samuel dit Tobelem. Autorité rabbinique majeur de France et poète. - Jacob Ben Samson, (début du XIIème siècle). Disciple de Rachi. - Rachbam: Samuel ben Meir dit (1080-1171). Exégète de la Bible et du Talmud et Tosafiste. Petit-fils de Rachi, ses commentaires jouissent toujours d'une grande réputation, en particulier celui sur le Traité "Bava Batra" du Talmud Babli. - Rabbénou Tam. Rabbi Yaacov ben Meïr, surnommé Tam (le Parfait). Né vers 1100 et décédé en 1171, ce Tosafiste français fut l'un des plus importants de son temps. Petit-fils de Rachi, on lui doit la matière principale des Tossafot du Talmud de Babylone, ainsi qu'une somme le "Responsa", réunies dans le Sefer Hayachar (le livre du Juste). - Abraham le Prosélyte (XII siècle). Originaire de Hongrie. Converti au Judaïsme, il fut un disciple de Rabbénou Tam. - Békhor Schor ou Joseph Ben Isaac. Exégète du Talmud, poète et tossafiste, il vécut dans le Nord de la France notamment à Orléans et fut un disciple de RabbénouTam. - Elhanan ben Isaac de Dampierre (décédé en 1184). Tosafiste français, il subit le martyr dans des circonstances mal connues. - Isaac Ben Samuel de Dampierre dit Ri (décédé en 1185). Tosafiste, neveu et disciple de Rabbénou Tam. Il fut l'un des grandes figures en Halakha du Judaïsme du Nord de la France et de l'Allemagne. Il enseigna dans l'école talmudique de cette ville. - Isaac Ben Abraham de Dampierre, dit le Jeune. Fils de Ri, il dirigea l'école locale jusqu'au début du XIIIème siècle. Il entretint une correspondance avec Meir Ben Todros Abulafia de Toléde et son enterrement fut décrit par Rabbi Perez de Corbeil. - Jacob ben Ascher (environ 1270-1340). Autorité décisionnaire, fils et disciple de R. Acher ben Yéhiel. Il est l'auteur de "Arba Tourim" (les quatre colonnes). - Moïse Ben Jacob de Coucy (XIIIème siècle). Tosafiste et prédicateur, il ramena, par milliers, les Juifs d'Espagne au repentir et prit part à la disputation de Paris sur le Talmud contre Nicolas Donin, en 1240. Son oeuvre maîtresse est le Sefer Mitsvot - Gadol (SEMAG). Ce livre codifie la loi orale en s'appuyant sur le Michné Torah de Maïmonide - Yéhiel Ben Joseph de Paris (décédé en 1265): Talmudiste et tossafiste français, il fut l'un des principaux protagonistes de la Disputation de Paris en 1240. Il s'exila à Saint-Jean-d'Acre où il fonda une école talmudique. - Estori Ha Parhi, écrivit dans son "Livre du bouton et de la fleur" (Sefer Kaftor wa-Ferah): Je rappelerais aussi la date de la ruine du petit temple, la ruine des collège et synagogue de France et de la marche provençal survenue en mon temps". Estori (Isaac Ben Moïse) Ha-Parhi ou Farhi, né en 1280 dans le Midi et mort vers 1355, voyagea en Palestine. Elève de Jacob ben Makhir Ibn Tibbon, il fut géographe et médecin.
Parmi les écoles rabbiniques de Champagne, Rabbi Gershom cite celles de Provins, Sens, Bray-sur-Seine, Bar-sur-Aube, Joigny, Mussy-sur-Seine qui ne sont pourtant pas attestées comme telles avec certitude mais des rabbins de renom furent originaires de ces localités. Rabbin Gershom dénombre soixante douze savant et rabbins champenois. D'après une notice d'origine française, vers 1150: "Les savants de Troyes, d'Auxerre, de Reims, de Paris et de ses environs, de Lyon, etc., et les grands de Lotharingie" sont sur la même ligne. En effet, la Champagne va être le centre nerveux du développement des sciences rabbiniques. La pratique du Judaïsme sera le principal caractère enseigné dans les principales écoles rabbiniques (tossafistes) de la Champagne entre le Xè et la fin du XIVè siècle. A la mort de Rachi (le 20 Tamouz 4865, juin-juillet 1105), de nombreux centres d'enseignement supérieur s'étaient formés à Ramrupt, à L'huître, à Sens, à Melun, à Meaux, etc... Rachi maria ses trois filles à trois savants réputés, ses petits enfants furent: Rabbi Samuel ben Meïr (Raschbam), R. Isaac ben Meïr et R. Jacob ben Meïr, plus connu sous le nom de Rabbénou Tam (Notre Maître l intègre). Meschulam ben Nathan, né à Narbonne en 1120, s'établit à Melun et entretint une correspondance avec Jacob ben Meïr Tam avec qui il était en conflit; son petit fils sera Nathan ben Joseph l'Official de Sens. Les célèbres savants de l'époque des tossaphistes furent: Isaac ben Joseph de Corbeil, mort en 1280, gendre de Yéhiel de Paris; il fut l'élève de Samuel d'Evreux et maître de Perez ben Elia de Corbeil, Joseph ben Isaac Bekhor Shor d'Orléans; qui vécut dans le nord de la France au XIIème siècle; Yéhiel de Paris également appelé Sire Vives; né à Meaux, mort vers 1260, il vécut à Paris puis émigra en Palestine. Il fut l'élève de Juda ben Isaac (Sire Léon de Paris) et dirigea la Haute Ecole Talmudique de Paris puis de Saint Jean d'Acre. Il défendit le Talmud lors de la disputation de 1240 face à Nicolas Donin; Jacob de Paris; seconde moitié du XIIIème siècle, Elève à Paris de Yéhiel qui l'envoya vers 1258 en Palestine recueillir des fonds pour son école; etc.... Parmi les contemporains des petits fils de Rachi, M.A. Gerson dans son livre: "Les Juifs en Champagne" a recensé tous les rabbins et les savants originaires de la Champagne, pour l'Yonne, il fit ressortir:
· R. Isaac ben Salomon, contemporain de Rabbénou Tam, avec lequel il a signé lesdécisions du synode de Troyes. · R. Eliézer de Sens, correspondant de R. Tam · R. Moïse de Sens, tossafiste · R. Nathan ben Joseph l'Official.( Joseph ben Nathan ben Meschulam d'Etampes)Né dans la seconde moitié du XIIIème. Il tenait la charge d'Official (Bailli)auprès de l Archevêque de Sens. C'est le petit-fils de Meschulam ben Nathan de Melun. Tosafiste il a écrit "Perush le-Masekhet Taanit" (Commentaire sur le Traité Taanit). · R. Joseph Nathan l'official (bailli). Né au XIIIème siècle, il vécut à Sens et fut 'agent financier de l'Archevêque de cette Ville. Auteur du fameux livre de polémique religieuse sous le nom de Joseph le Zélateur (Joseph Hamékamé). Cebrillant polémiste soutint des controverses avec les évêques de Vannes, Meaux, Poitiers, Angoulême. Son père était Nathan ben Joseph l'Official. . Joseph ben Nathan l'Official cite deux fois la ville de Sens dans son livre (n° 46 et 80). · Isaac Halévy ben Yéhouda. Il composa à la fin du XIIIè siècle une compilation sur le Pentateuque sous le nom de Paanéah Raza "Révélateur de Mystères" et désigné dans un manuscrit d'Oxford comme le "Tossafiste de Sens". · Yéhouda de Sens · Simon de Sens, auteur de : Igeret (lettre à Meïr Halévy Abulafia sur Maïmonide) Piyout (poème) Perush al Seder Zéraïm (commentaire sur l'ordonnancement du traité Zéraïm) Perush al Seder Tohorot (commentaire sur l'ordonnancement du traité Tohorot). Perush al Sifra (commentaire sur la Sifra) Tossafot (gloses additionnelles) Teschuvot (Responsa) · Un pseudo Simon de Sens a écrit : "Shaarey Midot"; "les Portes des Vertus".
Les chefs de la Communauté étaient alors: Joseph de St-Mihiel, Salomon de Balme et David, son père. En 1387, il n'y avait que quinze familles juives, réparties dans la Bourgogne, laissant loin le chiffre de cinquante-deux, fixé par le Duc. Les compte des receveur de tailles dès 1395 ne parlent plus de Juifs, il en reste pourtant mais sans protection et sans rien qui ne garantisse leurs vies et leurs biens. Ils finirent par disparaître de Bourgogne. Seuls Salomon de Balme habitait encore à Dijon en 1417 et Maître Abraham habitait à Serre.
Auxerre faisait partie du Sénonais. Pillée par les Huns en 451, prise par les Francs en 486, elle fut le siège d'un comté carolingien qui passa à la maison de Nevers. Elle fut achetée par Charles V mais cédée à la Bourgogne en 1435. Auxerre fut le siège des Conciles de 578 et 1098. Elle fut la patrie de Saint-Germain, Evêque d'Auxerre; du Patrice Mummolus et des moines Héric et Rémy.
Vers 1008, les chroniques racontent qu'un juif bourguignon fut envoyé vers le Soudan, de Babylone comme émissaire du Roi de France. Raoul Glaber dit que ce fut un serf de Moutiers (diocèse d'Auxerre): "Videlicet girovagum ... nomine Rotbertum fugitivim utique servum" et donne pour date 1007. Au Moyen-Age (XIIème siècle) les rabbins d'Auxerre participèrent avec ceux de Sens, de Troyes, de Dijon, de Paris et d'Orléans à des réunions où furent codifiées les décisions religieuses qui devaient régir la vie des Communautés juifs du Nord de la France (Tsarfat). Lors du premier synode, les souscriptions des décisions portent: "Ces ordonnances ont été examinées et adoptées par les anciens et les savants de Troyes et des environs, par les grands d'Auxerre, les savants de la région du Rhin, les docteurs de Paris et leurs voisin; les rabbins de Lyon, de Carpentras, de Lombardie, des bords de la mer, d'Anjou, du Poitou, et par les grands de la Lorraine". Les décisions furent contresignées, selon un manuscrit par les trois frères célèbres de Ramrupt: R. Salomon, R. Isaac et R. Tam; par Samuel ben Jacob, d'Auxerre; Isaac ben Salomon, de Sens; Isaac ben Néhémia, de Dreux; Menahem ben Peretz, de Joigny, etc..... En son temps, Rachi avait répondu aux treize questions posées par les rabbins d'Auxerre.
La juridiction des Juifs dépendait du Comte, du Chapitre de la Cathédrale et de l'Abbaye de Saint-Germain d'Auxerre. En 1148, le Comte Guillaume II avait manifesté de la prévention et de l'hostilité contre les Juifs. Un moine anonyme dédia au Comte Guillaume d'Auxerre un écrit sur inutilité de la circoncision: "Ad destruendam ergo fallacem eorum de circumcisione controversam opusculum hoc annuente deo, composui" et fit l'état des problèmes engendrés par la circoncision. Il demanda au Comte de faire préparer une argumentation pour une disputation avec les Juifs. Les Juifs furent bannis d'Auxerre par le Comte Pierre de Courtenay, neveu de Louis Le Gros, entre 1184 et 1206 en cédant aux sollicitations du clergé. Avant d'expulser les Juifs, le Comte Pierre avait fait en 1194 un règlement relatif à l'usure. La même année il vendit une place qui appartenait aux Juifs dans la "Rue des Juifs". En les chassant de la ville il leur confisqua leur cimetière et leur synagogue qu'il convertit en église. A travers d'autres documents les historiens retrouvèrent les traces des Juifs dans l'Auxerrois.
Depuis de nombreuses années les juifs s'étaient fixés à Auxerre. Ils y occupaient une rue toute entière qui portait leur nom. Le Quartier Juif dans la cité, près de la Porte Fechellé ou fiscale et la synagogue un peu plus haut. Selon le Cartulaire d'Auxerre, la rue principale du Quartier juif était: "La rue des Juifs". La "rue du puits des Juifs" est devenue la "Rue du Pont".
· La synagogue
La synagogue était située un peu plus haut presque dans le milieu de la ville médiévale. Pierre de Courtenay, Comte d'Auxerre chassa en 1204 tous les Juifs de son Comté, s'empara de leur synagogue et en fit une chapelle catholique sous les vocables des Saints Nicolas et Reinobert (Regnobert, Renobert).
· Le Cimetière Juif
En 1253, la Princesse Mahault ou Mathilde, fille du Comte Pierre donnait aux Ecoliers, dit les Bons Enfants, d'Auxerre la place des Cordeliers. Cette place recouvrait l'ancien cimetière Juif d'Auxerre. Ce Cimetière Juif était situé près des Jacobins.
L'abbé de Saint-Germain possédait quelques juifs pour lesquels il payait au Trésor Royal une certaine somme. Philippe-le-Bel, dans ses moments de grande détresse pécuniaire, avait soin de la réclamer impérieusement.
Des lettres furent adressées à l'Evêque d'Auxerre et au Comte de Nevers par le Pape Innocent III en 1207 et 1208. Il se plaignait que les Juifs d'Auxerre aient refusé de payer la dîme ecclésiastique sur leurs champs et leurs vignes et qu'ils devaient également payer la surproduction de leur vin devant servir aux chrétiens pour les offices religieux.
La princesse Mahault avait réglé en 1223 les droits et privilèges des habitants d'Auxerre en fixant les conditions auxquelles les juifs pouvaient prêter de l'argent. Elle avait permis les prêts, pourvu qu'ils fussent en présence de deux témoins chrétiens, à trois deniers, par livre, par semaine, et que l'argent ne portât de l'intérêt que la première année.
Pour satisfaire Hugues de Noyes, Evêque d'Auxerre, Pierre de Courtenay avait chassé tous les juifs de la ville. Ils n'y rentrèrent qu'après la mort du prince pour y être tolérés pendant deux siècles. Les Juifs furent de nouveau chassés en 1306 et revinrent à Auxerre en 1315 et en 1359. En 1393, la ville d'Auxerre se tourna vers les autorités de Paris pour faire expulser les Juifs de son territoire. Dans l'état des documents, il est impossible de savoir si l'effet a été immédiat ou si les Juifs d'Auxerre furent chassés en conjonction avec l'expulsion définitive de 1394. Une ordonnance royale de 1398 déclarait nulle et non avenue toutes les dettes que les juifs possédaient sur des débiteurs chrétiens à Auxerre.
e pierre tombale juive a été placée au Musée d'Auxerre. Le moulage de cette inscription hébraïque a été déposée dans la Tour de l'Horloge de l'Abbaye St-Germain:
La traduction de cette inscription a été faite par F. Molard, elle dit
"Meir fils de Rabbi Salomon homme Vaillant".
Pour F. Molard, il s'agit "d'un hébreu emprisonné pour dettes, peut être à la requête d'un de ses coreligionnaires".
Chablis
La "Rue des Juifs" aboutit sur la rivière bordant la muraille construite entre 1405 et 1423. C'est dans l'ancienne "Rue des Juifs" que se trouve la synagogue. C'est une maison à deux étages avec une façade Renaissance appelée "de temps immémorial" la Synagogue Au sous-sol, un mikvé était alimenté par un cours d'eau souterrain. Pour la somme de 300 francs le roi Louis IX acheta un juif du Comte de Chablis.
Avallon
En Latin Aballo ou Avallo, département de l'Yonne. Cette localité est citée dans le "Commentaire sur le Pentateuque" de Juda ben Eliézer "Minhat Yéhuda". La Communauté Juive d'Avallon était située dans le Duché de Bourgogne. Cette localité fut visitée au XIIIème siècle par un voyageur juif dont on ignore le nom et qui parle de la Communauté Juive qui y était établie. Dans un article intitulé; "Les revenus tirés des juifs dans le domaine royal au XIIIème siècle", M. Lazard cite, entre autres, une liste de compte de 1298, où figure un "Amandus d'Avallon". M.A. Gerson dans son "Essai sur les Juifs de Bourgogne au Moyen-Age" rappelle que parmi les rabbins tossafistes les plus éminents, il y avait:
· R. Matatia, d' Avallon
· R. Salomon ben Joseph d'Avallon
En effet, c'est à Avallon que naquit Salomon ben Joseph, auteur de poésie liturgique. Il a composé une élégie sur les martyrs d'Anjou en 1236. Avallon a également donné le jour à R. Matatia, dont Juda ben Eliézer rapporta les explications bibliques, d'après les commentaires verbales, dans le ''Minhat Yéhuda'', qu'il a publié sur le Pentateuque en 1313.
Parmi les lettres que Pierre Moreau baille des héritages des Juifs, il est fait mention des biens juifs, saisis à Avallon. Il est alors nommé: "Jacot, le bouchier, Echenote, le Juif."
Les Colonies Juives de Dijon, de Chatillon, de Châlons, d'Auxonne, de Buxy, de Sémure, de Saulieu, d'Avallon, de Montbard, devinrent florissantes. En 1306, lors de l'expulsion des Juifs de France, les commissaires du Duc de Bourgogne opérèrent à Dijon, centre principal de la Juiverie de Bourgogne, à Châlons, à Buxy-le-Royal et à Avallon. A Sémur, à Montbard, à Avallon, à Nuits, à Vitteaux, à Darcey, les commissaires ducaux vaquèrent du 1er au 3 octobre 1307, en juin et en septembre 1308. Enfin le 22 janvier 1309, ils portèrent leur inventaire à Montbard.
L'Ordonnance de Philippe V fut exécutée en Bourgogne et selon un mandement de ce prince, une indemnité par don de 1000 livres fut faite au Duc, son gendre. Celui-ci, habitué à toucher 2000 livres de cens annuel des Juifs établis dans ses états, se voyait privé par la saisie de leurs personnes et de leurs biens exécutée par les sergent du bailli royal de Sens de cette manne.
Les juifs revinrent à Avallon après 1306 mais il n'y a plus de Juifs dans cette ville en 1386-1387.
Tonnerre
Le premier document que les historiens ont trouvé sur les Juifs de Bourgogne date de 1174. C'est la charte d'affranchissement des habitants de Tonnerre. Il y est dit que les Juifs paieront vingt sols par chef de famille pour sa personne, cinq pour la maison qui lui appartiendra plus la dîme sur la récolte
Même si ces dispositions peuvent paraître onéreuses, elles étaient encore très libérales puisqu'elles permettaient aux juifs de résider dans la ville, de posséder des immeubles et de cultiver la terre. Guy de Tonnerre y trouvait bon compte pour ses finances.
Au mois d'avril 1378, Jehan le juif et sa femme Jehanne Du Drac s'opposaient à la vente de la seigneurie de Tonnerre par Marguerite de Châlon.
En 1182, 1196 et 1197 des chartes montrent des Juifs établis aux environs de Tonnerre.
Vermenton (Yonne)
Cette localité renfermait une communauté Juive au Moyen-Age. Des historiens ont identifié Juda Ben Jacob de Vermenton. Il copia l'ouvrage talmudique "Sefer Hanyar" pour Joseph Ben Mattatya de Trêves en 1392. Roger Kohn dans son article sur les Manuscrits hébreux paru dans son étude sur les Juifs en France du Nord à la fin du XIVème siècle souligne: "Deux manuscrits ont été écrits par un même scribe pour Joseph, fils de Mattathias de Troyes (Trêves). Le copiste s'appelle Juda, fils de Jacob de Vermenton. Il n'est pas connu par ailleurs, mais d'autres "Vermanton" le sont, comme Samuel de Vermanton à Châlon en 1392, Salomon de Vermenton dans le bailliage de Senlis et Abraham de Vermenton, autorisé à résider dans Besançon en décembre 1394".
Vézelay
Les Archives départementales de la Côte d'Or conserve sept pièces en parchemin relatives à la séquestration des biens des Juifs de Bourgogne en dehors de Dijon; l'enquête secrète sur les Juifs de Baigneux, Darcey et Salives, et inventaire des objets saisis chez eux; le journal des dépenses de bouche, faites par les exécuteurs du fait des Juifs dans le bailliage d'Auxois, de Vézelay, de Joigny, etc...; fragment de l'inventaire des biens de Jasunot, juif et quittances données par Perrenot, etc., des sommes provenant de ces confiscations.
· Jacob Benjamin
Jacob Benjamin était un gros fournisseur de l Armée: aliments, bétail, habillements, cavalerie, harnachement, bois de chauffage, lui seul fut chargé d'approvisionner et d'entretenir un des plus gros corps de troupe que la France eut sur pied. Demeurant rue du Grenier-St-Lazare à Paris, il fut l'un des juifs les plus influents de la ''Section de la Réunion''. Il s engagea dans la politique et milita pour l émancipation et la reconnaissance des droits civiques des Juifs de Paris dès 1790. Il interpella notamment le Comité de Constitution par la voix du "Journal de Paris" à propos des "Les juifs patentés reconnus actifs''. Le Comité lui adressa la mention civique et il reçut le baiser fraternel du Président. En 1792, Jacob Benjamin fut accusé de corruption pour afin d'obtenir à bon compte une adjudication d approvisionnement pour l Armée, il était à cette époque munitionnaire général de la viande de l Armée des Alpes. La femme de Jacob Benjamin écrivit alors à la Convention pour faire libérer son mari. Cambon, Manuel et Tallien le firent mettre en état d accusation provisoire et le 29 novembre l'acte d'accusation précisait: ''.... Nous avons vu dans un marché passé entre Benjamin et deux citoyens d Avallon, que le Juif Benjamin a acheté le lard salé 62 livres le quintal...". Le 15 décembre 1792, les trois prisonniers de l Abbaye de St-Germain savoir; Benjamin Juif, Délayant et Vincent commissaires, furent transférés à Lyon. Le 22 janvier 1793, par arrêt de la Cour, Jacob Benjamin fut, avec ses co-inculpés, acquitté de l accusation portée contre eux par le décret du 7 décembre 1792. Cette cabale avait été montée contre certains munitionnaires juifs, dont les premiers visés furent Cerfbeer de Medelsheim, syndic des juifs d Alsace, Théodore son fils, Berr Isaac Berr, etc.., qui connurent la prison parce que soupçonnés de spéculation. Jacob Benjamin, marié sans doute en seconde noces avec Betzi, était le gendre de Théodore Cerfbeer.
Jacob Benjamin était propriétaire à Fontainebleau de nombreux biens nationaux notamment l Hôtel Richelieu acheté après l an II. En 1791, il était colonel des Gardes nationaux de Dimont (Yonne) et en 1793, il abjurait la "religion de Moïse, Abraham et Jacob"..
· Jacques Lévy
Jacques Lévy résidait à Paris depuis 1769. Sous la "Terreur", Jacques Lévy, de la "Section de la Réunion" , fut soupçonné d'avoir participé au vol d'un garde-meuble à Auxerre. Il fut détenu à la prison de St-Lazare à partir du 13 brumaire pour avoir coopérer au vol du garde meuble selon une lettre et pièces envoyées par le Comité de Surveillance d'Auxerre. Ce marchand Juif n'avait point de revenu connu. Sa remise en liberté est datée du 29 vendémiaire an III. Le Garde Meuble était un arsenal national
Demandes de Passeport à Fontainebleau en 1805
Les Archives de Fontainebleau conservent encore les demandes de passeport. En 1805, Des Juifs font des demandes pour se rendre:
le 5 germinal; Salomon Lévy, maître d'école, 36 ans, à Auxerre
le 23 ventose; Lazard Caën, marchand colporteur, 50 ans à Auxerre et à Clamecy.
le 6 floréal; Max Morange: instituteur, 56 ans, à Auxerre.
le10 Vendémiaire; Vidal Houtre, colporteur avec balle, à Auxerre
En 1806 Salomon Lévy, colporteur, 38 ans, à Sens
Lazare Caën, colporteur, 51 ans, à Auxerre
Recensement des Juifs à Paris
Lors du recensement des
Juifs à Paris en 1808, parmi les 1500 individus originaires
des départements et de l'étranger, figuraient :
d'Auxerre: 9
de Sens 1
Recensement des juifs dans l'Yonne en 1808
Dénombrement selon le Décret Infâme du 17 mars 1808
Auxerre: 26 juifs (5 familles)
Sens : 1 juif
Auxerre:
Le Maire d'Auxerre informait le Préfet de l'Yonne, en 1808, que les seuls juifs professant la religion israélite qui habitaient Auxerre étaient Joseph Félix, sa femme, 9 enfants et une domestique, Moïse Bernard et sa femme, Judas Picard et sa femme. Le Ministre des Cultes accusa réception du Tableau que le Préfet lui avait adressé en exécution des décrets impériaux du 17 mars qui organisaient le culte Israélite. Ce Tableau daté du 10 mai 1808 constatait l'existence de 27 israélites dans le département. Le Maire d'Auxerre adressa au Préfet l'état nominatif des 26 israélites domiciliés à Auxerre: Joseph Félix et Laillette Bloc, sa femme, leur 10 enfants; Moïse Bernard et Anne Bloc; Cerf Simon; Judas Picard et Jacob Beselle, sa femme; Moïse Levy, sa femme; Joseph Levy, leur fils; Gabriel Bloc et Bubel Abraham, sa femme et leurs 4 enfants.
En ce qui concerne le remplacement militaire sous la Monarchie de Juillet, quelques juifs redoutaient la conscription notamment: Elie Dreyfus à Auxerre se fit remplacer en 1841.
Sens
Il y a 1 juif à Sens en 1808, malheureusement le Préfet de l'Yonne ne donne pas son nom. Nous savons qu'il y avait un juif à Sens pendant la Révolution. En effet, selon l'Affaire Wahl, Abraham Wormser, âgé de 28 ans, natif de Vinsenart près de Colmar, marchand, est domicilié en 1794 à Sens depuis 7 mois. Lors de son interrogatoire, il lui fut demandé l'endroit où il logeait avant de s'installer à Sens, sa réponse fut: Fontainebleau.
· Salomon Lévy
Salomon Lévy fait une demande de passeport en 1806 à Fontainebleau pour se rendre à Sens. Le 16 septembre 1808, il se déclare en Mairie de Fontainebleau avec sa famille selon le Décret de Bayonne du 20 juillet 1808:
''Salomon Lévy, né à Zilesheim, Haut Rhin, 42 ans, époux de Rachel Bloch, 32 ans, marchand colporteur, domicilié rue du Citron, à Fontainebleau depuis 18 ans (1790).'' Salomon Lévy et Rachel Bloch eurent cinq enfants dont deux fils, tous nés à Fontainebleau. L'un de ses fils fut placé chez un chirurgien bellifontain.
Dans le rôle des israélites de la Ville de Fontainebleau en 1827, un avis du percepteur, servant au besoin de la première sommation, en date du 27 juin 1827, est adressé à Salomon Lévy pour 10 francs. Une lettre du Consistoire Israélite de la Circonscription de Paris adressée au Ministre de l'Intérieur en date du 20 juillet 1828, certifie que Salomon Lévy a quitté Fontainebleau pour s'installer à Sens.
D'après différentes archives Salomon Lévy venait, accompagné de sa famille, passer les fêtes juives à Fontainebleau: Nouvel An, Grand Pardon, Pâque etc... Il légua par testament la somme de 1000 francs à la Communauté Juive de Fontainebleau pour la construction du mur d'enceinte du cimetière. Salomon Lévy est décédé en 1838 et sa tombe est la plus ancienne qui soit identifiable aujourd'hui. Ses enfants, principalement un de ses fils qui tenait un magasin à Sens, continueront à participer aux offices religieux où la place de leur père sera toujours réservée. La Communauté Juive de Fontainebleau ayant réussi à devenir propriétaire de son cimetière par un système d'échange de terrain, la fille de Salomon Lévy; Pauline, née à Fontainebleau, apparaît dans les registres du Consistoire de Paris en 1876 lors de la souscription "Salomon Levy" concernant une dotation pour le cimetière, sous l'intitulé "Pauline Lévy veuve Javal".
Il a été impossible d'identifier le deuxième Lévy qui s'était installé à Sens en 1828.
Dans le recensement du 9 novembre 1840, certifié par le Sous-Préfet de l'arrondissement de Fontainebleau, commune composant le ressort du ministre des Cultes, il y a 20 juifs à Sens. En observation, le Sous-Préfet fait remarquer que : "La Colonie Israélite de Sens fait partie de la Synagogue de Fontainebleau ou se célèbrent les mariages et les obsèques des habitants Juifs de ce chef-lieu d'arrondissement de l'Yonne. Cette synagogue est de plus fréquentée par les juifs marchands ambulants qui sans se fixer parcourent cet arrondissement". Dans le recensement de 1841, il y a 20 juifs à Sens et 10 à Joigny.
Une communauté juive à Sens avait vu le jour avant la seconde guerre mondiale et il y avait à peu près 50 juifs en 1941. Une nouvelle petite communauté constituée par des Juifs d'Afrique du Nord s'est établie à Sens dans les années 60. En 1970, la communauté comptait environ 50 juifs.
Les Commis de l'Etat dans l'Yonne
Auxerre
Le 22 janvier 1898, de jeunes antisémites manifestèrent pendant deux jours à Sens devant les magasins de deux israélites. Ils crièrent: "Abats les Juifs, Conspuez Zola, Vive l'Armée". La police intervint pour arrêter les manifestations. Les Javal à Vauluisant
Les Jacob, originaires de Seppois-le-Bas, adoptèrent le patronyme de Javal en 1808. Cette famille nombreuse a produit dans l'Yonne un rameau de vigoureuse mémoire même si des feuilles ont à jamais disparu. Le fondateur de cette dynastie sénonaise fut Léopold Javal. Jacques Javal l'aîné et son frère Jacques Javal le Jeune commencèrent leur activités commerciales en Alsace dès la Révolution. En 1819, ils créèrent à Saint-Denis une fabrique de tissage à l'indienne. Léopold Javal, né en 1804, était le fils de Jacques Javal le Jeune. Après des études à Nancy et en Angleterre, n'ayant peut entrer à Polytechnique à cause d'une grave maladie, il rentre comme administrateur adjoint aux Messageries Laffite et Caillard où il dirige l'atelier. Mais la fièvre de l'aventure l emmène dans la conquête de l'Algérie en participant à l'investissement de la Casbah. Sous l'uniforme, il prit part à la bataille de Blidah puis de Médéa où sa conduite lui vaut d'être proposé au rang de Chevalier de la Légion d'Honneur. Il rentre à Paris en raccompagnant en France le Bey de Tittery et commence une carrière d'industriel et d'agriculteur. Il achète d'abord entre Landes et Médoc une propriété à Arés qu'il fait fructifier puis en 1835 il devient propriétaire de Vauluisant où dès 1847 il crée un concours de labourage et de fauchage. Homme libéral, Léopold Javal participe à la mise en place de la Monarchie de Juillet mais Louis-Philippe ne réalise pas les espoirs et les réformes tant souhaités. Il s'engage donc physiquement et financièrement dans l'aventure de la Seconde République, dont son ami Michel Goudechaux sera le ministre des finances. Après le coup d'état de Louis Napoléon le 2 décembre 1851, Léopold Javal s installe parmi les tenant du parti de l'opposition en se faisant élire Conseiller Général d'Audenge (Gironde) en 1852 et Député de l'Yonne en 1858. Léopold Javal, Député nouvellement réélu, Membre du Consistoire Central pour le Haut Rhin, Vice-Président de l'Alliance Israélite Universelle et administrateur de divers Comités de Bienfaisance, meurt le 27 mars 1872 après avoir vu le rattachement de l'Alsace et une partie de la Lorraine à l'Allemagne. Ses descendants se battront pour toutes les formes de liberté et pour récupérer ces deux provinces françaises.
· Emile Javal (1839-1907)
Le Dr Emile Javal, éminent ophtalmologiste, fut élu député de l'Yonne à la fin du XIXème siècle.
· Jean Javal (1871-1915)
Fils aîné d'Emile Javal, Ce brillant polytechnicien fut membre du Conseil d'administration de la Compagnie Parisienne de Distribution d'Electricité. Il fut élu Conseiller Général en 1901 et député de l'Yonne de 1909. Capitaine de l'Etat Major du 9ème corps d'armée, il meurt de surmenage le 25 août 1915.
· Adolphe Javal (1873-1944)
Docteur en médecine, il se présenta plusieurs fois aux Sénatoriales sans réussite, auteurs de plusieurs ouvrages sur la guerre de 14, sur ses relations avec l'administration, sur ses travaux et sur les travaux agricoles à Vauluisant, il est déporté avec sa femme et ses deux filles en 1944. En 1904, le Docteur Adolphe Javal avait reçu le Prix Desportes (Thérapeutique Médicale).
· Alice Javal (1869-1943)
Fille d'Emile Javal, Alice épousa Lazare Weiller. Elle fut l'une des premières femmes à monter en avion. Alice et Lazare Weiller invitèrent les frères Wright à présenter des vols d'aéroplanes. Lazare Weiller, grand industriel et membre du Comité consultatif des Chemins de fer, fut élu députés des Charentes sous la IIIème République. Il passa sa passion pour l'aviation à son fils: le Commandant Paul-Louis Weiller.
Ernest Hendlé
Ernest Hendlé fut successivement Préfet du Nord (1871) puis Préfet du Loir-et-Cher en 1873 et Préfet de l'Yonne en 1877. C'était le beau-frère de Léon Cohn qui fut Préfet de Haute-Garonne. Léon Cohn, fils d'Albert Cohn, et Rachel Hendlé furent des intimes de Jules Simon.
Abraham Delvaille
Abraham Delvaille est nommé procureur de la République à Auxerre en 1906. Il avait épousé une fille de Fernand Alphandéry. Il accéda à ce poste grâce à l'aide de son beau-père. Abraham était le fils d'Isaac et d'Esther Delvaille.
Maurice Dacosta.
Maurice Dacosta, inspecteur d'Académie d'Auxerre, fut fait Chevalier de la Légion d'Honneur en 1912.
Renée Lévy
Celle qui repose au Mont Valérien.
Renée Lévy était la fille du Professeur Léon Lévy, cité par Philippe Sapin dans son "Annuaire Israélite". Elle est également la petite-fille du Grand Rabbin Alfred Lévy.
Madame Jacqueline Leitman retraça le portrait de son amie, Mlle Renée Lévy :
"Elle s'appelait Renée Lévy, elle était née le 5 septembre 1906 à Auxerre, où ses parents étaient professeurs, elle était donc issue d'une famille d'intellectuels nourris d'une culture essentiellement et profondément française.
En 1936, agrégée de Lettres, elle est affectée au Lycée de Lille. Dans cette ville elle retrouve une amie d'enfance avec laquelle elle s'intéresse passionnément au mouvement féministe, faisant des conférences et écrivant dans le Journal du mouvement. ..... En 1939, elle est en vacances à Cayeux-sur-Mer. A la déclaration de la guerre un lycée est créé dans les locaux du Casino. Elle devint tout naturellement professeur de Lettres .... L'exode la conduit avec sa famille en Bretagne, puis, c'est le retour à Paris. .... Elle habitait rue de Normandie un petit appartement à l'ameublement moderne et confortable. ....
En ce qui concerne son activité de Résistance, je relève sur un discours prononcé en 1956 à l'occasion de sa Légion d'Honneur: " Elle connut pendant plus d'un an la vie fiévreuse, toute en risques, de l'action clandestine, intégrée à deux réseaux de Résistance, Hector et Musée de l'Homme. Taper des tracts, diffuser des journaux, transmettre à Londres des renseignements chez soi, dès cette époque, un poste émetteur de radio... Que d'affres ces actions nous rappellent...."
Puis vinrent les temps difficiles: mes parents arrêtés en octobre 1941. Pour elle ce fut le 25 novembre. Renée Lévy fut exécutée par les nazis 31 août 1943 dans la prison de Cologne après avoir dit à ses compagnes de cellule: "Au Revoir et Vive la France".
Le 11 novembre 1945, le cercueil de Renée Lévy, posé sur un affût de canon et tiré par des chevaux blancs, passa sous l'Arc de Triomphe. Elle avait été choisie pour symboliser la Résistance et la Déportation parmi les seize combattants du conflit 1939-1945 qui reposent au Mont-Valérien.
Après la libération, Mme Léon Lévy occupait l'appartement de la rue de Normandie, ses deux filles avaient été déportées.
Michel Kikoïne
Le peintre Michel Kikoïne habita à Annecy-sur-Serain dans l'Yonne. Il est né en 1892 à Gomel en Biélorussie dans une famille où les grands pères maternel et paternel étaient rabbins. Michel Kikoïne, fréquenta le "Héder" (école traditionnelle juive) le matin et l'école communale russe l'après-midi jusqu'à l'âge de 12 ans. Fuyant les pogroms de 1904, sa famille s'établit à Minsk où malgré trois ans d'études commerciales, il entra dans une académie de dessin. Saint-Petersbourg étant interdit aux Juifs, Michel Kikoïne et son ami Haïm Soutine, qu'il avait connu à Minsk, entra à l'Ecole des Beaux-Arts de Vilna où il rencontra Krémégne. Kikoïne rejoignit ce dernier à Paris et s'installa chez un de ses cousins lapidaires. Deux ans plus tard, il rejoignait Chagall et Krémégne à la "Ruche" à Montparnasse. Ses études furent partagés entre le Temple académique de Fernand Cormon et surtout le Louvre où il admirait Rembrandt, Chardin et Delacroix. Modigliani s'entremit pour lui obtenir un contrat avec Cheron en 1919. Kikoïne, dont la carte d'identité portait la mention "bolchevik non dangereux", reçut un jour la visite de l'officier de police Descaves qui lui acheta quinze toiles et quarante dessins. Michel Kikoïne eut une longue carrière et son naturel se reflétait dans sa peinture. Fixé à Annay-sur-Serain (Yonne) depuis 1930, il acquit la nationalité française et fut mobilisé en 1939. Il vit sa maison, ses tableaux et ses exquisses pillées par les Allemands, porta l'étoile Jaune, se réfugia à Toulouse et échappa de justesse à l'arrestation. Il se rendit en Israël en 1950 et 1953, exécuta un recueil sous le titre de "Les Enfants d'Israël" et exposa dans les Galeries Katia Granoff et Romand. Il fonda en 1939 le Salon des Echanges. Marié à Rose Bounimpvitz, il a eu deux enfants: Claire et Yankel. Il meurt à Paris le 4 novembre 1968.
Tonnerre
Robert Lévy
Robert Lévy, docteur en droit, et avocat à la Cour d'Appel de Paris a été candidat de l'Union des Gauches et de Défense Agraire aux élections législatives de 1932 et 1936 pour la circonscription de Tonnerre. Battu par deux fois par Pierre Perreau-Pradier, sous-secrétaire d'état aux finances, il résidait à Tonnerre en 1932 et à Auxerre en 1936, au 18 avenue de la république. Dans sa profession de foi en 1932, Robert Lévy se présentait comme un honnête homme:
"... M. Robert Lévy est docteur en droit, avocat à la Cour d'Appel de Paris, Vice-Président de la F.N.C.R. de Tonnerre, attaché du Cabinet de M. René Renoult, ancien ministre de la Justice (on sait que celui-ci est intervenu en faveur de sa candidature), Chevalier de la Légion d'Honneur, croix de guerre, ancien combattant, trois fois blessé dans l'infanterie.
M. Robert Lévy est membre d'une famille de magistrats. Son père était, il y a quelques temps encore, président du tribunal civil d'un département limitrophe de l'Yonne. Il est apparenté à M. Paul Strauss, sénateur, ancien ministre, président du groupe de l'Union démocratique et radicale du Sénat, ainsi qu'à M. Tardy, directeur général de la Caisse Nationale de Crédit Agricole.
Le Tonnerrois s'honorera en élisant Robert Lévy"