A la soirée
de Gala organisée par la Coopération-Féminine,
le jeudi 16 novembre, présidée par Liliane Klein-Lieber,
nous avons assisté au théatre Antoine à la
dernière oeuvre de Yamina Reza Trois versions de la
vie, où Yasmina est cette fois-ci auteur et actrice.
Le thème de la pièce: la façon d'appréhender
les événements de la vie, ne change en rien son
cours. La vie s'écoule, charriant avec elle son lot de
malheurs et de joie sans s'attarder aucunement sur les état
d'âmes de ces êtres qui en sont le receptacle.
Dominés ou dominants les faits sont là implacables,
inchangés.
Le temps accordé aux formes de peur de voir le fond , est
une illusion aussi grande que de croire que nous pouvons maîtriser
la vie.
Jouée devant une salle comble cette pièce fût
un pur régal pour son texte où chaque répartie
nous indiquait l'état d'être de l'âme ou l'état
d'âme de l'être selon si il avait choisi d'être
soumis ou rebel à la vie.
Des dialogues courts, justes, piquant , parfois terribles quelques extraits vous en sont présentés.
Trois versions de la vie est une leçon
de vie .
Quatre acteurs , trois actes sous forme de saynètes
|
Yamina Reza dansle rôle d'Inés |
Catherine Frot |
Richard Berry |
![]() Stephane Freiss dans le rôle d' Hubert |
De l'aplatissement des halos
Pour être astrophysicien, on n'en est pas moins homme. On a beau "vivre haut", la tête dans les étoiles, on n'en est pas dispensé pour autant de "vivre en bas" : il faut bien affronter parfois la concurrence d'une équipe mexicaine, les caprices d'un gamin insomniaque, la lassitude de sa compagne - et même certain soir, la visite inopinée d'un collègue trop brillant, tramant tous les curs après soi, et sa propre femme par la même occasion.
De cette seule soirée maudite, Yasmina Reza propose trois récits différents, trois versions opposées, trois variations : allegro, scherzo, andante, suivant l'humeur attribuée à chacun des quatre concertistes.
Pourtant, rien ne saura peser sur le cours des choses. On peut certes, gaver de Fingers un gamin qui braille au lit ou bien lui flanquer une avoine, mais comment reconstruire un couple qui se défait ? On peut aplatir le halo qui ceint l'astre finidorien ou bien l'astiquer au Mirror, mais comment transformer en succès le désastre ? Comment peupler la solitude ? C'est la forme des choses qu'on peut modifier, non les choses elles-mêmes, on peut changer de vêtements, pas de corps.
Il ne s'agit pas ici, cependant, d'un éloge de la résignation, mais plutôt de la catastrophe, car toute cette agitation, ce combat mené contre le destin, pour inutiles qu'ils semblent, quelque ravageurs qu'en soient les effets, témoignent du moins que la vie est là, que les hommes existent encore, irremplaçables et dérisoires sous l'immensité de la voûte céleste.
P. K.
Trois versions de la vie p.50
HENRI. Sonia, je suis consterné !
HUBERT. Henri est C.R. à 11A.P. et moi directeur de labo à Meudon, en quoi suis-je chargé de son recrutement ?
SONIA. Vous faites partie d'un comité national, vous pouvez statuer sur la promotion des gens qui ne sont pas de votre labo.
HENRI. Hubert, je ne sais pas quelle mouche l'a piquée, tout ça est absurde, je suis navré.
SONIA. Un exemple du ton finidorien.
HENRI. Sonia!
SONIA. Il est clair que vous ne ferez Jamais rien pour mon mari, vous prenez plaisir à le voir S 1 affaiblir, vous l'avez averti de cet article concurrent à seule fin de le voir perdre pied et de vous dégager de toute responsabilité au cas où il s'autoriserait, en rampant, à vous deniander un service. Votre perversité me dégoûte et le méprise votre minable pouvoir de couloirs.
INÈS. Mon mari a publié dans Nature je ne voispas en quoi son pouvoir est minable.
HUBERT Inès, Inès, je n'ai pas besoiin de toi trésor.
HENRI. Hubert est l'un des plus grands experts mondiaux en cosmologie, il n'y a pas un article sur les amas de galaxies qui ne le cite, qu'est-ce que tu connais Sonia ! De quoi tu parles !
SONIA. Il vient de dire que tu es maudit.
HUBERT. Elle est terrible! je comprends que vous soyez légèrement déphasé' mon vieux!
HENRI. Quoi maudit ? je suis maudit ?
SONIA. C'est ce qu'il vient de dire. Que tu es maudit et qu 'on ne peut rien pour toi.
HENRI. A qui ? A toi ?
SONIA. A elle.
INÈS. Hubert parlait de Serge Bloch, tu parlais de Serge Bloch Hubert ?...
HENRI. Qu'est-ce que Serge Bloch a à voir là-dedans?
INÈS. Il a d'abord été inondé...
HUBERT (la coupant). Ne tombons pas dans
le ridicule Inès, please ! D'abord Sonia laissez-moi vous
dire que vous auriez mieux fait de nous recevoir en robe de chambre.
D'une part cela aurait parachevé' l'incongruité
de cette
situation mais surtout cela vous aurait humanisée. Il y
a chez vous une sécheresse et une gravité qui contrastent
avec l'impression de jolie femme espiègle que vous suggérez
dans les premières minutes.
HENRI. Tout à fait d'accord!
SONIA. J'aurais mieux fait de les recevoir en robe de chambre ?
INÈS. Vous auriez mieux fait de ne pas nous recevoir du tout ! C'est la pire soirée que j 'ai jamais passée !
Elle fait mine de vouloirpartir.
HENRI. Félicitations Sonia! Félicitations
HUBERT. Ne lui attribuez pas le naufrage de cette visite, nous y avons tous contribué. Inès, calme-toi mon ange.
INÈS. Ne m'appelle pas mon ange et cesse de faire des mondanités.
HENRI. Hubert, soyez franc, je suis maudit ?
HUBERT. ... Vous traversez une mauvaise passe.
HENRI. Donc je suis maudit.
HUBERT. Vous n'êtes pas maudit, vous
êtes d'une anxiété anormale, et vous êtes
complètement défaitiste. Henri il faudrait peut-être
vous faire aider.
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