La femme juive et l'Histoire

Par Benjamin Duvshani

 
Si notre mère Eve n'avait pas été séduite par le serpent et n'avait pas séduit Adam, nous serions restés au Jardin d'Eden et il n'y aurait pas eu d'Histoire, ni générale ni juive.
Si notre mère Sarah n'avait pas imposé Isaac, Abraham aurait été incapable de décider entre lui et Ismaël et l'Histoire sainte se serait arrêtée.
Si notre mère Rébecca n'avait pas poussé Jacob à mentir pour recevoir la bénédiction d'Isaac, c'est Esaü qui aurait eu la charge spirituelle de l'humanité avec les conséquences que nous pouvons imaginer.
Jacob aimait Rachel et la préférait à Léah mais c'est Léah qui a enfanté Lévi et Judah, c'est-à-dire les porteurs du projet du Kohen-messie et du Roi-messie. C'est encore Léah qui a mis au monde Dinah, le 13ème enfant, celle qui symbolise le 13ème mois des années &laqno; enceintes » du Temps à venir et qui joua un rôle important dans les rapports avec les habitants du pays de Canaan.
Tamar, bru de Judah, n'a-t-elle pas sauvé la lignée qui assurait la naissance future de David, donc, du Messie ?
Plus tard, pendant l'exil en Egypte, ce sont Yokheved et Myriam qui, contre l'avis des hommes, ont imposé la poursuite de la procréation d'enfants malgré la menace qui pesait sur eux. Sans cela comment Moïse serait-il né ?
C'est encore Tsipporah qui, en circoncisant d'urgence son fils qu'il avait oublié de circoncire, sauva Moïse de la mort qui le menaçait.
Dans le pays d'Israël, le rôle joué par Ra'hav (future épouse de Josué), par Déborah, par Ruth ou par 'Hannah, mère de Samuel sont là pour prouver, s'il le fallait, la place capitale des femmes dans le déroulement de ce qu'on appelle l'Histoire Sainte.
Il a suffit de la défaillance d'une femme, la prophétesse 'Houldah, pour que rien ne puisse empêcher la chute du royaume de Judah.
Esther, sous l'Empire perse, Judith et 'Hannah, mère des 7 enfants martyrs, sous la domination grecque et, plus tard, Salomé-Alexandra ajoutent des éléments à cette démonstration.
Et c'est encore l'inaction d'une femme, Bérénice, qui préféra ses intérêts personnelles à la cause nationale qui provoqua la fin de la Judée et de la souveraineté politique du peuple juif.
Après cela, il n'y a plus de femmes dans notre Histoire. Tant que le peuple juif est actif dans l'Histoire, qu'il y joue un rôle masculin, il y a des femmes. Dès qu'il passe à la méta-Histoire, qu'il est passif, symboliquement féminin, les femmes disparaissent. Il faudra attendre la rentrée du peuple dans l'Histoire au 20ème siècle pour retrouver Golda Méïr et les autres sur la scène de notre existence.
 
La symbolique religieuse connaît une relation d'amour entre Dieu, l'époux et Knesset-Israël, l'épouse, image féminine par excellence.
Un seul moment de la liturgie change la symbolique, le vendredi après-midi, où brusquement, le peuple d'Israël devient le Dod, l'amant, le masculin, pour accueillir la fiancée, la reine-Chabbath, qui n'est autre que la présence de Dieu au monde. Et c'est encore le vendredi après-midi qu'apparaît la femme dans toute sa splendeur avec ses trois mitswoth particulières, la 'Hallah, la Niddah et l'allumage des lumières de Chabbath, ces mitswoth dont la Michnah nous dit que sans elles la femme &laqno; meurt en couches », c'est-à-dire, est incapable d'assurer l'engendrement de la suite de l'Histoire. Il y a un rapport entre la rentrée dans l'Histoire, la femme et le vendredi après-midi.
 
Le Talmud dans le traité Sanhedrin, page 97a, fait un enseignement sur l'analogie entre les six jours de la Création et les six millénaires de l'Histoire. Cette analogie nous permet d'associer le sixième jour, jour de la création de l'homme, au sixième millénaire, le nôtre, qui a commencé en 1240 et qui est le millénaire de l'humanisme (Cimabuë, le premier peintre de la prérenaissnce est né en 1240 !). Dans l'analogie jour-millénaire, 1740 est le matin (début de la &laqno; montée » en Israël des 'Hassidim et des élèves du Gaon de Vilna), 1990 est midi (début de l'accélération de l'Histoire) et nous nous trouvons dans l'après-midi du sixième jour, du sixième millénaire. Le peuple juif est de nouveau dans l'Histoire et il attend les femmes pour qu'elles prennent leurs places auprès des hommes pour les aider à préparer le Chabbath de l'Histoire, le septième millénaire, temps de la Paix universelle.
 
Benjamin Duvshani