LE CHEVAL DE TROIE

Par Benjamin DUVSHANI

 
Le processus de paix au Proche-Orient n'a pas commencé à Oslo mais à Madrid. Son principe était d'établir un dialogue direct entre Israël et chacun de ses adversaires, l'adversaire palestinien devant faire partie d'une délégation commune jordano-palestinienne. Ceci était normal puisque la Jordanie est un état arabe établi en Palestine et puisque la Transjordanie, en 1991 avait une majorité d'habitants d'origine cisjordanienne, les autres habitants de la Cisjordanie possédant la nationalité jordanienne. C'est sur ces bases-là que le gouvernement israélien d'alors, ayant à sa tête M. Shamir et comme membre M. Netanyahu, a accepté de s'y associer précisant bien qu'il ne sousrcrivait pas au principe de &laqno;la terre contre la paix » mais plutôt au principe de &laqno; la paix contre la paix ». C'est à ce processus de paix-là qu'ont apporté leur soutien les USA, la Russie et l'Europe.
Oslo n'était pas sur le chemin de ce processus mais une déviation par rapport à lui. Ceux qui ont pensé et réalisé Oslo l'ont fait à l'insu des parrains de Madrid. C'est après coup que les USA ont rejoint ce chemin.
Les concepteurs et les réalisateurs d'Oslo ont commis toute une série de trahisons. Ils ont, avant tout, trahi le consensus national autour de la non-reconnaissance de l'OLP, de ses dirigents et de sa charte, créant une vraie déchirure qui passait au milieu du peuple israélien et le scindant en deux moitiés devenues hostiles l'une à l'autre. Ils ont trahi le consensus autour de Jérusalem, capitale unifiée, non-divisible d'Israël et du peuple juif en acceptant que Jérusalem soit un sujet à débattre dans la discussion sur le statut final. Ils ont trahi le consensus autour de la nécessité de garder la vallée du Jourdain israélienne et le Jourdain comme frontière orientale en abandonnant Jéricho à une souveraineté étrangère. Ils ont trahi le consensus autour du refus d'un deuxième état arabe palestinien entre la mer et le désert en créant toutes les conditions pour que ce deuxième état voie le jour. Ils ont, enfin, trahi leurs électeurs qui ne les auraient pas élus s 'ils savaient que c'était là leur programme.
Vis-à-vis des Arabes habitant Erets-Israël, ils ont commis une injustice en les livrant à un pouvoir non-démocratique et corrompu.
Vis-à-vis de la Jordanie, ils ont commis une immense erreur politique, la laissant hors d'état d'être une partie prenante directe, solide et non-irrédentiste, dans la solution de ce qu'on appelle &laqno; le problème palestinien ».
C'est contre toutes ces trahisons que la droite israélienne s'est levée pour stopper ce chemin qui, et ceci s'avère évident maintenant, ne mène pas vers la paix quel que soit le prix à payer. A moins qu'on envisage la paix sous sa forme de &laqno; paix palestinienne », c'est-à-dire : Un état palestinien dans un territoire qui doit être, au moins, celui de la Cisjordanie et de Gaza d'avant 1967, ayant comme capitale Jérusalem et recevant des centaines de milliers de réfugiés sur son sol, d'autres centaines de milliers devant retourner à leurs villes et villages d'avant 1948. Les Arabes ont la patience et la persévérence pour arriver à leurs buts, patience et persévérence que nous, Juifs, avons perdu au nom de slogans comme &laqno; la paix maintenant » qui n'a de sens que dans la bouche de celui qui est prêt à capituler. Non, la paix n'est pas encore aux portes d'Israël ; celle avec l'Egypte est mauvaise, celle avec l'OLP le sera plus et plus dangereusement.
Si la droite, arrivée au pouvoir entre temps, croit sincèrement, comme elle l'a affirmé, que la poursuite d'Oslo met en danger l 'avenir d'Israël, elle doit obligatoirement, et quel que soit le prix dans l'immédiat, arrêter cette descente aux enfers. Nul n'est censé mettre sa vie en danger au nom de ce qu'il croit être une naïveté criminelle. Pour continuer le chemin d'Oslo, on n'a pas besoin d'un gouvernement Netanyahu. Un gouvernement Peres ou Baraq ou Sha'haq peut parfaitement le réussir. Ce n'était pas la peine de créer une atmosphère de danger imminent qui a poussé un faible délirant à assassiner le Premier Ministre d'Israël pour suivre cette politique qu'on considère catastrophique.
Quoi faire alors ? S'armer de courage, de patience et de détermination et attendre qu'un interlocuteur valable, la Jordanie avec les habitants arabes d'Erets-Israël, décident que la paix leur est aussi nécessaire qu'à nous et vienne la discuter et la conclure, à des conditions acceptables pour nous. En attendant, continuer, comme depuis cent ans, à répondre par la guerre à la guerre que nous livre ceux qui veulent, et qui continuent à vouloir notre mort.
Certaines concessions sont une cause d'aggravation du conflit car elles prouvent à nos ennemis que nous ne sommes pas vraiment chez nous sur cette terre et les confirment dans leur détermination de nous en chasser.
La présence d'Arafat et de ses hommes de l'OLP à quelques kilomètres de Jérusalem est un cheval de Troie introduit par nous-mêmes et qui menace notre avenir. Il nous faut beaucoup de Cassandres et de Laocoons pour le dire et le crier avant qu'il ne soit trop tard.
Benjamin Duvshani