A propos de l'an 2000

Tout dépend d'aujourd'hui

Lorsque j'étais enfant (cela fait bien trente ans), j'imaginais qu'en l'an 2000, tout serait merveilleux : les robots feraient le ménage, les autos seraient des soucoupes volantes, nous serions habillés de combinaisons fluorescentes.
Finalement, ce ne sont pas ces rêves qui se sont réalisés, mais ceux de la mondialisation, d'Internet, et du cinéma assisté par ordinateur. Il est difficile de penser l'avenir, car rien n'est écrit à l'avance. Et si le judaïsme ne connaît pas l'euphorie du millénarisme, c'est qu'il pense que tout se joue aujourd'hui. Le Talmud rapporte que lorsque Rabbi Josué rencontra le Messie, il lui demanda la date de sa venue, et le Messie de répondre : &laqno; aujourd'hui ». Rabbi Josué se prépara toute la journée, mais le Messie ne vint pas. Lorsque le Rabbi s'étonna de cette absence, le Messie lui donna la clef de l'énigme &laqno; aujourd'hui, si vous écoutez sa voix » (Ps. XCV,7). L'an 2000 n'est spécifique que parce qu'il suit 1999 et parce qu'il précède 2001. Tout peut basculer en un &laqno; jour ».
Ceci étant posé, comment un croyant juif peut-il percevoir ce passage dans le troisième millénaire ? En faisant le bilan de ce dernier siècle. Un siècle qui a connu d'abord deux totalitarismes effrayants. Auschwitz, Hiroshima et le goulag ont prouvé que nous étions vraiment mortels, comme jamais dans dans toute notre histoire. Nous avons assisté aussi à un développement sans précédent de la science. Ainsi en cent ans, avons-nous fait plus de progrès que durant les cinq mille ans écoulés. Conséquence directe de ce développement : nous avons réduit les distances entre les individus et les peuples par des moyens de transport et de communication tout à fait remarquables. Nous gagnons du temps en diminuant l'espace. Ces découvertes permettent de rapprocher les hommes et les cultures. La connaissance de l'autre permet d'évacuer la haine et le mépris de l'étranger, les mouvements de solidarité pour des réfugiés, des démunis, des maltraités peuvent nous émouvoir jusqu'aux larmes. Bien sûr, nous ne pouvons affirmer que nous vivons dans le meilleur des mondes, mais globalement l'utopie de l'humain au sens des prophètes d'Israël n'est plus un vague concept.
Alors, nos enfants seront-ils garder la mémoire de nos folies passées, non pour rendre à nos dépouilles un culte des morts inconséquent, mais pour mieux choisir la vie ? Allégés des longs voyages des personnes et des informations, les hommes seront-ils mieux gérer le temps pour mieux être et non pour mieux avoir ? Face aux discours intégristes, fanatiques, qu'ils soient politiques ou religieux, le dialogue sortira-t-il vainqueur ? En d'autres termes, Caïn et Abel pourront-ils se rencontrer dans les champs sans que le coup fatal soit porté ?
Sans doute reste-t-il un domaine dont tout dépend et où nous pourrions être plus performant : celui de l'éducation. Au nom de l'individualisme, du droit à la différence et de l'autonomie des idées, ne baissons-nous pas trop souvent les bras face aux jeunes, ces jeunes qui nous font peur quand ils utilisent la violence, mais ces jeunes qui nous émerveillent quand ils portent l'étendard de l'amitié.
" Tout est entre les mains de Dieu, sauf la crainte de Dieu"dit le Talmud, une manière de dire que le troisième millénaire sera fraternelle ou ne sera pas. Bon passage.