- Voici quelques cours donnés
par Philippe Haddad dans le cadre de mouvements de jeunesse, autour du
thème "la communauté".
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- Cours n°1.
LA COMMUNAUTE OU QUEHILA
- Dans
la Torah
histoire universelle
Histoire hébraïque
Communauté
Conclusions
Dans la diaspora
- Les autres noms de la communauté
Tsibour
Commentaires de nos sages
- Quahal Kadoch
Anché Chelemenou
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- Ce terme possède des sens différents en
fonction de son contexte d'utilisation.
- § 1- DANS LA TORAH
- Histoire universelle
- La notion de collectivité est tardive dans la
Torah. En effet la Bible commence par nous décrire selon son langage
et sa problématique propre, la naissance de l'humanité.
- Adam et Eve(1) premier couple humain pouvant entendre
un message moral même s'ils n'arrivent pas à en assumer la
teneur, inaugurent l'Histoire.
- A la deuxième génération,Caïn
tue son frère Abel (2) et fonde ainsi par son acte la société
de la violence qui engendrera celle du déluge(3).
- Avec Noé et sa famille, rescapés de la
catastrophe, une nouvelle humanité est inaugurée qui recommence
avec des individus.
- 10 générations plus tard nous arrivons
à la tour de Babel qui marque l' échec d'une fraternité
possible entre les familles de la terre. 70 peuples naissent à partir
de cet événement(4).
- Ainsi au niveau de l'histoire universelle nous passons
de la notion d' individu à la notion de peuple.
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- Histoire hébraïque
- A partir d'Abraham commence une nouvelle histoire particulière
(5) qui sera centré sur une famille : les Hébreux.
- Avec la naissance des fils de Jacob, la Torah parle des
béné Israël, enfants d'Israël (autre nom de Jacob)(6).
- En Egypte avec la prolifération importante de
leurs descendants, les enfants d'Israël sont appelés "Peuple
des enfants d'Israël" (7) c'est la naissance de la nation.
- Dans l'organisation du peuple ils sont divisés
par tribus (chévatim) ou maisons paternelles (8).
- En tant que collectivité de témoignage
du message divin reçu au Sinaï, Israël est nommé
Eda (la témoignante)
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- § 2. Communauté
- La notion de communauté se trouve exprimée
pour la première fois lorsque le patriarche Isaac bénit son
fils Jacob en lui demandant de chercher femme : "et tu seras communauté
de peuples" (9).
- La traduction araméènne donne " Rassemblement
de tribus" comme si chaque tribu représentait une mini-nation
au sein de la collectivité d'Israël(10)
- Parfois le rassemblement peut avoir un sens négatif
comme celui du veau d'or : "Et le peuple se rassembla vers Aaron"
(11) ou comme dans l'épisode de la révolte de Korah : "ils
se rassemblèrent contre Moché et contre Aaron" (12)
- Mais généralement, le rassemblement à
une valeur positive.
- Par exemple pour manger la première fois l'agneau
pascal : "et ils le sacrifieront toute l'assemblée témoignante
d'Israël dans la soirée" (13).
- Le révélation au pied du Sinaï se
fit après un rassemblement du peuple : " L'Eternel me dit rassemble
pour Moi le peuple et je ferai entendre mes paroles" (15).
- Plus tard, Moché convoque les enfants d'Israël
pour que chacun apporte son offrande pour la construction du sanctuaire
du désert " Et Moïse rassembla toute l'assemblée
témoignante d'Israël"(16).
- A propos de l'intronisation d'Aaron et de ses fils dans
leur fonction de prêtres, cohanim : "Et toute l'assemblée
- témoignante se rassembla à la porte de la tente de rendez-vous"
(14).
- Enfin Moïse fait part d'un commandement à
accomplir tous les sept ans pour reformer l'unité du peuple d'Israël
comme lors de la sortie d'Egypte : " Rassemble le peuple, les hommes,
les femmes et le petit enfant et l'étranger qui se trouve dans tes
portes" (17), c'est la mitsva de Haquel.
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- § 3. Conclusions
- Ainsi dans la Torah, la quéhila, la communauté,
implique un rassemblement pour un engagement ( positif = réception
de la Torah, construction du sanctuaire, ou négatif = révolte
de Korah), de reconnaissance (intronisation des prêtres), de mémoire
(rassemblement des sept ans). Le quahal ou la quéhila possède
toujours une valeur d'action dans le monde.
- Ce qu'il faut souligner c'est que la communauté
dans la Torah renvoie à toute la collectivité d'Israël.
La situation d'exil va modifier cette définition.
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- § 5. DANS LA DIASPORA
- La situation d'exil, après la destruction du Temple
de Salomon (-586) oblige les juifs à se rassembler.
- La seule fête qui se situe après cette catastrophe
nationale est celle de Pourim (mot Perse qui signifie "sort"),
le rassemblement y est mentionné mais dans le sens de l'auto- défense
contre l'ennemi: "se rassembler pour défendre son âme"
(18).
- Le Temple étant détruit la synagogue va
devenir le lieu de rassemblement des familles.
- Nous arrivons à la notion de communauté
telle que nous l'entendons aujourd'hui.
LES AUTRES NOMS DE LA COMMUNAUTE
- TSIBOUR. C'est le nom le plus utilisé dans le Talmud. Il apparaît
dans "chaliah Tsibour " envoyé de la communauté,
le ministre officiant. Le Tsibour est mentionné notamment dans les
Pirkey Avoth (P.A), "traité des pères" recueil
de sentences morales en vue d' édifier la conscience des étudiants
de la Torah et des responsables communautaires.Le deuxième chapitre
est centrée essentiellement sur l'action communautaire.
- Raban Gamliel enseigne : Il est bon d'associer l'étude
de la Torah avec une activité profane car l'effort dans ces deux
domaines éloigne l'individu de la faute...et que ceux qui s'occupent
de la communauté (Tsibour) s'en occupent en vue d'accomplir la volonté
divine (léchem Chamayim) et le mérite de leurs pères
leur viendra en aide et Je (Dieu) considérerai votre travail comme
si vous l'aviez terminé." P.A II 2
- Commentaires
- Ainsi pour Raban Gamliel il est nécessaire d'associer
l'activité intellectuelle de l'étude à celle de l'investissement
dans la cité, comme le travail ou l'action sociale (dereh erets
= chemin de la terre). Parmi ces actions il reconnaît la valeur positive
de l'engagement au sein du Tsibour.
- Pour la Maharal de Prague dans son commentaire "Dereh
Haïm" sur les P. A , si l'étude possède une dimension
générale, conceptuelle, à travers le travail au sein
du Tsibour, la Torah s'immisce dans les différents aspects de la
réalité concrète. Nous retrouvons ici le schéma
"du général au particulier". "Car Dieu béni
soit il est avec le Tsibour" conclut notre auteur.
- Cette action de la construction de la communauté
se fait dans chaque génération. Bien sûr ce travail
est difficile parfois ingrat, mais le mérite des pères (certains
expliquent "les pères de cette communauté" d'autres
expliquent "les patriarches") est une source de bénédiction
qui doit encourager et réconforter ceux qui s'investissent dans
ce labeur.
- Le travail communautaire ne peut jamais être achevé
mais Dieu considère l'effort et non la réalisation(1).
- Hillel enseigne : Ne t'écarte pas de la communauté"
Pirkey Avoth II 5.
- Rachi : Associe-toi aux douleurs de la communauté
afin que tu te réjouissent dans sa joie.
- Cet enseignement d'Hillel implique qu'il est interdit
à quelqu'un de s'écarter de cette communauté et de
s'isoler, même pour des raisons religieuses louables.
- Maharal de Prague : "La communauté représente
la volonté de Dieu et ce sujet est très profond, car en vérité
il n'existe aucune accusation possible contre une collectivité en
tant que collectivité, de ce point de vue il n'existe pas de faute,
car la faute est liée au particulier, jamais au collectif...
- La prière dans une synagogue est un moment de
rassemblement c'est pourquoi c'est un moment propice (pour exprimer ses
demandes à Dieu)".
- Cette idée du Maharal est très intéressante,
elle implique que la collectivité d'Israël en tant que groupe
humain représente la volonté de Dieu quelle que soit la nature
des individus qui la composent. C'est sur cette idée que plus tard
les rabbins sionistes affirmèrent que le retour à Sion, comme
expression de la majorité du peuple, était la volonté
de Dieu, même si cette majorité n'était pas engagée
religieusement.
- (voilà un sujet de débat intéressant)
- TSIBOUR est formé de 3 lettres :
- TS pour TS adik (juste)
- B pour Bénouni (moyen)
- R pour Racha (méchant)
- Un vrai tsibour contient toute les catégories
d'individus. Le tsibour est le contraire d'une lecture élitiste.
- Il est licite de s'entretenir de sujets communautaires
le Chabath (Talmud Chabath 150a)
- Commentaire du Maharal "car les affaires de la communauté
sont les affaires du Ciel et du fait qu'ils constituent des sujets spirituels
il est licite d'en parler"(2).
- QUAHAL KADOCH
- Dans les sermons rabbiniques on trouve souvent l'expression
quahal kadoch qui signifie "sainte assemblée". C'est une
manière de souligner la valeur positive de la communauté.
- ANCHÉ CHELOMENOU
- Chez les hassidim (issus d'un mouvement religieux au
XVIII en Europe oriental) qui étaient divisés en différents
courants de pensée. Les communautés se reconnaissaient à
travers cette formule "les hommes de notre paix" c'est à
dire "les membres de notre obédience".
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- (1) Genèse II
- (2) Genèse IV
- (3) Genèse VI
- (4) Genèse XI
- (5) Genèse XII 1
- (6) Exode I 1
- (7) Exode I 9
- (8) Exode XII 3
- (9) Genèse XXVIII 3
- (10) cf également Genèse XLVIII 4 où
la même expression apparaît et commentaires de Rachi et Sforno
sur ce verset
- (11) Exode XXXII 1
- (12) Nombres XVI 4
- (13) Exode XII 12
- (14) Lévitique VIII 4
- (15) Deutéronome IV 10
- (16) Exode 35 1
- (17) Deutéronome XXXi 12
- (18) Esther VIII 11
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