DE L'HEBREU A L'ISRAELIEN

Cours n°2

 
 
Le nom du juif a évolué dans l'Histoire.
Petit test pour les enfants : Quelle différences existent entre :
-juif
-hébreu
-israélite
-israélien ?
 
Réponse:
Hébreu : Descendant du patriarche Abraham appelé "Abraham l'hébreu Hahivri". (1)
"Hahivri" = celui qui a passé (l'Euphrate pour se rendre en Canaan).
Les Hébreux seront ensuite les enfants d'Isaac et de Jacob.
Ainsi lorsque Moïse s'adresse à Pharaon il lui dit : "Le Dieu des Hébreux m'a envoyé vers toi"(2).
Juif: Ce terme désigne l'hébreu en exil. en effet il n'apparaît pas du tout dans la Torah au sens on nous l'entendons aujourd'hui. Dire "les juifs sont sortis d'Egypte est un anachronisme", l'on doit dire les hébreux sont sortis d'Egypte.
Yéoudi signifie descendant de la tribu de Yéhouda.
A la mort du roi Salomon son royaume sera divisé en deux :
Royaume du nord ou royaume d'Israël (10 tribus), et royaume du sud ou royaume de Juda, englobant aussi la petite tribu de Benjamin. En -722 le royaume du Nord sera totalement détruit, il ne restera que les territoires de Juda. En -586 avec la destruction du Temple de Jérusalem, la tribu de Yéhouda sera déportée. Les exilés seront nommés les yéhoudim, c'est à dire les habitants de Yéhouda ou judéens. La première fois on l'on parle du juif dans la Bible, c'est à dire un hébreu en exil, c'est dans le livre d'Esther "Un juif vivait à Suze la capitale et son nom était Mardoché"(3). En français le "d" de Judéen s'est transformé d'abord en "s" en vieux français ce qui a donné "jussieu". (le mont jussieu est la colline des juifs), par la suite le "s" est devenu "f" : juif.
En espagnol on retrouve le "d" = Judeos, ainsi qu'en allemand = Jüden.
 
Israélite: ce terme est lié à l'histoire française.
Jusqu'en 1791, date de l'émancipation des juifs de France par la révolution française, on désignait les communautés par l'expression "la nation juive" (4).
lle était reconnue dans son exil. Avec le nouveau régime révolutionnaire et les décrets de Napoléon, le juif fut reconnu dans la citoyenneté française, il devenait "français de confession israélite" ou"de confession mosaïque".
Cette remarque mérite qu'on s'y attache car le glissement identitaire est très intéressant. Ceux qui acceptaient ce titre d'israélite ne se reconnaissait plus comme exilés du pays d'Israël, le fait juif devenait un fait religieux.
Écoutons ce discours du grand rabbin de Paris Lazare Isidore lors de l'inauguration d'une nouvelle synagogue du consistoire de Paris en 1852:
"Nous avons prouvé que nous étions dignes de liberté, dignes du titre de citoyen, que l'on pouvait être à la fois israélite et français. Le peuple juif est mort, sa forme nationale est morte; mais ce qui n'est pas mort et ce qui ne mourra jamais, c'est l'esprit du Judaïsme, ce sont ses principes et ses vérités immuables comme le rocher sur lequel Dieu les a proclamés"
L'exil n'était plus qu'un lointain souvenir et les juifs français étaient enfin arrivés en terre promise(5).
 
Israélien
Qu'aurait dit le grand rabbin Lazare Isidore avec le réveil sioniste qui allait bouleverser l'histoire juive ?
Le terme "israélien" va désigner celui qui habite en terre d'Israël. D'une certaine manière l'on peut dire que l'Israélien est l'hébreu de l'origine,qui a quitté la condition exilique pour vivre son identité sur la terre ancestrale. (bien sûr il y a des israéliens non juifs, mais cela ne change rien à notre sujet).
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(1) Genèse XIV 13
(2) Exode III 18
(3) Esther II 5
(4) Simon Schwarzfuchs Les juifs de France. Albin Michel (p 195 et ss )
(5) op.cit p 266/ 267.