L'Hébreu l'être de passage
&laqno;L'Éternel dit à Abraham : "Quitte
ton pays, ta ville natale, la maison de père et vas vers le pays
que je t'indiquerai. Et je ferai de toi un grand peuple, et Je te bénirai
et J'agrandirai ton nom et sois bénédiction. Qui te bénira
Je le bénirai, et qui te maudiras Je le maudirai, et seront bénies
par toi toutes les familles de la terre».
L'histoire d'Israël est si longue et si riche qu'il
est parfois difficile même pour deux membres de cette communauté
d'être d'accord sur une définition commune de leur identité
; l'un annoncera par exemple, qu'il est Israélite et l'autre qu'il
est Juif et tout aussi fier de l'être. Cette terminologie, quoi qu'en
pense le quidam n'est jamais neutre, elle véhicule des visions du
monde, des nuances dans la perception de sa foi, dans son rapport au monde.
Le judaïsme même au sein de la mouvance orthodoxe véhicule
différents courants qui possèdent leur caractéristiques
cultuelles et leurs coutumes ancestrales. L'on comprendra pourquoi l'un
des titres qui apparaît le plus souvent, sous différentes
formes, lors des colloques organisés au sein de la communauté
juive reste sans conteste celui de la définition identitaire. Sur
quelle base l'exprimer ? À quelle science se fier ? La religion,
l'histoire, la sociologie, la psychologie ?..."Deux juifs, trois opinions
!" exprime le dicton synagogal. Jamais une collectivité ne
s'est autant interrogé sur elle-même. Face à ce questionnement,
le retour aux sources est sans doute nécessaire, et pour l'homme
de foi la réponse est dans le Livre. Si nous avons placé
ces trois versets de la Genèse en exergue c'est qu'à nos
yeux tout est dit dans le premier appel de Dieu à Abraham. Analyse.
Dieu interpelle le premier Patriarche pour une marche ; non pas une errance
ni une aventure vers l'inconnu, mais pour un déplacement vers une
terre dont on ne sait rien encore, mais d'où le message divin pourra
jaillir pour l'Humanité entière. En abandonnant la Mésopotamie,
en franchissant l'Euphrate, le fils de Térah devient un Hébreu
(Ivri), littéralement "le passant". Ce nom désignera
par la suite chaque descendant du personnage, Dieu lui-même sera
désigné par Moïse "le Dieu des Hébreux".
(ref) Les commentateurs traditionnels sensibles à la morphologie
des versets s'étonnent de l'ordre des mots du premier verset cité,
l'écriture n'aurait-elle pas dû être inversée
? On quitte d'abord sa maison, puis sa ville, puis son pays ? En fait,
il ne s'agit pas d'un déplacement géographique mais d'un
déplacement psychologique et spirituel. Abraham doit abandonner
des valeurs nationales, puis locales, puis familiales qui étaient
toutes imprégnées d'idolâtrie et de violence. Ce voyage
fera de notre héros un "Hébreu", littéralement
un passant, franchissant l'Euphrate pour la terre promise. Mais par delà
ce déplacement géographique, se dessine un autre mouvement
plus intérieur, plus intime qui touche le cur même de la foi.
Par ce passage originel, Abraham quitte l'idolâtrie, le culte des
forces de la nature, pour se mettre au service de l'Unique, créateur
des Cieux et de la terre. Les noms qui permettent aux hommes de se rassembler,
de se reconnaître, ont souvent besoin de se référer
au stable. Une identité nationale, une fédération,
une association sportive se doivent d'être rassurantes pour ceux
qui la compose. L'Hébreu n'entend dans son nom aucune stabilité,
il se sent plutôt entre deux rives. Peut-être parce qu'on n'est
jamais totalement Hébreux mais qu'on le devient, parce qu'on n'est
jamais homme mais qu'on le devient aussi (oserai-je proposer à mon
frère chrétien la même réflexion ?) La religion
comme la vérité est toujours dans la fragilité. Les
intégrismes politiques ou religieux ont oublié la leçon
eux qui affirment être sur de leur fait. Le croyant s'alimente d'une
foi certaine, mais pour se rendre compte qu'il est entre deux bords. La
mézouza est posée sur le montant d'une porte, le lieu de
passage de deux mondes, celui de l'intimité et celui de la vie économique.
Abraham ne se reconnaissait ni comme israélite, ni comme juif, mais
comme Hébreu. S'il est incontestable que chaque monothéisme
issu de ce personnage le dépeint à la lueur de sa propre
foi, il existe dans dans cette dimension hébraïque une portée
qui devrait unir (sans uniformiser) nos consciences religieuses. Être
monothéiste c'est d'abord passer de l'autre côté, refuser
de s'asseoir sur des situations toutes faites. La condition hébraïque
se veut condition de fragilité, non pour disparaître, mais
au contraire pour se consolider et mieux perdurer, la force d'un système
s'affirme dans le centre de gravité qui est le lieu du passage,
c'est dans l'espace de passage, la porte, que l'homme pieux place la mézouza,
ce petit boîtier qui contient la proclamation de l'unité divine.
Le passage est toujours un lieu de fragilité car
l'on quitte une rivr pour une autre.Le communisme tombe un nouveau système
naït, notre société passe d'un mode tradiotionnel