LE LACHONE ARA

Jusqu'à la réconciliation :
Nous venons de quitter le jour de Kippour, mais les enseignements de la Torah possède un caractère intemporel qui nous interpelle à chaque instant.
Nous pourrions même dire que dans la problématique qui est la nôtre, à savoir la construction d'une communauté, l' enseignement de ce jour exemplaire est à considérer comme le moteur de notre travail.
Le Talmud enseigne "Le jour de Kippour pardonne la faute vis à vis d'Hachem, mais n'apporte le pardon vis à vis de notre prochain que si l'on s'est réconcilié avec lui"(5).
On ne peut tromper ni Hachem, ni son prochain, ni se leurrer soi-même.Mais s'il est possible de "s'arranger" avec Celui qui est "Bon pour tous" (6), l'enchevêtrement de nos relations avec nos proches est parfois tels qu'il est difficile de faire jaillir la lumière.Et pourtant Kippour n'est pas une grande journée théâtrale, le remords doit germer de la prise de conscience de la valeur de la relation humaine. S'il reste un soupçon de rancoeur ou de haine, tout ce passe comme si Kippour n'existait pas.
Les fautes de la parole
Lorsqu'un homme vole un objet, en le restituant il répare le dommage causé, mais lorsque la personne est touchée par des mots blessants, la douleur est plus grande car ce n'est pas un outil de l'homme, mais l'honneur de ce dernier qui est en cause.
Un proverbe hébraïque dit : "la plaie passe; le mot reste", et les sages qui étaient de fins psychologues savaient ce qu'il fallait de courage pour demander pardon et... pour pardonner
Le lachone ara ou de la mauvaise langue.
Loin de nous la volonté de réprimander, surtout pour une faute dont personne ne peut dire qu'il en est totalement exempt, mais écoutons ce texte talmudique : "La faute du colportage est aussi grave que le meurtre, l'union illicite et l'idolâtrie" (7).
A propos de ces 3 fautes, la tradition rapporte qu'il vaut mieux se laisser tuer que de les transgresser. Nous voyons jusqu'à quel point les sages ont condamner le "Lachone ara".
L'homme parlant :
Les philosophes ont voulu définir l'homme, certains ont vu en lui l'être pensant (8), la tradition juive a d'emblée opté pour l'être parlant,le médaber, introduisant la dimension morale du face à face (9).
La parole est le lien entre le monde intérieur et le monde extérieur.
Notre monde intérieur n'est pas toujours clair , nous pouvons vivre en conflit avec nous-même, Freud a bien souligné la dualité du conscient et de l'inconscient. Certains soutiendront que dire du mal de quelqu'un soulage, apaise, peut-être, mais la Torah proscrit cette manière de faire, car soulager ne veut pas dire guérir!
Tout est une question de volonté, et la volonté s'éduque.
Nous venons à la synagogue, nous venons aux activités, un seule chose nous paraît importante la construction de nous même pour mieux nous construire avec autrui.Si nous sortons de la synagogue le sourire aux lèvres et l'amour au coeur nous aurons réussi notre rencontre.
Écoutons le Rav Kook : "L'amour d'Israël et le travail qui consiste à devenir un avocat pour la collectivité et pour le particulier n'est pas seulement un travail affectif, mais cela requiert une grande compétence dans la Torah, une sagesse profonde et large aux multiples branches"(10)