" Avant d'aimer l'humanité,
aime ton prochain "
Ainsi parlait un sage à ses elèves
Pour une vie communautaire
Si nous voulons poser les fondements d'une vie communautaire,
basés sur les principes de l'amour et de la justice, il est indispensable
de réfléchir aux liens qui unifient tous les individus d'un
groupes et d'analyser où se situent les forces d'achoppements.
Vivre en société n'est pas chose simple,
car cela implique l'acceptation de l'autre dans sa différence.
A plusieurs reprises la Torah revient sur le commandements
d'aimer l'étranger. Dans une heureuse formule, le regretté
professeur André Neher soulignait que la Torah ne demandait pas
seulement d'aimer son prochain mais également "d'aimer son
lointain"(1),non pas seulement celui qui est proche de nous, par son
origine, par sa langue, par sa culture,mais aussi celui qui est radicalement
autre. Ce qu'il y a de difficile, de "surnaturel" dans cette
amour c'est justement l'acceptation de "l'étrangeté"
de cet inconnu, qui me remet en cause dans ma propre existence.
Dans une synagogue, une communauté,l'amour du
prochain, quoique plus "naturel",n'en demeure pas moins un acte
de morale élevée.
Le danger d'être ensemble
Le danger de toute vie en société c'est
de finir par se ressembler, ou de tenter de rendre pareil à soi
ceux qui nous sont différents.Le caractère le plus fort absorbant
le plus faible. (2)Tel n'est pas le projet toraïque.Se rassembler
ne veut pas dire se ressembler.
Prenons la mitsva, "de réprimander son frère"(3).
La loi orale enseigne que si nous ne sommes pas capables de rester calmes
pendant la réprimande, nous avons aucun reproche à adresser
à autrui, nous sommes dispensés de la mitsva.
Psychologiquement cela s'explique. Bien souvent nous
nous mettons en colère non par amour de la justice, mais par amour
propre, parce que nous nous sentons blessés intérieurement.
C'est pourquoi le Talmud conclue en disant que dans nos générations
il n'existe personne capable de réprimander, il ajoute avec humour,
de toute façon il n'existe personne aujourd'hui qui sait accepter
les réprimandes.
Être ensemble
Souvenons nous de cette enseignement merveilleux concernant
la tente d'Abraam, elle était ouverte dit la tradition aux 4 directions,
afin que chacun y est accès par son propre itinéraire .
On ne peut obliger les gens à entrer par la même
porte! Et au centre, dans ce lieu de rencontre et d'intensité, 4
types humains pouvaient se parler, se regarder. Abraham devenait le centre,
l'être liant, unifiant.
Le Maharal de Prague nous enseigne que la lettre "Hé",
qui symbolise le nom divin est formé de la lettre Daleth et de la
lettre Youd.(4)
Le Daleth a pour valeur numérique : 4. Les 4 directions,
l'espace que l'homme peut parcourir, espace physique bien sûr, mais
espace moral, spirituel aussi. Le youd est le point tensionnel qui maintien
la lettre et unifie la diversité. Hachem est l'Etre qui permet aux
différents visages de s'harmoniser. Nous disons tous les matin "Qu'Il
crée le tout".
La communauté, le Tsibour est le lieu de dévoilement
de l'Etre, l'espace de la rencontre, et chacun doit avoir sa place pour
lui-même.