Question

Je suis juive, issue d'un mariage mixte. J'essaye depuis peu de faire téchouva (cacherouth, chabath, prière). Je suis parfois des cours à Paris. Lors d'une dernière conférence, un Rav a dit que les non-juifs ne possédaient pas d'âme divine mais que seuls les juifs en possédait une . J'ai été très choquée... Mon père est un homme extraordinaire, et mes amis non-juifs sont des modèles d'humanité. Merci de me répondre, car je suis assez perturbée ?

Sophie Duchemin. Châteauroux.

Réponse

Première affirmation de la Torah, à prendre dans son sens le plus simple: l'homme a été créé à l'image de Dieu, c'est à dire tous les hommes : le sémite comme l'aryen, le blanc comme le noir, le juif comme le non-juif, le croyant comme l'athée... Toute interprétation qui remettrait en cause ce principe fondateur ne serait plus dans la lignée du monothéisme authentique. Tous les hommes sont les enfants de Dieu et sont aimés par Lui. Le midrach rapporte que l' Éternel ne voulut pas refermer la mer sur les Égyptiens, car ils étaient aussi l'oeuvre de ses mains. Deuxièmement, la religion n'imunise pas contre le racisme ou la misogynie, même si l'on mange strictement cacher, ou si l'on prie trois fois par jour. Dans le judaïsme, l'interprétation étant libre à partir de quelques clefs de lecture, la psychologie d'un auteur peut très bien forcer le texte selon sa propre perception du monde et des êtres. De plus ces propos, qui proviennent d'ouvrages écrits après l'expulsion des juifs d'Espagne ou dans les ghettos d'Europe, ont été élaborés en réaction à l'antisémitisme ambiant, ce qui explique le discours mais ne le justifie pas j'en conviens. C'est pourquoi il vaut mieux chercher d'autres maîtres dans la pure tradition prophétique, que d'écouter ces discours qui n'honorent pas le judaïsme. Pour affermir votre foi en l'Éternel, revenez à la Torah et aux Prophètes, où de telles considérations ne sont jamais mentionnées. Étudiez les Pirkey Avoth, référez-vous aux ouvrages de maîtres français comme Neher, Jaïs, Goldman, Manitou, Munk, Eisenberg, Sirat ou Bernheïm, et méditez cette parole d'Isaïe (XIX 25) : "Bénis soient l'Égypte mon peuple, l'Assyrie l'oeuvre de mes mains, Israël mon héritage".



Question

Pourquoi récite-t-on la bénédiction des fruits après un repas, alors que pendant le repas on ne bénit pas ce que l'on mange ? Naomie Weber. Palaiseau.

Réponse

Ce sont les sages d'Israël qui ont établi les règles des bénédictions. Ainsi ont-ils considéré que la bénédiction du pain au début du repas, dispensait de toute bénédiction pendant le repas, d'autant plus que dans la Bible le pain "léhem" peut parfois désigner le repas dans sa totalité. Les fruits n'étant pas mangés avec le pain, mais justement après, ils appellent leur bénédiction spécifique.


Question

Doit on croire dans l'astrologie, dans les rêves ? Rachel Uzan, Sarcelles.

Réponse

Le judaïsme proclame la liberté de l'homme. Cela signifie qu'aucun avenir n'est écrit dans le ciel. Les prophètes eux-mêmes n'annonçaient pas une catastrophe irrévocable, mais plaçait toujours les hommes devant une alternative. Si par astrologie vous entendez l'annonce d'un futur irrémédiable, alors vous vous trouverez en contradiction flagrante avec les principes de la Torah. Finalement, l'histoire d'Israël ne se présente-t-elle pas comme un anti-déterminisme, depuis la naissance d'Isaac, jusqu'à la renaissance de l'Etat hébreu. L'espérance n'est pas un vu pieux, c'est l'expression même de la liberté.

En ce qui concerne le rêve, le Talmud dit qu'il est comme une lettre qu'il faut lire. Depuis les découvertes de la psychanalyse nous savons combien cette parole des anciens est vérifiée. Bien que la tradition distinguent les rêves de vanité, qui traduisent l'activité cérébrale après un repas copieux ou la fatigue de la journée, des rêves authentiques, il n'en reste pas moins vrai que ces images nous renverront toujours à ce que nous sommes au fond de nous-mêmes. À nous de savoir déchiffrer.


Question

On dit que les enseignements contradictoires des rabbins est l'expression de la volonté divine, pourtant j'ai l'impression que nous assistons dans la Diaspora et Israël à de véritables querelles d'écoles.Je suis un peu perplexe, qu'en pensez-vous ? Isabelle Benchimol. Marseille.

Réponse

Vous faites référence à ce texte talmudique qui annonce que les écoles d'Hillel et de Chamay étaient en discussion durant quarante ans jusqu'à ce que Dieu intervienne en proclamant : "celles-ci et celles-ci sont les paroles du Dieu vivant, mais la loi rituelle (halakha) doit être tranchée comme Hillel".

La tradition ne nie pas les discussions voire les désaccords, elles sont inhérentes à la vie en société, la pensée unique n'est pas juive ! Le Traité des Pères donnent cependant le critère d'authenticité d'un avis, si l'intention est d'accomplir la volonté divine, la discussion est valable, par contre si elle répond à des intérêts personnels, elle s'éteindra d'elle même. Cela signifie que quelque soit le mode d'interprétation utilisé, si la discussion sert une cause religieuse elle est "cacher". L'honnêteté d'une démarche lui confère un caractère permanent. Le Talmud ajoute que bien qu'Hillel et Chamay furent en désaccord sur l'interprétation, ils s'échangeaient la vaisselle, et mariaient leurs enfants, une manière de dire que la cacherouth unissait les familles au lieu de les séparer. Aujourd'hui je comprends votre désarroi face à une communauté religieuse plus éclatée que plurielle et c'est avec beaucoup d'humour (ou de tristesse) que le Talmud dit que Dieu est obligé d'intervenir pour trancher. A mon humble avis, on ne peut refaire ni les hommes, ni le monde, il faut laisser faire les choses, nos petits enfants verront... Un conseil, trouver le maître qui répondra à vos exigences morales, religieuses et existentielles et suivez sa voie, sinon vous sombrerez dans le désespoir. Et que Celui qui a fait la paix dans les cieux, nous inspire ici-bas.



Question

Pourquoi certains religieux se balancent pendant la prière, et quelle est la signification des "péhoth" ? Jacques Markowits. Paris

Réponse

Ce balancement n'a aucun caractère obligatoire, mais traduit simplement le rythme intérieur de celui qui prie. Certains expliquent que ce balancement exprime la lutte contre les mauvaises pensées, d'autres trouvent l'origine de cette "danse" dans le verset de l'Exode qui enseigne que le peuple se "balança" au moment de la révélation des Dix Commandements (Exode XX. 15). Signalons cependant que la loi exige de ne pas trop en faire, et que pendant la récitation de la prière à voix basse (Amida), il faut se considérer comme un serviteur devant le roi. Je ne crois pas qu'en présence d'une haute autorité, fût-il le roi d'Israël, une telle attitude fût acceptable...

Quant à "péhoth", ils signifie "coins" et font référence au verset biblique qui interdit de se raser la barbe avec une lame de rasoir. Par extrapolation, certains n'éliminent jamais la barbe et les coins des oreilles. Là encore il n'y a aucun caractère obligatoire, tant que l'on utilise un rasoir électrique.


Question

J'ai un oral le deuxième jour de Chavouoth dois-je aller à la synagogue ou me présenter à la convocation et dans quelles conditions ? David Perez. Paris

Réponse

Tout d'abord avez-vous réalisé toutes vos démarches administratives auprès de votre professeur ou de votre directeur pour décaler votre examen ? Si vous n'avez pu obtenir gain de cause, vous pouvez vous présenter à cet examen. Si le lieu est éloigné de votre domicile, le mieux serait de vous faire inviter dans la communauté juive la plus proche, afin de vous y rendre à pied. Si vous devez transporter des affaires, tant qu'il ne s'agit pas de" mouksé ", c'est à dire d'objets servant à réaliser des travaux interdits (calculatrice, stylo,..) vous pourrez les prendre. En ce qui concerne la lecture de la Torah, il faut savoir que religieusement il s'agit d'une obligation qui incombe à la communauté (hovat tsibour) et non à l'individu, par conséquent ne vous culpabilisez pas de votre absence. Après Chavouoth engagez-vous devant Dieu à essayer de faire quelques passages de Torah ou de Talmud, et que l'Eternel vous éclaire de la sagesse de Salomon.