- Question
- Pourquoi maintenons-nous encore les deux jours de
fête au début et à la fin, alors que dans la Torah
il est fait mention d'un jour au début et un jour à la fin
? Pourrions-nous revenir aux prescriptions de la Torah ?
- D. Abidzer. Sceaux
-
- Réponse
- Quelle aurait été la situation de notre
calendrier si le téléphone ou le fax avaient existé
à l'époque du Temple ? Si je commence par cette interrogation
ce n'est point pour répondre par une question, mais pour souligner
que la raison qui a justifié le redoublement du premier et du dernier
jours de fête est un problème de communication. Pour saisir
la réponse, revenons à la manière dont les solennités
étaient fixées à l'époque du second Temple.
- Lors de la naissance de la nouvelle lune, la Torah a
exigé de chaque israélite qu'il se rendît à
Jérusalem pour témoigner de cette apparition devant le grand
tribunal (Sanhédrin). Comme le témoignagne n'était
enregisté qu'en présence de deux témoins, les personnes
se déplacaient par couple. Pour transmettre l'information jusqu'en
Babylonie, des guetteurs étaient postés sur les hauteurs
entre Jérusalem et la Diaspora. Après la proclamation officielle
du nouveau mois (roch hodech), on allumait des feux sur cette chaîne
de collines, ainsi très rapidement toute la communauté était
avertie et pouvait se préparer pour les fêtes.
- Le problème se compliqua quand des juifs qui ne
croyaient pas dans l'autorité rabbinique et la tradition orale (les
koutim) allumèrent des feux le lendemain de la proclamation
officielle. Les juifs éloignés ne savaient plus si Pâque
par exemple tombait tel jour ou le lendemain. On remplaca alors les brasiers
par des émissaires à cheval, mais ceux-ci n'avaient pas le
temps matériel de joindre les communautés d'exil. Le rabbinat
fut contraint de doubler le second et le dernier jour pour la Diaspora
chacun étant nommé dans le Talmud sféka déyoma
= jour douteux.
- Aujourd'hui, grâce au calendrier permanent que
nous possédons, nous savons que ce redoublement n'est plus nécessaire,
cependant nous ne pouvons l'abolir, pourquoi ? Car il faudrait un tribunal
rabbinique plus important en nombre et supérieur en sagesse pour
annuler ce décret.
- Je sais le type de réaction que cet argument suscite
chez le fidèle moyen qui se trouve souvent gêné sur
la plan professionnel, allant travaillé avec mauvaise conscience,
mais il faut bien comprendre que l'autorité rabbinique est l'un
des piliers de notre religion, la remettre en cause est comme dit le Talmud
porter un jugement sur le tribunal de Moïse lui-même, seul un
nouveau Sahnhédrin agissant au nom de tout Israël pourrait
modifier cet état de fait.
- Il est indéniable néanmoins qu'il existe
aujourd'hui une urgence en matière de halakha dans beaucoup
de domaines, et à notre foi dans les sages (émounath hakhamim)
devrait répondre leur courage face aux nouvelles réalités
sociologiques. Ce n'est bien sûr là qu'une simple mais sincère
prière...
-
-
-
- Question
- Pourquoi appelle-t-on le Talmud le Shass ? Et qu'elle
différente existe-t-il entre michna et barayta ?
- Frédéric Choukroun. Paris
-
- Réponse
- Au retour de l'exil de Babylonie, les maîtres prirent
le noms de sofrim puis celui de chonim, "enseignants"
ou choné halakha, "enseignants de la loi" (en araméen
tanaïm). La racine choné (chéni
= deux) signifie "répéter" et par extension "repasser
un texte, approfondir", d'où le mot Michna qui désigne
la première compilation de la tradition orale, ensemble des doctrines
et interprétations rituelles qui servira plus tard de référence
à la Guémara.
- Les fondations de cette oeuvre furent posées par
le célèbre Hillel, dit l'Ancien, patriarche du grand tribunal
rabbinique, 30 ans avant l'apparition du christianisme. L'oeuvre d'Hillel
fut ensuite enrichie par rabbi Aquiba ; parmi ses disciples, citons rabbi
Méir à qui l'on attribue la plupart des textes anonymes de
la Michna (stam michna).
- La rédaction définitive de la Michna fut
réalisée par rabbi Juda le Prince (Yéhouda hanassi)
qui divisa son travail en six parties ou six ordres (Semences, Fêtes,
Femmes, Dommages, Puretés, Saintetés), chicha sédarim
(araméen : chet sidré) dont les initiales forment
le sigle chass.
- Tous les textes qui ne furent pas insérés
dans la Michna formèrent d'autres compilations dont les noms génériques
sont Matnita barayta "Michna extérieure" ou tout
simplement Barayta "extérieure" et Tossefta
"Addition".