Responsa
21
Qu'est-ce qu'une chééla-outchouva ?
- Réponse :
- Littéralement cette expression signifie "question-réponse"
et désigne la correspondance entre un fidèle et son rabbin,
afin d'éclairer le premier, sur un sujet difficile de la tradition
juive, et en particulier sur une conduite rituelle.
- L'ensemble de ces écrits épistolaires est
désigné par l'expression au pluriel "chééloth
outchouvoth". Depuis la clôture du canon talmudique au VI ème,
on en a recensé des milliers dont certains sont encore sous forme
manuscrite. Pour comprendre le phénomène, il faut revenir
à ce que dit la tradition juive de la Transmission ou Massorah.
- Toute le foi hébraïque repose sur le fait
que Dieu est non seulement le Créateur du monde, mais également
le Révélateur d'une parole, transcrite par Moïse sur
un parchemin : la Torah. Cette Torah (Enseignement) se présente
sous la forme d'un récit, entrecoupé de lois religieuses
ou sociales qui deviendront la base de la législation de la société
hébraïque.Le nombre de mitsvoth (commandements) est évalué
à 613. Ces 613 commandements, parfois cités en allusion dans
la Torah écrite, seront analysés, commentés, définis
dans leurs domaines d'application, par la tradition orale, le Talmud.
- En d'autres termes, ce sont les maîtres du Talmud
eux-mêmes, qui vont mettre en évidence ce principe de l'interrogation
de la parole prophétique, pour y puiser des réponses pour
la pensée, la foi et le rite d'Israël.
- La grande difficulté de cette étude pour
le non-initié, est le caractère apparemment confus du texte,
si bien que pour pouvoir cerner par exemple tous les aspects du Chabath,
il faudrait avoir parcouru toute l'encyclopédie talmudique.
- L'exil, les soucis économiques ont fait que les
juifs n'avaient plus la possibilité de cette approfondissement,
et c'est pourquoi les fidèles écrivaient à leur rabbin
pour obtenir la réponse à telle ou telle question.
- Tribune Juive voudrait ouvrir une colonne "question
-réponse", où, sans aucune censure, chacun pourra poser
le ou les problème(s) qui le préoccupe(nt). Nous essayerons
d'apporter la réponse adéquate, tout en montrant quand cela
paraîtra utile, les différentes écoles d'interprétation,
et en donnant un sens à cette loi, plutôt que de rester dans
une réponse froide.
- Alors à vos plumes...
Responsa 22
Mon père avait l'habitude de
nous bénir sous le talith le jour de kippour. L'an passé mon
mari a voulu me bénir avec les enfants mais les responsables de la
synagogue nous ont empéché d'avancer, cela a engendrer une
grande dispute. Pouvez-vous me donner votre avis ? Cohen Yvonne. Beaucaire.
- Réponse
La Torah et le Talmud ont codifié le rite de la
bénédiction sacerdotale. Les prêtres (cohanim) doivent
se tenir face au peuple, recouverts de leur talith (châle de prière)
et répéter mot à mot après le ministre officiant
les quinze mots du Lévitique. Ce sont donc les cohanim qui a priori
doivent être recouverts. Cependant la coutume s'est répandue
dans certaines familles de couvrir les enfants afin qu'ils ne regardent
pas les prêtres. Comme dit le Talmud "quiconque regarde les cohanim
au moment de la bénédiction perd un peu de sa vue" qu'il
faut comprendre ainsi "quiconque s'arrête à la réalité
présente en croyant que la bénédiction vient des hommes
perd la vision authentique du monde qui est béni par Dieu uniquement".
À kippour notamment en Tunisie, les rabbins ont
accepté que la famille, mari femme, fils et filles se retrouvent
sous le même talith. Personnelemnt dans toutes les communautés
où j'ai exercé et en accord avec le conseil d'administration,
ceux qui voulaient bénir leur épouse allaient au fond de la
synagogue afin de ne pas pertuber les fidèles du premier rang. ainsi
tout le monde peut y trouver son compte. Si au niveau de la foi la religion
nous demande d'être solide comme un chêne, l'expérience
communautaire doit nous apprend à être souple comme le roseau.
Responsa 23
Je me souviens d'avoir lu que si le rôle du père est d'enseigner
la Torah à ses enfants, celui de la mère est aussi très
important, pourriez-vous m'indiquer soit un passage du Talmud soit une autre
voix autorisée qui traite des devoirs de la mère ? (Jacques
Lepage. Paris).
Reponse
Les meilleurs passages sont d'abord ceux issus de la
Bible elle-même qui nous présentent le souci des Matriarches
de préserver l'héritage d'Abraham. Lorsque le serviteur d'Abraham
va chercher une épouse en Mésopotamie (Gn il la juge sur ses
qualités morales d'hospitalité et d'amour de l'étranger,
car il sait que Rébbeca sera porteuse de l'avenir d'Israël.
Dans les Proverbes du roi Salomon (I,8 et VI,20) il est recommandé
: "N'abandonne pas la Torah de ta mère". Quant au Talmud
nous pouvons nous référer par exemple dans les Pirkey Avoth
(traduit en français par Maximes des Pères) (II,11) on loue
la mère de Rabbi Yochoua ben Hanania qui enceinte se rendait régulièrement
à la maison d'étude afin que l'embryon s'imprègne des
enseignements des maîtres. À propos du verset (Ex XIX,3) "Ainsi
diras-tu à la maison de Jacob et enseigneras-tu aux enfants d'Israël",
le midrach enseigne "La maison de Jacob" représente les
femmes, et pourquoi sont elles mentionnées avant les hommes ? Afin
qu'elles amènent les enfants à l'étude de la Torah.
(Dans le Talmud de Jérusalem Sota "Afin de donner un mérite
à celles qui amènent les enfants). Le traité Bérakhoth
17a annonce que l'Éternel récompensera les femmes qui auront
amené leurs enfants à la synagogue et au Talmud Torah. Enfin
les récits concernant le dévouement des femmes pieuses, pour
l'éducation des enfants, même au risque de leur vie, sont légions
dans la littérature juive (même laïque) et il est très
fréquent de trouver sous la plume d'un rabbin dans l'introductions
de son commentaire rabbinique, l'éloge de sa mère à
qui il reste redevable.Je terminerai par cette formule de Manitou : "Le
rôle de la mère est d'apprendre à l'enfant à
être un enfant et celui du père d'apprendre à l'enfant
à être un homme".
Responsa 24
J'ai entendu dire qu'à l'époque des tribunaux rabbiniques
de l'antiquité une condamnation à l'unanimité était
totalement annulée. Pouvez-vous m'en dire plus ?
Réponse
Dans le traité Sanhédrin (17a) Rav Kahana affirme en effet
que si un Sanhédrin (tribunal de 71 membres, la plus haute instance
juridique d'Israël qui fonctionnait à l'époque du Temple)
condamne à mort un détenu à la totalité des
voix, le détenu est acquitté. Cette curieuse sentence est
expliquée par une sorte de "condamnation" du Sanhédrin
dont aucun membre n'a été capable de trouver une circonstance
atténuante pour défendre l'accusé. Un de mes maîtres
disait si aucun homme n'est capable de trouver une circonstance atténuante
alors c'est Dieu en personne qui acquitte.
Responsa 25
Pouvez-vous me donner des précisions quant au délai minimum
de consommation du lacté après le carné ? Est-il vrai
que la consommation dans le sens carné après lacté
entraîne un temps plus court ?
Réponse
Le Talmud ne donne aucun délai horaire entre
la consommation d'un met carné à un met lacté, il exige
simplement de ne pas manger dans le même repas de la viande et du
lait. De ce fait, les interprétations furent nombreuses chez les
commentateurs avant que la halakha ne soit fixée telle que nous pratiquons
aujourd'hui.Dans le sens viande/lait tout d'abord. La règle est d'attendre
six heures, dans certaines communautés ashkénazes on attend
trois heures, voire une heure dans les communautés hollandaises.Dans
le sens lait/ viande, la règle générale est de ne pas
attendre entre le lait et la viande qu'il s'agisse de mets lactés
liquides ou solides, même fromage dur, à condition de s'être
bien nettoyé la bouche. Certaines communautés ashkénazes
sont plus sévères et attendent six heures entre un fromage
dur et la viande, chacun suivra la coutume paternelle.