Responsa 26
Le Judaïsme croit-il dans la réincarnation ? (Estelle Khayat. Paris)
Réponse
Bien qu'il soit possible que nous ayons déjà eu cette discussion dans une vie antérieure, nous reprendrons cette question à son point de départ. Si l'on se réfère à la tradition biblique, nous ne trouverons nulle trace de ce concept. Cette négation ne peut nous surprendre, car elle découle du monothéisme hébraïque, pour qui chaque être humain est unique dans son corps, dans sa conscience, dans sa mémoire. Maïmonide par exemple ne cite pas ce principe dans ses treize articles de foi. Nous pouvons donc dire que l'hébraïsme ne connaît nullement ce principe. C'est la Kabbale de Safed (XVIe siècle) qui introduisit cette notion qui n'a jamais fait l'unanimité du monde rabbinique. Certes certains textes pourraient sous-entendre ce principe, comme par exemple l'expression "Pinhas est le prophète Elie", mais rien n'oblige à forcer le texte ainsi, et cela signifie d'abord que ces deux personnages ont une psychologie voisine, un même caractère impétueux. Pour la foi juive qui se fonde sur une théologie éthique il n'est donc pas nécessaire d'adhérer à un tel principe, ce qui n'empêche pas de considérer la cabale comme une oeuvre rabbinique majeure du judaïsme exilique qui influença divers courants de pensée toujours vivants aujourd'hui.




Responsa 27
Dans la Bible Dieu semble présent auprès de son peuple pour le sauver, or depuis la destruction du Temple et la grande diaspora de 70, Dieu semble avoir abandonné Israël, comment expliquer ce changement d'attitude ? (Pierre Bazin. Châteauroux)

Réponse
Vaste question ! Le seul moment où Dieu intervint de façon miraculeuse et grandiose pour sauver Israël, et cela constitue une parenthèse dans l'Histoire, est celui de la sortie d'Égypte. En fidélité aux promesses faites aux Patriarches et parce que les Hébreux eurent le courage d'immoler l'agneau pascal, Dieu les sauve afin qu'ils deviennent son témoin aux yeux des nations, "et vous serez pour moi une royauté de prêtres et une nation sainte". À partir de ce jour, et sans annuler l'alliance avec Noé, le rapport entre Dieu et Israël s'inscrit sous le signe de la responsabilité et du partenariat. C'est sur la base de cette vocation sacerdotale qui implique des devoirs de justice et de charité, que peut s'exercer la protection divine.

Tout le message prophétique est là pour rappeler qu'il n'existe aucun passe-droit entre Dieu et Israël, et si Israël n'accepte pas la loi morale il sera fragilisé comme n'importe quel peuple, et livré aux déterminisme de l'Histoire. Roch Hachana par exemple rappelle que le jugement de Dieu est universel, il concerne aussi bien les individus que les familles de la terre. La seule fierté (toute relative) que le judaïsme peut ressentir est d'avoir été le réceptacle de la parole divine qui, mis à part les lois cérémonielle, s'adresse dans son essence à l'humanité toute entière.

Mais il n'en reste pas moins vrai que si le second Temple fut détruit, comme dit le Talmud à cause de la haine gratuite, l'humiliation que connut Israël dans l'exil ne traduisait pas l'abandon de Dieu, mais bien un enseignement de haine et de mépris qui fit de notre communauté le bouc émissaire de la folie des hommes. "Et même lorsqu'ils seront au milieu des nations, Je ne les abandonnerai pas pour annuler mon alliance"



Responsa 28
En Israël, j'ai entendu que certains rabbins s'opposaient à la perruque pour les femmes et recommandaient exclusivement le foulard, car la femme était plus jolie dans le premier cas, risquant d'entraîner des mauvaises pensées chez les hommes, qu'en pensez-vous ? Dans la même logique pourquoi à méa Chéarim les femmes ont la tête rasée sous un foulard noire ? (Joseph. Lévy. Aix en Provence)

Réponse
Le fait de se couvrir la tête pour une femme, avant toute référence scripturaire, est pour le monde sémite une règle de décence (comme la barbe pour les hommes, un signe de puissance). Cependant la tradition rabbinique va fonder cette conduite à partir d'un verset : "Il (le cohen) défera ses cheveux (de le femme)" (Nombres V,18) L'expression "défaire les cheveux" donne lieu à deux interprétations, soit dénouer des nattes placées dans un porte-chignon, soit retirer le foulard. Dans les deux cas, on reconnaît que le femme mariée portait un signe distinctif lié à sa chevelure, mais c'est finalement la seconde opinion qui deviendra la coutume (on parle alors de "coutume juive"). La Bible ne donne aucune raison à cette conduite et rien ne dit qu'il s'agissait d'enlaidir la dame (ce que le judaïsme n'a jamais demandé). À l'analyse du contexte, il signifiait pour la femme qu'elle acceptait le joug divin et témoignait fidélité à son mari, (comme les tsitsith pour l'homme sont, selon le Talmud, un garde fou contre le libertinage).

En ce qui concerne le couvre-chef, le monde séfarade (proche de l'Islam) à garder le foulard, alors que le monde ashkénaze (en contact avec l'Occident) a opté pour les perruques dès que celles-ci sont apparues, avec la bénédiction de nombreux décisionnaires. J'entends bien votre question concernant l'aspect esthétique de la femme " plus jolie avec une perruque", mais nous n'avons à être plus royaliste que le roi, si la Bible avait voulu que nos épouses soient totalement couvertes, elle l'aurait exigé. Et puis la femme n'a pas à prendre sur elle toutes les faiblesses de l'homme, ce dernier devant apprendre à contrôler ses pensées, même vis-à-vis du "petit doigt de la femme". Enfin, dans le monde d'images qui est le nôtre où n'importe quel produit de consommation est associé à un top-model, n'exigeons pas trop des filles d'Israël, surtout celles qui reviennent lentement à la pratique religieuse. Pour certaines l'effort est déjà très grand de couvrir cette partie de leur féminité. Alors que chacune de nos surs agisse selon son éducation, sa maturité religieuse et sa foi personnelle et n'envoyons pas en enfer celles qui acceptent par amour de Dieu le joug de ses commandements.

En ce qui concerne les femmes de Méa Chéarim, la raison de cette conduite remonte au droit de cuissage pratiqué par certains seigneurs d'Europe de l'Est, la jeune fille s'enlaidissait volontairement pour échapper à ce destin funeste. Certaines continuent de pratiquer le rasage en référence à un texte talmudique qui rapporte qu'une femme fut si stricte en la matière, que les poutres de sa maison ne virent jamais ses cheveux. Cet enseignement est donné en exemple de piété, et pas en règle d'imitation bien entendu.



Responsa 29
Pourquoi doit-on réciter trois prières quotidiennes, celle du matin n'est-elle pas suffisante ? (Steve Naccache. Bagneux)
Réponse
L'origine des trois prières de la journée remonte à la destruction du premier Temple (-586), lorsque les juifs en Babylonie cherchèrent un substitut du culte sacrificiel, puisque tout sacrifice est interdit en dehors du Temple de Jérusalem. Comme l'on sacrifiait un agneau le matin, un agneau l'après-midi et que l'on brûlait les graisses durant la nuits, les sages établirent trois prières en correspondance. Pour répondre à votre demande, sachez que selon la loi stricte, seule les deux premières (chaharith et minha) ont un caractère contraignant, celle du soir (arvith ou maariv) est facultative, puisque ne correspondant à aucun sacrifice effectif. C'est la raison pour laquelle, on ne répète pas la "amida", le soir. Mais la communauté l'ayant accepté au même titre que les deux autres, la coutume a force de loi ici. Rabbi Juda Halévi compare les trois prières à trois repas de l'âme. Vous êtes libre du nombre de vos collations intestinales à vous de trouver votre équilibre alimentaire spirituel.


Responsa 30
Pourquoi jeûne t-on encore pour le 9 av alors que depuis 67 nous avons Jérusalem comme capitale réunifiée? ( François Benamon. Villeneuve St Georges)
Réponse
Le jeûne du 9 av rappelle la destruction du premier et du second Temples de Jérusalem. La catastrophe fut si terrible que les rabbins instituèrent ce jour comme jour de deuil pour la communauté d'Israël. Depuis la guerre des six jours, le peuple juif est revenu à Jérusalem, de lieu de désolation et de lamentations, la ville est devenue la capitale florissante du nouvel État. Même si ce retour a pu panser un temps soit peu les plaies de l'exil, notre joie ne pourra être totale sans la reconstruction du troisième Temple qui sera appelé "maison de prière parmi tous les peuples". Quand Jérusalem sera reconnu comme cité de paix entre tous les hommes, quand le nom de Jérusalem sonnera vraiment selon son étymologie comme ville de crainte de Dieu et paix entre entre les hommes, alors nous cesserons de jeûner, "alors notre bouche sera remplie de rire et nos langues de chants".


Responsa 31
D'où viennent les différences entre achkénazes et séfarades, n'avons-nous pas une seule Torah ? Sylvie Faissler. Lyon.

Réponse
Il y a d'abord les paysages culturels de chaque communauté, derrière le monde ashkénaze se dessine l'Occident, derrière le monde séfarade, l'Orient. La langue, la cuisine, l'aspect vestimentaire ont marqué ces différences. Au niveau religieux, la distinction a été effectivement opérée par l'écriture au XVIème siècle du Choulhan Aroukh, "la table dressée" du Rabbin Joseph Caro son livre devint la référence pour le monde séfarade, alors que son contemporain le rabbin Moché Isserless rédigeait "la nappe" qui devint la référence du monde ashkénaze. Mais les choses n'étant jamais simples dans le judaïsme (grâce au ciel !), à l'intérieur de chaque tendances il existe des sous-ensemble ayant leurs propres références rabbiniques qui sans nier ces deux grands décisionnaires, nuancent souvent leurs opinions.

Bien que le Talmud demande de ne pas transformer le judaïsme en un ensemble de sectes, il faut voir dans ces différences la valeur de l'interprétation, Dieu nous a donné une Torah afin qu'elle soit appréciée par le jugement des hommes, c'est la grandeur du judaïsme.




Responsa 32
Pourquoi séparer les hommes et les femmes, n'est-ce pas discriminatoire pour les femmes ? (Albert Abergel. Paris
)

Réponse
Tout d'abord ceci est tout aussi discriminatoire pour les hommes, puisqu'ils doivent quitter leur épouse en entrant à la synagogue. La séparation des sexes est fondée sur le principe de concentration. Les rabbins ont estimé que les hommes entre-eux pouvaient mieux se concentrer dans leur prière si les femmes n'étaient pas à côté. Une autre raison peut être avancée plus philosophique que psychologique, la séparation entre hommes et femmes soulignent au final la tension d'amour entre l'Homme et Dieu. La Torah nous dit qu'Isaac priait en face de sa femme, en tension vis-à-vis d'elle (Gn XXIII,21.cf..Rachi) . La relation "Je-Tu" n'est pas une donnée immédiate de la conscience religieuse, mais le résultat d'un effort pour aller vers l'autre, pour combler les vides, sachant que la distance sera toujours là comme l'espace à sans cesse conquérir pour la fraternité et l'amour.


Responsa 33
Pourquoi les femmes sont dispensées de certains commandements ? (Judith Kren. Villejuif).

Réponse
La tradition enseigne que les femme sont dispensés des commandements positifs qui dépendent du temps. Autrement dit pour les interdits et les commandements positifs permanents (comme la mézouza) hommes et femmes sont régis par la même loi. Les femmes sont dispensées des commandements positifs qui dépendent du temps solaire, car la Torah n'a pas voulu imposer aux femmes des contraintes supplémentaires alors que leur temps intérieur avait déjà ses propres exigences (cycle menstruel, grossesse, allaitement,...). Si le calendrier est solaire pour les saisons, il reste lunaire pour les mois, une manière de dire que c'est l'ensemble de la communauté, hommes et femmes qui construit le temps des rendez-vous de Dieu, chacun étant prêtre dans ses prérogatives.




Responsa34
Quel regard porte le judaïsme sur les autres religions ? (Paul Calvo. Chilly)

Reponse
La Bible affirme qu'il n'existe qu'un seul Dieu (unicité) et que Dieu est un en lui-même (unité). Il est le créateur de l'univers et maintient en permanence les lois de la nature. Il est inséparable de la morale et est le gardien de la justice et de la charité. Cette perception du divin fut le résultat de la démarche d'Abraham puis fut révélée à tout Israël. Malgré ce degré d'exigence, le judaïsme ne considère pas les autres religions comme inférieure, mais comme d'autres voies pour arriver à l'Éternel. C'est le sens de la parole de Malachie, le dernier prophète lorsqu'il annonce "car du lever du soleil et jusqu'à son coucher, mon Nom est grand parmi les peuples, et dans tout lieu on encense et on sacrifie pour mon Nom" (I,11) Ce qui sera condamné par les Prophètes n'est pas la spiritualité des peuples, mais la conséquence de cette spiritualité sur le plan éthique. Ce n'est pas le fait que le pharaon pense que le Nil soit Dieu qui offusque le croyant, mais le fait qu'au nom de ce dieu, il sacrifie des enfants et fonde son orgueil (cf. Ezéchiel XXVIII). Le message prophétique se pose en message critique contre tous les asservissements. Le messianisme n'est pas entendu pour nous comme la judaïsation des consciences, mais comme la fraternité des peuples sous le regard du Très Haut. Telle est la portée de ce beau texte de Roch Hachana : " Inspire le respect à toutes tes oeuvres et la craintes à toutes tes créatures, alors toutes les créatures se prosterneront devant toi et ils seront tel un bouquet pour accomplir ta volonté d'un coeur entier".


Responsa 35
Je suis dans une école religieuse depuis un an, et c'est avec joie que je découvre la Torah, j'essaye de pratiquer les mitsvoth, mais parfois mon mauvais penchant revient et je me culpabilise. Pendant les vacances je me demandes si je peux aller à la mer, au cinéma ou aller danser comme avant ? (Mikaël A. 16 ans Verrières)

Réponse
Cher Mikaël,
Il faut tout d'abord savoir que l'éveil de ton "mauvais penchant" est tout à fait normal à ton âge, cela prouve que tu es psychologiquement en bonne santé, c'est-à-dire que ton corps agit selon les lois que Dieu a placé chez tous les humains. D'autre part, tu n'es pas le seul à exprimer tes craintes et tes doutes, quand après une période d'euphorie religieuse, tu ressens ta nature revenir au galop. Au début, l'expérience religieuse est une expérience merveilleuse, où tout semble nous sourire et où Dieu va nous répondre au détour d'une prière. Mais cet état de "grâce" ne peut pas durer éternellement, sinon tous les religieux seraient des saints. En sortant d'Egypte, les enfants d'Israël connurent eux aussi ces grands moments d'extase et de bonheur spirituel, mais très vite ils se plaignirent de manquer d'eau, ou pire ils fabriquèrent un veau d'or, quarante jours seulement après avoir entendu Dieu. Il n'existe pas de religion naturelle, c'est l' effort permanent qui fera du croyant un véritable serviteur de Dieu dans le cur et dans les actes.

Tu demandes quoi faire pendant tes vacances ? Si tu as décidé de vivre à la yéchiva le reste de tes jours, alors passes tes vacances à la yéchiva et protège-toi des tentations du monde par le conseils des maîtres, si tel est ton désir. Mais si tu veux continuer à vivre dans la société, alors réjouis toi dans ta jeunesse. Le détachement devant les plaisirs du monde ne doit pas se faire par fractures mais progressivement. Certes il existe des plaisirs formellement interdits car ils remettraient en cause ta dignité d'homme (la débauche, le sadisme,..), mais parmi les loisirs que tu évoques, comme le cinéma, la baignade il n'y a pas lieu d'être par trop sévère, de même en ce qui concerne la danse, si elle se pratique dans un cadre communautaire (Bar mitsva, centre communautaire,..) peut-être rencontreras-tu ta fiancée ?. Des centaines de jeunes vivent aujourd'hui comme cela et ils n'en restent pas moins de bons juifs. Si tu poses la question, c'est que ces loisirs sont encore importants pour toi, alors ne te frustes pas outre mesure, tu risquerais de devenir, à Dieu ne plaise, un religieux intolérant plus tard. Continue de faire ta prière, de mettre talith et téfilines, de garder le Chabath, les fêtes et la cacherouth, et d'étudier la Torah tous les jours car elle est un arbre de vie pour ceux qui s'y attachent. Et n'oublie que lorsqu'on est pressé, il faut savoir aller lentement, c'est ainsi que l'alpiniste pour accéder au sommet.



Responsa 36
Est-il vrai que les femmes ne doivent pas travailler le Nouveau Mois (Roch Hodech), quelle est l'origine de cette règle ?
Ginette Halimi (Pantin)


Réponse
Cette coutume est en effet mentionnée dans le Choulhan Aroukh. L'on peut avancer deux réponses à votre question.
Sur un plan psychologique et éthique, la correspondance entre le cycle menstruel de la femme et le cycle lunaire vient souligner que le renouvellement de l'être, la capacité de retrouver de nouvelles forces morales et spirituelles est toujours possible. La lune disparaît puis réapparaît, le sang de la vie s'écoule sans être fécondé, mais une nouvelle vie va germer. Ces données naturelles - que certains exégètes rattacheront à la dialectique "exil - délivrance"- sont offertes en réflexion à tous les hommes de bonne volonté afin de toujours s'améliorer. En demandant à la femme de ne pas réaliser de gros travaux pendant Roch Hodech, la Tradition veut rendre sensible la société d'Israël à cette optimisme de la foi, qui est lié à la féminité.
Sur le plan historique, le Midrach nous apprend que l'Eternel voulut faire du Nouveau Mois une solennité pour les douze tribus d'Israël, du même type que les fêtes de pèlerinage liées aux personnalités d'Abraham, Isaac et Jacob. Les enfants d'Israël ayant commis la faute du veau d'or, la sainteté de la Néoménie fut altérée. L'Eternel offrit aux femmes qui n'avaient pas participé à cette faute, le Roch Hodech comme jour de leur fidélité.

Responsa 37
Peut-on réciter la "Amida" assis ?
(Pierre Cohen, Meudon)

Réponse
Comme son nom l'indique la &laqno;Amida» (racine OMED : se tenir debout) doit être récitée en position debout, (pieds joint et à voix basse). Cette attitude est déduite par le Talmud de la position de Hanna (Anne), qui demanda à l'Eternel un enfant alors qu'elle était stérile (cf. début du livre de I Samuel).
Soulignons (car ce n'est pas toujours le cas) que c'est d'une femme que la tradition juive apprend la posture à garder pendant la prière la plus importante de la Synagogue.
Bien entendu, si pour des raisons de santé, de fatigue, de douleurs, votre concentration était perturbée en position debout, vous pourriez rester assis, voire couché dans votre lit dans une situation extrême (à Dieu ne plaise), la sincérité d'un cur étant de toute façon indépendante de l'orientation spatiale.



Responsa 38
Question :
Devant partir avec des jeunes pour une sortie champêtre,nous voulions préparer des sandwichs à la maison ; l'un des organisateurs qui est très religieux, a demandé de les préparer seul, prétextant que les organisateurs ne respectant pas le Chabath, ils ne pouvaient avoir autorité en matière de cacherouth ? Cela en entraîné de vives discussions entre nous Est-ce qu'un repas préparé par quelqu'un qui ne respecte pas strictement Chabath peut-être considéré cacher ?M Elie Attal (Antony)
 
Réponse
On appelle aliment cacher, un aliment qui répond aux normes mentionnées dans la Torah, c'est-à-dire le choix de animaux (ruminants ayant sabots fendus, poissons possédant écailles et nageoires, oiseaux de basse-cour), l'interdiction de mélanger le lait et la viande, ou de consommer le sang). Si les ingrédients sont cachers et que les ustensiles dont lesquels ils sont cuits et présentés le sont également, alors le repas est consommable sur le plan religieux, quelque soit la religiosité du préparateur du repas. En ce qui concerne votre affaire, le sous-entendu de votre interlocuteur "très religieux" est que si quelqu'un ne respecte pas le Chabath alors ne respecte pas les règles de cacherouth. Mais encore une fois, les deux choses peuvent être séparées.
En espérant que votre prochain repas sera source de rassemblement communautaire et non d'éclatement.


Responsa 39
Qu'est-ce qu'un aliment cacher ? Première partie.

Réponse :
Pour le croyant d'Israël, la Bible exprime ce souci constant d'apprendre aux hommes à gérer leurs instincts primaires, la faim ne fera pas exception. C'est le sens de la "sanctification" qui consiste à faire d'un acte naturel, un acte hautement humain en référence à l'autorité transcendante de Dieu (La Torah n'utilise pas le mot "cacher" , mais fait référence à l'impureté et à la sainteté.) . À l'origine ce fut l'arbre de la connaissance qui fut interdit à Adam et Eve. Après le déluge, l'humanité via Noé, reçut la défense de manger la chair d'un animal vivant (ever min hahaï). En sortant d'Egypte, Israël inaugura les commandements du pain azyme (matsa) et de l'agneau pascal (pessah), avant que Moïse ne révèle tout un code alimentaire définit, entre autres, autour du choix des animaux. Ainsi en avalant des mammifères terrestres, ruminants aux sabots fendus, des poissons aux écailles et aux nageoires ou des oiseaux de basse-cour, l'Hébreu devenait un carnivore discipliné.

À ce choix d'espèces, la Torah ajouta un mode d'abattage par saignée, la chéhita ( C'est le Talmud qui développe ce sujet, car la Bible n'en parle que parle allusion. ) pour les ruminants et les oiseaux, qui malgré son caractère spectaculaire (Le cinéma a fait beaucoup plus spectaculaire, les fanatiques aussi.), vise à vider rapidement le cerveau de son sang et donc à diminuer la souffrance de la bête.

Enfin la Bible a interdit à trois reprises de "faire cuire le chevreau dans le lait de sa mère", que la tradition rabbinique a élargi à tout mélange de lait et de viande. Pour conclure ce survol rapide, rappelons l'interdiction de consommer le nerf sciatique (combat de Jacob contre l'ange), du sang et de certaines graisses.



Responsa 40
Qu'est-ce qu'un aliment "cacher" ? Deuxième partie.

Réponse
Si la Torah légifère le choix des animaux et le mode d'abattage, cela ne signifie pas que l'on puisse manger immédiatement sa viande ou sa volaille après achat dans une boucherie sous surveillance rabbinique. En effet il manque la "cachérisation"1 qui consiste à éliminer la plus grande partie du sang soit par salage soit par grillage. Le verset2 biblique qui fonde cette pratique dit : "Vous ne mangerez point le sang car le sang est le "néféch", le souffle", qui pour l'Hébreu véhicule l'instinct. Ainsi l'action du gros sel ou du feu3 aura pour effet d'enlever le sang visible, et autorisera alors la préparation d'un repas.
Le terme "cacher" ne s'applique pas uniquement à la viande, mais à toute denrée autorisée selon la loi juive. Ainsi un aliment contenant des ingrédients interdits (ex : graisses animales, mélange de lait et de viande,...) ou du lait provenant d'animaux non permis, seront déclarés "non cacher", c'est à dire non consommables. C'est pourquoi s'est développée dans nos pays occidentaux toute une industrie de produits sous surveillance rabbinique qui répondent aux exigences religieuses des pratiquants les plus strictes. Le "plus cacher" ne provient donc pas de la nature du produit, mais du nombre de contrôles qui auront été réalisés durant la chaîne de fabrication. Sans entrer dans un débat communautaire, soulignons que la nourriture occupe une place si importante dans le judaïsme, que le livre qui codifie les règles rituelles se nomme le "Choulhan Aroukh", littéralement "table dressée".


Responsa 41
À-t-on le droit de programmer la télévision afin de voir le Chabath les matchs de la coupe du monde ?

Réponse
Les décisionnaires contemporains autorisent la programmation des systèmes électriques pour les besoins du confort du Chabath, comme allumer ou éteindre certaines chambres, ouvrir les portes à code, etc..., dans la mesure où l'opération est bien sûr réalisée avant l'entrée du Chabath.
Du point de vue de la halakha pure, il n'y aurait donc aucune interdiction de programmer une émission sportive, surtout si elle participe de votre délice du Chabath (oneg Chabath).
Reste l'enseignement du prophète Isaïe que nous récitons au kiddouch du samedi matin : "Si tu t'abstiens de vaquer à tes affaires en ce jour qui m'est consacré...". L'esprit du Chabath est de marquer une rupture avec nos conduites de la semaine, pour nous consacrer davantage à la prière et à l'étude. Les deux voies sont donc ouvertes, à vous de vous situer par rapport à votre "délice" et que l'Eternel vous accorde la paix intérieure.


Responsa 42
Comment le judaïsme rabbinique peut-il interdire l'usage de l'électricité le Chabath, alors qu'à l'époque de Moïse l'électricité n'existait pas ?

Réponse
Attention, le judaïsme n'interdit pas l'utilisation de l'électricité le Chabath (puisque l'on peut programmer l'allumage des chambres ou des synagogues, que l'on peut prendre un ascenseur qui s'arrêterait automatiquement à chaque étage, prendre un escalator, laisser une plaque chauffante,...), ce qui est interdit c'est d'agir pour modifier l'état d'un système électrique (passer de 0 à 1 ou de 1 à 0).
Évidemment Moïse ne connaissait pas la fée électricité, mais les rabbins agissent, comme dans la majorité des cas, selon le "principe d'analogie". Après avoir étudié le phénomène auprès des spécialistes, ils ont considéré que l'allumage d'une lampe par exemple, était équivalent sur le mode de la transformation, à l'allumage d'un feu. Ce n'est pas l'effort de production qui est à considérer, mais le résultat physique obtenu. Le Chabath ne veut pas dire "repos", mais "cessation", qui implique une différenciation avec les six jours de la semaine ; c'est pourquoi une personne observante ira à la synagogue à pied plutôt qu'en voiture.


Responsa 43
Un mari qui désire divorcer religieusement doit-il le faire en accord avec son épouse? Récemment au tribunal rabbinique de Beer Chéva le Rav Zion Bouaron a autorisé le mari à prendre une seconde épouse, du fait que la première refusait depuis des années de donner le guet. Qui du mari ou de la femme doit donner le guet ?

Réponse
Pour répondre à votre question, il me semble important de rappeler quelques points concernant le mariage dans le contexte biblique. Premièrement, si l'on peut constater à travers certains chapitres que la monogamie représente un idéal de vie, la polygamie était très répandue dans l'antiquité et nullement condamnée. Un homme pouvait ainsi délibérément épouser plusieurs femmes, ce qui entraînait évidemment des tensions, au point que la seconde femme est nommée dans les écrits : "la rivale" (Cf. Sarah et Agar, Rachel et Léa ou Hanna et Pénina).
Deuxièmement comme vous le citez, le chapitre XXIII du Deutéronome accepte qu'en cas de conflit, les époux se séparent, à condition que le mari remette à son épouse un "livre de séparation" "sefer kéritouth", afin que cette dernière puisse se remarier. La tradition rabbinique appelle ce document le "guet" (mot symbolique, car formé du "guimel" et du "tet", lettres qui ne se rencontrent jamais juxtaposées dans la Torah). Pour le judaïsme, il ne s'agit pas d'un divorce, mais d'une répudiation qui va uniquement dans le sens du mari vers la femme. Il faudra attendre Rabbénou Guershom de Mayence (960-1028) (le maître de Rachi) qui interdira la polygamie, décret qui sera surtout accepté par les communautés ashkénazes. Cette décision entraînait entre autres que la répudiation ne pouvait se réaliser que par consentement mutuel. En d'autres termes, si la femme ne veut pas accepter la séparation, le mari ne pourra pas se remarier. C'est là le cas évoqué par le journal israélien. Finalement, l'homme étant séfarade, et l'affaire durant depuis plusieurs années, le tribunal rabbinique a opté pour un retour à la coutume biblique, ce qui entre parenthèse est contraire à la loi israélienne qui a interdit la polygamie en 1959.


Responsa 44
Je suis religieuse et j'ai décidé de faire mon alyah ? Est-il permis pour une fille de faire le service militaire en Israël, ou à cause des problèmes de mixité faut il s'abstenir d'une telle activité?
Réponse
Selon la Torah seuls les hommes sont appelés à combattre. Avec la création de l'Etat d'Israël cette question a été évoquée au niveau du rabbinat, surtout devant le grave danger de voir Israël disparaître de la carte. La solution qui a été trouvée est le "chérouth léoumi", qui correspond à un service social au sein de la nation. Il n'y a aucun doute qu'il s'agit là d'une mitsva vis-à-vis de vos frères et surs qui vivent dans le pays. Quant à la question de la mixité, à moins d'avoir opté pour une rigueur extrême, il n'y a pas lieu d'être sévère. De nombreuses jeunes filles religieuses participent à la vie du pays de cette manière. Au contraire votre attitude exemplaire empreinte d'amour et de respect sera un véritable "kiddouch Hachem", sanctification du nom de Dieu, montrant que Torah et vie civile sont faits pour s'harmoniser.


Responsa 45
On dit que les enseignements contradictoires des rabbins sont l'expression de la volonté divine, pourtant j'ai l'impression que nous assistons dans la diaspora et Israël à de véritables querelles d'écoles. Je suis un peu perplexe, qu'en pensez-vous ?

Réponse

Vous faites référence à ce texte talmudique qui annonce que les écoles d'Hillel et Chamay étaient en discussion durant quarante ans jusqu'à ce que Dieu intervienne en disant "celles-ci et celles-ci sont les paroles du Dieu vivant, mais la loi rituelle doit être tranchée comme Hillel". La tradition ne nie pas les discussions voire les désaccords, elles sont inhérentes à la vie en société, la pensée unique n'est pas juive ! Le Traité des Pères donnent cependant le critère d'authenticité d'un avis, si l'intention est d'accomplir la volonté divine, la discussion est valable, par contre si elle répond à des intérêts personnels elle s'éteindra d'elle même". Cela signifie que quelque soit le mode d'interprétation utilisé, si la discussion sert une cause religieuse elle est cacher. L'honnêteté d'une démarche lui confère un caractère permanent. Le Talmud poursuit en soulignant que bien qu'Hillel et Chamay furent en désaccord sur l'interprétation, ils s'échangeaient la vaisselle, et mariaient leurs enfants, une manière de dire que la cacherouth unissait les familles au lieu de les séparer. Aujourd'hui je comprends votre désarroi face à une communauté religieuse plus éclatée que plurielle et c'est avec beaucoup d'humour ou de désapointement que le Talmud annonce que Dieu est obligé d'intervenir pour trancher. A mon humble avis, on ne peut refaire ni les hommes, ni le monde, il faut laisser faire les choses, la sélection s'opérera pour nos petits enfants. Un conseil, trouvez le maître qui répondra à vos exigences morales, religieuses et existentielles et suivez sa voie, sinon vous sombrerez dans le désespoir.

Et que Celui qui a fait la paix dans les cieux, nous inspire ici-bas.



Responsa 46
Cela fait longtemps que je voulais vous poser la question et comme j'ai appris que vous répondiez à des questions sur le judaïsme je me permets de vous écrire. J'essaye depuis quelques temps de faire téchouva en mangeant cacher, et en respectant un peu plus chabath et faisant la prière tous les matins. Je suis également des cours à Paris donnés par des rav importants. Lors d'une dernière conférence l'un d'eux a dit que les non-juifs ne possédaient pas d'âme divine mais que seuls les juifs en possédaient une. J'ai été très choquée alors que l'auditoire ne semblait pas s'émouvoir de tels propos ? J'ai des amis non-juifs qui sont très biens sur le plan humain, est-ce vrai ce qu'a dit ce Rav, car je suis assez perturbée ?
Réponse
Première affirmation de la Torah, à prendre dans son sens le plus simple: l'homme a été créé à l'image de Dieu, c'est à dire tous les hommes : le sémite comme l'aryen, le blanc comme le noir, le juif comme le non-juif, le croyant comme l'athée... Toute interprétation qui remettrait en cause ce principe fondateur ne serait plus dans la lignée du monothéisme authentique. Tous les hommes sont les enfants de Dieu et sont aimés par Lui. Le midrach rapporte que l' Éternel ne voulut pas refermer la mer sur les Égyptiens, car ils étaient aussi l'oeuvre de ses mains. Deuxièmement, la religion n'imunise pas contre le racisme ou la misogynie, même si l'on mange strictement cacher, ou si l'on prie trois fois par jour. Dans le judaïsme, l'interprétation étant libre à partir de quelques clefs de lecture, la psychologie d'un auteur peut très bien forcer le texte selon sa propre perception du monde et des êtres. De plus ces propos, qui proviennent d'ouvrages écrits après l'expulsion des juifs d'Espagne ou dans les ghettos d'Europe, ont été élaborés en réaction à l'antisémitisme ambiant, ce qui explique le discours mais ne le justifie pas j'en conviens. C'est pourquoi il vaut mieux chercher d'autres maîtres dans la pure tradition prophétique, que d'écouter ces discours qui n'honorent pas le judaïsme. Pour affermir votre foi en l'Éternel, revenez à la Torah et aux Prophètes, où de telles considérations ne sont jamais mentionnées. Étudiez les Pirkey Avoth, référez-vous aux ouvrages de maîtres français comme Neher, Jaïs, Goldman, Manitou, Munk, Eisenberg, Sirat ou Bernheïm, et méditez cette parole d'Isaïe (XIX 25) : "Bénis soient l'Égypte mon peuple, l'Assyrie l'oeuvre de mes mains, Israël mon héritage".


Responsa 47
Est-il licite de faire des dons le Chabath en montant à la Torah ou s'entretenir de sujets communautaires à caractère profane ?

Réponse
À partir de la parole d'Isaïe : "Si tu retiens ton pied le Chabath pour ne point vaquer à tes occupations... en ne prononcant point de paroles", la tradition précise que la parole du Chabath devra être différente de celle de la semaine. Si pendant six jours, nos propos visent l'aménagement économique de notre environnement, le septième jour sera consacré à la vie religieuse et spirituelle. Cependant le Talmud autorise de s'entretenir de sujets communautaires le Chabath,(travaux de la synagogue, gestion des deniers du culte, dons pour les oeuvres en montant à la Torah,ect.).Le Maharal de Prague écrit à ce sujet : "car les affaires de la communauté sont les affaires du Ciel et du fait qu'ils constituent des sujets spirituels il est licite d'en parler".
Pour le judaïsme, s'occuper des affaires terrestres de la communauté c'est déjà avoir la tête dans le ciel.


Responsa 48
Devant partir de bon matin au travail, comment faire pour mettre les téfilines ?
Réponse
On peut mettre les téfilines tant qu'il fait jour. Si vous ne pouvez les poser le matin, vous pouvez le faire à midi, ou même le soir en entrant avant la nuit. Le mieux serait par exemple de vous rendre dans une synagogue ou dans un centre communautaire près de votre lieu de travail, entre midi et 14 h. Pour avoir les lieux de culte sur Paris ou en banlieue, consulter l'ACIP.

Responsa 49
Pourquoi la conversion est-elle si longue pour des personnes bien intentionnées, le beth-din ne pourrait-il pas limiter la préparation à deux ans mximum ?

Réponse
Se convertir au Judaïsme implique un changement radical de mode de vie (lois alimentaires, chabath et fêtes, lois familiales,...). On ne convertissant pas immédiatement, le beth-din aide les canditats à bien réflechir à leur décision. Si la personne est sincère et motivée, une personne peut-être convertie dans les deux ans, cela est souvent arrivé. Mais parfois se sont les hésitations et les doutes du postulants, qui ralentissent le processus.


Responsa 50
Pourquoi est-ce pécher de mener une action d'information contre le Sida ? N'est-ce pas une mitsva d'aider son prochain ? (Sandrine Leven. Union des Etudiants Juifs de France)
Réponse
Qui a dit qu'il était interdit de mener une telle action ? La drogue, la prostitution, le sida, la délinquance, nous concernent en tant que membre de la cité et parce que nous la communauté juive pas dans une bulle hermétique et que nous avons nous propres malades. Le refus de la réalité caractérise l'attitude de Noé qui s'enferme dans son arche. Telle ne peut être l'attitude du croyant monothéiste qui à l'image d'Abraham se préoccupe du sort de Sodome, malgré la perversion de leur conduite. En menant votre campagne d'information vous serez la digne héritière d'Abraham.