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Alliance
-Daniel Mesguish vous êtes un homme de théâtre,
de télévision et aujourd'hui vous mettez en scène
un chef d'oeuvre de la culture juive : le Dibbouk Comment en êtes-vous
arrivés à vouloir monter le Dibbouk, pourriez-vous nous expliquer
votre cheminement?
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- Daniel Mesguich - En fait
il y a deux réponses. La première lorsque j'étais
étudiant j'avais eu entre les mains ce texte, un peu par hasard,
je l'avais trouvé admirable, je me suis dit c'est une trés
grande pièce, et puis le temps à passé je savais qu'il
y avait une pièce magnifique, pas écrite en yiddish d'ailleurs,
mais d'abord en Russe puis en hébreu, je l'avais eu en français
traduit par Nina Gurfienkel, et puis c'est tout.
Certainement que le travail se faisait déjà en moi.
La seconde réponse assez étrange, mais jolie je trouve, c'est
que j'avais comme professeur puis plus tard en tant qu'ami Antoine Vittez.
Lorsqu'il a été nommé administrateur de la Comédie
française , il avait reçu un coup de fil de Jack Lang, à
l'époque ministre de la culture et lui annonçait "qu'il
fallait ouvrir absolument la Comédie française à l'Europe."
Internationaliste avant tout Antoine Vittez ne comprenait pas bien ce que
voulait dire s'ouvrir à l'Europe, ce petit territoire plus petit
que la planète et qu'il fallait célébrer.
"Et puis quoi se disait-il lorsque l'on joue Hamlet , c'est aussi
l'Europe , Tchekov c'est la Russie et c'est aussi l'Europe non?
Que puis je faire de plus..." et soudain il me dit
"J'ai compris, j'ai trouvé, ce sont les juifs , l'Europe ce
sont les juifs. Les seuls qui ne connaissent pas les frontières
entre la Pologne, la Russie, la France ou l'Italie ce sont les juifs.il
suffit donc de monter une pièce juive".
- C'est ainsi qu'il m'a proposé de bien vouloir
monter le Dibbouk à la Comédie Française. Mais il
est mort quelques mois plus tard, et le projet a été suspendu.
- Un peu plus tard Albert Kadouch le directeur de l'Espace
Rachi souhaitait que je monte une pièce ici, je lui ai donc proposé
le Dibbouk il a trouvé l'idée trés bonne . Pendant
deux à trois ans nous avons cherché les moyens techniques
mais aussi financiers pour pouvoir réaliser le projet. L'opiniatreté
d'Albert Kadouch , -légendaire- a permis que le Dibbouk soit joué
ici, dans cet espace, qui n'est pas encore un thèâtre, mais
qui le deviendra.
- Alliance - Comment s'est
passé justement ce patient travail de reconstruction ?
Daniel Mesguich - Je dois vous répondre au risque de vous
décevoir que je n'ai malheureusement pas travaillé pendant
trois ans, mais littéralement sur le texte environ deux à
trois mois pas plus.
Xavier Maurel qui a fait le texte français je ne veux pas dire la
traduction, ni l'adaptation c'est plutôt entre les deux. Ce ne peut
être une traduction, car il ne parle pas le yiddish.
Il s'est fait faire du mot à mot, pour être le plus prés
possible du texte, aussi aidé de la traduction de Nina Gurfienkel
et d'autres sources.
Il faut savoir que le texte a toujours été plus ou moins
adapté. Xavier Maurel est un grand écrivain et le texte est
vraiment issu du texte d'origine.
Il est certain qu'il a plus longtemps travaillé que moi, en tout
cas plus en amont. Tant que je n'avais pas le texte en français
je ne pouvais pas travailler la pièce.
Je n'avais qu'un mois d'avance sur les comédiens et nous avons répeté
que pendant un mois, les moyens de production étant trop faibles
pour pouvoir en faire plus.
- Alliance - Cela semble très
court en effet, ayant vu cette pièce il est difficile de croire
qu'en un mois , vous ayez pu réaliser cette oeuvre?
- DM - Il y a peut-être
de ma part, non pas une culture juive contrairement à ce que l'on
croit et j'en suis désolé, en revanche je suis passionné
par beaucoup de penseurs, et écrivains et ils se trouvent qu'ils
sont juifs.
Hasard ou pas hasard, sans doute pas hasard, et à mon insu, j'ai
donc une culture juive qui me rapproche de certaines personnes plus que
d'autres ou de certains modes de pensées plus que d'autres.
- Ils se trouvent que je suis très intéressé
par les personnes qui écrivent à partir des textes sacrés,
créés à partir de ce que nous pouvons appeler la pensée
juive.Je me suis donc senti trés proche, du texte du Dibbouk n'étant
pourtant pas aschenaze puisque je viens d'Alger, mais disons que le travail
a dû se faire à mon insu depuis 25 ans et à mon su
depuis un mois.
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- Alliance - En revenant sur
le jeu des acteurs, le rôle du père de la jeune fille, , détonne
un peu avec les autres personnages de la pièce reste , il paraît
plus primaire , j'imagine que c'est voulu?
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- DM -Je ne dirais pas du tout
primaire mais disons qu'il a une fonction très bizarre.
Au fond c'est lui le seul coupable, le père est toujours le seul
coupable, mais pourtant ce n'est pas une culpabilité d'un malhonnête,
d'un assassin.
Je suis d'ailleurs admiratif de la non-violence extrême qu'il y a
dans le texte.
Dans la plupart des autres pièces, la haine est souvent meurtrière
par les mots si ce n'est par des actes, ici ce n'est pas le cas. Il y a
juste des gens qui cherchent à lire,à décrypter, quelque
chose et cherchent à avancer. Le père je ne le crois pas
primaire, je crois qu'il a commis la seule faute, immense, sans être
coupable d'ailleurs, l'oubli, il a oublié quelque chose. Il a oublié
une promesse faite à un autre homme, père du jeune homme,
et au lieu de donner sa fille à ce jeune homme il a donné
à un autre jeune homme.
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- Alliance- Pourtant nous savons
que c'est un oubli conscient ?
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- DM - Ah non vous n'en savez
rien , vous ne pouvez pas dire ça.
Alliance - Mais si dans la pièce le rabbin le dit.
DM - Et alors vous croyez tous ce que disent les rabbins vous?
Eclats de rire.
DM - Bon on ne pas dire ça, mais on ne peut pas dire le contraire
d'ailleurs... je suis un peu juif quand même...
Le père a oublié mais il veut le bien de sa fille par-dessus
tout.
La seule chose que l'on ne pas faire c'est de faire exprés d'oublier,
l'oublie se fait sans vous. C'est sa fille qui va rattraper de façon
malsaine certes, l'oublie du père en oubliant plus du tout le jeune
homme en se rapprochant tellement de lui qu'elle va l'intégrer en
elle.
Le père est donc obligé de "soigner" sa fille et
le rôle du rabbin c'est de faire que le père se rappelle et
que la fille oublie. C'est pourquoi je ne crois pas que l'on puisse dire
que le père soit primaire.
Alliance -Expliqué de cette façon certes, mais je
continue de penser que la présence du père contrairement
aux autres personnages, est différente elle est consciente, elle
est matérielle.
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- DM - Sans doute,mais cela
fait partie de l'âme humaine et de l'homme, il y a du désir
du veau d'or dans tout homme même le plus pieux et du désir
de Dieu chez l'individu le plus cruel.
- Alliance- Les acteurs , vous
les avez choisis sur quels critères?
DM- Eh bien c'est simple je ne pense pas qu'il faille être
pur juif pour jouer cette pièce mais pur théâre, cela
n'empêche pas qu'il y ait un ou deux juifs dans la distribution,
qui m'ont eux même appris certaines choses que j'ignorais.
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- Alliance -L'acteur qui joue
qui joue Rhonen,était-il juif ?
- DM- Non il n'est pas juif
il s'appelle Mathieu Marie.vous imaginez... En fait dans cette pièce
la piste principale la plus lisible la plus sensible, est la piste religieuse
, mais pas seulement, il y en a encore une autre c'est celle de la recherche,
c'est la piste psychanalytique, Il y a aussi la piste théâtrale
, et surtout la dernière, la matrice du tout la piste d'amour, c'est
une pièce d'amour.
Il y aeu un spectacteur religieux qui m'a dit en sortant de cette pièce
"C'est admirable Dieu était partout"
Un autre , un ami, grand peintre, communiste en tout cas athée,
qui m'a fait la réflexion suivante "Enfin une pièce
qui traite de la religion, pas de la manière religieuse." Vous
voyez que les deux fils sont trés liés : celui la pensée
religieuse et de la pensée intellectuelle. Et j'aimerais reprendre
un phrase de Marc-Alain Ouaknine pour conclure cet entretien
- "je ne crois pas en Dieu, car croire ce serait être
un l'idolâtre et je ne suis pas un idolâtre, je pense Dieu
"
Propos recueillis par Claudine Douillet et Nathalie Zylberman
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