SHIMON PERES
Un sage grec a demandé : Quelle est la
différence entre la guerre et la paix ? Et il a donné cette
réponse: En temps de guerre, ce sont les pères qui enterrent
leurs enfants, en temps de paix ce sont les enfants qui enterrent leur père.
Shimon Peres

Au coeur de Tel-Aviv, perché
au 12 étage, rien n'est plus surprenant que de s'approcher du nid
de l'aigle.
Mais encore plus impressionnant est la rencontre. Aprés
les civilités d'usage avec ses gardes du corps et ses deux secrétaires
maternantes, inquiètent pour la santé de leur protégé-
enrhumé ce jour-là -. La porte s'ouvre sur un bureau spacieux
et clair .
Il se lève. Difficile à ce moment là
de différencier l'homme de son histoire.C'est un monument de l'Histoire
contemporaine qui s'avance vers nous. Une Histoire si proche par ses drames
, si lointaine par son espoir.
Le silence enveloppe la pièce, lourd d'évidences,
lourd d'un passé encore brûlant, un silence pour les victimes
de l'attentat de la veille, un silence sur une paix qui se fait attendre.
Le regard de l'homme est clair, ses mouvements lents et précis,dégagent
une réflexion profonde où il est encore difficile de saisir
l'enthousiasme.
Mais le plus dur combat n' est-il pas de continuer malgré
tous les désespoirs ?
Shimon Peres fait partie de ces êtres qui n'abandonneront
jamais. Sa mission est la paix et il en paye le prix.
Alliance - Shimon Peres Shalom, en référence du livre de Robert Littell(voir encadré)vous dites aujourd'hui que le monde est trop informé pour supporter un dictateur comme Hitler, pourtant la montée des extrémistes dans le monde est flagrante. Comment expliquez-vous cela ?
Shimon Peres - Ce n'est pas flagrant, ce sont toujours des minorités, voire même des petites minorités mais avec beaucoup de moyens, ce n'est pas le nombre d'individus qui change mais la quantité des moyens.
A - Vous dite"La télévision rend les dictatures impossibles et les démocraties intolérables"". Quel serait pour vous le système idéal ?
SP- Je ne pense pas qu'on puisse changer la télévision mais on peut changer les téléspectateurs, il faut éduquer chaque personne, sur la capacité de voir et de recevoir l'information et ainsi développer son objectivité. Sinon nous risquons de tomber , victimes de la vulgarité. Parce que la logique de la télévison est avant tout commerciale, c'est la quantité qui l'emporte sur la qualité.Ils recherchent toujours le dénominateur le plus bas. La seule façon de faire basculer cette situation est l'éducation .Elle seule peut guérir tous les maux du siècle. Dans la série "Dallas", vous ne trouvez aucune personne qui lit un livre, aucune personne qui travaille, c'est toujours l'intrigue et le sexe. Il faut expliquer que la vie est plus compliquée que cela.
A- Comment pourrait-on éduquer les gens ?
SP- Il faut commencer dés la maternelle, parce que les enfants voient et vivent déjà de la télévision, il faut qu'ils apprennent à séparer, à faire la différence entre la virtualité et la réalité. La réalité est complétement différente, nettement plus compliquée. il faut donner une leçon sur ce moyen là, qui peut se révéler un excellent moyen pédagogique.
A- Il semblerait que l'UNESCO se penche actuellement sur un projet de l'éducation paix , qu'en est-il ?
SP- Plus précisement il y a un rapport complétement brillant rédigé par une commission représentée par Jacques Delors.Un rapport de valeur.Il dit qu'il faut fonder l'éducation sur quatre colonnes :
Learning to be : apprendre à être
Learning to know : apprendre à connaître
Learning to do : apprendre à faire
Learning to live together : apprendre à vivre ensemble.
A- Donc en fait si nous avions la possiblité en Israël de le faire ..
SP- Ah oui... à mon avis, c'est
la chose la plus importante pour le futur, apprendre de la vie sociale,
comme apprendre de la vie stratégie-sociale, parce que là
est la vraie clé pour l'égalité.
Stratégie parce que la source, la force,
le pouvoir de notre époque n'est pas matériel mais intellectuel.
C'est pour ça que c'est dans les campus des universités plus
que dans les camps militaires que nous trouverons le moyen d'établir
ces ressources.
A- A travers le livre de Robert Littell j'ai appris que vous aviez l'intention de créer l'Institut pour la paix à votre nom d'ailleurs, C'est quoi au juste ? Que peut-on y étudier ?(voir encadré)
SP- Cet institut sera constitué
de deux parties, une académique et une d'action économique.
Dans la partie académique, sera créée une école
pour les
négociations avec la participation
de l'Université de Tel-Aviv et de
Haward.Apprendre à négocier
c'est apprendre à faire la paix .
Le projet d'action lui est là pour
encourager le processus de la paix par l'entreprise économique et
sociale.
Je vous donne quelques exemples : nous avons
proposé une confédération tripartite entre 8 cités
palestiniennes, 8 cités israeliennes et 8 citées européennes
et ainsi établir un rapport municipale entre trois cultures, trois
expériences différentes, le maire de Tel-Aviv , le maire de
Napelouse pour le côté palestinien , nous attendons le choix
européen.
A- De quelles villes européennes
s'agiraient-ils ?
SP- Je ne sais pas exactement c'est aux européens
de choisir .
Nous allons aussi établir un centre
détudes de haute technologie à Gaza et en Cis-jordanie. Nous
manquons d'informaticiens alors plutôt que d'importer des employés
d'Inde ou d'ailleurs, il est préférable de former de jeunes
palestiniens et ainsi démontrer qu'ils ne sont pas uniquement valables
pour des métiers manuels.
(Isra-Pal Informatech cette école
sera située à Erez. Ce sont des informaticiens israéliens
qui formeront des jeunes palestiniens.)
A- Vous partez donc du principe qu'il faut rendre une dignité aux palestiniens en leur donnant le choix d'un métier et d'un avenir pour avancer dans la paix ?
SP - Tout à fait, nous allons participer aussi à la construction d'une zone industrielle à Gaza et ainsi favoriser les rencontres entre les deux peuples. Les contacts entre individus sont trés importants surtout dans les différents échelons socials ou professionnels.
A- Mais sur le plan des professions libérales
cela fonctionne déjà,des rencontres ont déjà
été réalisées et des projets avancés
?
SP - Oui mais là ce sont des jeunes
vers des jeunes, des jeunes palestiniens , des jeunes israëliens et
ainsi permettre aux autres génération parents , grand-parents
de se sentir aussi concernés par la paix.C'est le gouvernement norvégien
qui soutient cette action.
Nous avons aussi une coopération assez
importante dans le domaine agricole,en bio-génétique. Ce centre
de recherche se fait en collaboration avec l'Institut français pour
la siences et la paix. cette action est soutenue par la Banque Mondiale
, the World Bank.

A- L'institut Shimon Peres ouvrira ses
portes quand ?
SP _ Nous travaillons déjà depuis
1996 mais l'inauguration officielle aura lieu en Octobre 1997
A- Il sera situé où ?
SP - A Tel-Aviv.
A- Vous êtes en train de démontrer que la paix peut se faire en parallèle de la politique ?
SP -Nous avons voulu démontrer deux
choses, que la paix marche sur deux pieds, un pied politique évidemment,
mais dans un même gouvernement il y a l'autre pied économique
qui est ouvert pour tous. Nous souhaitons donc ainsi privatiser la paix.
Regardez les choses qui se passent en Europe
dans certains pays la paix à débuter au moment où on
a commencé à économiser les politiques à la
place de la politisation de l'économie.La politique c'est pour les
politiciens, l'économie c'est pour le peuple. Les politiques cherchent
la gloire, l'economie cherche à nourrir le peuple.
A- Vous êtes bien-sûr en accord
avec les intitiatives d'ententes entres les deux peuples tel que le Gan
Hashalom (voir "reportages") mais pensez vous que le gouvernement
actuel permettra sa multiplication ?
SP- Non bien sûr le gouvernement actuel
va bloquer le processus, je voudrais qu'il leur reste un minimun de lucidité
pour éviter le pire.
A- Dans ce cas, ne pensez vous pas que ce
même gouvernement risque de bloquer l'Institut pour la paix ?
SP - Non, cela n'a rien à voir, notre Institut est apolitique et à but non lucratif .

A- Vous êtes un des rares combattants pour la paix à être resté vivant pensez vous que votre mission pour la paix est terminée ?
SP- Non certainement pas, je ne cherche pas le pouvoir, mais je ne peux pas abandonner mon processus de paix.
A- Dans un tout autre cadre vous avez accepté
de rencontrer Michael Drosnin l'auteur du livre : "la bible : le code
secret "vous soumettant le risque d'une éventuelle attaque nucléaire
en Israel, à cela vous aviez répondu "Si elle est prédite
que pouvons nous faire ?"
Que pensez vous de ce code et surtout d'une
probable attaque nucléaire ?
SP - Je suis trés sceptique en ce qui concerne les choses mystiques, je n'y crois pas beaucoup et je ne pense pas qu'Israël puisse subir une attaque nucléaire .
Propos recueillis pas Claudine Douillet
Nos partenaires
. The World
Bank
. The European Union
.World Economic Forum in Davos
. UNESCO
. Government of Norway
. The Carter Center
. The Gorbachev Foundation
. The Hansen Institute
. The French Insitute for Science and Peace
. The Kennedy School of Haward University
. Carnegie-Mellon University, Departement
of Artifical Intelligence
. Insititutions and Individuals in the Palestinian
authority, Egypt, Jordan, Morocco, Oman etc.
. International Corporation and Business Leaders
and others.
La paix vous concerne. Vos pouvez aussi la soutenir .
The Peres Institute for Peace
P.O Box 22 377
Tel Aviv 61223 ISRAEL
Tel : 972-3-605-5264/5
Fax : 972-3-544-1433
E-mail: peresins@netvision.net.il
Edition Denoël: Conversations avec... Shimon Peres de Robert Littell
J'ai lu Céline avec un goût de
révolte dans la bouche...certaines de ses descriptions étaient
extrêmement fortes... Cela montre simplement que des gens pleins de
talents n'ont pas forcément celui de savoir distinguer le bien du
mal. Et peut-être que le talent de savoir distinguer le bien du mal
est le plus grand de tous.
La première fois que j'ai rencontré le pape...Il m'a dit que nous étions tous des enfants d'Abraham et que nous faisons tous le même voyage dans l'histoire. Je lui ai répondu : Oui... mais c'est nous qui avons payé notre traversée le plus cher.
Arafat ne se soumet pas à la discipline de l'hisoire...C'est un maître des faits...Je veux dire que, dés qu'il s'agit des faits, il préfère devenir une sorte de Chagall- les choses peuvent flotter un peu.
La vocation de la négociation, c'est l'inventivité plus encore que le marchandage. C'est de trouver une solution étonnante à laquelle personne n'avait pensé...